JO
mètre.
Ea réalité dans l'âge avancé, le punctum remotuni recule aussi, « au-delà de l'infiui, « c'eslà-dire que Fœil normal finit par ne plus même \oir clairement à distance, par ne pouvoir réunir en foyer sur la rétine que des ra3'ons convergents.
Une conséquence pratique de ce qui précède, c'est qu'à partir de l'âge de 40-4o ans, un œil normal ne peut plus voir clairement à une distance plus rapprocliée que 2S à 50 ctm., distance à laquelle nous plaçons les objets fins, comme des caractères d'impression : on dit alors (ju'on est devenu presbyte, qu'on est affecté de presbytie ou depresbyopie. La presbytie n'est donc pas une maladie, mais un état physiologique, aussi physiologique que l'apparition de la barbe à un certain âge.
Quant à la cause de cette diminution de l'accommodation par suite des progrès de l'âge, il ne faudrait pas la chercher dans une sénilité précoce du muscle ciliaire, sans exemple dans l'organisation, puisqu'elle commencerait déjà à 10 ans, quand les autres muscles sont en plein développement. La raison en réside dans le cristallin, qui, se racornissant à partir de son centre, et perdant ainsi de son élasticité, ne peut plus se rappi'ocher autant de la forme sphérique. Le doigt ([ui écrase un cristallin âgé de 25 ans sent déjà un noyau central dur; à 75 ans, tout le cristallin est racorni; il est fixé dans une forme déterminée, elles contractions du muscle ciliaire n'ont plus de prise sur lui.
Le racornissement du cristallin est un fait homologue de l'exfoliation superficielle de l'épiderme; les fibres cristallines sont des cellules épidermi({ues transformées; celles qui occupent le centre de la lentille corresjjondent à la surface épidermiciue.
Acuité Visuelle. — L'étude de la réfraction el de raccoinmodation nous mène à |)ai'lcr de Vacuité visuelle, du pouvoir de distinction de I'omI, disons de la rétine. C'est même une question préalable à l'élucidation complète de la réfraction statique et dynamique. — Réduite à sa plus simple expression, l'acuité visuelle, qui est avant tout une fonction rélinienne, consiste dans la distinction, à l'aide de l'organe visuel, de deux points lumineux ou })lutôt de deux iiii|)i'cssions rétiniennes puncliloi'mes.
ORGANE VISl'EL. 271
Fixons deux points noirs a et b sur fond blanc, ou blancs sur fond noir, assez rapprochés l'un de l'autre, et éloignons-nous de plus en plus; il arrivera un moment où les deux points sembleront se confondre, et cela à une distance d'autant plus petite que l'écarlement des points est moindre. Que se passe-t-il entre-temps dans notre oeil? Évidemment (fig. MO) il y a deux points rétiniens éclairés sur fond obscur, ou deux points rétiniens obscurs a et (3 sur un fond éclairé. Ce sont deux images rétiniennes qui se rapprochent de plus en plus
Fig. MO.
à mesure que nous nous éloignons de l'objet, et si les deux impressions rétiniennes se rapprochent au delà d'une certaine limite, l'organe visuel ne les perçoit plus comme distinctes, mais comme une seule impression. Il est clair que le pouvoir de distinction sera d'autant plus grand que les deux impressions rétiniennes peuvent se rapprocher davantage sans confluer pour notre sens intime, et vice versa : l'acuité visuelle est en raison inverse de la grandeur de l'image rétinienne qui est encore démêlée.
Nous ne pouvons pas aller mesurer la grandeur des images rétiniennes, ou plutôt l'écarlement entre les deux points rétiniens éclairés, mais la grandeur de l'image rétinienne se calcule aisément (voir page 261) si on connaît la grandeur de l'objet et sa distance à l'œil. Souvent on se dispense même de calculer la grandeur de l'image rétinienne, et on n'envisage que Vangle visuel, l'angle akb formé par les lignes qui joignent les points extrêmes de l'objet au centre optique de l'oeil, ou aussi à l'oeil tout simplement. A une même grandeur de l'image rétinienne correspond toujours le même angle visuel. A mesure que nous nous éloignons de nos deux points objectifs, l'angle visuel décroît, et pour une valeur limite de cet angle, les deux points se confondent.
Plus l'angle visuel sous lequel se présentent les deux points peut devenir petit sans qu'ils se confondent, et plus l'acuité visuelle sera grande : l'acuité visuelle est donc aussi en l'aison inverse du plus petit angle visuel sous lequel nous distinguons encore deux points.
On l'cniarquera aussi que la même image rétinienne a^ (fig. IJi), peut être produite par des objets de grandeurs très-diverses, AB, A'B' etc., placés à des distances différentes; il faut seulement que l'angle visuel soit toujours le même.
La grandeur d'une image rétinienne n'a donc aucun rapport direct avec la grandeur de l'objet, puisque le même objet peut produire des images rétiniennes de grandeurs Irès-divcrses, et que des objets de grandeurs très-inégales peuvent produire la même image rétinienne. ÎVous ne uoyoMs donc pas les objets sous leur grandeur véritable; nous les voyons sous une grandeur angulaire; mais nou^i jugeons de leur grandeur réelle à l'aide de toutes sortes de moyens non contenus dans l'impression rétinienne, comme du reste nous le verrons plus loin.
CHAinr.E VI.
L'expérience a prouvé que la généralité des hommes distinguent encore deux points sous un angle visuel d'une minute; cet angle a été adopté comme une
Fig. m.
moyenne, bien que chez beaucoup de personnes il descende à une demi-minute. Les personnes qui ne distinguent plus deux points sous un angle d'une minute ont une acuité visuelle défectueuse. Un angle visuel d'une demi-minute correspond à une grandeur rétinienne de 5-4 mikromillimètres, c'est-à-dire à 5-4 cônes dans la fovea centralis.
Cette question du plus petit angle visuel nous mène directement à celle (entamée déjà à la page 2^7) de savoir quels éléments rétiniens sont impressionnés par la lumière. En effet, pour que deux images rétiniennes punctiformes restent distinctes pour le sens intime, il faut que les éléments rétiniens sensibles à la lumière soient en aussi grand nombre et aient des dimensions aussi petites que l'exige le plus petit angle visuel. Les cônes et les bâtonnets satisfont à cette exigence dans la fovea centralis, sur laquelle se forment toujours les images des objets que nous fixons. — On pourrait même s'attendre à trouver une acuité visuelle encore plus grande que celle qui correspond à un angle visuel d'une demi-minute ; ce dernier en effet correspond à o-i cônes de la fovea centralis. A cela on a répondu que pour que deux impressions rétiniennes soient perçues comme distinctes, il ne sudit pas qu'elles touchent deux cônes voisins (fig. 112, 1 et 2), car une source lumineuse d'intensité double c, formant son image entre les deux cônes S et 6, ou plutôt sur les deux, produiraient le même effet; il faut que les deux impressions soient séparées par un cône non éclairé, ou moins éclairé que les deux autres.
Une question différente de la précédente est celle de V unité photo-sensible de la rétine. Les imperfections dioptriqucs de l'œil (astigmatisme irrégulicr, voir plus loin) et la didlraction de la lumière sur le bord pupiUaire de l'iris rendent toujours plus ou moins diffuse l'image rétinienne d'un point lumineux. On a calculé qu'en vertu de ces imperfections du système dioptrique de l'œil, l'acuité visuelle ne pourrait pas être supérieure à ce qu'elle est, même en supposant que chaque cône soit composé à son tour d'un certain nombre d'éléments sensibles, distincts l'un de l'autre (Alt.mann). La question de V « unité rétinienne photo-sensible » n'est donc pas résolue par ce qui précède, et le fait que l'acuité visuelle réellement observée coïncide avec le maximum qui est possible avec les imperfections du système dioptrique, ne prouve rien en cette question. — Dans un travail récent"), je crois avoir démontré ((u'cn réalité chaque cône de la macula lutea, se compose de plusieurs unités photo-sensibles. Les preuves sont tirées de certains phénomènes de vision cntoptique, dont l'exposé nous entraincrait trop loin.
Fi". 112.
(I) Arch. de Biolog., 188ô.
L'acuilc visuelle est de plus une fonction de l'indépendance fonctionnelle des unités rétiniennes photo-sensibles (dans la fovea cenlralis).\\ ne suffit pas.qu'il y ait des points rétiniens sensibles à la lumière en assez grand nombre, et ramassés en un assez petit espace; il faut encore que l'influx nerveux provoqué par la lumière dans un de ces points soit conduit isolément à travers les diverses couches rétiniennes jusque dans les centres psychiques. Ce côté anatomique de la question est à peu près totalement inconnu encore. Salzer \I880) évalue à 5,562.210 le nombre des cônes et des bâtonnets dans une rétine humaine, et à -^38,000 celui des fibres du nerf optique. Il y aurait donc 7 éléments rétiniens pour une fibre du nerf optique. Krausc trouve un nombre plus considérable de fibres nerveuses dans le nerf optique, mais toujours de beaucoup inférieur à celui des cônes et des bâtonnets. L'indépendance fonctionnelle de tous les cônes et de tous les bâtonnets serait donc impossible, à moins d'admettre dans chaque fibre nerveuse plusieurs fibrilles pouvant conduire isolément. — Il se pourrait aussi que dans la fovea centralis chaque cône fasse suite à une fibre nerveuse distincte, tandis que sur la périphérie rétinienne plusieurs cônes et bâtonnets seraient reliés à une seule fibre nerveuse.
En pratique oculistique, on se sert non pas de deux points, mais de lettres et de figures imprimées pour déterminer l'acuité visuelle. Celle-ci constitue un élément précieux de diagnostic pour beaucoup de maladies oculaires, notamment de la rétine. On admet qu'un œil à acuité visuelle normale distingue des caractères d'impression ordinaires sous un angle de 5 minutes (Snellen).
La raison en est que la distinction des lettres revient à distinguer en somme 3 points suivant la hauteur, et 3 suivant la largeur des lettres. Cela est assez facile à voir pour les lettres majuscules O, C et G- Pour distinguer le O par exemple du Q, il faut distinguer si à droite, dans le cinquième environ de toute la hauteur de la lettre, le contour est fermé ou non. — On conçoit du reste que ce ne soit pas là une mesure rigoureuse; mais elle a été trouvée suffisante pour la pratique oculistique.
On peut évidemment faire cette constatation de très-loin et de très-près; il faut seulement qu'on ait à sa disposition d'assez grandes et d'assez petites lettres pour qu'à des distances diverses, elles se présentent sous un angle de S minutes. Snellen a fait imprimer d'après ce principe des « échelles visuelles ». Les différents types portent des numéros indiquant les dis-tances auxquelles ils se présentent sous un angle de 5 minutes. A une distance plus grande que celle indiquée par leur numéro, les caractères ne sont plus reconnus parce qu'ils se présentent sous un angle plus petit que 3 minutes; à la distance voulue, ils ne sont plus reconnus pour peu que l'œil ne soit pas exactement accommodé pour leur distance; leur petitesse est telle, qu'ils cessent d'être reconnus dès que leur image rétinienne présente le moindre cercle de diffusion.
On comprend d'après cela l'utilité de ces échelles visuelles en oculistique, pour la détermination du punctum remotum et du punctum proximum, c'està-dire de l'amplitude d'accommodation et de l'état de réfraction. Un œil normal devra reconnaître de grandes lettres à la distance à laquelle elles se présentent sous un angle de 3 minutes; on se contente de placer des lettres de i^randeurs convenables à 5 ou à 6 mètres; un œil qui les reconnaît a une acuité visuelle normale, et son punctum remotum est à l'infini. Pour la détermination du punctum proximum, il importe de se tenir à l'abri de la cause d'erreur suivante. Le numéro qui à 23 ctm. se présente sous un angle de 3 minutes ne sera pas reconnu à 23 ctm., si l'accommodation n'est pas parfaite pour cette distance. Mais des caractères plus grands pourront être reconnus à cette distance, malgré les cercles de diffusion; la grandeur de l'image rétinienne est alors telle que celle-ci tolère des cercles de diffusion : on reconnaît les caractères à
2/ t ClIAIM'lHli VI.
iaiilc dune image rëtiiiieaiie difl'usc. Voilà pourquoi il l'aut, surtout dans la détermination du punctum proximum, choisir pour chaque distance les caractères qui à cette distance se présentent sous un angle de 3 minutes : nous l'avons déjà dit, les images rétiniennes d'objets vus sous l'angle limite ne comportent pas le moindre cercle de diffusion.
Il ne faut pas confondre Tacuilé visuelle avec la sensibilité de la rétine à des différences d'éclairage. On reconnait la préseuce d'un objet à des distances où certes il se présente sous un an"le plus petit qu'une demi-minute, pourvu qu'il y ait une assez grande diflérence d'éclaira;TC entre lui et le fond. Les étoiles sont vues encore sous un angle nul, à des dislances nui se clnlfient par millions de lieues. Nous pouvons nous imaginer une rétine dans laquelle l'indépendance ibnclionnelle des cônes et des bâtonnets, c'est-à-dire le pouvoir de distinction aurait seul souffert. Elle servirait à reconnaître la présence d'une étoile aussi bien qu'une rétine normale ; seulement elle distinguerait imparfaitcmenl deux étoiles voisines. Tel serait le cas si les cônes et les bâtonnets avaient conservé leur sensibilité, mais si la conduction de l'influx nerveux vers les centres n'était plus aussi isolée qu'à l'état normal.
A propos des faits de contraste simultané (p. 24-5) et d'irradiation (p. 24.7), nous avons vu que réellement la conduction isolée depuis les cônes et bâtonnets jusque dans les centres n'a pas lieu toujours, que l'excitation née dans un de ces éléments peut irradier sur le domaine des éléments voisins. Cela a lieu peut-être déjà dans les coucbes rétiniennes internes.
Champ visuel. Punctum coecum.. — L'acuité visuelle que nous venons de définir est celle de la vision dite directe, quand nous « fixons » l'objet que nous voulons voir. L'objet fixé forme son image dans la fovea centralis et dans son entourage immédiat. Mais pendant que nous tenons le regard immobile sur un point, nous voyons encore beaucoup d'autres objets. On a donné le nom de « champ visuel » (monoculaire) à l'ensemble des points que nous voyons pendant que le regard (d'un œil) reste fixé sur un seul point. Ce champ visuel occupe à peu près tout l'hémisphère de l'espace situé au devant de nous. On distingue la visio7i directe, qui se fait avec la foveu cenlralis, de la vision indirecte, qui se fait avec le reste de la rétine.
Un fait qui ne manque pas de surprendre à sa première constatation, c'est la grande défectuosité de la vision indirecte. Qu'on tienne le regard immobile sur une lettre de cette impression, on distinguera à peine 5-6 lettres dans les diverses directions; le reste n'est pas reconnu. On ne distingue ces lettres que dans une étendue du champ visuel correspondant à un angle de 5°environ; un angle de 5° correspond environ à la fovea centralis. Avec un écart du point de fixation de 30°-3y°, on ne compte plus les doigts à un mètre de distance. — La vision avec la macula lutea, et surtout avec le reste de la rétine, est donc très-défectueuse. — Et cependant la vision indirecte est de la plus haute importance; elle sert à Vorientalion, tandis que la vision directe sert à voir. A l'aide de la vision indirecte, nous remarquons la présence de quelque chose, surtout d'un mouvement insolite, et vite nous y dirigeons le regard pour voir. Sans la vision indirecte — et ce cas se présente dans certaines maladies oculaires — , on serait dans le cas d'un individu qui voudrait se conduire dans la rue en regardant à travers un long tube étroit. — L'état inverse, c'est-à-dire l'absence de la vision directe, s'observe assez fréquemment : un tel individu s'oriente normalement dans la rue, mais ne distingue rien, pas même les traits de son interlociileur.
La vision indirecte est donc de la plus liante importance. Très-défectueuse quand il s'agit de distinguer deux points voisins, c'est-à-dire pour « reconnaître les formes », elle est au moins aussi apte que la vision directe pour reconnaître la présence d'un corps (voir page 2ôu), surtout si ce dernier est volunn'neux et s'il se meut (Exner), c'est-à-dire si l'éclairage d'une partie rétinienne varie, ou si cet éclairage est intermittent (Delboeif). Nous ne remarquons pas les doigts placés aux confins du champ visuel; mais dès que nous les déplaçons, nous remarquons le mouvement de quelque chose : pour « voir » ce que c'est, nous }• dirigeons le regard.
Nous connaissons donc un point remarquable dans le champ visuel, le point de fixation, correspondant à la fovea ceniralis. Il y en a un second, très-remarquable, mais moins important : le « punctuin cœciim », taclie aveugle ou tache de Mariotte. Comme son nom l'indique, nous ne voyons rien à ce niveau dans
Fig. 113. — Démonstration de la tache aveugle du champ visuel.
notre champ visuel. On peut s'en convaincre en fixant de l'œil gauche (le droit ('tant fermé) et à la distance de 50ctm. environ la croix blanche de la figure 115 : la large tache blanche disparaîtra, et le fond noir y semblera continu. Une telle tache aveugle existe également dans l'œil droit, en dehors et un peu en bas du point de fixation. Elle correspond à l'entrée du nerf optique dans l'œil, à la papille du nerf optique (située en dedans et un peu en haut de la fossette centrale). Les objets extérieurs qui forment leurs images sur la papille ne sont pas perçus.
La pratique oculisti({ue a besoin d'une mensuration exacte du champ visuel.
Fig. [I4f. — Schéma des expériences périmélriques.
Une première orientation sur son étendue s'obtient en se plaçant au devant et assez près d'un tableau ï (fig. 1 14) dont on fixe continuellenuMil un point a; on avance de la périphérie du champ visuel un objet lumineux vers le point de fixation, et on marque sur le tableau l'endroit où l'objet commence à devenir visible. On répète cela dans plusieurs méridiens, et en joignant les marques successives on ilélimite \u\ cham]) plus ou moins circulaire, disposé autour du
point de fixation : on obtient ainsi une projection du champ visuel sur le tableaii. La grandeur de cette projection dépendra naturellement de la distance à laquelle l'œil est placé devant le tableau. — Mais c'est là une délimitation assez défectueuse du champ visuel. Ce qu'on veut obtenir en effet, c'est de se former une idée sur le fonctionnement de la rétine; on veut par exemple savoir à quelle zone rétinienne correspond une lacune anormale dans le champ visuel. Dans la figure 114 on voit qu'à des grandeurs égales de la rétine, ou à des angles visuels égaux correspondent des étendues très-inégales du tableau. A une portion périphérique de la rétine correspond une étendue beaucoup plus grande du tableau qu'à une portion entourant la macula lutea. Les grandeurs ab et ac du tableau ne se comportent pas comme les angles visuels, mais comme
Fig. IIJ). — Schéma du champ visuel et ilcs champs de couleurs de l'œil gauche
(d'après Landolt).
les tangentes de ces angles. Ensuite, en supposant (ce qui est le cas) que le champ visuel s'étende dans l'une ou l'autre direction à plus de 90°, ce procédé ne permettrait pas d'en déterminer les limites. On arrive mieux à ses fins en relevant le champ visuel à l'aide du périmètre, consistant en un cerceau C, (fig. Hi) mobile autour d'un pivot, et dans le centre de courbure duquel on place l'œil à examiner. L'œil fixe le milieu a du cerceau pendant que de la périphérie on avance un objet lumineux vers le point de fixation. L'angle limite du champ visuel, quand l'objet devient visible, se lit sur une graduation du cerceau. On répète cette manœuvre dans difKrenIs méridiens (en tournant le cerceau autour de son axe horizontal), et on obtient la grandeur angulaire «lu champ visuel. — Les résultats obtenus peuvent s'inscrire dans un schéma
représentant une projection d'une splière. Le centre (fig. 113) correspond au point de fixation. Les cercles concentriques autourdu point de fixation correspondent à des angles d'écart de 10" en 10°. La ligne externe, pleine, de cette figure, non concentrique autour du point de fixation, indique les limites du champ visuel (de l'œil gauche de Landolt), en dehors à 95°, en haut à 55°, en dedans à 47°, et en bas à 65°. Tous les champs visuels lui ressemblent sensiblement. Il est donc loin d'être circulaire. En dehors, il s'étend à plus de 90", dans les autres directions il n'atteint pas les 90°. Du côté temporal, la partie rétinienne sensible a la lumière s'étend moins loin que du côté nasal; une zone rétinienne plus périphérique ne servirait qu'à voir notre nez.
On a beaucoup discuté sur la raison de cette énorme différence de l'acuité visuelle centrale et l)ériphérique. Une plus grande distance entre les éléments rétiniens sensibles à la périphérie n'en est pas la raison; il est vrai que les cônes sont plus minces dans la fovea cenlralis, mais pas au point d'expliquer cette énorme différence. — On pourrait croire que les cônes seuls sont setisibles à la lumière : ils existent seuls dans la fovea centralisa et sont très-rares à la périphérie. Biais beaucoup d'animaux n'ont que des bâtonnets dans la rétine; et tout nous porte à croire que les bâtonnets servent aussi à la vision, à peu près au même titre que les cônes. — On admet généralement une explication basée sur ce que nous avons dit plus haut (p. 275) de l'indépendance fonctionnelle des cônes et des bâtonnets. Il se peut que chaque cône de la fovea centralis ait sa fibre nerveuse propre, tandis que dans la périphérie rétinienne, plusieurs cônes et bâtonnets aient une fibre nerveuse en commun. La grande accumulation des cellules nerveuses autour de la fovea centralis (fig. 93) parle dans le même sens. Chaque cellule nerveuse étant en rapport avec une fibre nerveuse, celles-ci se terminent donc en plus grand nombre en cet endroit, en proportion du nombre des cônes. Et puis, fait significatif encore, ces cellules, à prolongements périphériques multiples dans le reste de la rétine, sont bipolaires autour de la fovea centralis.
Nous avons vu que la tache aveugle ne se fait pas remarquer dans notre champ visuel comme une tache noire, et que le champ visuel y paraît plutôt comme continu, sans que cependant nous y voyions quelque chose. Nous n'y voyons pas du noir, car si on emploie une figure ou la croix et le cercle de la figure 153 sont noirs sur fond blanc, nous voyons le fond blanc uniforme au niveau de la tache aveugle. — Si nous fixons un papier portant un dessin quadrillé, le dessin parait se continuer sur la tache aveugle. Cela prouve que notre es'prû comble l'espace de la tache aveugle en y prolongeant la surface du fond environnant.
En temps ordinaire, nous ne remartiuons pas cette tache, pas plus que nous ne remarquons les objets qui se trouvent en repos à la périphérie du champ visuel. La tache de Mariotle est certes l'objet le plus fixe (par rapport à notre corps) qui se trouve dans notre champ visuel ; et dans ses environs, l'acuité visuelle est aussi défectueuse qu'aux dernières limites du champ visuel. Cette explication du fait que nous ne remarquons pas la tache aveugle nous parait seule plausible. En réalité, la tache aveugle nous fait l'impression que nous avons de l'esiiacc situé derrière notre tète : nous n'y voyons rien, ce qui n'est pas du tout du noir.