ANIMAL PRIVÉ DE SES HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX
L'observation d'animaux privés de leurs hémisphères cérébraux est des plus instructives, tant au point de vue des fonctions du mésocéphale qu'à celui des hémisphères cérébraux. D'une part les fonctions (motrices etc.) qui persistent après cette mutilation et dont la moelle épinière est incapable, reviennent évidemment au mésocéphale. D'autre part les fonctions manquantes après cette mutilation doivent être mises à l'actif des hémisphères cérébraux.
Un animal privé des hémisphères cérébraux (organe de la conscience) se tient en équilibre sur les pieds; couché sur le dos, il se redresse prestement ; excité, il marche, vole etc. Mais en l'examinant de plus près, on reconnaît que ces mouvements ne s'exécutent ni dans les mêmes circonstances, ni de la même manière que chez l'animal intact.
Ils ne s exécutent plus dans les mêmes circonstances. — Généralement, l'animal privé de ses hémisphères ne se meut que s'il lui arrive des excitations de la périphérie d'un nerf sensible périphérique, par pincement, par dessication d'une partie du corps, par la fatigue due à la station etc., ou bien si l'animal est poussé par un besoin naturel, faim, soif (excitation de nerfs viscéraux). Mutilé de la manière indiquée, il ne se meut plus daub les circonstances où normalement il est poussé par une activité hémisphérique. C'est ainsi qu'il n'est plus mis en mouvement par la vue, ou plutôt par la reconnaissance visuelle de son maître, d'animaux de son espèce, du réservoir de son manger, du fouet connu, etc., toutes conditions qui sup-
posent une activité psychique, la reprébentation|psy chique d'un objet ou d'un être, la reconnaissance ou la mémoire. Un tel animal est une[machine réflexe très-compliquée, n'agissant que sous l'influence d'excitations périphériques diverses; les excitations volontaires, hémisphériques, de cesmêmes mouvements et actions lui ont été enlevées avec les hémisphères cérébraux. —
Ils n'exécutent plus cesmouvemenls de la même manière. — La flne graduation des mouvements en vue d'un but à atteindre, au milieu des circonstances extérieures intiniment variées, fait défaut en grande partie. Tout;efois, beaucoup d'innervations centripètes continuent à régler ces mouvements d'une manière inconsciente. De ce nombre sont notamment celles du sens de l'équilibre, fournies par le vestibule de l'oreille, et dont l'intervention semble en somme intacte : couché sur le dos, l'animal se redresse et se tient en équilibre. Les innervations profondes des membres sont en partie au moins dans le même cas. Mais la coordination plus exacte de ces mouvements, leur régulation très fine est en défaut. Poussé par la faim, l'animal mutilé se meut, paraît chercher, pousse la bouche en avant, vers la terre; mais il ne parvient pas à saisir convenablement son manger ni à le manier
dans la bouche. Un corps poussé dans la gorge est avalé, la déglutition pharyngée, purement réflexe, étant conservée. — L'animal opéré ne semble plus faire les distinctions gustatives (celles-ci n'interviennent dans les mouvements volontaires qu'en passant par les hémisphères). Il évite des obstacles, mais d'une manière maladroite (perte de la mémoire tactile) etc., etc.
Toute trace de mémoire semble avoir disparue avec les hémisphères cérébraux. — Les mouvements (tours d'adresse, etc.) qui sont le résultat de l'éducation ne se produisent plus. Le chien habitué à donner la patte ^'^" ^^''' etc., ne le fait plus. — Chez l'homme, toutes
les actions qui sont le résultat de l'éducation, disparaissent à la suite de certaines lésions hémisphériques.
Une grenouille sans hémisphères cérébraux et au repos ressemble à s'y mépreiulre à l'aniiual sain. iNIais elle ne saisit plus de proie, et niuurrait de faim si on ne lui mettait les aliments dans la gorge. On peut la tenir ainsi en vie pendant une et même deux années. Elle reste sur place, à moins qu'on ne l'excite ; dans ce cas elle saute, puis reste de nouveau en repos. Mise sur une table, elle s'en va quelquefois après un certain temps ; la dessication de la peau est ici probablement l'excitant extérieur. Mise sur le dos, elle se retourne
lestement; dans l'eau, elle nage(^régulièrement iusqu'à ce qu'elle butte contre un corps résistant, auquel elle s'accroche, puis reste au repos. Excitée, elle saute
Flg. 196.
généralement droit devant elle; mais si on la place devant un obstacle o, fig. 195, elle l'évite ordinairement en passant à droite ou à gauche, par exemple dans la direction b