AMÉTROPIE. ANOMALIES DE LA RÉ FRACTION C
Emmétropie, myopie, hypermétropie. — Avec les notions précédentes sur l'acuité visuelle, nous avons des moyens pratiques pour déterminer le punctum remotum, qui nous donne l'état de la réfraction statique, et le punctum proximum, qui nous donne l'état de la réfraction dynamique, de
(1) C'est à DoNDEns que nous devons presfjuc tout ce que nous savons de l'amétropic. C'est lui qui a distingué l'hypermétropie de la presbyopie. Ses travaux, ainsi que ceux de ses élèves, sont résumés dans son travail d'ensemble : Anomalies of Accom. and Refract. Traduction allemande de 1870.
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l'accommodation. Nous sommes à même de compléter ce que nous avons dit de la réfraction et de l'accommodation.
Nous avons envisagé dans ce qui précède uniquement l'œil normal, celui dont la rétine se trouve dans le plan focal principal du système dioptrique, celui qui en vertu de sa réfraction statique est adapté pour de grandes distances. En réalité, peut-être le quart des yeux ne répondent pas à cette définition d'un œil normal, sans que cependant on puisse y voir rien de pathologique.
Il y a d'abord une catégorie très-nombreuse d'yeux qui ne voient bien à distance qu'à la condition de regarder à travers une lentille négative plus ou moins forte. Cela revient à dire que dans ces yeux le foyer principal du système dioptrique tombe non pas sur la rétine, mais en avant de la rétine. Sans verre correcteur, cet œil voit mal à distance; les images rétiniennes d'objets trèséloignés sont diffuses. En le munissant d'un verre négatif, nous avons évidemment allongé la distance focale principale du système combiné : verre négatif H- milieux de l'œil ; nous avons refoulé le foyer principal sur la rétine, puisque avec le verre négatif, la vision d'objets éloignés est devenue distincte. En d'autres mots nous avons adapté cet œil pour l'infini. Les yeux de cette espèce sont dits myopes, et on nomme myopie (de puîiv, clignoter, ce que font les myopes pour regarder) l'état de réfraction statique de ce genre.
Une seconde catégorie d'yeux voient bien à distance à travers des verres convexes. Le foyer principal de leur système dioptrique est situé derrière la rétine, puisque nous raccourcissons la distance focale en munissant l'œil d'un verre convexe. Dans le jeune âge, les yeux de ce genre, dits Ayperméïrope.s' [hyper mèlropie) voient bien à distance, parce qu'ils accommodent, parce que leur réfraction dynamique ramène sur la rétine le foyer principal.
Au point de vue dioptrique, un œil normal, cmmélrope (entmétropie), est adapté pour l'inlini (autrement dit pour très-loin) en vertu de sa réfraction
statique; sans accommoder, il réunit en un foyer /"(fig. H6) sur la rétine des rayons homocentriques parallèles, provenant de très-loin, — Vu œil myope a son foyer principal f au devant de la rétine; l'image rétinienne d'un point lumineux très-éloigné n'est pas un |)oint, mais un cci'cle de diffusion mm'; l'œil est ada|)té, en vertu de sa réfraction sliiti([ue, pour une distance finie; sans accommoder, il réunit en foyer sur sa rétine des rayons homocentriques divergents. — Un ifiW hypermi-trope a son foyer princii)al /" en arrière de la rétine; l'image
ORGAMi: VISUliL.
rclinicniic d'un point lumineux très-éloigné (si l'œil n'accommode pas) n'est pas non plus un point, mais un cercle de diffusion hh'; l'œil n'est adapté, en vertu de sa réfraction statique, pour aucun point réel (ne peut voir clairement ni de loin, ni de près); il réunit en foyer sur sa rétine des rayons homocentriques convergents — et il n'y a pas de tels rayons dans là nature, à moins qu'ils n'ayent passé à travers une lentille positive.
Évaluation et correction de l'amétropie. — Les degrés de la myopie et de l'hypermétropie étant très-divers, il importe de pouvoir les mesurer et les comparer. De même que l'accommodation, on peut représenter Vamétropie — terme générique comprenant la myopie et l'hypermétropie, en opposition avec emmétropie — par une valeur dioptrique.
Soit A (fig. 147) un œil myope. Des l'ayons parallèles (partis d'un point très-
Fig. H7.
(•loigné) rormoiit leur foyer /" au devant de la rétine; l'image rétinienne «,3 d'un point lumineux très-éloigné sera un cercle de diffusion ; l'image rétinienne d'un objet très-éloigné sera diffuse. Soit (fig. B) T?r (piinctum remotum) \e point ic plus éloigné que cet œil peut voir clairement. Les ravons partis de Vr se réunissent donc en un foyer conjugué sur la rétine; un objet situé à la même distance sera vu distinctement. Pour que des rayons parallèles, venus d'un point très-éloigné, se réunissent en foyer sur la rétine, il faut (C, fig. 117) placer au-devant de l'œil un verre négatif qui rende divergents les rayons parallèles, comme s'ils arrivaient du point Pr. Le verre qui produit cet effet corrige la myopie : il permet à cet œil myope de voir à distance, — Un œil myope qui voit bien à distance à travers une lentille négative de 4, 0, 6 etc. dioptries a en* quelque sorte 4, 5, 6 dioptries positives de trop pour être emmétrope. On dit qu'il a une myopie de 4, 5, 6 etc. dioptries.
Soit ensuite un œil hyper mélrope. Des rayons parallèles (fig. 118, A), partis d'un point très-éloigné, tendent à former leur foyer f en arrière de la rétine,
si cet œil n'accommode pas. L'image rétinienne aj3 d'un point très-éloigné sera un cercle de diffusion, et l'image rétinienne d'un objet éloigné (et plus encore d'un objet rapproché) sera diffuse. Et pour que cet œil voie bien à distance sans accommoder, il faut placer au devant de lui (fig. B) une lentille positive qui rende convergents les rayons partis d'un point éloigné, de manière à ce qu'ils se réunissent en foyer sur la rétine. Le verre qui produit cet effet corrige
Fig. 118.
l'hypermétropie. — A un œil qui voit encore bien à distance à travers une lentille positive de 4, 5, 6 etc. dioptries, il manque 4, 5, 6 etc. dioptries pour être emmétrope. Il a une hypermétropie de 4, 5, 6 etc. dioptries.
Un œil myope est donc, en vertu de sa réfraction statique, en état de réunir en fover sur la rétine des rayons homocentriques divergents. L'œil hypermétrope réunit en foyer sur la rétine, en vertu de sa réfraction statique, des rayons homocentriques convergents. Et comme il n'y a pas de ces derniers rayons dans la nature, il s'en suit que sans accommoder l'hypermétrope ne saurait rien voir clairement.
Remarque relative à la manière dont on détermine l'amé-
tropie. — Ordinairement on place l'œil à examiner à S ou 6 mètres des caractères qui à cette distance se présentent sous l'angle limite, et on cherche le verre qui permet de les lire; ce sera le verre correcteur. Seulement, s'il s'agit de myopie, il faut avoir soin de ne pas dépasser cette force du verre. Soit en effet une myopie de 6 dioptries ; cet œil verra encore bien à travers — 7D, parce qu'il accommodera d'une dioptrie. Il faut donc chercher le verre le plus faible avec lequel le myope voit à distance, sinon on le forcerait d'accommoder, même à distance ; on le mettrait dans le cas d'un œil hypermétrope.
Pour les yeux hypermétropes, il faut prendre une précaution opposée. Un jeune hypermétrope de G dioptries verra bien à distance avec -{-il) par exemple, mais il doit encore accommoder de 2D. Il faut donc, pour corriger intégralement l'hypermétropie, donner le verre positif le plus fort avec lequel on peut voir à distance. Ceci est quelquefois difficile, car les hypermétropes, forcés qu'ils sont depuis leur naissance à accommoder toujours pour voir, même à distance, rclûclient difficilement leur muscle ciliaire : l'intention de voir quelque chose sullit pour le faire contracter d'une manière inconsciente, forcée en quelque sorte.
Causes anatomiques de l'amétropie. — Ce qui précède renferme une définition dioptriquc de l'cmmétropie, de la myopie et de l'hypermétropie. Quelles sont les raisons anatomiques de ces différents états de réfraction statique? — A priori, une différence dans la force réfringente (dans les rayons de courbure des surfaces réfringentes ou dans les indices de réfraction des milieux par exemple) pourrait produire ce résultat, la longueur de l'œil étant la même
OUGA-NE VISUEL. 281
pour les Irois états de refraction : un œil myope aurait un système dioptrique plus fort, un œil hypermétrope l'aurait plus faible que l'œil emmétrope. Mais il est clair que le même effet pourrait être obtenu si, le système dioptrique étant
Fig. Jiy. — Sclifiiiu (les yeux emmétrope, myope et liyj)ermétrope. La rétine de l'œil emmélrope E se trouve dans le plan local principal du système dioptrique ; celle de l'œil myope M se trouve en arrière, celle de l'œil hypermétrope II se trouve en avant du même plan local.
le luènie dans les trois cas, la longueur de l'œil variait. L'expérience a prouvé qu'en fait la dernière hypothèse est toujours réalisée : « œil myope » est donc synonyme d' « œil trop long », et 1' « œil hypermétrope » est un « œil trop court » pour la force réfringente du système dioptrique, qui est la mèinc dans les trois cas.
Accommodation dans les trois états de réfraction statique. — Pour un même âge, le pouvoir accom'modateur est le même dans les trois états de réfraction. Mais il n'en est pas de même pour le terrain d'accommodation, et c'est à cette circonstance que sont dues la plupart des particularités de la vision chez les myopes et chez les hypermétropes. Pour fixer les idées, envisageons trois yeux à l'âge de 20 ans, c'est-à-dire ayant dix dioptries d'accommodation, mais l'un emmétrope, le second ayant une myopie de (iD, et le troisième une Jiypermétropie de 6D.
L'emmétrope (E, fig. 120), peut en vertu de son accommodation, ajouter à son système dioptrique une lentille positive de 10 dioptries. Son punctum proximum est à (^) 10 ctm. au devant de l'œil. Son terrain d'accommodation t.a. s'étend de 10 ctni. au-devant de l'œil à l'infini.
L'œil (M, fig. 120) qui a une myopie de 6 dioptries est dans ic cas d'un œil emmétrope muni d'une lentille positive de 6U; son punctum remotum est donc ;, (lip) 17 ctm. environ au devant de l'œil. Mais cet œil, qui a déjà G dioptries de trop en vertu de sa réfraction statique, peut encore y ajouter les 10 dioptries de son accommodation. G -t- 10 ^ 16 dioptries positives, portent le puncluni proximum h {^) ij ctm. au devant de l'anl. Le terrain d'accommodation s'étend depuis 6 ctm, à 17 ctm. seulement,
L'a'il hypermétrope (H, fig. 120) de 6D les a de trop peu; pour voir à distance, il emploie déjà G dioptries des 10 dioptries d'accommodation dont il dispose en tout; il ne lui en reste donc plus que 4 pour ramener le punctum pvoximuiii en deçà de l'inlini; ce qui porte le Vpr. à (-4^) 2y ctm.
il ô()
r.iiAriïiiii; vi.
Au même âge, \e punvlum proximum d'uii œil isiyope est donc plus près de l'œil, celui de l'œil hypermétrope est plus loin de l'œil que dans l'emmétropie.
Il esî intéressant de poursuivre le terrain d'accommodation, c'cst-à-dirc la situation du piniclumproximiim, aux différents âges. — A mesure que l'accommodation diminue, Py»' s'éloigne de l'œil, et finit par se confondre avec Pr, une limite qu'il ne peut pas dépasser. Nous connaissons déjà les conséquences de ce fait au point de vue de la vision dans l'emmétropie : nous avons vu la preshyopie survenir à 40-4o ans chez les emmétropes. — Notre myope de GD conservera toujours son punctum remotum à 17 ctm.; il verra toujours clairement à cette distance, et ne remarquera guère la perte de son accommodation. Pour voir à 2j ctm., il devra même munir son œil d'un faible verre négatif. Un myope de -^-4 dioptries (Pr à 25-55 etm.) est même, pour la vision lie près dans de meilleures conditions que l'emmétrope : il pourra lire les caractères d'impression ordinaires jus(iue dans i';îgc le plus avancé.
Fig. I2(). — ScluMiiiis (les lorrains (ruccoiniiiodalinu dans renuncU'opie E, la myopie M, et rii}pcrin,'!!'0|)ie II (toutes les deux de (i dioptries) < a terrain d'aecomiiiodation j Fpr punclu/ii j)/-i)j:iiinun ; l'r puttcturn raimitum.
Enfin, lui cas curieux est celui d'une myopie faible, de ID par exemple, dont Vr est à 1 mètre, et qui demande, pour la vision de très-loin, un verre négatif de 1 D. A 75 ans et déjà auparavant, cet (cil ne dispose plus de 1-2 D d'accommodation; il ne peut plus ramener Py>r jusqu'à 21» ctm., distance ordinaire (le la lecture; pour lire, il a besoin d'un verre convexe, et d'un verre négatif |)our voir de loin : il est presbyte et myope à la fois. — Enfin, l'hypern)étro[ie de 6D verra reculer Ppr au-delà de 25 ctm. à un âge moins avancé ([ue l'emmétrope, quel(|uefois déjà à 20 ans etjnoins; il deviendra presbyte dans son je.i.uK! âge; ilaiis sa vieillesse, il ne pouri-a |)lus voir sans verre positif ni de pi'ès, ai de loin.
OUf.ANK VISUUI.
Une particularité de l'œil hypcriDctropc qui donne lieu à la plupart des plaintes des hypermétropes, est la suivante. Nous venons <lc voir que l'hypermétrope doit déjà accommoder pour voir à distance; il accommode donc presque toujours à l'état de veille, alors (juc l'emmétrope n'accommode que quand il veut voir de près, et que le myope a encore moins besoin d'accommoder. Le muscle ciliaire de l'hypermétrope est donc e]\ez l'homme éveillé dans un état de contraction à peu près continu. Il est dans le cas du muscle deltoïde d'un enfant que son magister a condamné à tenir pendant un quart d'heure par exemple le bras en l'air : au commencement cela paraît un jeu; puis le muscle se fatigue, le bras retombe et est relevé aussitôt, le muscle devient très-douloureux, etc. De même aussi dans l'hypermétropie, surtout dans la vision de près : la lecture, par exemple, marche bien d'abord, puis le muscle eiliaire se relâche, et une innervation motrice plus énergique y remédie : les caractères d'impression palissent, s'entremêlent; enlin, la contraction du muscle eiliaire devient douloureuse, et ces douleurs irradiées dans le front constituent un mal de tête revenant à chaque essai de lecture. On a donné le nom d'asiluhiopie à ces troubles de la vision, à une époque où l'on n'en connaissait ni la raison, ni la manière d'y remédier à l'aide de verres positifs. Souvent à l'âge de 15 et même de 12 ans déjà, une hypermétropie de 4D seulement donne lieu aux phénomènes d'asthénopie, quand il y a certes plus d'accommodation (ju'il n'en faut pour ramener Ppr à 25 ctm. Cela tient à ce que le muscle ciliaire est dans uii état de contraction permanente. Ces plaintes se produisent ordinairement chez déjeunes étudiants, et cela se comprend. — Les hypermétropes deviennent donc parfois presbytes déjà à l'âge de 12 ans.
La correction de la myopie et de Fiiypermétropie par des verres négatifs et positifs a fait d couvrir quelques faits intéressants touchant l'innervation du muscle ciliaire. La contraction de ce muscle est un acte volontaire ; et cependant depuis la naissance on a tellement pris l'habitude d'accommoder pour la dislance à laquelle on converge des deux yeux — la convergence éiant aussi un acte volontaire — , que nous ne savons plus guère nous empêcher d'accommoder pour le point de convergence qui varie à tout moment. L'innervation de l'accommodation s'est associée d'une manière si intime à l'innervation des deux muscles droits internes, qu'elle est devenue involontaire. Et cette association varie d'un individu à l'autre. L'emmétrope n'accommode pas avec le parallélisme des deux lignes visuelles, dans le regard au loin, mais bien de 6 dioptries quand il converge pour une distance de 17 ctm. Le myope n'accommode pas avec le parallélisme des deux lignes visuelles, il n'accommode pas même avec une convergencipour une distance de 17 ctm., si sa myopie est de 6 dioptries; pour lui l'accommodation ne commence qu'avec une convergence plus forte que pour 17 ctm., et elle est fatalement d'autant plus forte que la convergence est plus forte. L'hypermétrope de 6 dioptries accommode nécessairement de 6 dioptries avec le parallélisme des deux yeux (si en même temps il a la volonté de voir). — Pour une convergence donnée, le degré d'accommodation est donné ipso facto, mais il est variable d'individu à individu.— C'est là un exemple remanjuable d'une association acquise (par l'individu) de deux innervations motrices qui dans le pi'incipe sont volontaires toutes les deux. Avec un peu d'exercice, on parvient cependant à rom|)re cette association si intime, et à en établir une autre. En portant des verres négatifs, on finit par accommoder davantage pour une convergence donnée; en portant des verres positifs, on finit par accommoder moins pour une convergence donnée. Mais ce résultat n'est souvent obtenu qu'à la longue, et il importe de tenir compte de ce fait en corrigeant une amélropie.
Un fait similaire se présente dans la correction de la myopie : si elle est de 6D et si nous la corrigeons, cet individu devrait accommoder, contre son habitude, de CD pour voir à 17 ctm.; et cette nouvelle accoutumance ne s'acquiert qu'à la longue, il s'en suit que bien souvent les ami'lropes ne se déclarent pas satisfaits immédiatement des verres (fui corrigent complètement leur amélropie, surtout lorsque leur amctropie est forte.
ciiAi'iTnn VI.
?soiis pouvons voir clairement des deux yeux un objet situé à 20 ctin. par exemple; nous le verrons encore ciairement en mettant au devant de chaque œil un verre positif de 2D et même plus fort; mais il faut quelques instants avant qu'il paraisse nettement. La convergence est la même dans les deux cas; mais dans le second, le muscle ciliaire s'est relâché. — Des physiologistes sont même arrivés à accommoder au maximum avec les lignes visuelles parallèles, et à relâcher tout à fait le muscle ciliaire avec une forte convergence.
II y a plus, l'innervation d'un muscle ciliaire est plus ou moins indépendante de celle de son congénère. Dans les cas de réfraction statique inégale dans les deux yeux (anisomélropie), souvent un œil accommode plus que son congénère.
ASTIGMATISME.
Le nom d'astiginatisme (à privatif, o-ny/xa, point) s'applique à différents états de réfraction dont le caractère commun est, qu'après réfraction, des rayons homocentriques (partis d'un point) ne se réunissent plus en un point focal. Jusqu'ici, nous n'avons considéré que la réfraction dans les cas où la lumière partie d'un point objectif tend à se réunir en un point focal. Ceci est le cas si les milieux sont parfaitement homogènes, et si les surfaces réfringentes ont même courbure dans les différents méridiens. — On distingue « V astigmatisme régulier » et « V astigmatisme irrégulier »; le premier, qui peut être corrigé par des verres appropriés, tient dans l'œil à une courbure inégale des méridiens de la cornée; le second, qui ne peut guère être corrigé, est dû à un manque d'homogénéité dans les milieux transparents, surtout d;i cristallin.
Astigmatisme régulier. — Un fragment découpé dans un cylindre en verre comme cela est représenté dans la figure 121, a un maximum de courbure dans le sens horizontal ; la courbure va de là en diminuant pour les autres directions; elle devient nulle dans le sens vertical. La réfraction de la lumière qui passe à travers cette « lentille cylindrique positive » — en supposant qu'on ait arrondi le fragment de verre en rémoussnot par ses angles — est un maximum dans le méridien horizontal, un minimum égal à zéro dans le méridien vertical, parallèle à 1' « axe » de ce cylindre. — On imagine aisément un cylindre négatif, dont une face présente une courbure cylindric[ tic concave. — Supposons que nous combinions ce cylindre positif avec une lentille sphérique : le système résultant aura un méridien avec un maximum de réfringence; celle-ci va en diminuant dans les autres méridiens, et devient tni minimum dans le méridien perpcndi- On fabrique des lentilles qui réiniissent les deux effets; elles ont un maximum de courbure dans un méridien, et un minimum dans celui qui lui est perpendiculaire. Soit ((ig. 122) une lentille positive de ce genre, dont le méridien horizontal hlr' a une plus forte courbure que le vertical vv' . Des rayons homocenti'iques (|ui tombent sur cette lentille, vv\\\ qui traversent le méridien horizontal se réuniront en foyer avant ceux
eulairc au premier
ORGAM; VIStKL.
qui traversent le méridien vertical; et quand ceux-ci, un peu plus loin, se réuniront en foyer, les pi^emicrs divergeront déjà.
Si à l'aide d'un écran nous interceptons le faisceau lumineux émergeant, nous trouvons (voir les figures poinlillécs)que ce n'est plus \ui cône, mais que la section du faisceau est elliptic[ne, à long axe vertical.
L'ellipse (1), d'abord grande contre la lentille, devient de plus en plus petite à mesure qu'on s'en éloigne : là où les rayons du méridien horizontal forment foyer, l'ellipse est devenue une ligne verticale 4 :
première ligne focale. Un peu plus loin, l'ellipse reparait 5, pour devenir bientôt horizontale (7), puis une ligne horizontale 8: seconde ligne focale, à l'endoit où les rayons du méridien vertical forment foyer.
Au delà, nous obtenons une ellipse horizontale de plus en plus grande ('.) et 10). — Il ne se forme donc plus une image punctiforme du point lumineux, mais en ûcxw endroits son image aura un maximum de netteté sous forme de lignes, dont une perpendiculaire sur l'autre.
Supposons maintenant un œil asliginuiique; que le méridien vertical du système dioptrique ait la courhure la plus forte (comme cela est ordinairement le cas). Nous pouvons ()!)tenir cet efl'et en plaçant au devant d'un œil normal un cylindre positif avec l'axe horizontal. Les symptômes visuels seront les suivants :
1" Un point lumineux ne sera jamais vu comme un point; mais situé à deux distances déterminées, il
280 CHAPITUE VI.
apparaîtra avec un maximum de netteté, et cela sous forme d'une petite ligne, verticale ou horizontale, selon que la première ou la seconde ligne focale tombe sur la rétine.
â" Des lignes, les unes verticales, les autres horizontales, ne seront jamais vues à la fois avec une égale netteté; quand on verra clairement les unes (en accommodant pour elles), les autres seront pâles, diffuses. Une ligne en effet est une succession de points. Soit A (fig. 125) une figure composée de deux lignes pointillées, l'une perpendiculaire sur l'autre. Si la première ligne
Fig. 125.
focale (horizontale dans l'œil) tombe sur la rétine, chaque point sera allongé horizontaleineut, il aura des cercles de diffusion horizontaux. Ceux-ci se couvrant pour une ligne horizontale, ils sont comme non avenus; pour une ligne verticale, ils ne se couvrent pas, la ligne sera élargie et plus pâle que la première. L'inverse a lieu si (iîg. C), soit en éloignant les lignes, soit en accommodant plus fortement, nous faisons en sorte que la seconde ligne focale tombe sur la rétine.
0" Tous les objets, par exemple des caractères d'impression, sont vus allongés dans un sens (dans le sens des cercles de diffusion).
4° L'acuité visuelle sera en dessous de la normale; un tel œil ne reconnaîtra pas de lettres sous un angle de 5 minutes, puisque jamais un point objectif ne fortne une image rétinienne puncliCormc. Les contours seront diffus au moins suivant un méridien.
h" Un astigmate verra mieux en regardant à travers une fente étroite (fente stliénopéique); on éliuiine ainsi tous les rayons qui ne tombent pas sur un méridien, et les rayons (jni traversent ce dernier peuvent former un foyer punctiforme. Le même eifet est obtenu en regardant h travers un petit trou dans un écran, le trou étant une petit(! partie d'une fente.
Pres(|ue tous les yeux sont affectés d'un degré plus ou moins prononcé d'astigmatisme régulier, dû à ce que la courbure de la cornée est plus forte dans le méridien vertical (comprimé par les paupières?). Ainsi en regardant des traits noirs arrangés en étoile sur fond blanc, bien peu d'yeux voient tous les traits également noirs. Cela ressort encore de ce fait qu'en tournant un verre cylindri(jue très-faible au devant de l'œil, de manière à renforcer (ou à diminuer, selon que le cylindre est positif ou négatif) la réfraction légèrement et successivement dans les différents nu-ridiens de I'omIjOu trouvera une position du cylindre dans la(|nclie l'acuité visuelle est augmentée, et une autre dans la(|uelle elle est diminuée. Ou bien en regardant l'étoile nientiomiée, dans une position du cylindre, la différence de netteté des traits est augmentée, et dinnnuée dans une autre. lilvidemment, si la réfraction était la même dans tous les méridiens (h- Fn-il, on devrait voir ('galenient bien ou égal(Mnent mal avec toutes
nr.GA.Mi visura. To/
les orientations du cylindre. Le fait est que flans une position, le cylindre corrige, et dans l'autre renforce l'astigmatisme régulier dont est affecté tout œil.
L'astigmatisme régulier est souvent assez fort pour gcner la vision distincte. On peut le eoi'riger en munissant les yeux de verres cyiindriiiues appropiiés.
Astigmatisme irrégulier. — Si les irrégularités de réfraction dans l'œil sont telles qu'elles ne peuvent pas être corrigées à l'aide de verres, on parle d' « astigmatisme irrégulier ». Des rayons iiomocentriques qui traversent un tel système ne se réunissent plus en un point focal, mais ordinairement en plusieurs points focaux. A peu près tous les yeux sont afTeclés d'un degré appréciable d'astigmatisme irrégulier, dû à ce que le cristallin n'est pas une lentille positive liomogène. Rappelons-nous l'étoile aux deux surfaces du cristallin, visible sur le cristallin frais, et suivant les rayons de laquelle s'insèrent les fibres du cristallin. Cette disposition divise le cristallin en plusieurs segments dont les pointes se touchent autour de Taxe antéro-postérieur de la lentille. Ces secteurs n'ont pas une égale réfraction : non seulement ils ont des distances focales difTérentes, mais encore ils sont inclinés difléremment, soit en avant, soit en arrière, autour de l'axe cristallin, de manière à produire des déviations prismatiques: ils ne sont pas a centrés ». Aussi chaque secteur du cristallin a son foyer à lui, ce qui donne naissance à de la polyopie monoculaire, qu'on met en évidence de la manière suivante. Un grain d'amidon ou de poudre de lyeopode est vu multiple lorsqu'il est placé à une distance de l'ieil pour laquelle on n'est pas accommodé, le mieux à une très-courte dislance. Certains yeux le voient double, les autres triples, etc.; cela dépend (lu nombre iW'. secteurs cristallins inégaux. Les deux yeux du même individu dillèrent sous ce rapport. — Les deux, trois etc. points se touchent souvent, forment étoile. C'est en grande partie à l'astigmatisme irrégulier du cristallin que nous devons de voir les astres — des points lumineux — sous forme d'étoiles, et non de points. A. de Humbolt cite le cas d'un tailleur qui voyait les étoiles sous forme de points; cet individu avait aussi une acuité visuelle exceptionnellement bonne.
Vision entoptique. — On se plait souvent à vanter l'extrême perfection de notre œil comme instrument d'optique. Le fait est qu'on construit ties instruments d'optique infiniment supérieurs à notre œil, et il y aurait long à (il IL- sur les imperfections de son système dioptrique. Ainsi chaque œil est allccté d'un degré sensible d'asLigmalisme régulier et irrégulier. Notre œil est allecté d'aberration chromatique, témoin les bords rouges ou bleus que nous voyons aux objets lumineux pour lesquels nous ne sommes pas parfaitement accommodés, surtout si nous recouvrons une moitié de la pupille. Ue plus, nos milieux transparents ne sont ni parfaitement transpiiivnls, ni parfaitement homogènes; telles parties absorbent ou réiléehissent un peu plus de lumière que le reste, et dans des circonstances favorables, projettent une ombre sur notre rétine; dans ce cas nous voyons ces objets situés dans notre œil. Nous pouvons même voir les inégalités de transparence si nombreuses de notre rétine. Nous pouvons voir des détails de notre propre macula lulea et de la fovea centralis!
CHAPlTUt M.
Fis. 12-î.
On donne le nom de vision eiitoplique à la iicrccplion visuelle de diffci-cntcs parties de notre propre œil. — Voyons les conditions de visibilité d'un objet
intra-oculaire, car en fait, tantôt nous voyons ces détails, et tantôt nous ne les voyons pas. A cet effet, supposons un petit corps opaque o (fig. 124) dans le corps vitré, un peu au devant de la rétine, et soit l'œil éclairé par une source lumineuse. Si nous sommes adaptés pour la distance de la lumière, par exemple (fig. B) si des rayons parallèles tombent dans un œil emmétrope qui n'accomode pas, si le foyer conjugué de la source lumineuse tombe sur la rétine, nous ne verrons rien du corps opaque; l'image rétinienne sera un peu moins éclairée que si ce dernier n'y était pas. Si au contraire nous ne sommes pas adaptés pour cette distance, il y aura une ombre projetée sur la rétine par le corps opaque. Ceci est surtout le cas si la source lumineuse, le mieux un point lumineux, se trouve dans le foyer antérieur de l'œil (ou plus près
encore), à 15 mm. au devant de la cornée, parce qu'alors les rayons tombent parallèlement sur la rétine; l'ombre projeté sera bien sensible.
Cette expérience est réalisée avec une gouttelette de mercure qu'on rapproche de l'œil, ou encore (fig. 125) si à travers un trou d'épingle, perce dans un écran opaque (carte de visite), placé près de l'œil, nous regardons une surface uniformément éclairée, comme le ciel : les bords du trou, grâce à la diffraction de la lumière, deviennent l'objet lumineux. — A l'aide de ces divers artifices, on voit dans le champ visuel les mouches volantas, des filaments, des grains, etc., qui nagent dans le corps vitré de chaque œil.
En clignotant pendant qu'on regarde à travers le petit trou, on voit le champ visuel traversé par une bande transversale, ce qui est dû à une zone de larmes sur notre cornée. — En couvrant et en découvrant l'autre œil, le champ visuel circulaire de l'œil masqué s'élargit et se rétrécit : nous voyons les mouvements de notre propre iris.
On réussit même à voir les vaisseaux de sa propre réline, et jusques aux cônes de sa propre fovea centralis. Pour voir tout l'arbre vasculaire de la rétine, on se place le soir dans une chambre non éclairée, et on imprime à la lumière d'une bougie un mouvement de va-et-vicnl, pendant qu'on fixe le mur. Bientôt on voit surgir sur ce dernier dans des dimensions colossales, les gros vaisseaux rétiniens, avec leurs ramifications. Les vaisseaux sont des corps relativement opaques (situés dans les plans rétiniens internes), qui projettent une ombre sur le plan rétinien
sensible à la lumière, plan siluc évidemment derrière les vaisseaux. H. Mueller a calculé que ce plan devait coïncider à peu près avec la couche des cônes et des bâtonnets.
Enfin, en faisant osciller au devant de l'œil un écran percé d'un petit trou ou d'une fente étroite, à travers lesquels on regarde une lumière (ciel uni), on voit les petits vaisseaux et les capillaires qui entourent la fovea centralis ; celle-ci elle-même (dépourvue de vaisseaux) est un petit champ circulaire dans lequel on aperçoit dans des circonstances favorables un dessin guilloché, composé de petits cercles qui représentent les cônes en cet endroit (Xuel, 188ô).
OPHTIIALMOSCOPIE.
Visibilité du fond de l'oeil. — De ce que la pupille nous paraît noire sur le vivant, il ne faudrait pas conclure que la lumière qui a pénétré dans l'œil y est absorbée en totalité, et qu'aucune partie n'en est renvoyée à travers la pupille. En réalité beaucoup de rayons lumineux sortent de l'œil par la pupille, mais les conditions de réfraction y sont telles qu'ils ne sauraient arriver dans l'œil d'un observateur : nous ne pouvons donc pas voir le fond de l'œil éclairé; la pupille doit paraître noire. Souvenons-nous de la loi des foyers conjugués : smis rien changer à la marche des rayons lumineux à travers une lentille, 07i peut remplacer l'image par la source lumineuse. Soit L (fig. 426) la source lumiiiense, et i son image. Si à la place de l'image nous mettons la
Fig. 126.
source lumineuse, les rayons tombant maintenant sur la lentille de droite à gauche, suivront à rebours le chemin parcouru tout à l'heure : l'image se formera là où se trouvait la source lumineuse. — Si nous plaçons en i un écran, il s'y forme une image de la source lumineuse qui renvoie des rayons vers la lentille, rayons qui la traversent et vont former une seconde image (de l'image), mais qui coïncide précisément avec la source lumineuse. Un œil ne pourrait donc voir l'image i à travers la lentille qu'en deux positions : en se plaçant à l'endroit de la source lumineuse, ce qui supprimerait celte dernière, ou bien derrière celle-ci, et alors il ne verrait que cette source, puisque les rayons revenant de la lentille ont l'air de sortir de la source lumineuse. — Dévissons la lentille supérieure de l'oculaire d'un microscope, et remplaçons la par un diaphragme de papier mince, puis dirigeons l'oculaire avec la lentille restante vers une lumière placée à quelques mètres. En regardant par derrière, nous verrons une image de la lumière sur le papier; mais nous n'en verrons rien en regardant l'oculaire du côté de la lentille : le foyer conjugué par rapport à l'image sur le papier coïncide précisément avec la lumière. — Ainsi en est-il ordinairement de l'œil éclairé par une flamme : pour qu'un second œil puisse l'ecevoir des rayons émergents, il devrait se placer sur la direction des
rayons qui de la lumière tombent sur l'œil examiné, et du coup, ces rayons seraient interceptés. Dans le cas où l'œil examiné est adapté pour la source lumineuse, ce qui en somme est ordinairement le cas, il est impossible que nous recevions dans notre œil des rayons qui en émergent.
Et cependant depuis longtemps on savait que les yeux de certains animaux luisent dans l'obscurité, que nous voyons rouge la pupille des albinos. On avait aussi observé dans de rares circonstances une lueur rouge dans la pupille d'yeux humains non albinotiques.
Pour ce qui est des yeux albinotiques, dépourvus de pigment, nous recevons dans notre œil des rayons qui ont pénétré dans l'œil à travers la sclérotique (ce qui n'arrive pas dans les yeux pigmentés), et qui au sortir de l'œil suivent une toute autre voie qu'en y pénétrant.
On peut aussi recevoir des rayons émergeant d'un œil humain pigmenté, en voir la pupille rouge, si cet œil n'est pas adapté pour la source lumineuse. Supposons (fig. 127) un œil fortement myope M, éclairé paruno source lumineuse Ltrès-éloignée. Les rayons émergents (pointillés) convergeront vers le punctum remotuni Pr (qui est le foyer conjugué par rapport à la rétine), puis divergent, et en grand nombre passent à côté de la source lumineuse : nous pouvons donc nous placer (en o) sur la direction de ces derniers, sans intercepter la lumière. Les premières observations de la lueur d'yeux humains pigmentés ont été faites sur des yeux myopes. — Enfin, soit un œil hypermétrope qui n'accommode pas, éclairé par une lumière située à une distance finie. La rétine est au devant du foyer principal, et les rayons émergents divergent; un œil observateur peut les recevoir sans masquer la source lumineuse. Ici rentre la lueur des yeux de chats et de chiens par exemple, qui (de même que les yeux de tous les animaux examinés) sont fortement hypermétropes. On ne remarque la lueur
Fig. 127.
de ces yeux que si on se trouve dans la direction de la source lumineuse, surtout dans une obscurité relative ; en efl'et, pendant le grand jour, nous ne remarquons pas cette lueur, quoique notre œil reçoive des l'ayons émergents, parce que leur insensité est trop faible comparée à l'éclairage de l'animal et de tous les objets environnants.
Ilelmholtz a trouvé le moyen de voir le fond de l'œil, de placer son propre œil sur la direction des rayons émergents d'un autre œil, sans intercepter les rayons incidents. Soit A (fig. 128) l'œil examiné. Au lieu de l'éclairer par une lumière placée au devant de lui, plaçons la lumière / ii coté, et soit B notre propre œil au devant duquel nous plaçons une piie de glaces /» (par exemple de verres couvre-objets). Les rayons qui tombent sur cette pile la traversent en partie.
mais beaucoup seront réilccliis. Nous pouvoos évidemment donner à la pile de "laces une orientation telle que ces rayons soient renvoyés précisément dans l'œil observé. Au fond de ce dernier, il se l'orme une image de la source lumineuse, qui à son tour émet des rayons qui sortent de la pupille dans la direction des rayons incidents, mais à rebours. Les rayons émergents vont donc rencontrer la pile de glaces, contre laquelle une partie sera réllécliie vers la lumière- une autre partie traversera les glaces et arrivera dans l'œil de l'observateur, qui verra rouge la pupille de l'œil A, ou plutôt il verra le fond de l'œil rouge à travers la pupille.
Fig. 128 — Schéma de l'examen oplithalmoscopique à l'image droite. — / lumière; p pile de glaces faisant fonction d'ophtiialmoscope; A œil examiné; B œil examinateur.
Mais cela ne suffît pas pour voir les détails du fond de l'œil examiné. La condition de visibilité de ces détails est que les rayons partis d'un point de la rétine de l'œil A se réunissent en foyer sur la rétine de l'œil B. En fait, un œil examiné de cette manière n'accommode jamais; les rayons émergents partis d'un même point sont donc parallèles(sicetœil est emmétrope); et l'œil B (emmétrope aussi) les réunira en foyer, s'il n'accommode pas. Malheureusement dans les premiers essais on accommode toujours, malgré soi, pour la distance assez petite à laquelle on sait que se trouve le fond de l'œil examiné.
Apprendre à examiner le fond de l'œil à l'aide de rophthalnwscope — c'est ainsi que Ilelmholtz a nommé son instrument — revientcn grande partie à apprendre à relâcher à volonté son accommodation. Si on ne parvient pas à relâcher le muscle ciliairc, on peut cependant voir le fond de l'œil en mettant au devant de son propre œil une lentille négative neutralisant exactement l'accommodation.
. — Fond de l'œil vu à roplulialmoscopc, par le procédé de l'image droite.
On s'est bien trouvé de prendre pour ophthalmoscope, non pas une pile de glaces, mais un miroir plan avec une petite ouverture centrale, qui laisse passer assez des rayons revenus de l'œil examiné.
On voit ainsi (fîg. 129)sur un fond uniformément rouge (rayons réfléchis par la nappe des capillaires choroïdiens) les vaisseaux rétiniens, ou plutôt les colonnes sanguines rétiniennes comme flottant librement; la rétine et les parois des vaisseaux rétiniens sont absolument transparentes. Sur ce fond rouge se détache un disque blanchâtre A, la papille du nerf optique, de laquelle émergent les vaisseaux rétiniens, une artère (g) et une veine (h) qui se bifurquent dès leur entrée dans l'œil.
Le tout est agrandi de 13 à 20 fois, parce que nous regardons le fond de l'œil à travers une loupe, constituée par les milieux transparents de cet œil.
On peut aussi, à l'aide d'un artifice, voir les détails d'un œil myope et d'un œil hypermétrope, et même déterminer exactement l'état de réfraction de l'œil examiné. Soit un examinateur exercé et emmétrope, qui relâche son accommodation. Pour qu'il voie le fond d'un œil myope, il faut qu'il place entre cet œil et le sien une lentille négative (qu'il choisit en tâtonnant, jusqu'à ce qu'il voie clairement le fond de l'œil) qui rende les rayons émergents parallèles, c'est-à-dire qui corrige exactement cet œil et indique précisément le degré de la myopie. De même s'il s'agit d'un œil hypermétrope, qui émet des rayons divergents; le verre positif (le plus fort) avec lequel on peut voir le fond de l'œil indique le degré de l'hypermétropie. C'est même là le seul moyen de déterminer l'hypermétropie chez de jeunes sujets (sans paralyser l'accommodation par l'atropine), car dans les épreuves visuelles (qui d'ordinaire servent pour déterminer la réfraction) ils accommodent toujours, même si on les corrige par un verre positif. — Si l'œil observateur était amétrope, on devrait naturellement corriger en même temps sa propre amétropie, et en tenir compte dans l'évaluation de celle de l'œil examiné. Les cas ici sont très-nombreux : l'œil A étant hypermétrope ou myope, l'œil li peut être également myope ou hypermétrope. — On comprend maintenant qu'on puisse déterminer sur le cadavre, et même sur l'œil énucléé, la réfraction statique, c'est-à-dire la situation du punetum remolum.
Le procédé décrit précédement est connu sous le nom d'examen ophthalmoscopique à limage droite : nous voyons en haut, en bas, à droite et à
Fig. 130. — Schéma do l'cxiinien ophlhalmoscopicpio p;ii' le procédé à l'image renversée. A œil observé; 15 œil de l'observateur; L lumière; m miroir ophthalmoscopique.
gauche, ce qui dans le fond de l'œil examiné est réellement en haut, en bas, etc. Il existe un autre procédé pour voir les détails du fond de l'œil, et comme ici on voit une image renversée du fond de l'œil, ce procédé
d'oplithalmoscopie est dit à l'image renversée. Le grossissement est beaucoup moindre (3-4 fois au lieu de iS-20 fois), mais on voit du même coup une plus grande étendue de la rétine. Ce mode d'examen est donc bien fait pour obtenir une vue d'ensemble de la rétine; on recourt à l'image droite pour voir les détails, de même qu'on regarde une préparation microscopique d'abord à un faible grossissement, puis h un plus fort. L'éclairage dans ce procédé doit être plus fort; on se sert donc d'un miroir concave. — Soit un œil fortement myope à examiner. Les rayons émergents forment une image réelle et renversée du fond de l'œil dans le punctum remotum; puis ils continuent leur chemin comme s'ils arrivaient de ce punctum remotum. Un œil emmétrope, placé plus loin sur leur direction, verra donc cette image renversée, s'il accommode pour le punctum remotum, ou bien, ce qui vaut mieux (pour apprendre à relâcher le muscle ciliaire), si on le munit d'une lentille positive (de 3 dioptries environ) qui remplace l'accommodation. — Mais nous pouvons à ce point de vue rendre myope un œil emmétrope A (fig. 150) et même hypermétrope, en plaçant au devant de lui une forte lentille positive l. Alors les rayons qui émergent du système combiné « œil A -+- lentille / » forment une image i du fond de l'œil examiné, juste comme dans le cas de l'œil myope; et c'est cette image que l'œil B regarde, soit en accommodant, soit à travers une lentille positive convenable l'. Le miroir concave m, percé d'une ouverture centrale, renvoie vers l'œil A les rayons de la lumière L.