I. PROPRIÉTÉS GENERALES
Sîgniâcation. — Le corps des animaux supérieurs est formé d'un nombre immense de cellules, de fibres, etc. La plupart de ces éléments, vivant dans la profondeur des tissus sont entièrement soustraits à l'action directe du milieu cosmique extérieur. Pour respirer, pour puiser au dehors leur nourriture, pour se débarrasser ensuite des déchets de la nutrition, ces cellules ont besoin d'un intermédiaire. Cet intermédiaire est constitué par les liquides de l'organisme, le sang, la lymphe, qui circulent constamment entre les surfaces d'échange du corps (poumon, intestin) et la profondeur. Le sang apporte aux tissus l'oxygène vivifiant et les matériaux nutritifs, il leur enlève l'anhydride carbonique et les autres produits de la combustion organique. Les cellules de notre corps vivent donc au dépens du sang(l) qui joue vis à vis d'elles le même rôle que le milieu cosmique joue vis à vis de l'amibe ou du corps de l'animal entier. Claude Bernard a fort justement donné le nom de milieu organique ou milieu intérieur aux liquides de l'organisme dans lesquels les cellules sont comme plongées et avec lesquels elles ont de continuels rapports d'échange.
Ce milieu intérieur dont parle Claude Bernard présente chez les animaux supérieurs une remarquable constance de ses propriétés, il s'isole en quelque sorte de plus en plus du milieu ambiant. La proportion d'eau, de sels, d'aliments, d'oxygène, s'y maintient strictement dans des limites fort étroites. Il existe en effet dans l'organisme un grand nombre de mécanismes compensateurs dont l'activité est mise enjeu dès qu'une cause quelconque tend à altérer la composition du milieu intérieur. La ventilation pulmonaire y conserve la
(1) Userait à la rigueur plus exact de dire que les cellules vivent aux dépens de la lymphe, puisqu'elles sont généralement séparées des capillaires sanguins par des espaces lymphatiques.
proportion voulue d'oxygène et d'anhydride carbonique, les matériaux nutritifs élaborés par le tube digestifs et déposés provisoirement dans de véritables magasins(le tissu adipeux et le foie), viennent constamment remplacer ceux qui ont été consommés. Enfin le rein se charge d'éliminer au dehors les substances élaborées dans le corps et dont l'accumulation pourrait devenir nuisible.
Propriétés du sang. — Le sang(l) de l'homme (et des vertébrés) est un liquide légèrement visqueux, opaque, d'une belle couleur rouge dans les artères, dans le cœur gauche et les veines pulmonaires (sang artériel); d'un brun rougeàtre plus ou moins foncé à la lumière réfléchie, verdàtre à la lumière transmise (Brïjcke), dans les veines de la circulation générale, dans le cœur droit et l'artère pulmonaire (sang veineux). L'examen microscopique (SwAMMERDAM 1658, Leeuwenhoek 1675) démontre que le sang est formé d'une partie liquide transparente légèrement jaunâtre, le plasma, et de corpuscules solides, les globules rouges auxquels il doit son opacité et sa couleur(2).
Il contient en outre un certain nombre de leucocytes ou globules blancs (Hewson 4770), des éléments figurés fort petits auxquels Hayem a donné le nom d'hématoblastes (plaquettes de Bizzozero, granulations des auteurs) et des granulations graisseuses ou autres en quantité variable. A l'état normal le sang ne contient pas de microorganismes de putréfaction : si l'on a soin de le recevoir directement de la veine dans des tubes de verre (stérilisés au préalable par la chaleur) et scellés immédiatement à la lampe, il se conservera sans se putréfier. (Schwann 1857.)
Le poids spécifique du sang humain est de lOSS en moyenne (1045 à 1062) d'après Becquerel et Rodier (1844). Chez le chien, Pfliiger a trouvé 1060 et Gscheidlen chez le lapin 1042 à 1052. La densité des globules rouges peut dépasser 1100, celle du plasma n'atteint pas 1050.
Le sang possède toujours une réaction légèrement alcaline qui diminue rapidement depuis le moment de la saignée jusqu'à celui de la coagulation (5).
Il est nécessaire de prendre la précaution de mouiller au préalable avec une solution de chlorure de sodium le papier de tournesol satiné qui sert à essayer la réaction du sang (Zumz, Schafer). On empêche de cette façon les globules rouges de pénétrer dans le papier ou d'y dissoudre leur matière rouge. Kûhne (1863) et Liebreich (1868) ont décrit également des procédés pour déterminer l'alcaUnité du sang.
L'odeur du sang varie d'une espèce animale à l'autre; elle paraît due à la présence d'acides gras volatils semblables à ceux que l'on trouve dans la sueur; elle s'exagère si l'on acidulé le sang (Barruel). La saveur du sang est légèrement salée et alcaline.
(1) Voir : Milne-Edwards, Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparées, etc. ; Hoppe-Seyler, Physiologische Chemie ; Rollet, article Blut dans Handbuch der Physiologie de Hermann, 1880.
(2) Nous renvoyons aux traités d'histologie pour tout ce qui concerne l'histoire anatomique des éléments figurés du sang, ainsi que les procédés de numération des globules.
(3) ZuNTz, Centralblatt f. med. Wiss. 1867, n" ôi.
Tableau de la composition chimique du sang des mammifères.
PLASMA (^/lo du sang environ).
/ Albuminoïdes, 7-10 o/o. Fibrinogène (Fibrine après coagulation). Paraglobuline, albumine.
Ferments. Traces. Ferment de la fibrine (après coagulation).
Ferment diastatique.
Pigments. Traces. Pigment jaune (Lutéine), parfois Biliru-
bine.
Matières organiques diverses, 0,75 »/o. Cholestérine, cérébrine, lécithine, graisses, savons, glycose, urée.
Eau, 90 «/o.
Sels, 0,73 »/o.
Gaz, 0,C0.^,N (parfois traces de CH^?).
Substances organiques
Substances inorganiques
GLOBULES ROUGES (*/io du sang environ).
Substances organiques :
Substances inorganiques
ALBUMiNoïdes. Hémoglobine, globuline, 30 »/o.
Matières organiques diverses. Cholestérine, lécithine.
Eau, 60-70 »/„.
Sels.
Gaz, 0,C02,N.
GLOBULES BLANCS ET HÉMATOBLASTES (0,5 <>/„ environ, d'après Wooldridge 1881). Voir au chapitre I, la composition chimique du protoplasme.
Les sels du sang se répartissent de la façon suivante d'après Cari Schmidt(l) :
1000 parties de globules contiennent :
Chlorure de potassium .... 3,679
Sulfate » » 0,132
Phosphate » « 2,345
Phosphate de sodium .... 0,653
« de calcium 0,094.
» de magnésium .... 0,060
Soude libre 0,541
1000 parties de plasma contiennent :
Chlorure de potassium 0,359
Sulfate » « 0,281
Phosphate de sodium 0,271
« de calcium 0,298
» de magnésium .... 0,218
Chlorure de sodium 5,546
Soude libre 1,546
Le sang soustrait à l'organisme se coagule au bout de cinq à dix minutes, c'est à dire qu'il se transforme en une gelée cohérente. Il est facile de constater au microscope que la formation du caillot est due au dépôt de la fibrine, substance solide qui se concrète sous forme de filaments enchevêtrés, emprisonnant entre les mailles du réseau et les globules et la partie liquide du sang. Le caillot une fois formé, est le siège d'une rétraction lente qui dure plusieurs jours; il diminue graduellement de volume, ce qui a pour effet
(1) Cahl Schmidt, Zur Ckaracleristic der Choiera, etc., Dorpat, 1850.
ao
d'exprimer goutte à goutte à l'extérieur un liquide transparent de couleur jaunâtre, \e sérum. Le sérum représente le plasma d'où la fibrine s'est séparée. Le caillot, supposé complètement rétracté, ne contiendrait plus que la fibrine et les globules.
Fibrine. — On peut en battant au moyen d'une baguette de baleine, le sang fraîchement tiré,
empêcher la formation de la trame fibreuse du caillot et recueillir la fibrine à part sous forme de filaments élastiques attachés à toutes les aspérités de la baleine (défibriner le sang par le battage). Le sang privé de fibrine ne se
Fig. 12. - Gobelet contenant Fig. 15. — Appareil de Hoppe- coagule plus et reste du sang coagulé depuis quel- Seyler pour le dosage de la liquide. La fibrine obques heures. C, Coagulum fibrine. Gobelet recouvert , n
rétracté, nageant dans son d'une chape en caoutchouc. •'^""'^ "^ '-^^'^^ '«^V"" sérum. La baguette de baleine t sert emprisonne mécanique-
à battre le sang. ment un certain nombre
de globules rouges et une assez grande quantité de globules blancs. On la rend tout à fait blanche par des lavages à l'eau.
La fibrine présente la composition chimique et les principales réactions des substances albuminoïdes. Elle résulte d'ailleurs de la transformation d'une substance albuminoïde du plasma sanguin, le fibrinogène ; elle est insoluble dans l'eau, mais parait se dissoudre, en partie au moins, dans certaines solutions salines. La fibrine humide chauffée à -+- 72° se ratatine, devient blanche, opaque comme l'albumine coagulée et perd la propriété de décomposer l'eau oxygénée qu'elle possédait auparavant. Denis admet plusieurs variétés de fibrine.