AGUITE VISUELLE SUIVANT L'-ÉTENDUE DE LA RÉTINE
Gliamp visuel. Punctamcœcum. — ^ L'acuité visuelle que nous venons de définir est celle de la vision dite directe, quand nous • fixons » l'objet que nous voulons voir. L'objet fixé forme son image dans la fovea cenlralis et dans son entourage immédiat. Mais pendant que nous tenons le regard immobile sur un point, nous voyons encore beaucoup d'autres objets. On a donné le nom de c champ visuel > (monoculaire) à l'ensemble des points que noas voyons pendant que le regard (d'un œil) reste fixé sur un seul point. Ce champ visuel occupe à peu près tout l'hémisphère de l'espace situé au devant de nous, — On distingue la vision directe, qui se fait avec \3i fovea centralis, et la vision indirecte, qui se fait avec le reste de la rétine.
La grande défectuosité de la vision indirecte ne manque pas de surprendre à sa première constatation. Qu'on tienne le regard immobile sur une lettre do cette impression, on distinguera à peine 5-6 lettres dans les diverses directions ; le restant n'est pas reconnu. On ne distingue ces lettres que dans une étendue du champ visuel correspondant à un angle de 5» environ ; un angle de 5' correspondand à peu près à toute la fovea cenlralis. Avec un écart du point de fixation de 30»-35°, on ne compte plus les doigts à un mètre de distance, La vision avec le macula lutea, et surtout avec le reste de la rétine, est donc très défectueuse. — Et cependant, la vision indirecte est de la plus haute importance ; elle sert à Vorientalion, tandis que la vision directe sert à voir. A l'aide de la vision indirecte, nous remarquons la présence de quelque chose, surtout un mouvement insolite, et vite nous y dirigeons le regard pour voir. Sans la vision indirecte — cas qui se présente dans certaines maladies oculaires — on serait comme un individu qui voudrait se conduire dans la rue en regardant à travers un long tube étroit. — L'état inverse, c'est-à-dire l'absence de la seule vision directe, s'observe assez fréquemment : un tel individu s'oriente normalement dans la rue, mais ne distingue rien, pas môme les traits de son interlocuteur.
La vision indirecte est donc de la plus liaute importance. Très défectueuse quand il s'agit de distinguer deux points voisins, c'est-à-dire pour c reconnaître les formes », elle est au moins aussi apte quo la vision directe pour reconnaître la présence d'un corps, surtout si ce dernier est volumineux et s'il se meut (ExNKa), c'est-à-dire si l'éclairage d'une partie rétinienne varie, ou si l'éclairage est intermittent (OBLBOBaF). Nous ue remarquons pas les doigts placés aux confins du champ visuel ; mais dès que nous les déplaçons, nous remarquons le mouvement de quelque chose : pour c voir » ce que c'est, nous y dirigeons le regard.
Chez beaucoup d'animaux, la vision paraît se réduire plus ou moins à celle que nous avons dans la périphérie rétinienne.
Nous connaissons donc un point remarquable dans le champ visuel, le point de fixation, correspondant à la fovea centralis de la rétine. Il y en a un second, très remarquable aussi, mais moins important : le « punctum cœcum, » tache aveugle ou tache de Mariette. Gomme son nom l'indique, nous ne voyons rien à ce niveau dans notre champ visuel. On peut s'en convaincre en fixant de l'œil gauche (le droit étant fermé) et à la distance de 30 ctm. environ la croix blnncheîde la figure 238 : la large tache blanche
Flg. 238. — Démonstration de la tache aveugle du champ visuel.
disparaîtra, et le fond noir y semblera continu. Une telle tache aveugle existe également dans l'œil droit, en dehors et un peu en bas du point de fixation. Elle correspond à l'entrée du nerf optique dans l'œil, à la papille du nerf optique (située en dedans et un peu en haut de la fossette centrale). Les objets extérieurs qui forment leurs images sur la papille ne sont pas perçus.
Une première orientation sur l'étendue du champ visuel s'obtient en se plaçant au devant et assez près d'un tableau T (fig 239), dont on fixe conti-
Flp. -;<9. — Schéma des expérlrnces pérlmétrlques.
nuellement un point a; de la périphérie du champ visuel on avance un objet lumineux vers le point de fixation, et on marque sur le tableau l'endroit où l'objet commence à devenir visible. On répèleVela dans plusieurs méridiens, et en joignant les marques successives, on délimite un champ plus ou moins circulaire, disposé autour du point de fixation : on obtient ainsi une projection du champ visuel sur le tableau. La grandeur de cette projection dépendra naturellement de la distance à laquelle l'œil est placé devant le
tableau. — Mais c'est là une délimitation assez défectueuse du champ visuel. Ce qu'on veut obtenir en effet, c'est de se former une idée sur le fonctionnement de la rétine ; on veut par exemple savoir à quelle zone rétinienne correspond une lacune anormale dans le champ visuel. Dans la figure 239, on voit qu'à des grandeurs égales de la rétine, ou à des angles visuels égaux, correspondent des étendues très inégales du tableau. A une portion périphérique de la rétine correspond une étendue beaucoup plus grande du tableau qu'à une proportion égale entourant la macula lutea. Les grandeurs aô et ac du tableau ne se comportent pas comme les angles visuels, mais comme les tangentes de ces angles. Ensuite, en supposant
Fig. 240. — Schéma du champ visuel (et des champs de couleurs) de l'œil gauche
(d'après Landolt).
(ce qui est le cas) que le champ visuel s'étende dans l'une ou l'autre direction à plus de 90°, ce procédé ne permettrait guère d'en déterminer les limites. On arrive mieux à ses fins en relevant le champ visuel à l'aide du périmètre, consistant en un cerceau G (iig. 239) mobile autour d'un pivot, et dans le centre de courbure duquel on place l'œil à examiner. L'œil fixe le milieu a du cerceau, pendant que de la périphérie on avance un objet lumineux vers le point de fixation. L'angle du champ visuel, quand l'objet devient visible, se lit sur une graduation du cerceau. On répète cette manœuvre dans différents méridiens (en tournant le cerceau autour de son axe horizontal), et on obtient la grandeur angulaire du champ visuel. — Les résultats
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obtenus peuvent s'inscrire dans un schéma représentant une projection d'une demi-sphère. Le centre (fig. 240) correspond au point de fixation. Les cercles concentriques autour du point de fixation correspondent à des angles d'écart de 10** à 10°. La ligne externe, pleine, de cette figure, non concentrique autour du point de fixation, indique les limites du champ visuel de l'œil gauche : en dehors à 95", en haut à 5B^ en dedans à 47% et en bas à 65°. Le champ est donc loin d'être circulaire. En dehors, il s'étend à plus de 90» ; dans les autres directions il n'atteint pas les 90^ Du côté temporal, la partie rétinienne sensible à la lumière s'étend moins loin que du côté nasal ; une zone rétinienne plus périphérique ne servirait qu'à voir notre nez. — Tous les champs visuels normaux se ressemblent.
On a beaucoup discuté sur la raison de cette énorme différence de l'acuité visuelle centrale et périphérique. Une plus grande distance entre les éléments rétiniens sensibles à la périphérie n'en est pas la raison; il est vrai que les cônes sont plus minces dans la fovea centralis, mais pas au point d'expliquer cette énorme différence. — L'explication paraît résider en partie dans ce que nous avons dit plus haut (p. 55i) de l'indépendance fonctionnelle des cônes et des bâtonnets. Chaque cône de la fovea centralis a sa fibre nerveuse propre, tandis que dans la périphérie rétinienne, plusieurs cônes et bâtonnets sont reliés à une libre nerveuse en commuu. — Rappelons aussi (voir p. 028) que les cônes (plus serrés dans la fovea) paraissent servir â l'acuité visuelle, et les bâtonnets à la perception lumineuse surtout.
La tache aveugle nu se fait pus remarquer dans notre champ visuel comme une tache noire: le champ visuel y paraît plutôt comme continu, sans que cependant nous y voyions quelque chose. Nous n'y voyons pas du noir, car si on emploie une figure où la croix et le cercle de la fig. 238 sont noirs sur fond blanc, on voit le fond blanc uniforme au niveau de la tache aveugle. Si nous fixons un papier portant un dessin quadrillé, le dessin paraît se continuer sur la tache aveugle. On dit donc que notre esprit comble l'espace de la tache aveugle en y prolongeant la surface du fond environnant.
En temps ordinaire, nous ne remarquons pas cette tache, pas plus que nous ne remarquons les objets qui se trouvent en repos à la périphérie du champ visuel. La tache de Mariotte est certes l'objet le plus fixe (par rapport à notre corps) qui se trouve dans notre champ visuel ; et dans ses environs, l'acuité visuelle est aussi défectueuse qu'aux dernières limites du champ visuel. Cette explication (immobilité et acuité visuelle défectueuse) du fait que nous ne remarquons pas la tache aveugle nous paraît seule plausible. En réalité, la tache aveugle nous fait l'impression que nous avons de l'espace situé derrière notre tête : nous n'y voyons rien, ce qui n'est pas du tout du noir.