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AMÉTROPIE, ANOMALIES DE LA RÉFRACTION

1. Emmétropie, myopie, hypermétropie. — Avec les notions précédentes sur l'acuité visuelle, nous possédons des moyens pratiques pour

déterminer le punclum remotum, dont l'emplacement nous donne l'état de la réfraction statique, et le pwidum proximum qui nous donne l'état de la réfraction dynamique, de l'accommodation. Nous sommes à même de compléter ce que nous avons dit de la réfraction et de l'accommodation.

Nous avons envisagé dans ce qui précède uniquement l'œil normal, celui dont la rétine se trouve dans le plan focal principal du système dioptrique, celui qui, en vertu de sa réfraction statique, est adapté pour de grandes distances. En réalité, peut -être le quart des yeux ne répondent pas à cette définition d'un œil normal, sans que cependant on puisse y voir rien de pathologique.

Il y a d'abord une catégorie très-nombreuse d'yeux qui ne voient bien à distance qu'à la condition de regarder à travers une lentille négative plus ou moins forte. Gela revient à dire que dans ces yeux, le foyer principal du système dioptrique tombe non pas sur la rétine, mais en avant de la rétine. Sans verre correcteur, cet œil voit mal à distance; les images rétiniennes d'objets très éloignés sont diffuses. En le munissant d'un verre négatif, nous avons allongé la distance focale principale du système combiné : verre

Fig. 241.

négatif -|~ milieux de l'œil ; nous avons refoulé le foyer principal sur la rétine, puisque avec le verre négatif, la vision d'objets éloignés est devenue distincte. En d'autres mots, nous avons adapté cet œil pour l'infini. Les yeux de cette espèce sont dits myopes, et on nomme myopie (de iivsiv^ clignoter, ce que font les myopes, pour regarder) l'état de réfraction de ce genre.

Une seconde catégorie d'yeux voient bien à distance à travers des verres convexes. Le foyer principal de leur système dioptrique est situé derrière la rétine, puisque nous raccourcissons la distance focale en munissant l'œil d'un verre convexe. Dans le jeune âge, les yeux de ce genre, dits hypermétropes (hypermétropie), voient bien à distance, parce qu'ils accommodent, parce que leur réfraction dynamique ramène sur la rétine le foyer principal.

Au point de vue dioptrique, un œil normal, emmétrope (emmétropiejf est adapté pour l'infini (autrement dit pour très loin) en vertu de sa réfraction

statique ; sans aocomraoder, il réunit en un foyer f (fig. 241) sur la rétine des rayons horaocentriques parallèles, provenant de très loin. — Un œil myope a son foyer principal f au devant de la rétine ; l'image rétinienne d'un point lumineux très éloigné n'est pas un point, mais un cercle de diflFusion mm'; l'œil est adapté, en vertu de sa réfraction statique, pour une distance finie ; sans accommoder, il réunit en foyer sur sa rétine des rayons homocentriques divergents. — Un œil hiipermétrope a son foyer principal /"' (fig. 241) en arrière de la rétine ; l'image rétinienne d'un point lumineux très éloigné (si l'œil n'accommode pas) n'est pas non plus un point, mais un cercle de diffusion hh'; l'œil n'est adapté, en vertu de sa réfraction statique, pour aucun point réel (ne peut voir clairement ni de loin, ni de près) ; il réunit en foyer sur sa rétine des rayons homocentriques convergents — et il n'y a pas de tels rayons dans la nature, à moins qu'ils n'aient passé à travers une lentille positive.

Quelles sont les raisons auatomiques de la myopie et de l'hypermétropie ? — A priori, une différence dans la force réfringente (dans les rayons de courbure des surfaces réfringentes ou dans les indices de réfraction des milieux p. ex.) pourrait produire ce résultat ; la longueur de l'œil serait la même pour les trois états de réfraction, mais l'œil myope aurait un système dioptrique plus fort, un œil hypermétrope l'aurait plu^ faible que

Fip. 242. — Schéma des yeux pninu'Iropc, myope et hyiiermétrope. I.a rétine de l'u-il eiiiiuétrope K se trouve daus le plan focal principal du .système dioptrique : celle de l'œil myope M se trouve en arrière, celle de l'u'il liypermétrope 11 se trouve en avant du même plan focal.

l'œil emmétrope. — Le même effet pourrait être obtenu si, le système dioptrique étant le même dans les trois cas, la longueur de l'œil variait (fig. 242j. L'expérience a prouvé qu'en fait la dernière hypothèse est toujours réalisée : >• œil myope» est donc synonyme d' «œil trop long', et r « œil hypermétrope » est un < œil trop court » pour la force réfringente du système dioptrique, qui est la même dans les trois états de réfraction.

II. Évaluation de la myopie et de 1 hypermétropie. — Do même que racooramodalion, on peut représenter la myopie et rhypertuétropie par une valeur dioptrique.

CHAPITRB XIV.

Soit A (fig. 243) un œil myope. Des rayons parallèles (partis d'un point très éloigné) forment leur foyer f au devaiit de la rétine ; l'image rétinienne a/S d'unf point lumineux très éloigné sera un cercle de diffusion ; l'image rétîniennd d'ùri objet très éloigné sera diffuse. Soit (fig. 243, B) Pr (punctum remotum) le point le plus éloigné (|ue cet œil peut voir clairement. Les rayons partis de Pr se i-éunlssent donc en un foyer conjugué sur la rétine; un o])jet situé à la même

distance sera vu distinctement. Pour que des rayons parallèles, venus d'un point très éloigné, se réunissent en foyer sur la rétine, il faut (G, fig, 243) placer au

rig. 1:4 1.

devant de l'œil un verre négatif qui rtnd divergents les rayons parallèles, comme s'ils arrivaient du point P?\ Le verre qui produit cet effet corrige la myopie: il permet à cet œil myope de voir à dislance. — Un œil myope qui voit bien à distance à travers une lentille négative de 20, 25, 33 etc. ctm. de dislance focale a en quelque sorte de trop des lentilles positives de 20, 25, 33 ctm. de distance focale: il est myope de 4, de 5, de 6 dioptries. Un œil ayant ainsi de trop une

lentille de 4 dioptries (25 ctm. de distance focale), est ping myope qu'un autre qui n'a de trop qu'une lentille de 3 dioptries ("33 ctm. de distance focale) ; le premier est plus long que le second.

Soit ensuite un œil hypermétrope. Des rayons parallèles (fig. 245. A), partis d'un point très éloigné, tendent à former leur foyer f en arrière de la rétine, si cet œil n'accommode pas. L'image rétinienne a6 d'un point très éloigné sera un cercle de diffusion, et l'image rétinienne d'un objet éloigné (et plus encore celle d'un objet rapproché) sera diffuse. Pour que cet œil voie bien à distance sans accommoder, il faut placer au devant de lui (fig. 244, B) une lentille positive qui rende convergents les rayons partis d'un point éloigné, de manière qu'ils se réunissent en foyer sur la rétine. Le verre qui produit cet effet corrige l'hypermétropie. A un œil qui voit encore bien à distance à travers une lentille positive de 20, 25, 33 etc. ctm. de distance focale, il manque une lentille de 5, de 4, de 3 dioptries, il a une hypermétropie de 5, de 4, de 3 etc. dioptries.

Un œil myope est donc, en vertu de sa réfraction statique, en état de réunir en foyer sur la rétine des rayons homocentriques divergents. L'œil hypermétrope réunit en foyer sur la rétine, en vertu de sa réfraction statique, des rayons homooentriqueg convergents. Et comme il n'y a pas de ces derniers rayons dans la nature, il s'en suit que, sans accommoder, l'hypermétrope ne saurait rien voir clairement,

m. — Accommodation dans les trois états de réfraction statique.

— Pour un même âge, le pouvoir accoinmodnteur est le même dans les trois états de réfraction; les contractions du muscle ciliaire augmentent de la même quantité la force réfringente des yeux emmétropes, myopes et hypermétropes. Mais le terrain d'accommodation n'est pas le même dans ces trois cas, et c'est à cette circonstance que sont dues la plupart des particularités de la vision chez les myopes et chez les hypermétropes. Pour fixer les idées, envisageons trois yeux à l'âge de 20 ans, mais l'un emmétrope, le second myope, et le troisième iiypermétrope.

A 20 aus l'emmétrope (E, fig. 245), peut, en vertu de son accommodation, ajouter à son système dioptrique une lentille positive de 10 ctm. de distance focale. Son punctum proximuni est à 10 ctm. an devant de l'œil. Son terrain d'accommodation t. a., s'étend de 10 ctm. au-devant do l'œil jusqu'à l'infini.

L'œil myope (M, fig. 245) est dans le cas d'un œil emmétrope muni d'une lentille positive; supposons son punctum remotum à 17 ctm. au devant de lœil. C^t œil, qui a déjà de trop une lentille de 17 ctm. de distance focale, ou de 6 dioptries, en vertu de sa réfraction statique, peut encore y ajouter, en vertu de son accommodation, une lentille positive de môme force que l'œil emmétrope du même ùge. Le punctum proximum sera plus près de l'œil myope que dans l'emmétropie. Le terrain d'accommodation sera plus rapproché de l'œil, mais aussi plus petit, pour une raison analogue à celle qui fait que si le punctum remotum est déjà ramené vers l'œil, une même accoumiodation ramène moins Vpr vers l'œil.

L'œil hypermétrope (H. fig. 245) a une lentille positive de trop peu ; pour voir à distance, il use déjà cette force réfringente de son accommodation, et il ne lui en reste donc plus autant qu'à l'emmétrope pour ramener le punctum proximum en

deçà de l'infini. Le Ppr. sera, à âges égaux, plus éloigné de l'œil que dans l'emmétropie. Le terrain d'accomodation sera très grand, mais plus éloigné de l'œil que dans l'emmétropie.

Au même âge, le punctum proximum d'un œil myope est donc plus près de l'œil, celui de l'œil hypermétrope est plus loin de l'œil que dans Temmétropie.

A mesure que l'accommodation diminue, Ppr s'éloigne de l'œil, et finit par se confondre avec Pr, une limite qu'il ne peut pas dépasser. Nous avons vu survenir la presbyopie de 40 à 45 ans chez les emmétropes. — Le myope de notre exemple conservera toujours son punctum remolum à 17 ctm., il

Fig.

!15. — Schémas des terrains d'accommodation dans l'emmétropie E, la myopie M, et l'hypermétropie H. ta, terrain d'accommodation; Ppc, pimctiun proximum Pr, punctum remotuni.

verra toujours clairement à cette distance, et ne remarquera guère la perte de son accommodation. Pour voir à 30 ctm., il devra même munir son œil d'un certain verre négatif.

Le myope ne voit donc pas bien de loin, mais bien de près. — L'iiypermétrope doit déjà accommoder pour voir à distance : il accommode donc presque toujours à l'état de veille, alors que l'emmétrope n'accommode que quand il veut voir de près, et que le myope a encore moins besoin d'accommoder. Le muscle ciliaire de l'hypermétrope est donc pendant la veille dans un état de contraction à peu près continue, comme le muscle deltoïde d'un enfant que son magister a condamné à tenir pendant un quart d'heure, par exemple, le bras en l'air : au commencement, cela paraît un jeu, puis le muscle se fatigue, le bras retombe et est relevé aussitôt, le muscle devient très douloureux, etc. De même aussi dans l'hypermétropie, surtout dans la vision de près : la lecture, par exemple, marche bien d'abord;

Fig. 246.

pais la mascle ciliaire se relàctie, et une ianervatiou motrice plus énergique y remédie: les caractères d'impression pâlissent, s'entremêlent; enâa, la contraction du muscle ciliaire devient douloureuse, et ces douleurs irradiées dans le front constituent un mal de tète revenant à chaque eisai de lecture. On a donné le nom d'àsthénopie à ces troubles de la vision, à une époque où l'on n'en connaissait ni la raison, ni la manière d'y remédier à l'aide de verres positifs.

L'hypermétrope devient presbyte plus tôt que l'emmétrope ; il peut l'être déjà à l'âge de 15 ans. Le myope ne devient jamais presbyte, mais à la condition que sa myopie soit un peu forte. Si la myopie est faible, si Pr est au delà de 25-30 ctm. de Toeil (myopie plus faible que 3 dioptries), le Ppr arrivera à être plus loin de l'œil que 25-20 ctm. et, d'après ce qui est dit à la page 648, un tel sujet finit par être myope et presbyte à la fois : pour voir de loin, il lui faut des verres négatifs ; pour voir de près, il lui en faut de positifs.

ASTIGMATISME.

Le nom d'astigmatisme (a privatif, (rriy^a., point) s'applique à différents états de réfraction dont le caractère commun est, qu'après réfraction, des rayons homocentriques (partis d'un point) ne se réunissent plus en un point focal. Jusqu'ici, nous n'avons considéré que la réfraction dans les cas où la lumière partie d'un point objectif tend à se réunir en un point focal. Ceci est le cas si les milieux sont parfaitement homogènes, et si les surfaces réfringentes ont même courbure dans les différents méridiens, si elles sont sphériques. — Lorsque cette condition n'est pas réalisée, on parle d'astigmatisme. On distingue dans l'œil • V astigmatisme régulier » et <iV astigmatisme irrégulien» ; le premier, qui peut être corrigé par des verres appropriés, tient à une courbure inégale des méridiens de la cornée ; le second, qui ne peut guère être corrigé, est du à un manque d'homogénéité dans les milieux transparents, surtout du cristallin.

I. Astigmatisme régulier. — Un fragment découpé dans un cylin Ire en verre, comme cela est représenté dans la fi^, 246, a un maximum de courbure dans le sens horizontal; la courbure va de là en diminuant pour les autres directions, elle devient nulle dans le sens vertical. La réfraction de la lumière qui passe à travers cette « lentille cylindrique positive i — en supposant qu'on ait arrondi le fragment de verre par ses angles — a un maximum dans le méridien horizontal, un minimum égal à zéro dans le méridien 'vertical, parallèle à r « axe » de ce cylindre. — On imagine aisé;neut un cylindre négatif, dont une face présente une courbure cylindrique concave.

Supposons que nous combinions ce cylindre positif avec une lentille sphérique :

le système résultant aura un'méridien avec un miaiinuin de réfriagence; celle-ci

va en augmentant dans les autres méridiens et devient un maximum dans le méridien perpendiculaire au premier. — On fabrique des lentilles qui réunissent les deux effets; elles ont un maximum de courbure dans un méridien, et un minimum dans celui qui lui est perpendiculaire. Soit (fig. 247) une lentille positive de ce genre, dont le méridien horizontal hh' a une courbure plus forte que le vertical vv'.

Des rayons homocentriques qui tombent sur cette lentille, ceux qui . traversent le méridien horizontal g. se réuniront en foyer {xx') avant « ceux qui traversent le méridien ver- ,ï ticul ; et quand ceux-ci, un peu plus rt loin {yy), se réuniront en foyer, les 1 premiers divergeront déjà.

1 Si à l'aide d'un écran nous inter-

^ ceptons le faisceau lumineux émer- « géant, nous trouvons (voir les % figures pointillées) que ce n'est plus « un cône circulaire, mais que la sec- 3 tion du faisceau est elliptique, à "" long axe vertical. L'ellipse (1), . d'abord grande contre la lentille, M devient de plus en plus petite à me- ^ sure qu'on s'en éloigne : là où les rayons du méridien horizontal — plus réfringent par hypothèse — forment foyer, l'ellipse est devenue une ligne verticale (4): première ligne focale. Un peu plus loin, l'ellipse reparaît (5), pour devenir bientôt horizontale (7), puis une ligne horizontale (8) : seconde ligne focale, à l'endroit où les rayons du méridien vertical forment foyer.

Au-delà nous obtenons une ellipse horizontale de plus en plus grande (9 et 10). — Il ne se forme donc plus une image punotiforme du point lumineux ; mais en deux endroits, son image aura un maxiiïium. de netteté, sous forme de lignes, l'une perpendiculaire sur l'autre.

Supposons un œil astigmate ; que le méridien vertical du système dioptrique ait la courbure la plus forte (comme cela est ordinairement le cas). Nous pouvons obtenir cet etfet en plaçant au devant d'un œil normal un cylindre positif avec l'axe horizontal. Les symptômes visuels seront les suivants.

1» Un point lumineux ne sera jamais vu comme un point ; mais situé à deux distances déterminées, il apparaîtra avec un maximum de netteté, et cela sous forme d'une petite ligne verticale ou horizontale, selon que la première ou la seconde ligne focale tombe sur la rétine.

2° Des lignes, les unes verticales, les autres horizontales, ne seront jamais vues à la fois avec une égale netteté ; quand on verra clairement les unes (en accommodant pour elles), les autres seront pâles, diffuses. Une ligne en effet est une succession de points. Soit A (tig. 248) une ligure

Fig. 24S.

composée de deux lignes pointillées, l'une perpendiculaire sur l'aulre. Si la première ligne focale (horizontale dans l'œil) tombe sur la rétine, chaque point sera allongé horizontalement, il aura des cercles de diflfusion horizontaux. Ceux-ci se couvrant pour une ligne horizontale, ils sont comme non avenus; pour une ligne verticale, ils ne se couvrent pas, la ligne sera élargie et plus pâle que la première (Bj. L'inverse a lieu si (G), soit en éloignant les lignes, soit en accommodant plus fortement, nous faisons en sorte que la seconde ligne focale tombe sur la rétine.

3° Tous les objets, par exemple des caractères d'impression, sont vus allongés dans un sens (dans le sens des cercles de diffusion).

4° L'acuité visuelle sera en dessous de la normale ; un tel œil ne reconnaîtra pas des lettres sous un angle de 5 minutes, puisque jamais un point objectif ne forme une image rétinienne punctiforme. Les contours seront diffus, au moins suivant un méridien.

5° Un astigmate verra mieux en regardant à travers une fente étroite (fente sténopéïque) ; on élimine ainsi tous les rayons qui ne tombent pas sur un méridien, et les rayons qui traversent ce dernier peuvent former des foyers punctiformes. Le même effet est obtenu en regardant à travers un petit trou percé dans un écran, le trou étant une petite partie d'une fente.

Presque tous les yeux sont affectés d'un degré plus ou moins prononcé d'astigmatisme régulier, dû à ce que la courbure de la cornée est plus forte dans le méridien vertical.

Voiji des pi'ouvo.j da cjt astigiiiatisiae x physiologique » dont sont affectés les yeux réputés normaux. En regardant des traits noirs arrangés en étoile sur fond blanc, bien peu d'yeux voient tous les traits également noirs. — En tournant un verre cylindrique très faible au devant de l'œil, de manière à renforcer (ou à diminuer, selon que le cylindre est positif ou négatif) la réfraction légèrement et successivement dans les différents méridiens de l'œil, on trouvera une position du cylindre dans laciuelle l'acuité visuelle est augmentée, et une autre dans laquelle elle est diminuée. Ou bien si on regarde l'étoile mentionnée, dans une position du cylindre la différence de netteté des traits est augmentée, et diminuée dan> une autre. Evidemment, si la réfraction était la même dans tous le;» méridiens de l'œil, on devrait voir également bien ou également mal avec toutes les orientations du cylindre. Le fait est que dans une position, le cylindre corrige, et dans l'autre renforce l'astigmatisme régulier dont est affecté tout l'œil.

L'astigmatisme régulier est souvent assez fort pour gêner la vision distincte. On peut le corriger en munissant les yeux de verres cylindriques appropriés.

II, Astigmatisme irrégulier, — Si les irrégularités de réfracfioD dans l'œil sont telles qu'elles ne peuvent pas être corrigées à l'aide de verres, on parle d' « astigmatisme irrégulier. » Des rayons homocentriques qui traversent un tel système ne se réunissent plus en un point focal, mais ordinairement en plusieurs points focaux. A peu près tous les yeux sont affectés d'un degré appréciable d'astigmatisme irrégulier, dû à ce que le cristallin n'est pas une lentille positive homogène. Rappelons-nous l'étoile aux deux surfaces du cristallin, visible sur le cristallin frais, et suivant les rayons de laquelle s'insèrent les fibres du cristallin. Cette disposition divise la lentille en plusieurs segments dont les pointes se touchent autour de Taxe antéro-postérieur. Ces secteurs n'ont pas la même réfraction; non seulement ils ont des distances focales différentes, mais encore ils sont inclinés différemment, soit en arrière, autour de l'axe cristallin, de manière à produiredes déviations prismatiques; ils ne sont pas « centres ». — Chaque secteur du cristallin a son foyer à lui, ce qui donne naissance à de la polyopie monoculaire, qu'on met en évidence de la manière suivante. Un grain d'amidon ou de poudre de lycopode est vu multiple lorsqu'il est placé à une distance de l'œil pour laquelle on n'est pas accommodé, le mieux à une très-courte distance. Certains yeux le voient double, les autres triples, etc. ; cela dépend du nombre de secteurs cristallins inégaux. Les deux yeux du même individu diffèrent sous ce rapport. — Les deux, trois etc. points se touchent souvent, forment étoile. C'est en grande partie à l'astigmatisme irrégulier du cristallin que nous devons de voir les astres — des points lumineux — sous forme d'étoiles, et non pas sous forme de points. A. DE HuMBOLT cite le cas d'un tailleur dépourvu d'astigmatisme irrégulier (et régulier), qui voyait les étoiles sous forme de points ; cet individu avait aussi une acuité exceptionnellement bonne.

Organe visuel.

VISION ENTOPTIQUE.

Oa se plaît souvent à vanter l'extrême perfection de notre œil comme instrument d'optique. Le fait est qu'on construit des instruments d'optique infiniment supérieurs à notre œil, et il y aurait long à dire sur les imperfections de son système dioptrique. Ainsi, chaque œil est aiiecté d'un degré sensible d'astigmatisme régulier et irrégulier. Notre œil est affecté d'aberration chromatique, témoins les bords rouges ou bleus que nous voyons aux objets lumineux pour lesquels nous ne sommes pas parfaitement accommodés, surtout si nous recouvrons une moitié de la pupille. De plus, nos milieux transparents ne sontni parfaitement transparents, ni parfaitement homogènes ; telles parties absorbent ou réfléchissent un peu plus de lumière que le reste, et dans des circonstances favorables, projettent une ombre sur notre rétine ; dans ce cas, nous voyons ces objets situés dans notre œil. Nous pouvons même voir les nombreuses inégalités de transparence de notre rétine. Nous pouvons voir des détails de notre propre macula lutea et de la fovea centralis ! On donne le nom de vision entoptique à la perception visuelle de différentes parties Je notre propre œil. — Voyons les conditions de visibilité d'un objet intra-oculaire ; car en fait, tantôt nous voyous ces détails, et tantôt nous ne les voyons pas. A cet effet, supposons un petit corps opaque o ( fig. 249) dans le corps vitré, un peu au devant de la rétine, et que l'œil soit éclairé par une source lumineuse. Si nous sommes adaptés pour la distance de la lumière, par exemple (ûg. B], si des rayons parallèles tombentdans un œil emmétrope qui n'accommode pas, et si le foyer conjugué de la source lumineuse tombe sur la rétine, nous ne verrons rien du corps opaque ; limage rétinienne sera un peu moins éclairée que si ce dernier n'y était pas. Si au contraire nous ne sommes pas adaptés pour cette distance, il y aura une ombre projetée sur la rétine par le corps opaque. Ceci est surtout le cas si la source lumineuse, le mieux un point lumineux, se trouve dans le foyer antérieur de l'œil (ou plus près encore), à 13 mm. au devant de la cornée (lig. 249 A), parce qu'alors les rayons tombent parallèlement sur la rétine ; l'ombre projetée sera bien sensible.

Fig. 249.

Fig. 250.

Cette expérience est réalisée avec une goutelette de mercure qu'on rapproche de l'œil, ou encore (fig. 250) si à travers un trou d'épingle percé dans un écran opaque (carte de visite) placé près de l'œil, nous regardons une surface uniformément éclairée, comme le ciel : les bords du trou, grâce à la diffraction de la lumière, deviennent l'objet lumineux. — A l'aide de ces divers artifices, on voit dans le champ visuel les mouches volantes, des filaments, des grains, etc. , qui nagent dans le corps vitré de l'œil le plus normal.

En clignotant pendant qu'on regarde à travers le petit trou, ou voit le champ visuel traversé par une bande transversale, due au plissement passager de l'épithélium cornéen, comprimé par le bord libre de la paupière (Bull). — En couvrant et en découvrant un œil, le champ visuel circulaire de l'autre, dirigé sur une surface blanche, s'élargil et se rétrécit : nous voyons les mouvements de notre propre iris. On réussit même à voir les vaisseaux de sa propre rétine, voir même les cônes de sapropre fovea centralis.Po\iv voir tout l'arbre vasculaire de larétine,oa se place dans une chambre non éclairée, et on imprime à la lumière d'une bougie un

mouvement de va-et-vient, pendant qu'on fixe le mur. Bientôt on voit surgir sur ce dernier, dans des dimensions colossales, les gros vaisseaux rétiniens avec leurs ramifications. Les vaisseaux sont des corps relativement opaques (situés dans les plans rétiniens internes), qui projettent une ombre sur le plan rétinien sensible à la lumière, plan situé évidement derrière les vaisseaux. H. Mueller a calculé que ce ^*'- ^^** plan devait coïncider à peu près avec la

couche des cônes et des bâtonnets. La fig. 251 représente la marche de la lumière dans cette expérience. En a, elle est réfléchie ; c est un vaisseau sanguin qui projette une ombre o.

Enfin, en faisant osciller au devant de l'œil un écran percé d'un petit trou ou d'une fente étroite, à travers lesquels on regarde une large surface éclairée (ciel uni), on voit les petits vaisseaux et les capillaires qui entourent la fovea centralis ; celle-ci elle-même (dépourvue de vaisseaux) est un petit champ circulaire dans lequel on aperçoit dans les circonstances favorables un dessin guilloché, composé de petits cercles qui représentent les cônes en cet endroit (Ndkl).

OPHTALMOSGOPIE.

Visibilité du fond de l'œil De ce que la pupille nous paraît noire

sur le vivant il ne faudrait pas conclure que la lumière qui a pénétré dans l'œil y est absorbée en totalité, et qu'aucune partie n'en est renvoyée à travers la pupille. En réalité, beaucoup de rayons lumineux sortent de l'qeil par la pupille ; mais les conditions de réfraction y sont telles qu'ils ne sauraient arriver dans l'œil d'un observateur ; nous ne pouvons donc pas voir le fond de l'œil éclairé : la pupille doit paraître noire.

Souvenons-nous de la loi des foyers conjagués : sans rien ^dianger à la marche des rayons lumineux à travers une le)itillc, on peut remplacer l'image , par la source lumineuse. Soit L (fig. 224, p. 633) la source lumineuse, et i son image. Si à la place de l'image nous mettons la source lumineuse, les rayons tombant maintenant sur la lentille de droite à gauche, suivront à; rebours le chemin parcouru tout à l'heure : l'image se formera là où se trouvait la source lumineuse. — Si nous plaçons en i un écran, il s'y forme une image de la source lumineuse qui renvoie des rayons vers la lentille, rayons qui la traversent et vont former une seconde image (de l'image), mais qui coïncide précisément avec la source lumineuse.

Un œil ne pourrait donc voir Timage i à travers la lentille qu'en deux positions : en se plaçant à l'endroit de la source lumineuse, ce qui supprimerait cette dernière, ou bien derrière celle-ci, et alors il ne verrait que

Flg. 252. - Schéma de l'examen ophtalmoscopique (à l'image droite), -l lumière; p pile de glaces faisant fonction d'ophtalmoscope ; A œil examiné ; U œil examinateur.

cette source, puisque les rayons revenant de la lentille ont l'air de sortir de la source lumineuse.

Ainsi en est-il ordinairement de l'œil éclairé par une flamme : pour qu'un second œil pût recevoir des rayons émergents, il devrait se placerj sur la direction des rayons qui de la lumière tombent sur l'œil examiné ; et du coup, ces rayons seraient interceptés. Dans le cas où l'œil examiné est adapté pour la source lumineuse, ce qui en somme est ordinairement le cas, il est impossible que nous recevions dans notre œil des rayons qui en émergent.

Et cependant, depuis longtemps on savait que les yeux de certains animaux luisent dans l'obscurité, que nous voyons rouge la pupille des albinos. La raison en est que des rayons lumineux pénètrent à travers la sclérotique dans ces yeux, dépourvus de pigment, et qu'au sortir de l'œil ces rayons suivent une tout autre voie qu'eu y pénétrant. Ou avait aussi observe dans de rares circonstances une lueur rouge dans la pupille dyeux humains non albinotiques (Voir plus loin, p. CG9).

Helmholtz a trouvé le moyen de voir luire le fond de l'œil humain, de placer son propre œil sur la direction des rayons qui émergent d'nn autre œil, sans intercepter les rayons incidents. Soit A (âg. 252) l'œil examiné. Au lieu de l'éclairer par une lumière placée au devant de lui, plaçons la lumière / à côté, et soit B notre propre œil au devant duquel nous plaçons une pile de glaces p (par exemple de verres couvre-objets). Les rayons qui tombent sur cette pile la traversent en partie, mais beaucoup seront rçfléchis. Nous pouvons donner à la pile de glaces une orientation telle que ces rayons soient renvoyés précisément dans l'œil observé. Au fond de ce dernier, il se forme une image de la source lumineuse, qui à son tour émet des rayons qui sortent de la pupille dans la direction des rayons incidents, mais à rebours. Les rayons émergents vont donc rencontrer la pile de glaces, contre laquelle une partie sera réfléchie vers la lumière ; une autre partie traversera les glaces et arrivera dans l'œil de l'observateur, qui verra rouge la pupille de l'œil A, ou plutôt il verra le fond de l'œil rouge à travers la pupille.

Mais cela ne suffit pas pour voir les détails du fond de l'œil examiné. La condition de visibilité de ces détails est que les rayons partis d'un point de la féline de l'œil A se réunissent en foyer sur la rétine de l'œil B. Sn effet, un œil

examiné de cette manière n'accommode jamais; les rayons émergents partis d'un même point sont donc parallèles (si cet œil est emmétrope) ; et l'œil B (emmétrope aussi) les réunira en foyer, s'il n'accommode pas. Malheureusement, dans les premiers essais d'ophtaîmoscopie, on accommode toujours, malgré soi, pour la distance assez petite à laquelle on sait que se trouve le fond de l'œil examiné. Apprendre à examiner le fond de l'œil à l'aide de V ophtalmoscope — c'est ainsi que Helmholtz a nommé son instrument — revient en grande partie à apprendre à relâcher à volonté son accommodation. Si on ne parvient pas à relâcher le muscle ciliaire, on peut cependant voir le fond de l'œil en mettant au devant de son propre œil une lentille négative neutralisant exactement l'accommodation.

On voit ainsi (fig, 353) sur un fond uuiforméiuent rouge (rayons réfléchis par la nappe des capillaires choroïdiens) les vaisseaux rétiniens, ou plutôt les colonnes sanguines rétiniennes comme flottant librement ; la rétine et les parois des vaisseaux rétiniens sont absolument transparentes. Sur ce fond rouge se détache un disque blanchâtre A, la papille du nerf optique, de laquelle émergent les vaisseaux rétiniens, une artère (^r) et une veine {h} qui se bifurquent dès leur entrée dans l'œil.

FIg. 253. — Fond de l'œil vu à l'optalmoscope, par le procédé de l'image droite.

ORGA.NE VISUEL. 669

— Le tout est agrandi de 15 à 20 fois, parce que nous regardons le fond de l'œil à travers une loupe constituée par les milieux transparents de cet œil.

On peut aussi, à l'aide d'un artifice, voir les détails d'un œil myope et d'un œil hypermétrope, et même déterminer exactement l'état de réfraction de l'œil examiné (Voir les traités d'ophtalmoscopie, où est expliqué aussi un second mode d'ophtalmoscoper, dit t à l'image renversée »).

On peut sans ophtalmoscope recevoir des rayons émergents d'un œil humain pigmenté, on peut en voir la pupille rouge, si cet œil n'est pas adapté pour la source lumineuse. Supposons (fig. 254) un œil fortement myope M, éclairé par une source lumineuse L très-éloignée. Les rayons émergents (pointillés) convergent vers le punctum remotum Pr (qui est le foyer conjugué par rapport à la rétine), puis divergent, et en grand nombre passent à côté de la source lumineuse : nous pouvons donc nous placer (en o) sur la direction de ces derniers, sans intercepter la lumière. Les premières observations de la lueur d'yeux humains pigmentés ont été faites sur des yeux myopes. — Enfin, soit un œil hypermétrope qui n'accommode pa.s, éclairé par une lumière située à une distance finie. La rétine est au devant du foyer principal, et les rayons émergents divergent ; un œil observateur peut les recevoir sans masquer la source lumineuse. — Ici rentre la

Fis. 254.

lueur des yeux de chats et de chiens par exemple, qui (de même que les yeux de tous les animaux examinés) sont fortement hypermétropes. On ne remarque la lueur de ces yeux que si on se trouve dans la direction de la source lumineuse, surtout dans une obscurité relative ; en effet, au grand jour, nous ne remarquons pas cette lueur, quoique notre œil reçoive des rayons émergents, parce que leur intensité est trop faible, comparée à l'éclairage de l'animal et de tous les objets environnants.

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