NUTRITION DE L'OEIL. PRESSION INTRA-OCULAIRE
Pression intra-oculaire. — Les organes intra-oculaircs se trouvent normalement sous une pression assez élevée, qui se tient avec une constance remarquable à la valeur de 20 à 50 mm. mercure. On a bien découvert
quelques influences capables de modifier passagèrement cette tension, soit en plus, soit en moins; mais les causes prochaines de son existence et de sa
constance ne sont nullement connues.
— L'humeur aqueuse paraît, en vertu de sa facile reproduction, intervenir dans la régulation de cette pression.
Particularités de la circulation et de la nutrition intraoculaire. — La transparence si parfaite de certaines parties de l'œil, nécessaire à la marche régulière des rayons lumineux, est assurée par l'absence de vaisseaux et de sang dans ces parties, qui sont : la cornée transparente, l'humeur aqueuse, le cristallin, le corps vitré et la rétine. Ces organes doivent donc soutirer leurs matériaux nutritifs à des parties avoisinantes. Il en résulte que certaines de ces parties ont une richesse vasculaire qui n'est nullement en rapport avec leurs propres besoins.
C'est ainsi que la cornée transparente est nourrie par le riche réseau de vaisseaux péricornéens v (fig. 141), situés sous la conjonctive au pourtour
de la cornée, et fournis par les artères ciliaires antérieures (subdivisions des
artères musculaires c).
Les milieux transparents proprement dits (humeur aciucusc, cristallin
Fig. Ul. — Schéma de la circulalion sanguine intra-oculaire (d'après Tri. Leber)(0.
(1) Coupe horizontale de l'œil. Les veines sont noires, les artères claires. Les courtes artères ciliaires postérieures a, au nombre 13 à 20, pénètrent dans l'œil autour du nerf optique, et se résolvent immédiatement dans le réseau choroïdien. Deux longues artères ciliaires postérieures h pénètrent dans l'œil avec les précédentes, se placent entre la choroïde et la sclérotique, et courent en avant jusque dans le corps ciliaire, oîi elles forment le grand cercle artériel de l'iris. Elles ne fournissent donc pas à la choi'oïde. Dans celle-ci les capillaires m (représentés par des anses) se localisent dans une couche interne. — Les artères des muscles droits Iburnissent ■i à 6 artères ciliaires antérieures, qui courent en avant, sous la conjonctive, émettent chacune un rameau perforant p qui perfore la sclérotique pour se rendre dans le grand cercle artériel de l'iris, taudis que les branches terminales vont se résoudre dans le réseau péricornécn v. Le sang artériel du corps ciliaire et de l'iris provient des deux longues artères ciliaires postérieures et des rameaux perforants. — Le sang veineux de toute la tunique vasculairc est repris par les veines vorticineuses h, qui au nombre de 4 à 6 sortent de l'œil à son éfiuatcur. Elles ramènent le sang de la choroïde, du corps ciliaire et de l'iris; les veinules provenant de l'iris et des procès ciliaires se placent à la face interne du muscle ciliaire. — ee' veine et artère centrales de la rétine. Leur système capillaire ne communique ui avec celui de la clioroïde, ni avec celui du corps ciliaire, mais bien avec celui du nerf optique. Ce dernier connnuniquc aussi avec celui de la choioïde, et surtout avec des vaisseaux de la sclérotique.
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et corps vitré) sont complètement dépourvus de vaisseaux sanguins. La rétine, également à un certain point de vue un milieu transparent, en est dépourvue également chez la plupart des animaux, même de fortes dimensions; elle n'en renferme chez l'homme que dans ses couches internes, et en quantité insuffisante pour subvenir à ses besoins nutritifs, qui sont considérables. La matrice nutritive de tous ces organes est la tunique moyenne de l'œil, dite aussi tunique vasculaire, composée de la choroïde, du corps ciliaire et de l'iris. Le choroïde (fournie par les artères ciliaires postérieures courtes a) est une des parties les plus vascularisées du corps. Son réseau capillaire est à peu près aussi développé que celui des alvéoles pulmonaires. Et cependant il n'y a dans la choroïde ni fibres musculaires, ni aucun élément dont le fonctionnement nécessite une nutrition intense. Le fait est que les vaisseaux choroïdiens sont destinés à la nutrition des couches rétiniennes externes, notamment des cônes et des bâtonnets (Nuel (1)). Cela ressort déjà du fait que les capillaires choroïdiens sont tous relégués dans une couche interne (chorio-capillairc) de la membrane, en contact intime avec la rétine; nous savons que les échanges nutritifs ont lieu surtout dans les capillaires. Les vaisseaux plus gros occupent les couches choroïdiennes externes. Nous savons aussi que l'érythropsine, une des substances photo-chimiques des b.àtonnets, se reforme exclusivement aux dépens de l'épithélium pigmenté, c'est-à-dire du côté de la choroïde. Du reste, les maladies de la choroïde altèrent la sensibilité de la rétine à la lumière beaucoup plus que les maladies de la rétine qui siègent dans les plans rétiniens internes, dans le domaine des vaisseaux rétiniens. La richesse extrême des capillaires choroïdiens démontre même que les échanges nutritifs doivent être particulièrement intenses dans les cônes et dans les bâtonnets. — Dans le corps ciliaire il y a également une vascularisation très riche. Le muscle ciliaire a ses capillaires à lui; la vascularisation si riche des procès ciliaires, dépourvus également d'éléments exigeant une nutrition intense, est destinée à la nutrition du corps vitré, du cristallin (ces deux organes se désorganisent dans les maladies du corps ciliaire) et de l'humeur aqueuse.
V humeur aqueuse est fournie par les procès ciliaires (et un peu par la face postérieure de l'iris); elle semble être une véritable sécrétion de l'épithélium cylindroïde qui recouvre les procès. Versée dans la chambre postérieure, elle passe d'ici dans la chambre antérieure, à travers la fente capillaire existant entre le cristallin et le bord libre de l'iris (peut-être aussi à travers la partie ciliaire de l'iris); elle est éliminée à l'angle compris entre l'iris et la cornée, dans le ligament pectine de l'iris. D'après Schwalbe, il y aurait ici des communications béantes entre la chambre antérieure et les veines ciliaires antérieures.