ACCOMMODATION
Preuves de l' accommodation dans l'oeil. — Dans l'œil normal, en vertu de la réfraction que nous venons d'envisager, il se forme sur la rétine une image nette d'objets très-éloignés : la rétine se trouve dans le plan focal principal du système dioptrique de l'œil. L'image rétinienne d'un objet rapproché de l'tcil (par exemple des caractères d'impression tenus à 25 ctm.) sera nécessairement diffuse, en vertu de cette même réfraction. Et cependant, d'api'ès l'expérience journalière, nous pouvons voir clairement à des distances trèsdiverses. Ce qui est moins bien connu généralement, c'est que nous ne pouvons pas voir clairement à la fois des objets situés à des distances différentes. Des expériences très-simples permettent cependant de se convaincre qu'il en est ainsi. Il suffit de tenir devant l'œil, et dans la même direction, deux épingles à deux distances différentes. Le regard est dirigé sur toutes les deux et nous pouvons les voir clairement toutes les deux. Mais pendant qu'on fixe l'une, l'autre paraîtra diffuse, et vice versa. Ou bien encore on regarde à travers un réseau ou un morceau de gaze un arbre ou les maisons de l'autre côté de la rue: fixe-t-on la maison, alors le réseau sera vu diffusément; fixc-t-on au contraire les mailles du réseau, on les verra nettement, mais la maison paraîtra indistincte. — On pourrait croire, comme on l'a fait longtemps, que l'acte de fixer entre pour quelque chose dans la production du phénomène, notre attention négligeant, faisant abstraction des cercles de dilliision. Mais l'expérience célèbre du père Scheiner
démontre que quand nous regardons de près, le système dioptrique de l'œil n'est pas le même que si nous regardons de loin, qu'il survient donc un changement dans notre système dioptriqnc quand nous portons le regard d'un objet à un autre situé à une distance plus grande ou plus petite. De plus, cette expérience nous fait entrevoir la nature changement survenu. — Voici en quoi consiste l'expérience de Scheiner. Au lieu de regarder les deux épingles de tout à l'heure à l'œil nu, regardons-les à travers deux petites ouvertures percées dans un écran opaque, assez rapprochées pour que toutes les deux puissent se placer au devant de l'ouverture pupillaire. Deux trous piqués à l'aide d'une épingle dans une carte de visite constitueront l'instrument. On verra clairement l'épingle qu'on fixe; l'autre paraîtra double et diffuse. L'expérience peut se faire aussi avec une seule épingle : en fixant un objet dans sa direction, mais plus près ou plus loin que l'épingle, celle-ci pai'aîtra double.
Quelles conditions dioptriques peuvent nous rendre compte du résultat de l'expérience de Scheiner? On remarquera que l'objet ne paraît double que si on ne le fixe pas du regard. Supposons (fig. 105 B) un œil normal, dont la rétine se trouve dans le plan focal principal du système dioptrique. Que cet œil regarde un objet très éloigné, alors que plus près de lui se trouve le point
Fig. 105.
lumineux P. Évidemment le foyer /"conjugué par rapport au point/) se trouve derrière la rétine; il se formera sur la rétine non pas un point lumineux, c'est-à-dire une image nette du point P, mais un cercle éclairé «6; il y aura des cercles de diffusion, Aine image rétinienne difiuse. Le point sera vu diffusément, mais il sera vu simple. Plaçons maintenant (A, même figure) au-devant de l'aùl l'écran aux deux ouvertures. Des différents rayons partis du point P et qui se dirigent vers l'œil, ceux-là seuls y pénétreront qui tombent sur les deux ouvertures. Deux minces faisceaux lumineux pénètrent maintenant dans l'œ-il, et tendent à aller former un foyer conjugué unique /' derrière la rétine comme précédemment; mais sur la rétine il n'y aura plus un seul petit cercle éclairé diflusément, il y en aura deux « et p; il se formera sur la rétine deux
CHAPITUE VI.
images diffuses du point lumineux; celui-ci sera vu double, et diffus. — Voilà pour la vision double. Mais comment peut-il se faire qu'un instant après, nous voyons le point P nettement et simple, quand nous le « fixons » à son tour? Imaginons que le système dioptrique de cet œil ait augmenté entre-temps, précisément de manière à ce que le foyer conjugué par rapport au point P tombe maintenant sur la rétine. Un tel œil non muni d'un éci'an recevra sur la rétine une image nette du point P; et il en est de même s'il est muni de l'écran à deux ouvertures. Dans ce dernier cas, les deux minces faisceaux lumineux (fig. 104) qui pénètrent dans l'œil iront se fusionner sur la rétine dans le foyer conjugué f. Il y aura sur la rétine formation d'une image netle et simple de la
Fig. 104.
source lumineuse, seulement elle sera moins éclairée que si nous regadions à Tœil nu.
On pouvait discuter sur la prétendue suppression des cercles de diffusion par l'attention, ou plutôt la non attention, dans le cas des expériences citées en premier lieu; mais les doubles images, la diplopie dans l'expérience de Scliciner n'admet qu'une seule explication, savoir que lorsque le regard s'éloigne ou se rapproche, il survient un changement dans l'œil, changement qui « adapte » ou « accommode » ce dernier pour des distances différentes : l'œil jouit d'un pouvoir d'accommodation, en vertu duquel les foyers conjugués par rapport à des distances très-diverses peuvent tomber sur la rétine.
L'accommodation de l'œil à des distances différentes étant donc démontrée, voyons par quel mécanisme elle est obtenue. Quels sont les cliangements survenant dans l'œil lors de son accommodation?
Changements survenant dans les milieux transparents lors de l'accommodation. — Différentes possibilités se présentent à priori : la cornée pourrait clianger de courbure; le cristallin pourrait avancer et reculer, augmenter et diminuer de courbure; les indices de réfraction des milieux pouiTaient varier; l'aàl pourrait s'allonger et se raccourcir, par exemple sous l'influence d'une compression exercée par les muscles oculaires extrinsèques. L'expérimentation a prononcé entre ces différentes hypothèses : Cramdii, puis ont démontré qu'au point de vue dioptrique l'accommodation est due IIklmiiolïz à un changement survenant dans la courbure du cristallin. Dans la vision de près, ce dernier devient plus convexe, surtout sa face antérieure; il s'ai)latit dans la vision de loin. Ce résultat a été obtenu en mesurant les grandeurs des images cato|)triqiics (par ré/lexion) de Purkinje-Sanson, produitiîs par réflexion sur
ORCANF- VISUEL. 2Go
les surfaces de séparation entre les milieux de l'œil. On mesure ces images obtenues à l'aide du même objet lumineux, l'une fois pendant que l'œil fixe un point éloigné, l'autre fois pendant qu'il fixe etîvoit clairement un point rapproché , Pour observer clairement les images par réflexion, on éclaire l'œil dans un appartement obscur à l'aide d'une bougie. Des rayons partis de celle-ci et qui tombent sur l'œil, une partie est renvoyée à chaque surface réfringente de l'œil, il y aura formation d'autant d'images qu'il y a de surfaces réfléchissantes (séparant deux milieux d'indices de réfraction difi^érents), c'est-à-dire trois : une formée par la cornée, qui constitue un petit miroir convexe; la seconde formée par la face antérieure du cristallin, convexe également ; enfin la troisième est formée par la réflexion à la face postérieure du cristallin, c'est-à-dire par un petit miroir concave. La plus facile à voir est l'image cornéenne;elle est droite et très-brillante, à cause de la grande différence de réfringence entre l'air et la cornée. Celle formée par la face postérieure du cristallin est encore assez facile à voir; elle est renversée, plus petite que la Fig. 105. - Images catopiriques première, et assez brillante ; si on meut la bougie, """s l'œil.
elle se déplace en sens inverse de la première, qui
elle, en sa qualité d'image droite, se meut dans le même sens que la bougie. La troisième, la plus difficile à voir, est plus grande que l'image cornéenne, droite aussi, et très peu éclairée; le regard doit la chercher profondément dans l'œil derrière l'image cornéenne; elle se meut dans le même sens que cette dernière.
Il ne faudrait pas croire que le peu d'éclat de la troisième image indique une réflexion des rayons lumineux moins abondante à la face antérieure qu'à la face postérieure du cristallin. Ces deux surfaces séparent des milieux réfringents identiques, elles réfléchissent à peu près la même quantité de lumière; seulement pour l'une cette quantité est éparpillée sur une plus grande surface que pour l'autre. - L'image cornéenne se voit h distance, au grand jour; elle constitue le « brillant » des yeux. —En pratique oculistique, la présence ou l'absence dans un
Fig. 106. — Principe de l'ophthalmomètre de lit
œil des images catoptriques produites par le cristallin est le seul signe certain de la présence ou de l'absence du cristallin.
On conçoit que l'exacte appréciation de la grandeur de ces images, el surtout la constatation de petits changements survenus dans cette grandeur ne soit pas chose aisée. Voici le principe de r«ophthalmomètre » de Helmhoitz, instrument qui a servi à cet auteur à faire ses mensurations. On sait que si on regarde un objet à travers une plaque de verre dirigée perpendiculairement à la direction du regard, l'objet sera vu dans sa véritable direction. Re"ardc-l-on obliquement, à travers la plaque, alors l'objet semblera déplacé à droite ou à gauche scion le sens dans lequel la plaque est inclinée. On peut aussi placer deux de ces plaques (fi". 106 x'y et œi/) l'une contre l'autre et regarder l'objet ac à travers les deux, tout près de leur li"ne
2GC CllAPITIUî VI.
de séparation (et à travers une lunette d'approche A). Si maintenant on incline les deux plaques en sens opposé, l'une déplacera l'image à droite (a'c'), l'autre à gauche {c"a"); on verra l'objet double. En augmentant l'inclinaison des deux plaques, il arrivera que l'extrémité a" d'une image coïncidera avec l'extrémité c' de l'autre : les deux images seront déplacées précisément de toute la grandeur de l'objet. Et celte grandeur pourra être calculée en connaissant l'indice de réfraction des plaques, leur épaisseur et l'angle formé par elles au moment où les deux extrémités a et 6 coïncident. — Au lieu d'une lumière, on en met donc deux devant l'œil en expérience; la grandeur qu'on mesure n'est pas celle d'une seule image, difficile à évaluer, mais la distance entre les deux images.
Cramer et Helmholtz ont trouvé, et la chose a été amplement vérifiée, que l'image cornéenne ne se modifie pas quand l'œil change d'accommodation. L'image de la face antérieure du cristallin devient plus petite dans l'accommodation pour un endroit plus rapproché. L'image de la face postérieure du cristallin varie un peu dans le même sens, mais beaucoup moins que celle de la face antérieure. Conclusion : le cristallin devient plus convexe dans la vision de près, particulièrement à sa face antérieure ; il s'aplatit dans la vision dé loin.
On a calculé de plus que le degré du changement observé dans le cristallin suffit pour expliquer toute l'accommodation, que par conséquent les autres facteurs possibles à priori, signalés plus haut, n'y entrent pour rien. D'ailleurs il n'y a plus de trace d'accommodation dans un œil pri^ é de cristallin (opéré de cataracte).
Mécanisme de l'accommodation. Rôle du muscle ciliaire.
— L'accommodation étant expliquée au point de vue dioptrique, il reste à rechercher par quelles influences le cristallin change de courbure. Naturellement, il faut à cet eflet des forces motrices, des fibres contractiles; et dans l'œil, il n'y en a que dans l'iris et dans le corps ciliaire. Celles de l'iris doivent être écartées de nos considérations, par la raison que l'absence totale de l'iris, maintes fois observée, laisse le pouvoir accommodateur intact. Reste donc le muscle ciliaire. Pour arriver à nous former une idée de son mode d'action sur le cristallin, il faut partir des observations et des expériences suivantes.
4" Le cristallin extrait de l'œil et le cristallin d'un œil qu'on vient d'enlever du corps a toujours une forme plus sphériquc que dans l'œil vivant. Abandonné à sa propre élasticité, il est plus convexe que dans l'œil vivant.
Il faut donc que sur le vivant, des influences inti'a-oculaires octroient à la lentille une forme autre que celle qu'elle tend à prendre en vertu de son arrangement moléculaire. Il faut de plus que dans la vision de près, le muscle ciliaire vienne contre-balancer ces influences et permettre au cristallin de se rapprocher de la forme qu'il tend à prendre en vertu de sa propre élasticité.
2° Jamais, à l'état vivant, les procès ciliaires ne touchent l'équateur du cristallin. Ceci exclut toute théorie invoquant une compression de l'équateur cristallin par les procès ciliaires lors des contractions des fibres circulaires du muscle ciliaire.
5" En provoquant des contractions du muscle ciliaire par l'excitation du nerf oculo-moteur commun, les mouvements de bascule d'aiguilles enfoncées à travers les membranes oculaires dénotent un glissement en avant de la choroïde (et un j)eu du corps ciliairf;) à la face infcrne de la sch'rotiqiu; (Hfi>sriN et VoELKEHs). Ce glissement, on le conçoit, sera reflet des conti'actions des fibres méridionales du muscle ciliaire, (jui mérite (k)nc pleinement le nom de lensciir de la choroïde (RituiiCKi;).
OlttlAMi VlSlIiL.
4° L'observation ophthalmoscopiquc d'yeux opérés (l'iridectoinie, dans lesquels il manque un secteur iridien, a permis de voir (0. Bei:keii et Coccius)
Fig. 107. —Région ciliaii-e de l'œil (coupe méridionale de l'œil). Disposition du muscle ciliaire. Disposition du ligament suspenseur du cristallin et ses rapports avec ce dernier. — conj. conjonctive; ScL sclérotique, se continuant en avant dans la cornée transparente C, et rentermant le canal de Schlemm c. Sc/d ; mJ) membrane de Descemet, se continuant dans le tendon du muscle ciliaire, tendon situé au côté interne du canal de Schlemm, et recouvert par le ligament pectine de Piris/.p. — !, iris; ch. ant. chambre antérieure; cA. post. chambre postérieure; cr cristallin; iig. susp. ligament suspenseur du cristallin inséré sur le cristallin en avant et peut-être en arrière de l'écpiateur du cristallin. Ce ligament suspenseur, nommé aussi zone de Zinn, prend naissance a l'équateur de l'œil, dans la périphérie du corps vitré zZ. et de la face interne du corps ciliaire ; il passe entre les procès ciliaires et s'élance vers récpniteur du cristallin. — Le corps ciliaire est un épaississement (triangulaire sur une section transversale) de la tunique moyenne (vasculaire et pigmentée) de l'ceil. Ses éléments musculaires |)rennent deux directions diftéreutes, et constituent deux petits muscles. Les unes ont une direction méridionale dans l'œil; elles s'insèrent en avant sur la périphérie de la membrane de Descemet (tendon du m. ciliaire = attache fixe), en arrière dans la choroïde (attache mobile) : muscle tenseur de la choroiide m.t.Ch. (Bruecke). Une autre portion du nuiscle ciliaire /".c. a une direction circulaire autour de Pœil. — v. veines à la surface interne du muscle ciliaire et dans les procès ciliaires; elles charient vers l'équateur de l'œil le sang j)rovenant de l'iris et du nmscle ciliaire. x grand cercle artériel de l'iris.
qu'au moment de l'accommodation pour une distance rapprochée (Iig. 108) les procès ciliaires se déplacent un peu en avant, et en dedans, sans cependant arriver au contact de l'équateur cristallin, qui fuit devant eux. En même temps l'iris avance un peu vers la cornée, poussé par l'augmentation de la courbure du cristallin.
Tous CCS faits viennent à l'appui de la théorie suivante ([ue IIi:i.Muoi.rz a émise touchant la manière dont le muscle ciliaire parvient à modifier la courbure du cristallin. Le ligament suspenseur du cristallin tiraille constamment l'équateur
:2G8 CUAPITIIE VI,
de la lentille, et aplatit celle-ci pendant le relâchement du muscle ciliaire. A la suite d'une contraction du muscle ciliaire et du déplacement en avant de la choroïde (et du corps ciliaire), la périphérie du corps vitré et les origines du ligament suspenseur à l'cquateur oculaire, adhérant toutes intimement à la lace
Fig. 108. — Changements qui surviennent dans le segment antérieur de l'œil lors de l'accommodation (d'après Landolt).
interne de la choroïde et du corps ciliaire, sont poussées en avant (fig. 108); le ligament suspenseur est relâché, et son tiraillement sur l'équateur cristallin diminuant, ce dernier peut se rapprocher 4'autant de sa forme d'équilibre élastique, et devenir plus convexe.
Il reste une difficulté physiologique dans cette théorie de Hehnlioltz. — On ne comprend pas pourquoi le ligament suspenseur du cristallin, constamment tiraillé, ne finit pas par s'allonger. La difficulté n'existerait pas si le muscle ciliaire tendait le ligament suspenseur, c'està-dire si l'accommodation au loin était active. Ceci est impossible, vu la disposition anatomique des parties en question; et du reste nous sentons que quand nous regardons de près, notre œil doit faire un effort, c'est-à-dire que l'accommodation pour les objets rapprochés est l'acte actif.
Rouget a émis l'opinion que les contractions du muscle ciliaire comprimeraient les veines émergentes des procès ciliaires; il y aurait une espèce d'érection de ceux-ci qui les rapprocherait de l'équateur cristallin. Mais les veines en question gagnent la choioïde en se tenant à la face interne du muscle ciliaire, qu'elles ne traversent pas (voir plus loin : nutrition de l'œil).
Amplitude de l' accommodation ou pouvoir accomm.odateur. Terrain d'accommodation. — L'accommodation peut être représentée par une valeur dioptrique, par un certain nombre de dioptries (Dondeus). Soit dans la figure d09 RR' l'écran rétinien, et la lentille C l'ensemble du système dioptrique-d'un œil normal. La distance entre l'écran et la lentille est telle que celle-ci réunit en foyer r sur la rétine des rayons parallèles, venus d'un point X situé à l'infini (très-loin), et cela sans accommoder. Nous pourrions adapter cet œil pour une distance de 20 ctm,, par exemple, en plaçant au-devant de lui une lentille positive de li dioptries positives; cette lentille, que ce soit un ménisque positif A, rend en effet parallèles les rayons partis d'un point Ppr, situé à 20 ctm. au devant d'elle; ces rayons, parallèles au sortir du ménisque, seront maintenant réunis en foyer sur la rétine. Sans la lentille A, ils tendraient à former un foyer conjugué derrière la rétine; ils formeraient sur celle-ci des cercles de difl'usion. A l'aide de la lentille A, cet œil verra donc clairement la source lumineuse située à 20 ctm., en Vpr. — Nous pouvons donc représenter par une valeur
dioptrique, par une lentille positive de 5 dioptries le pouvoir accommodateur de cet œil. Un autre œil voyant clairement depuis une grande distance jusqu'à 8 ctm. aurait de même un pouvoir accommodateur représenté par une lentille positive à distance focale principale de 8 ctm.; c'est-à-dire de {^) près de 15 dioptries. Et ce pouvoir accommodateur, nous pouvons l'employer en tout ou en partie, selon que nous regardons à une distance plus ou moins courte.
Ne pas conlondre le pouvoir accommodateur, une valeur dioptrique, avec le terrain d'accommodation, une valeur linéaire! Le « terrain d'accommodation »
Fig. 109. — Représentation dioptrique du pouvoir accommodateur.
est l'espace compris depuis le punctum proximum Vpr, qui est le point le plus rapproché pour lequel un œil peut encore s'adapter, et le punctum remotum Pr, qui est le point Je plus éloigné pour lequel l'adaptation est possible. Dans les deux cas précités, le terrain d'accommodation s'étend depuis 20 et 8 ctm. jusqu'à l'iiiliiii, avec des pouvoirs accommodateurs de a et de 15 dioptries.
Plus loin nous apprendrons à connaître des méthodes pratiques pour déterminer le punctum proxiraum et le punctum remotum. Pour le moment, il suffit de dire qu'un œil normal, qui a son punctum remotum à l'infini, voit clairement à distance. — Le punctum proximum peut se déterminer en rapprochant de l'œil des fils très-minces (de toile d'araignée) ou des fils métalliques (optomètre à fils). En les rapprochant de plus en plus, l'œil saisit facilement la distance exacte à laquelle ils commencent à s'élargir, à pâlir; à ce moment, l'accommodation est en défaut, elle est impuissante à ramener sur la rétine le foyer conjugué par rapport à une aussi courte distance.
La situation du punctum remotum est donc une fonction de conditions purement physiques des milieux transparents de l'œil, tandis que la situation du punctum proximum est une fonction des contractions du muscle ciliaire. La réfraction de l'œil à laquelle est due la situation du punctum remotum est souvent désignée sous le nom de réfraction statique, en opposition avec la réfraction dynamique, c'est-à-dire l'accommodation. Celle-là existe encore dans l'œil énucléé, et peut encore être déterminée sur le cadavre; ccUc-ci a disparu avec ia vie.
Accommodation suivant les âges. — Des expériences répétées sur des centaines de personnes d'âges diiférents a démontré : a) que le pouvoir accommodateur est sensiblement le même chez toutes les personnes du même âge : b) (ju'il diminue progressivement avec l'âge, et cela déjà
270 CHAI'IJUE VI.
à partir de 10 ans, jusqu'à l'âge avancé, pour devenir nulle vers 70-75 ans. Le punctum proximum recule donc de plus en plus, le terrain d'accommodation se rétrécit à partir de l'œil, et finit par s'effacer à 73 ans, quand l^pr coïncide avec Pr; alors on ne voit plus clairement qu'à de grandes distances. Le tableau suivant indique cette diminution, et la situation du punctum proximum (d'un œil normal) à différents âges.
Age.
Ampliluile (le
Dislancc de V/ir.
l'accomni. l'ii ilioplrics.
un tcnlinièlies.
. . iO