SENS DE L ÉQUILIBRE
(ou de tout le corps) dans le même sens. Et ces innervations provoquent par acte réflexe les contractions musculaires nécessaires à l'équilibraliou du corps (et de la tête) et à la conservation du maintien vertical. — Tel est le résumé des conclusions qui se dégagent d'une foule d'expériences tentées sur les canaux semi-circulaires, depuis Flourens qui a ouvert ici également la voie.
Les auteurs qui font agir l'iiomme et les animaux en vertu d'états de conscience supposent ici également des sensations, dites de l'équilibre, et admettent que nous redressei'ions notre corps parce que nous éprouverions ces sensations. Et de nouveau ce seraient des sensations inconscientes, car mon sens intime à moi ne me dit rien de sensations pareilles. On ne pourrait invoquer ici la sensation de « vertige » que nous éprouvons lorsque nous perdons l'équilibre, c'est-à-dire « lorsque les stato-réllexes » nécessaires à l'équilibration n'ont pas l'effet voulu; cette sensation ne naît que dans les cas exceptionnels, où la fonction est en défaut.
C'est sur le pigeon (ou la poule) qu'on opère ordinairement, leurs canalicules étant très accessibles.
1" Expériences sur chaque canalicule pris isolément. Lors de l'incision d'un seul canalicule, il se produit des mouvements de rotation de la tête (accompagnés de rotationsdes yeux)dans le plan du canalicule incisé, aumomentoù l'endolymphe s'écoule (phénomène d'excitation). D'après Ewald, la rotation de la tête (et du corps) s'exécuterait dans le sens de l'écoulement de l'endolymphe. L'incision du canalicule vertical, à direction frontale, donne lieu à une rotation de la tète et même de tout le corps autour de l'axe longitudinal du bec, c'est-à-dire dans le plan du canalicule lésé, et autour d'un axe perpendiculaire à ce plan. En opérant sur le canalicule vertical antéropostérieur, on provoque des rotations autour d'un axe transversal de la tête, et mémo la culbute de tout le corps. Enfin, les lésions du canalicule horizontal produisent des rotations autour d'un axe vertical (mouvement de manège). — Si dans ces expériences on fixe la tète, ou voit néanmoins survenir les rotations des yeux, qui accompagnent l'écoulement de la lymphe, et qui sont en rapport avec les mouvements de la tête empêchés (voir plus loin). — Lorsque l'écoulement de la lymphe a cessé, on n'observe plus rien d'anormal chez le pigeon en repos ; mais il se montre déséquilibré chaque fois qu'il veut se mouvoir pour la course ou pour le vol. Après quelques semaines, cette déséquilibration elle-même a disparu.
Des mouvements analogues se produisent aussi lorsqu'on excite électriquement ou chimiquement un canalicule ou encore lorsqu'on y injecte du liquide. Dans ce dernier cas, les mouvements sont opposés à ceux dus à l'écoulement de l'endolymphe.
2° Extirpation de tout un labyrinthe. — Après extirpation d'un seul labyrinthe dans son ensemble, le pigeon peut voler (avec quelque déséquilibration) ; il peut saisir son manger. Mais.il montre des maintiens
(rotations) forcés de la tête, qui s'accentuent les premiers jours après l'opération, particulièrement lorsque l'animal se meut. Le pip^eon incline la tête vers le côté opéré (fig. 280). Cette inclinaison augmente dans la suite, et peut devenir une révolution complète (fig. 281).
2" Exlirpation complète des deux labyrinthes. — Après extirpation des deux labyrinthes, le pigeon est d'abord tout à fait déséquilibré. Le vol, la marche, la préhension des aliments sont absolument impossibles. L'animal se couche et on a difficile à le mettre en mouvement. Il exécute alors quelques
Fig' 280. — Commencement de Fig. 281. — Déviation très forte (de toute une rovolul ion)
la déviation de la tête d'un de la tète d'un pigeon privé depuis 20 jours de sou
pigeon privé depuis 5 jours de labyrinthe droit (Ewalu). son labyrintlie droit (Ewald).
mouvements ataxiques, puis se recouche. — Cette déséquilibration, due à l'absence des innervations provenant des vestibules, s'amende dans la suite, probablement parce que d'autres innervations, centripètes, les tactiles, celles du sens musculaire et les visuelles finissent par suppléer à celles supprimées avec les labyrinthes. Il suffit en effet d'aveugler les animaux ainsi « restitués » pour voir reparaître la déséquilibration initiale.
Les lésions des canaux semi-circulaires des mammifères produisent en somme les mômes troubles moteurs que celles des oiseaux. Après extirpation d'un labyrinthe, le corps du lapin roule autour de son axe antéropostérieur, et vers le côté opéré : les membres du côté opéré restent flasques, ceux du côté opposé s'étendent (et roulent le corps vers le côté opéré). - Chez l'homme, les lésions (hémorrhagies etc.) du labyrinthe produisent une espèce d'apoplexie, de chute du corps, connue sous le nom de «symptôme» ou « vertige de Menière ».
Nystagmus lahyrinthique. — Dans diverses circonstances le labyrinthe de l'homme provoque des mouvements nystagmiqaes, c'est-à-dire des oscillations parallèles des deux yeux. Gela arrive lorsque le corps a tourné quelque temps autour d'un axe vertical, lors du passage d'un courant galvanique par le laby-