dissemblables homologues
4. dissemblables non homologues Outre la considération de la composition morphologique, il faut aussi avoir égard à la comparaison de la composition chimique des parties morphologiquement séparées (histochimie comparée), et cela au point de vue qualitatif et quan titatif.
On peut donc avoir l'espoir de tirer des concordances que la physiologie comparée nous ré-
vêle entre les fonctions des conclusions a posteriori sur l'histoire des fonctions. En effet, un rapprochement aussi complet que possible des modes typiques de manifestation propres à chaque fonction, depuis les plus simples jusqu'aux plus complexes, peut permettre de conclure à l'existence de fonctions chez les ancêtres disparus des corps vivants actuels.
De même que, pendant le développement individuel, l'apparition et le développement des diverses fonctions particulières ont lieu à des époques déterminées, il est légitime de chercher à considérer et à établir, du point de vue phylétique, l'arbre généalogique d'un appareil et agré: gat vivant en ayant égard à ses fonctions. On peut ainsi rechercher dans quelles générations telle ou telle fonction est apparue pour la première fois, et cela en même temps que la question morphologique et chimique qui s'y rapporte, comment son substratum et son objet se sont modifiés, avant d'être devenus ceux des êtres vivants dont nous observons aujourd'hui les fonctions.
Le langage articulé, par exemple, faisait indubitablement défaut aux ancêtres de l'homme ; on se demande à quel stade de l'évolution humaine on peut rapporter les premières tentatives de l'homme pour se faire comprendre au moyen des sons du langage. Même aux époques historiques, cette manière de considérer les fonctions paraît promettre dans quelques cas d'importants résul-
tais. Le sons de l'ouïe, par exemple, si Ton tient compte de la préférence qu'il manifeste pour quelques intervalles musicaux comme consonnances, est aujourd'hui manifestement autre qu'il n'était il y a plusieurs siècles. Toutefois cette paléophysiologie n'est encore que in fieri ; elle suppose l'existence d'une physiologie comparée.
Afin de désigner d'une manière purement physiologique, c'est-à-dire en ne tenant compte que des fonctions, les appareils organiques, en vue d'une comparaison de ces fonctions, et aussi afin d'être délivré des dénominations changeantes de l'anatomie comparée, voici les expressions qu'il est nécessaire d'employer. On appelle :
Polydynames, les appareils organiques qui possèdent à la fois plusieurs fonctions : tel est, par exemple, l'appareil gastrovasculaire des cœlentérés ;
Monodynames, les appareils organiques qui ne possèdent qu'une seule fonction : par exemple, l'œil ;
Isotypes, les fonctions (identiques) des appareils organiques homotypiques : par exemple, l'ouïe, qui s'exerce chez l'homme à gauche et à droite ;
Polytopes, les fonctions qui, chez un seul et même individu, possèdent plusieurs substrata de môme nature : tel esi, chez l'homme le toucher;
Cœnomères, les fonctions qui ne possèdent aucun-appareil organique qui leur appartienne on propre d'une manière exclusive;
Idiomères, les fonctions qui au contraire en ont un.
En conséquence, toute fonction d'un appareil polydyname est cœnomère, celle d'un appareil monodyname est idiomère, et la tâche principale de la physiologie comparée consiste à faire dériver les fonctions idiomères des fonctions cœnomères par la découverte de transitions, de manière que les extrêmes, — par exemple les courants de granules du protoplasma d'une part, et, de l'autre, les courants du sang et de la lymphe chez l'homme, — se trouvent reliés par une série continue d'intermédiaires, embrassant toutes les sortes de circulation des liquides chez les animaux, sans égard à leur place dans la classification zoologique.
Et de même pour toute fonction.
Ce qui vaut pour la première localisation de chaque fonction, vaut également pour les autres localisations de la même fonction dans les organes qui les exercent : c'est le principe de la division du travail. Chez les animaux inférieurs, une seule fonction n'a qu'un organe simple, elle a un organe complexe chez les animaux supérieurs, un organe différencié, car une partie de l'organe n'exerce qu'une partie de la fonction, une autre partie, l'autre. C'est dans cette division de la fonction et de son substratum qu'a sa cause un développement spécial, particulier, des parties de l'organe, c'est grâce à elle que la fonction devient ellemême plus complexe, et, par conséquent, que les
fonctions idiomères sont très complexes, tandis que la cœnomérie paraît liée à des conditions relativement simples. C'est donc de la cœnomérie que doit partir la comparaison physiologique.
Toute fonction de l'homme, quelque complexe qu'elle soit, a une racine dans le protoplasma, et l'on peut découvrir celle-ci par la comparaison ; l'autre doit être cherchée dans les influences extérieures, clans les rapports réciproques des êtres vivants et dans le milieu.
Seule, une comparaison approfondie des fonctions permet de reconnaître la constance (déterminée par l'hérédité) des fonctions fondamentales communes à tous les êtres vivants, au milieu de la variété immense (due à l'influence externe en vertu de la variabilité organique) des fonctions dérivées, et, du même coup, de comprendre l'enchaînement du monde organique.
Antagonisme et corrélation des fonctions.
Pendant comme après le développement des corps vivants, quelques fonctions doivent interférer avec d'autres, avec d'autres aussi s'harmoniser, de sorte que, dans le premier cas, un conflit ou un antagonisme se produit, dans le second, une corrélationi Dans l'état de complet développement, une sorte de balancement apparent s'établit, dû à une manière de compromis. Mais, en réalité, l'antagonisme, considéré comme une forme de l'interférence des fonctions, persiste
sans interruption, et c'est tantôt l'une, tantôt l'autre fonction qui prédomine pour un court laps de temps.
Antagonisme des fonctions est, du reste, une expression ambiguë. D'une part, elle signifie un état de conflit, tel que celui qui existe chez l'homme entre l'expiration et la déglutition, par exemple; de l'autre, une corrélation, comme dans la flexion et l'extension. La corrélation reçoit aussi dans ce cas le nom d'antagonisme. Dans les deux cas, une fonction exclut la fonction antagoniste pour le même substratum et dans le môme temps.
Troubles fonctionnels.
Ce n'est que parce que les fonctions physiologiques interfèrent les unes avec les autres, — que l'une ne permet pas à l'autre de s'exercer seule ou d'une façon prédominante sans interruption, — que le maintien et la conservation de la vie est possible. Des dispositions particulières (lesquelles ne sont connues exactement que dans un petit nombre de cas), régulatrices et compensatrices des organismes, maintiennent ce trouble normal des fonctions dans des limites déterminées qui caractérisent la santé.
La capacité d'action de ces régulateurs, — des nerfs surtout chez les animaux supérieurs, — est bien faite pour étonner, comme on peut déjà le reconnaître par cette considération, que l'homme
sain vit dans les conditions les plus différentes, sur mer, sur terre, sous les tropiques, dans la zone arctique, sur les montagnes ou dans les vallées, qu'il se nourrit d'une nourriture purement végétale et purement animale, et qu'il demeure sain, qu'il prenne peu ou beaucoup de mouvement, dans les occupations professionnelles les plus variées.
Mais il arrive souvent, chez les plantes, les animaux et l'homme, que, par suite du changement des conditions extérieures de leur existence, surtout si ce changement est subit, ou par suite d'attaques et d'empiétements inattendus, de lésions, d'empoisonnements, ou de toute autre impression inaccoutumée, — une ou plusieurs fonctions sont gravement troublées, directement ou indirectement, par la prédominance d'autres fonctions, et que la régulation qui avait suffi jusque-là ne suffit plus. La santé est alors troublée, et, si elle n'est pas restituée, si la compensation des influences nocives n'a pas lieu, le corps vivant est malade.
Toute maladie repose sur un trouble quelconque d'une fonction physiologique quelconque ; dansla plupart dos cas, et do beaucoup, ce trouble est dû à dos influences extérieures; dans des cas relativement rares, il est inné on transmis par l'hérédité à l'état de disposition ou d'aptitude héréditaire. Mais dans ces cas aussi, dans toutes les maladies héréditaires, la cause dernière est toujours réductible à quelque circonstance nuisible
externe, qui s'est déjà réalisée clans l'œuf ou déjà chez les ancêtres. Il en va ainsi pour les maladies mentales héréditaires, les tumeurs héréditaires, etc. On ne sait pas toujours assurément en quoi peut consister la première cause de trouble ou l'anomalie avant l'apparition de ces manifestations morbides dans le dernier individu encore sain de la génération atteinte.
Tous les troubles fonctionnels de ce genre que la régulation physiologique ne peut faire disparaître, et qui sont, par conséquent, maladifs, n'appartiennent plus à la physiologie : ils forment l'objet de la pathologie. Mais ils intéressent surtout la physiologie parce que, de l'état d'une fonction pathologiquement modifiée, on peut conclure à ce qu'elle est à l'état normal, et parce que très souvent la maladie tient lieu d'une vivisection impraticable. L'exemple le plus frappant à cet égard, ce sont les troubles du langage, sans lesquels on saurait peu de chose du substratum nerveux de la fonction normale du langage.
Nomenclature et histoire de l'étude des fonctions.
C'est une partie de la science encore peu cultivée que l'histoire de ce qu'on sait de chacune des fonctions physiologiques.
Dune critique des désignations en usage, et plus encore des anciennes et nouvelles explications
Preyeji. — Physiologie. 18
qu'on en donne, résultent déjà un grand nombre d'erreurs instructives. On voit surtout combien il est difficile d'obtenir les faits à l'état de pureté, de les maintenir à l'abri de toutes les additions qu'y déposent les opinions de ceux qui les observent, les expérimentent, les exposent.
Ce sont les conditions externes des fonctions qui sont relativement les plus faciles à découvrir. La détermination des parties organiques et de l'objet nécessaires à la manifestation d'une certaine fonction présente déjà de grandes difficultés ; le mécanisme et le chimisme de chaque fonction, ainsi que l'excitant qui lui est indispensable, en offrent encore de plus grandes.
Le rapport de chaque fonction particulière l'une avec l'autre dans le même individu, le dé" veloppement et la régression de chacune d'elles au sens physiologique, n'ont pas encore d'histoire.
L'histoire de la doctrine des troubles fonctionnels se rencontre et s'accorde essentiellement avec l'histoire de la pathologie. Mais il est bien à désirer qu'en pathologie on n'emploie pas d'autres expressions qu'en physiologie pour désigner les fonctions physiologiques.
Une terminologie conçue et exécutée d'après des principes strictement scientifiques est pour l'étude du plus grand secours. De môme que la nomenclature adoptée par les naturalistes en zoologie et en botanique, s'est rapidement acquis une faveur durable par l'esprit de conséquence qui la caractérise, do mémo une nomen-
blaturc physiologique qui distingue, avec la même vigueur de logique, une fonction dérivée d'une fonction primitive, et ne retombe ni dans les divisions artificielles du galénisme, ni dans les dénominations arbitraires de l'ancienne anatomie, a seule des chances de durée. Mais auparavant la classification des fonctions primitives doit être établie.