‹ Éléments de physiologie humaine, à l'usage des étudiants en médecine (volume 2)Chapitre 64 sur 132 · V. SUC PANCRÉATIQUE · texte numérisé non relu

V. SUC PANCRÉATIQUE

Fistule pancréatique. — Pour recueillir du suc pancréatique, on pratique (chez le chien) l'opération de la fistule (Cl. Bernard) (déjà exécutée par Régnier De Graaf en 1684) qui consiste, après l'incision des parois abdominales, à amener le conduit de Wirsung dans la plaie, à y introduire une canule qu'on fixe aux lèvres de la plaie. Pendant les premières heures qui suivent l'opération, on peut recueillir du suc pancréatique à peu près normal, présentant des propriétés digestives énergiques (fistules dites temporaires). Dans les fistules permanentes, il arrive fréquemment que le tissu du pancréas s'altère et que le liquide sécrété ne présente plus de propriétés digestives. Heidenhain a proposé d'isoler la partie du duodénum dans laquelle débouche le conduit de Wirsung et d'y pratiquer une fistule intestinale. Une fistule permanente pratiquée ainsi fournirait du suc pancréatique non altéré

Propriétés du sue pancréatique. — Le suc pancréatique du chien est un liquide incolore, visqueux, alcalin, riche en matériaux solides (jusqu'à 8 à 10 °/o d'après Cl. Bernard), d'une densité élevée (1050), pouvant se coaguler spontanément, se figeant par le refroidissement à 0° et se liquéfiant de nouveau quand on le réchauffe, se coagulant en masse par la chaleur à la façon du blanc d'œuf. Le suc pancréatique naturel montre (ainsi que l'infusion de la glande) une grande tendance à la putréfaction : au bout de quelques heures il est déjà rempli de myriades de vibrions, de bactéries et présente une odeur infecte.

Le sue pancréatique est remarquable par la présence de trois ferments digestifs : un ferment diastatique (Valentin), un ferment peptonisant les album inoïdes (Corvisart 1857) et un ferment saponifiant les graisses (Cl. Bernard). Danilewski 1872 et Paschutin 1875 se sont efforcés de séparer ces ferments les uns des autres. Nous ne pouvons décrire ici les procédés assez compliqués dont ils se sont servi.

1° Le ferment diastatique ne se distingue en rien de celui de la salive; il est

seulement plus actif ou plus abondant. Il est déjà contenu dans le tissu du pancréas d'où on peut l'extraire par la glycérine ou l'eau.

2° Le ferment saponifiant., découvert par Cl. Bernard, jouit de la propriété de dédoubler les graisses (par un phénomène d'hydratation) en glycérine et acides gras : ceux-ci s'unissent à l'alcali pour former des savons. Ce ferment est trèsaltérable, notamment par le contact des acides. 11 est facile de constater sa présence dans le tissu même du pancréas: un papier de tournesol bleu, imprégné d'huile d'olive (neutre) et appliqué sur un fragment de tissu pancréatique montre une auréole rouge au contact des cellules glandulaires, par suite de la formation d'acides gras et de glycérine. La présence des savons résultant du dédoublement des graisses donne au suc pancréatique des propriétés émulsionnantes énergiques (1). Il suffit d'agiter de l'huile avec du suc pancréatique (ou l'infusion du tissu de la glande) pour obtenir un liquide laiteux représentant une véritable émulsion permanente, c'est-à-dire une division de l'huile en fins globules restant suspendus dans le liquide et ne se réunissant plus en une couche huileuse.

5° Le ferment qui transforme les albuminoïdes en peptones a été appelé Trypsine par Kuhne (proparte pancréatine des auteurs). Il agit le mieux en solution alcaline, beaucoup moins bien en solution neutre ou légèrement acide. Le suc pancréatique contenant plus de 0.5 pour mille d'HCl est sans action sur la fibrine et l'albumine. De même l'infusion de la glande ne digère rapidement la fibrine que si on y ajoute un liquide alcalin (carbonate de sodium à 1 p. "/o). La fibrine ne gonfle pas comme dans le suc gastrique, mais se résout en petits fragments qui sont peu à peu attaqués à leur tour et réduits en poussière de plus en plus fine. Il en est de même des fragments d'albumine cuite. Quand la digestion est terminée on trouve une grande quantité de peptone dans le liquide (reconnaissable à la coloration rose produite par la soude et le sulfate de cuivre, à froid). Mais une notable partie de l'albumine paraît subir une modification plus profonde et se transformer en leucine et tyrosine. On trouve également des traces d'acide aspartique, d'hypoxanthine et une substance se colorant en rose par l'eau de chlore ou de brome. La peptone pancréatique parait identique à celle produite par l'action de la pepsine.

Au bout de peu de temps, cette digestion pancréatique typique se complique de phénomènes de putréfaction, dus au développement de myriades d'organismes inférieurs dont les germes existent toujours dans l'intestin et jusque dans le tissu même du pancréas. On empêche la putréfaction par l'emploi de moyens antiseptiques (thymol, acide salycilique à 2 pour mille) qui suspendent le développement des micro-oi^ganismcs sans entraver l'action des ferments solubles. Comme ces antiseptiques n'existent pas dans l'intestin de l'animal vivant, la digestion pancréatique y dégénère toujours plus ou moins en véritable putréfaction. Une partie de l'albumine se décompose sous l'influence

(1) Gad (1878) a montré que le simple contact de l'huile rance (c'est-à-dire contenant des acides gras prêts à se transformer en savons) avec une solution alcaline (soude), suffît pour produire l'émulsion de l'huile, en dehors de toute intervention mécanique extérieure. Par contre l'huile neutre peut être agitée pendant longtemps avec la même solution de soude sans fournir une émulsion stable.

d'êtres microscopiques anaérobies, en fournissant un mélange de produits d'oxydation et de réduction : acides carbonique, acétique, butyrique, valérianique, ammoniaque, leucine, phénol, indoi, gaz combustibles : HaS, CH4, H»

(Nencki, 4875).

L'Indol (CsHtN) est un produit caractéristique de la putréfaction de l'albumine. Il se présente sous forme de paillettes soyeuses, fondant à -h 32", solubles dans l'eau bouillante, insoluble dans l'eau froide. L'indol se reconnaît à son odeur fécale pénétrante et par plusieurs réactions colorées, parmi lesquelles je citerai le précipité rouge que l'acide nitreux produit dans ses solutions aqueuses. Une partie de l'indol formé dans l'intestin passe dans les matières fécales et concourt à leur donner leur odeur caractéristique. Une autre partie est résorbée, transformée dans le corps et éliminée par les urines sous forme de composés aromatiques, notamment d'indican.

Trypsine et zymogène. — La trypsine n'existe pas comme telle dans le tissu du pancréas, mais s'y trouve à l'état d'une substance appelée zymogène[de Çuuyi, ferment, levure), par Heidenhain.Le zymogène n'a aucune action digestive par lui-même; il se transforme facilement en ferment par le contact de l'air, de l'oxygène, de la mousse de platine, des acides dilués (mais non des alcalis). Les agents de réduction (contact avec la levure) paraissent opérer la transformation inverse du ferment en zymogène. Le zymogène est soluble dans l'eau et la glycérine comme le ferment lui-même : ceci explique pourquoi les infusions aqueuses ou glycérinées du pancréas frais n'ont pas d'action digestive; tandis que les mêmes extraits conservés à l'air pendant 24 heures, ou préparés avec une glande conservée à l'air depuis un ou deux jours se montrent riches en trypsine. D'après Heidenhain, le pancréas se charge de zymogène dans l'intervalle de digestions. Pendant la digestion, le zymogène se transforme en trypsine qui s'écoule avec le suc sécrété ; mais la formation du zymogène n'est pas interrompue pendant la sécrétion de la glande.

Schiff et Herzen ont cherché à établir une relation entre la digestion pancréatique et les fonctions de la rate. Le pancréas d'un animal dératé perdrait ses propriétés digestives; tandis que le pancréas d'un chien à jeiin, qui d'après eux ne contient pas par lui-même de ferment, acquerrait le pouvoir de digérer les albuminoïdes si on le pile avec un fragment de rate emprunté à un animal tué vers la G^^ ou la 7™^ heure de la digestion.

Sécrétion pancréatique. — La sécrétion pancréatique paraît continue chez le lapin. Chez le chien elle est intermittente : nulle pendant les périodes de jeûne, elle s'établit peu de temps après l'introduction d'aliments dans l'estomac, atteint assez rapidement un maximum fort élevé puis diminue graduellement pendant plusieurs heures, pour présenter un second maximum de la 9'"'= à la M™" heure qui suit le repas. La sécrétion est accompagnée de changements circulatoires identiques à ceux présentés par les glandes salivaires et stomacales : dilatation vasculaire, pulsations veineuses, rutilance du sang veineux. Il suffît d'un obstacle minime pour empêcher le suc sécrété d'être versé dans l'intestin ; il est alors absorbé par les parois des canaux pancréatiques et infiltre le tissu de la glande. A. Henri et P. Wollhcim (1877) ont trouvé que le maximum de pression (mesuré par un manomètre fixé dans le conduit de Wirsung) ne dépassait pas 225 mm. d'eau. Ce chiflre est voisin de celui qui exprime la pression maximum sous laquelle la bile peut être versée au dehors.

L'influence du système nerveux sur la sécrétion pancréatique est certaine bien que fort obscure. Comment expliquer autrement que par une action nerveuse réflexe, la sécrétion et la dilatation vasculaire qui suivent de près l'introduction d'aliments dans l'estomac. La section de la moelle, celle des nerfs de la glande n'arrêtent cependant pas la sécrétion d'après Bernstein (4869). L'excitation électrique de la moelle allongée exciterait la sécrétion (Laudan1863).

L'existence de nerfs arrestateurs de la sécrétion semble établie par les observations suivantes : la sécrétion s'arrête brusquement pendant le vomissement (Cl. Bernard), et par l'excitation du bout central du pneumogastrique (Bernstein) à condition que les nerfs du pancréas soient intacts.

L'atropine arrête (Pawlow 1878), la pilocarpine excite la sécrétion (Heidenhain).

Les phénomènes microscopiques de la sécrétion ont été étudiés par Kiihne et Lea et par Heidenbain. — La structure du pancréas est assez différente de celle des glandes salivaires. Les tubb-acini pancréatiques sont tapissés par une couclie continue de cellules, offrant une striation radiée perpendiculaire à la membrane propre. Chaque cellule présente une zone externe adossée à la membrane propre, formée d'une substance hyaline se colorant fortement par le carmin, et une zone interne dirigée vers la lumière de la glande, riche en granules et peu colorée par ie carmin. La zone granuleuse contient le zymogène, elle se forme et s'accroît aux dépens de la zone claire principalement pendant le repos de la glande.

L'extirpation du pancréas, la ligature du conduit de Wirsung (Pawlow 1 878) ou son oblitération par des injections, paraissent assez bien supportées par les mammifères qui continuent à croître et à prospérer après ces opérations. Chez les pigeons au contraire, la ligature du conduit pancréatique amène de graves troubles de la nutrition (Langendorff 4879). Les animaux ne tardent pas à mourir d'inanition.

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