‹ Éléments de physiologie humaine a l'usage des étudiants en médecineChapitre 125 sur 164 · GHEZ L'HOMME · texte numérisé non relu

GHEZ L'HOMME

Il résulte de nombreuses observations pathologiques faites chez l'homme (observations cliniques suivies de l'autopsie) qu'à l'analogie anatomique existant entre la surface cérébrale humaine et celle des singes anthropoïdes correspond une non moins grande analogie physiologique, à tel point que provisoirement on peut transporter à l'homme les faits établis par l'expérimentation sur le singe. Gela a été confirmé par quelques prudents essais d'excitation électrique de l'écorce humaine, à l'occasion de certaines opérations pratiquées sur le cerveau humain (i).

1° Centres cortieo-moteurs et cortico-sensibles. — Des centres sensitivo-moteurs pour les extrémités, le tronc, la nuque et la tête sont situés autour du sillon de RolaîTdo dans l'écorce rolandique, qui comprend les circonvolutions centrales, l'antérieure et la postérieure, liômméës aussi frontale ascendante et pariétale ascendante (fig. 203), ainsi que le lobe para-

ci) Des auteurs qui se sont spécialement occupés de la physiologie du cerveau humain sont Ciiarcot, ExNEn, Hensche'n, Déjerine etc.

Krause notamment a excité électiùquement l'écorce humaine.

Voir aussi les travaux d'ensemble plus récents de Sounv et de Richet (Dictionn. de Physiol. de Cu. RicuET, T. II) et de A. Tschermack (Handb. d. Physiol. de Nagel, ï. IV).

central, à la face interne de l'hémisphère (fig. 204). — Les lésions en ces endroits occassionnent des troubles de la motilité et de la sensibilité, notamment d.ms les extrémités, analogues à ceux qui chez l'animal résultent de la même extirpation. Ces troubles sont même plus prononcés que chez le chien et chez les singes ioféricurs. Charcot notamment a observé, à la suite de la large lésion unilatérale dans ce territoire, ce qu'il appelle « hémiplégie centrale », caractérisée par la paralysie et l'anesthésie de toute la moitié opposée du corps. La paralysie des extrémités, d'abord complète, s'amende peu à peu, en ce sens que les mouvements franchement volontaires, et surtout ceux résultant de l'éducation, sont perdus pour toujours, tandis que les mouvements associés, bilatéraux (et développés déjà chez le nouveau-néj, reprennent plus ou moins. La main est plus paralysée que le bras, le membre supérieur plus que le membre inférieur, les muscles innervés par le facial inférieur plus que ceux innervés par le facial supérieur; les muscles du tronc ne sont guère parésiés, ou même pas du tout. La sensibilité aussi reparaît plus ou moins.

Fig. 202.

Centres cortico-moieurs à la convexité tlu cerveau humain.

Charcot et Pitres avaient attribué toute l'écorce rolandique, la c. centrale postérieure aussi bien que l'antérieure, à la motricité corticale ; ils situaient le centre pour une extrémité à cheval sur le sillon de Rolando.

chapithe XII,

Cette opinion a été longtemps admise comme classique. Cependant, dès 1887, Fr. Franck attribuait la motricité à la seule c. centrale antérieure et au lobe paracentral. Cette manière de voir fut depuis partagée par von MoNAKOW ; elle fut surtout confirmée par les expériences récentes sur le cerveau des singes anthropoïdes. Chez l'homme aussi, la motricité semble donc localisée (avec le sens musculaire, ou sens kinesthétique)

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Fig. 203 — Nomenclature de l'écorce cérébrale de l'homme.

dans la c centrale antérieure, dans les bouts postérieurs des c. frontales, dans le fond du sillon de Rolando et un peu dans la lèvre postérieure de ce sillon, ainsi que dans le lobe paracentral. La c. centrale postérieure semble affectée plus spécialement à la sensibilité tactile.

Le centre moteur pour Vextrémité inférieure se trouve (fig. 202) dans le tiers supérieur de la c. centrale antérieure et dans le lobe paracentral, partie antérieure (fig. 204), et empiète un peu sur l'extrémité postérieure de la 1'" c. frontale. En haut et en avant dans la c. centrale antérieure est le centre pour les orteils, puis viennent, en descendant, les centres pour les mouvements dans le cou-de-pied, dans le genou^ dans la hanche.

Le centre pour Vextrémité supérieure est situé dans le tiers moyen de la c. centrale, savoir en haut les mouvements dans l'épaule, puis en descendant ceux du coude, de la main et des doigts.

Les centres pour les muscles qui font mouvoir une articulation sont situés ensemble, et dans cette aire sont plus spécialement réunis les centres pour les muscles synergiques (fléchisseurs, extenseurs).

Chez l'homme aussi les centres pour les parties du membre inférieur ont donc une disposition inverse de celle du membre supérieur.

Viennent ensuite, toujours de haut en bas et dans le tiers inférieur de la c. centrale antérieure, les centres pour la tête et la face, la bouche Je larynx;i\s empiètent légèrement sur la deuxième et sur la S""* circonvolution frontale.

Lelaryiïx a son centre en bas et plus en avant, la bouche et la langue en bas et plus en arrière, dans l'opercule prérolandique.

Dans l'extrémité postérieure de la 1" c. frontale, et surtout dans la moitié postérieure de la c. marginale, voisine de la précédente, il y aie centre pour les muscles du tronc (fig. 202 et 204), dont la destruction produit une espèce d'astasie, et une inclination latérale du tronc vers le côté opéré (Bruns, Oppenheim).

J. Hd. .

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Flg. 201. — Centres corticaux ù la surface médiane du cerveau humain.

Les contres corticaux pour les mouvements (jui, tels la respiration el ceux de hxpresse abdominale, sont toujours bilatéraux, intéressent toujours les deux moitiés du corps, bien qu'un peu plus fortement le cùté croisé (Notunagel, Werxicke etc.). Il en est de môme des centres pour les aiouvemeni^ de la face, de la bouche, do la mastication, de la déglution et de la phonatiou (glotte) — tous uiouvements innervés par le trijumeau; le glossopharyngien et le vagosiânal. Il en résulte que la deslructiou unilatérale de ces centres ou de l'un d'eux ue peut p:is produire de troubles paralytiques bien apparents. — D'après certains auteurs pourtant, le centre pour l'orbiculairo des paupières (u. facial supérieur) aurait une iniluence exclusivenienL unilatérale, croisée. De plus Déjeuine a ubservé une paralysie corticale d'une seule cordo vocale.

Des centres corticaux pour les mouvements combinés des yeux, — déviation conjuguée des yeux — , décrits plus haut (p. 522) chez l'animal, existent également

chez rhomiiic et ont été étudié-j ici par beaucoup d'auteurs. Il y en a notamment un dans le lobe frontal (Prévost), probablement dans l'extrémité postérieure de la 2'^" c. frontale, dont les lésions et les excitations produisent une déviation latérale des deux yeux, accompagnée souvent d'une déviation de la tète vers le même côté — déviation conjuguée des yeux et de la tète. La destruction de ce centre dévie les yeux vers le côté lésé, son excitation les dévie vers le côté non lésé (Foville). C'est le «centre sensitivo-moteur » des yeux, de Roux. — Un second centre pour les mouvements oculaires, produisant lui aussi la déviation conjuguée, e-,t situé dans le lobe occipital. Il est en rapport avec le centre visuel. C'est le € centre sensorio-moteur » des yeux, de Roux. — Enfin, un troisième centre de ce genre, sensorio-moteur également, en rapport avec le centre cortico-acoustique, semble résider à la base du lobe tempoi'al.

Chez l'homme non plus les paralysies résultant de lésions corticales pures ne sont jamais complètes, mais elles sont plus accusées que chez le chien, le chat, et en général, chez les animaux, sauf peut être les singes supérieurs. Sont abolis définitivement et complètement chez l'homme, après les destructions corticales les mouvements appris par l'éducation. — La paralysie semble être plus complète si, ce qui arrive souvent, la destruction s'étend aux fibres rayonnantes sousjacentes, surtout jusque dans la capsule interne.

Que d'ailleurs les fibres rayonnantes soient ou non intéi'essées d'emblée dans ces destructions, elles dégénèrent dans la suite jusque dans la capsule interne et dans les faisceaux pyramidaux du mésocéphale et de la moelle épinière. On attribue à cette dégénérescence la contracture qui survient dans les muscles parésiés, quelques mois après l'établissement de la lésion corticale, et qui masque plus ou moins la restitution de la motilité, peu prononcée, il est vrai, mais néanmoins réelle.

Chez l'homme nouveau-né, l'écorce cérébrale ne fonctionne pas ; son excitation est inefficace.

L'écorne cérébrale humaine exerce, comme celle des mammifères supérieurs (voir p. 485), une influence sur la respiration, la circulation, les muscles lisses les plus divers, sur les glandes.

Dans l'espèce humaine, les réflexes cutajiés (voir p. 487) sont supprimés après destruction des centres corticaux correspondants. Ces réflexes corticaux sont en quelque sorte élémentaires (voir p. 486), et malgré les sensations concomitantes, malgré que le centre en soit dans l'écorce cérébrale, ces réactions sont absolument obligées.

Frénations cérébrales. — Après destruction de l'écorce motrice chez l'homme, les divers réflexes, notamment les réflexes tendineux, dont les centres sont situés dans les ganglions de la base, sont exagérés. L'écorce exerce donc normalement une frénation sur ces réflexes. — Tout ce qui est dit à la page 531 sur les frénations corticales s^applique identiquement à l'homme. Les frénations de diverses natures atteignent même leur plus haut développement dans l'écorce et dans le cerveau humain.

La localisation de la sensibilité dans l'écorce humaine n'est pas aussi certaine que celle de la motricité. Nous avons dit que les probabilités

sont que la sensibilité profonde des extrémités, le sens musculaire ou kinesthésique, serait localisé dans la c. centrale antérieure à l'endroit même de la motricité de l'organe correspondant, tandis que la sensibilité superûcielle de la peau, ou le toucher, ainsi que la sensibilité calorifique siégeraient plutôt dans la c. centrale postérieure, d'ailleurs au même niveau que la motricité de l'organe correspondant. Cette sensibilité empiéterait même (Déjerine) plus ou moins sur l'écorce pariétale du même niveau.

Elles ne sont pas rares les observations d'hémiplégie corticale complète avec forte diminution de la sensibilité tactile et de la sensibilité kinesthésique dans les organes paresiés (Ghargot et Pitres, JoyFROi,DÉ.jERiNEetLoN'G, Beghterew etc.). La p3au était insensible au contact, et il y avait perte de la conscience de la situation des membres. Dans bon nombre de cas de destruction partielle de la zone S3nsitivo -motrice chez l'homme, un seul membre était parésic et privé de la sensibilité, tant musculaire que tactile (Déjerine et Long, Beghterew, HoRSLEY, JoFFROY ctc), suitout OU CB qui regarde le membre inférieur. — Mais par contre, nous disposons d'une part d'observations de paralysie corticale avec très peu d'anesthésie, et d'autre part d'observations d'anesthésie corticale tactile très prononcée sans parésie du tout ou avej très peu de paralysie (Tripier, Reymond, von Monakow). — Ce manque de concordance entre la paralysie et l'anesthésie corticales décida certains auteurs à localiser la sensibilité ailleurs que dans la région rolandique, qui passait pour être motrice dans toute son étendue. Le sens musculaire lui-même fut attribué à de tout autres régions corticales (Nathnaqel, Grasset, Oppenheim etc.).

Ce qui semble bien établi aujourd'hui, c'est la motricité de la c. centrale antérieure, des parties avoisinantes du lobe frontal et du lobe paracentral (Franck, Fleghsig etc.). Il semble établi aussi que la sensibilité générale ne dépasse guère en arrière la c. centrale postérieure. Si d'autre part on recourt aux résultats des expériences pratiquées récemment sur les singes supérieurs, on arrive à formuler sensiblement que la c. centrale antérieure est motrice et kinesthésique et la c. centrale postérieure tactile.

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