‹ Éléments de physiologie humaine, à l'usage des étudiants en médecine (volume 2)Chapitre 37 sur 132 · VL CIRCULATION VEINEUSE · texte numérisé non relu

VL CIRCULATION VEINEUSE

Direction. — Dans les veines, le sang circule de la périphérie au centre, c'est-à-dire des capillaires vers le cœur, comme le prouvent les expériences de saignée ou de ligature des veines.

Cause. — La force d'impulsion que le sang possédait au sortir du cœur s'use en grande partie par suite des frottements dans les petites artères et dans les capillaires, de sorte que le sang qui pénètre dans les veines n'est plus poussé que par un reste minime de cette action du cœur. Toute trace de mouvement pulsatile a disparu.

Plusieurs causes accessoires favorisent la circulation de retour : ce

(1) Mosso, fi. Acad. dei Lincei, 1880; François Franck, Trav. Lubor.

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sont : 1° L'aspiration produite par le cœur au moment de la diastole et surtout l'aspiration produite par le vide thoracique, sur les grosses veines plongées dans la poitrine (Donders 1855). C'est cette force d'aspiration qui rend si dangereuses les blessures des grosses veines de la partie inférieure du cou. L'air pénètre alors en sifflant dans les cavités droites du cœur, et transforme le sang en un mélange spumeux qui s'arrête dans les capillaires pulmonaires (ou autres) sous forme d'embolies gazeuses. Ces embolies suspendent toute circulation et peuvent entraîner la mort (Magendie 1821).

2" Les contractions des muscles volontaires favorisent le cours du sang dans les veines qui les traversent ou qui sont situées dans leur voisinage. A chaque contraction, les veines sont comprimées : grâce à la disposition des valvules qu'elles présentent de distance en distance, le liquide qu'elles contiennent ne peut se déverser que dans la direction du cœur. Le segment ainsi vidé pendant une contraction musculaire se remplit de nouveau quand le muscle se relâche ensuite.

Les mouvements respiratoires du diaphragme, excercent une influence considérable sur le cours du sang dans les veines des organes abdominaux. A chaque inspiration ces organes sont comprimés, à chaque expiration, ils s'étendent de nouveau. Ces alternatives de compression et de détente contribuent puissamment à faire progresser le sang dans les veines, notamment dans le système de la veine porte. La veine porte et les veines qui s'y rattachent représentent un vaste réservoir à capacité très-variable, dans lequel le sang peut s'accumuler en quantité souvent considérable. Kronecker oppose cette masse de sang qu'il appelle stagnante au reste du sang qui cùxule.

5° La pesanteur agit favorablement sur le cours du sang veineux qui revient de la partie supérieure du corps.

Le sang qui remonte des membres inférieurs doit au contraire lutter contre la pesanteur. On sait avec quelle facilité déplorable il se produit des stases veineuses, conduisant à la formation de varices chez les personnes que leur profession oblige à rester debout une grande partie de la journée. Les veines des parties inférieures du corps présentent un grand nombre de valvules.

La Pression du sang mesurée latéralement dans les veines est peu élevée (3 à 10°'™ de mercure) d'après Jacobson (186G); elle diminue à mesure qu'on se rapproche du cœur. Les grosses veines voisines de la poitrine subissent l'influence du vide thoracique: la pression y est négative et soumise à des oscillations dépendant du rythme respiratoire. Pendant l'inspiration, il se fait une véritable aspiration de sang veineux vers la poitrine.

La cause de la difTcrence énorme de pression qui règne entre le sang des artères et des veines est due à l'action du cœur qui aspire le sang du côté des veines pour l'accumuler dans le système artériel. Si l'on arrête le cœur par une ligature, ou par l'excitation des pneumogastriques, on supprime cette cause d'inégalité de pression : le sang continue à s'écouler des artères dans les capillaires et les veines jusqu'à ce que l'égalité de pression soit atteinte. On peut alors mesurer la pression moyenne du sang dans l'appareil circulatoire, considéré comme tout. Cette pression serait de 10-lS™" de Hg d'après Brunner (18S5).

La Vitesse du sang dans les veines augmente à mesure qu'on se rapproche du cœur, mais elle est des plus irrégulières. On peut évaluer cette vitesse à

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200""" dans la veine jugulaire du chien. Elle est moindre que dans les artères (VoLKMANN, Cyon 1871): le système veineux présente en effet des surfaces de section au moins doubles des aires correspondantes du système artériel (veines caves comparées à l'aorte, etc.). La capacité du système veineux est également au moins double de celle du système artériel.

Pouls veineux. — Les veines jugulaires montrent parfois (même chez des individus entièrement sains) un mouvement pulsatile isochrome avec les battements cardiaques. Il paraît dû à un reflux du sang lors de la systole auriculaire, reflux se produisant par insuffisance des valvules de la jugulaire. D'autres facteurs interviennent certainement dans la production du pouls veineux: l'explication de ce phénomène est d'ailleurs sujette t» controverse.

Vn. DURÉE TOTALE DE LA CIRCULATION.

Pour déterminer le temps que met une particule de sang de la veine jugulaire pour parcourir en entier le double cycle de la circulation. Ed. Hering (1829){1) injecte chez le cheval dans le bout central de ce vaisseau, une solution de ferro-cyanure de potassium. Au bout d'une demi minute, le perchlorure de fer décèle la présence du ferro-cyanure dans l'autre jugulaire. Vierordt (18S8) a déterminé par un procédé analogue qu'il faut chez le chien 45.2 secondes et chez le lapin 7 secondes environ pour qu'une particule de sang revienne à son point de départ après avoir parcouru toute l'étendue de l'arbre circulatoire. Chez les différents animaux, ce temps correspondrait à environ 27 pulsations cardiaques.

On arrive à des chiffres analogues, en calculant le nombre de pulsations qu'il faut au ventricule gauche pour lancer dans l'aorte, une quantité de sang équivalent à la masse totale du sang contenu dans le corps. Un homme du poids de 70 kilogrammes contient environ 5,400 grammes de sang (1/15 du poids). En admettant comme exact le chiffre de 180 grammes pour chaque ondée sanguine lancée par le ventricule gauche, on voit qu'il faut exactement

50 pulsations ( ' ^= 50 j pour que les 5,400 grammes de sang aient passé

par le ventricule gauche.

Jolyet (1880) a applique le procédé d'Ed. Hering à la détermination de la durée relative de la circulation pulmonaire et de la grande circulation. Le ferro-cyanure de potassium injecté dans le cœur droit chez le chien, apparut dans le cœur gauche au bout de 6 secondes, tandis que chez le même animal la durée totale de la circulation était quatre fois plus forte, c'est-à-dire de 24 secondes. Jolyet en conclut que le système de la circulation pulmonaire contient quatre fois moins de sang que celui de la grande circulation. (Le rapport du poids du poumon au sang qu'il contient serait égal à 2.6, alors que le rapport du ()oids du corps au sang total est égal à 15 environ, Jolyet, 1881).

(1) IlEni.Nfi, Zdtsrhr.f. PhysioL, 1829.

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