II. —CIRCULATION' CARDIAOUE
Rythme du cœur. — Chaque pulsation, chaque révolution cardiaque comprend trois phases successives : 1» pause, c'est-à-dire repos des oreillettes et des ventricules ; 2"" contraction ou systole des oreillettes ; 3* conlraction ou^jj/6'f(j/t; des ventricules. Nous commencerons par la phase de repos ou panse.
Dans la description suivante, nous prendrons coaime guide les graphi.rues représentant les variations de pression qui se déroulent daus les cavités du c«eur pendant les différentes phases de la pulsation cardiaque. Ces graphiques ont été recueillis chez le chion et chez le cheval au moyen de soudes cardiographiques de Chauveau et Marey ou d'instruments contruits d'après le même principe (iig. 40). lie lecteur est prié de se rapporter surtout aux tracés delà fig. 38. Voir aussi fig. 41, i'i, 43, et 47,
88 GHAPirUE Ttl.
1'» Phvse. Repos ou puisd (cfalfig. 38). - Les deux oreillettes se remplissent passivement de sang veineux, qui leur est amené, à droite par les veines caves, à gauche par les veines pulmonaires. La cause principale de cette aspiration du sang vers les oreillettes, c'est la pression négative qui règne dans le thorax (voir Gh. de la Respiration), et qui se transmet à travers les parois flasques et molles des oreillettes (').
A une certaine distance du cœur, le sang^des grosses veines présente a.u contraire une pression positive ; il en est de même des racines des veines pulmonaires, qui sont situées en dehors de l'action du vide thoracique ; aussi ces veines n'ont-elles pas de valvules à leur embouchure dans le cœur.
La pression négative qui se développe à l'intérieur des ventricules, immédiatement après leur contraction {vacuilé postsyiftolique de Makey), se transmet également au contenu des oreillettes, et contribue à y faire affluer le sang veineux, au début de la diastole- (relâchêjgaent) ventriculaire (voir fig. 3Sfy). -- -
Pendant toute la durée de la pause, les oreillettes augmentent donc de volume par l'aiflux du sang veineux, d'où augmentation graduelle de pression se traduisant par une légère inclinaison ascendante du tracé du manomètre inscripteur mis en rapport avec l'intérieur des oreillettes.
Pendaut toute la durée de la pause, les valvules auriculo-ventriculaires restent ouvertes ; les ventricules se remplissant également de sang, et la courbe de pression ventriculaire se relève légèrement comme celle de l'oreillette.
La pression reste cependant inférieure à la pression atmosphérique (0 du manomètre; voir tig. 38).
2" PaxsE. Systole ou. conlractian simultanée des deux oreilleltes (repos des veutricules) (aôflg. 38 et 41). La contraction des oreillettes débute dans l'oreillette droite, entre les piilices des veines caves; de là elle se propage rapidement, à la façon d'une onde, à l'oreillette droite, puis à l'oreillette gauche. Les deux oreillettes se contractent donc presque en même temps, ainsi que les auricules, chassant leur contenu liquide dans les ventricules, à travers les oriflces auriculo-ventriculaires. La durée de la systole auriculair»! est fort courte, comparée à celle des deux autres phases d'une révolution cardiaque {ab lig. 38). La pression sous laquelle le sang est chassé hors des oreillettes, est peu considérable; aussi ne reflue-t-il pas vers les veines avoisinantes, mais pénètre dans les ventricules, où règne à ce moment une pression négative.
La légère augmentation de pression qui correspond à la systole de l'oreillette se propage au contenu^ du veuticule et se traduit, sur les
(1) La,pression a 6^6 mesurée par Adamkiewicy et JÀc.ousox dans le périoanle chez le chieu, le luoulou, . etc. Elle a toujours été trouvée uégative :.— .3 à — ."j""° de mercure.
GIRGULATIOM DE SANG.
graphiques de pression, tant auriculaire que ventriculaire, par une petite colline ab (fig. 38).
Intersystole. — Gha.uveau l'tOOO) a montré que cliez le cheval il s'écoule un
intervalle de temps appréciable entre la lin de la systole auriculaire et le
"début de la systole ventriculaire. {a'b Fig. 41). Chez l'homme, le chien,
le lapin, la systole ventriculaire paraît succéder à la systole auriculaire,
sans intervalle appréciable. (Absence d'intersystole.j
3" Pha.se. Systole ou contraction simultanée des deux ventricules (diastole ou repos de« ol-ëîTlefrés). '(^cVid ûg. 38 et 41).
Fig. .V-^. — Tracés tlo pressiou recueillis simultaaoïnont dans l'orcillelte gaiiclip, daus le ventricule gauclieet dans l'aorle, cliez le chien, ah, systole de l"oreilU-Ue; bciU'f, systole du ventricule; /»' et f, o.iverture et clôture des siginoïdes artérielles. (Scliéiua obtenu en combinant les résultats de plusieurs expérieuces faites à l'Institut de l'iiysiologie de Liège).
Pendant la systole de.^ oreillettes, les ventricules se remplissent de sang. Puis l.'V d.>ux ventricules se contractent avec énergie et se durcissent brus;iae.aeut. Sous l'iulluence de raïïgmëntâfloir dé prëssîoi'r qiii en résulte et qui s'exerce dans tous les sens, les bords flottants des valvules auriculo-ventriculaires sont projetés les uns contre les autres, de façon à empêcher tout retlux vers les orejjlettes. La traction exercée par les cordes tendineuses, et TâTcontraction des muscles papillaires, maintiennent en place les bords de ces soupapes, assurent leur occlusion hermétique, et empêchent leur renverse.nent du côté de l'oreillette. Les muscles intrinsèques de ces valvules, jouent peut-être un rôle actif dans leur fermeture (Paladixo, 1876).
La fermeture des valvules auriculo-ventriculaires et leur projection du
OÔ GHAlMTIlE III.
côté de l'oreillette produit un véritable choc sur le contenu sanguin de cette dernière cavité, d'où relèvement passager du tracé de pression auriculaire (bb', tracé de l'oreillette lig. 38) et formation d'une onde positive (jui se propage jusque dans les veines voisines du cœur.
L'ébranlement vibratoire correspondant à la clôture des valvules niitrale et tricuspide contribue à former le premier bruit du cœur, qui débute en même temps que la systole ventriculaire.
Dès que la pression a atteint dans le ventricule gauche une valeur supérieure à la pression du sang dans l'aorte, ce qui arrive quelques centièmes de seconde après le début de la systole ventriculaire (Retard essentiel de Ghauveau et Marey, 0"02 à 0"04 chez le chien, 0"04 à 0"07 chez l'homme — Anspannungszeit des Allemands), les valvules sigmoïdes s'ouvrent et le ventricule gauche commence à lancer son ondée sanguine dans l'aorte (60 à 100 gr. de sang chez l'homme) (i>, en même temps que le ventricule droit lance la sience dans l'artère pulmonaire (également 60 à 100 gr.).
Pendant tous le temps que dure l'évacuation des ventricules, leurs parois restent contractées, et la pression s'y maintient à un niveau élevé (15 à 20 centimètres de mercure pour le ventricule gauche, d'après Marey et Ghauveau, Goltz et Gaule, Hurthle etc., 3 à 5 c. Hg dans le ventricule droit). Le tracé de pression du manomètre ventriculaire montre une brusque ascension b c (fig. 38) au début de la systole, ascension à laquelle fait suite une portion presque horizontale c d e, connue sous le nom de plateau systolique. Le plateau systolique présente un certain nombre d'ondulations (3 chez le chien, l'homme etc, c d e), sur la signification desquelles les physiologistes ne sont pas d'accord. Pour moi. elle correspondent à trois secousses ou contractions simples dont se compose la systob des muscles ventriculaires. J'admets que la systole ventriculaire n'est pas une secousse simple (Marey et la plupart des physiologistes), mais une conlraclion tétanique ou tout au moins une contracture.
Lorsque le ventricule a terminé sa contraction et son mouvement de projection du sang, la pression y subit une brusque diminution, d'où chute rapide du tracé du manomètre ventriculaire [e f, lig. 38). A ce moment, sous l'influence de la pression élevée qui règne dans l'aorte (et dans l'artère pulmonaire), les valvules sigmoïdes se rabattent, et ferment au sang la voie par laquelle il pourrait refluer dans le ventricule. La clôture des valvules sigmoïdes produit un bruit de claquement fort bref (2** bruit du cœur). En même temps, les valvules auriculo-ventriculaires s'ouvrent.
La sy^itola des ventricules est accompagnée d'un chaiigeiuent de consistance et
(1) L'ondée ventriculaire avait été évaluée autrefois â 180 gr. de sang, valeur représentant la capacité du ventricule relAché. Ce nombre est beaucoup trop fort. Dans les conditions ordinaires, le ventricule n'a pas le temps, pendant la diastole, de se remplir au ma.viinum ; d'autre part, il semUe plausible d'admettre ([ue le ventricule ne se vide pas complètement pendant la systole.
(le forme, ainsi que d'un mouvement de torsion du cœur. La substance des ventricules, qui, pendant la phase de relâchement, était molle et flasque, et se laissait facilement déprimer par le doigt, se durcit brusquement au moment de la systole et repousse le doigt qui la déprimait. La base des ventricules, d'elliptique et d'aplatie dans le sens transversal (considérée sur une coupe idéale) qu'elle était, prend une forme à peu près circulaire (Ludwig, 1848). En môme temps, les ventricules exécutent un léger mouvement de torsion autour de leur axe vertical, torsion de gauche à droite et d'arrière en avant, qui a pour effet de découvrir davantage le ventricule gauche et d'amener sa surface gauche en avant (Kurschner, 1844, nié par Haycraftj.
Le cœur présente encore à considérer pendant la systole ventriculaire un phénomène très important au point de vue de la circulation veineuse et de l'appel de sang vers les oreillettes, c'est le déplacement vers le bas de la cloison auriculo-ventriculaire. A chaque pulsation en effet, la base et la pointe du cœur se rapprochent, mais de telle sorte que la base seule exécute un mouvement de locomotion vers le bas, la pointe ne changeant pas de place et conservant ses rapports avec les organes voisins. Ce mouvement d'abaissement de la base du cœur pendant la systole ventriculaire, peut se constater sur l'animal vivant (lapin), sans qu'il soit besoin d'ouvrir la poitrine. Des épingles, enfoncées à Ja moitié de leur longueur, à travers les parois thoraciques jusque dans la substance musculaire du cœur, traduisent, par leurs mouvements, ce changement de situation de la base du cœur (Jung, 1836 ; Sghiff, 1849 , Molesghott, 1862).
Si la pointe du cœur ne descend ni ne monte pendant la systole, c'est que le mouvement qu'elle tend à exécuter dans la direction de la base, se trouve compensé par le recul balistique du cœur, recul qui se produit au moment où l'ouilée ventriculaire est lancée hors du cœur, et vient épanouir et allonger les grosses artères de la base. Pendant la systole, la pointe du cœur est comme poussée en avant contre la paroi thoracique, qu'elle ébr.mle plus ou moins fortement (Ludwig, 1840). Le recul systolique du cœur et le déplacement vers le bas de la cloisoa auficuio-veatr'''''^l''''''^ on^ poiir elfël; d'agrandir la cavité d^s oreillettes an moment où Ips: p.avif.éjj ventriculaires s'effacent : d'où chute brusque du tracé de pression auricul^ire (succédant à raugm&iitatiua Tpîî coïncide avec le début de la systole vjntriculaire et avec la projection des xalvules auTIMlïï^^VBnfflculaifes^^ aspiration du sang qui afflue des grosses veines. Au moment de la systole ventriculaire, le cœur agit donc comme une pompe, qui, du môme coup de piston, foule le sang dans les artères, et l'aspire du côté des veines.
Le sang veineux continue à affluer vers les oreillettes pendant tout le temps que dure la systole ventriculaire : aussi observe-t-on un relèvement graduel de la courbe de pression auriculaire.
Mais revenons aux phénomènes dont le ventricule est le siège au moment où la diastole succô le à la systole. La ligne de pression ventriculaire subit
GTIAPITHB III.
une chute rapide et i.uportante, pouvant tomber notablement en-dessous de la ligne du 0 lu ininomètre. En d'autres tenues, il se développe dans les ventricules, au moment de leur brusque relâche.nent, une pression négative à laquelle Mauey a donné le nom de vide iwst-sijstolique, et qui se traduit sur les graphiques ventriculaire et auriculaire (les valvules auriculo-ventriculaires sont ouvertes) par un creux plus ou moins prononcé.
Au moyen d'un minomètre à mercure à valvule, Goltz et Gaule (1878) ont pu constater l'existence de cette aspiration ventriculaire sur des chiens dont la poitrine était ouverte, et choz lesquels l'action du vide pleural était par conséquent supprimée. Les physiologistes ne sont pas d'accord sur la cause ou les causes du vide post-systolique.
Quant à l'ondulation / qui se voit fréquemment au bas de la ligne de descente du tracé de systole ventriculaire, Marey et Ghauveau Ja considèrent comme correspondant à rébranlement qui accompagne la fermeture des valvules sigmoïdes. Je ne puis me rallier à cette interprétation : j'ai toujours vu l'ondulation f, non pas coïncider avec la clôture des valvules sigmoïdes (/") et le second bruit du cœur, mais survenir un peu
plus tard, alors que les valvules sont fermées. L'ondulation /"me paraît corres- [)ondre au tlot du sang qui se précipite de l'oreillotte dans le ventricule au moment où se développe le vide postsystolique {Ilot de l'oreillette deCH. et M.).
Procédés pour l'étude du mécanisme du cœur. — 1" Oljsjrvation directe du cœur in situ, après ouverture de la poitrine cliez l'animal vivant : (Harvey) grenouille» lapin, chien, cheval. Dans le cas d'un juanimifère, il est nécessaire il'entretenir la respiration artilicielle.
"3" P.ilpation de Li surface externe da cœur vivant, palpation de li sarfai;e interne des oreillettes et des ventricules p >r l'indicateur introduit par une boutonnière de l'ani-icuie
Fig. 39. — Schéma de l'appareil de Gap poiu'
la démonstralioii du jeu des valvules du^ droite OU de 1 auricule gaUChe. cœur. O, oreillette gauche portant la feuùtl'eX .>„ iji, ,,+,.,,,. i-rvi^;,-. ,]>■■ ^.v^i, ..-.., v ,U>V,ii.an(i-k . v det communiquant avec le tube d'arrivée) '^ ^ notographie du CœuraUX dltlerentes ^ de l'eau i ; V, ventricule gauche éclairé paè' ph ises de SeS battements (clirono-photograla lampe l, et communi(|uant avec la poirp . . ^ lo o
l';c, fenêtre flxée contre la canule de l'aorte ^ Phie et Cinem.ltograpnie, CHAUX, loy»,a, tube de caoutchouc ramenant l'eau dans' Kn a ^('•ot^-Fr. VNI' ^ le réservoir R (en partie d'après Gad). " ^ / i s.;.
V Enregistrement des variations de pression à l'intérieur descavités du cœur, des variations de volume du cœur, des variations de consistance de la paroi, de la construction musculaire de la paroi, etc. (voir Cardiographes).
On peut répéter les mêmes expériences sur la cœur excisé, battant encore, et
GTUCULATIOX DU SAN<1
dont on entretient la vie, au inoyen d'une injection de sang détibriné, convenablement àrtérialisé, ou mènie d'une solution saline, saturée d'oxygène (liquide de Locke, l'JOi). L'injection est poussée par l'aorte, sous pression continue, de manière à pénétrer dans les artères coronaires, les valvules sigmoïdes étant fermées (procédé de Laxgendorff, 18U5).
Expérience de Gad. Le jeu des valvules se démontre d'une façon saisissante sur
Fig. 40. — Schéma représentant la sonde cardiaque droite de Chauveau et Mahey, introduite dans le cœur. L'ampoule du ventricule V transmet les variations de pression par l'intermédiaire du tube /. V. au tambour à levier !.<,'. L'ampoule de l'oreillette O apit pareillement sur un tambour à levier t. o. par le tube l. o. Les graphiques s'inscrivent sur le cylindre.
une préparation auatoinique du cœur de bœuf (procédé de Gad), dans lequel on entretient une circulation d'eau à travers l'oreillette et le ventricule gauches
(Fig. yo).
Une fenêtre circulaire d garnie d'une glace transparente permet d'observer
Fig. 11. — Tracés de pression lut ra-ventriculaire et inlra-anriculaire recueillis chez le cheval, au moyen des sondes cardiograplii(iues deCiiAuvEAi et Mauey. V. D. Ventricule droit. O. D. Oreillette droite. R. R. Repères, aa' Systole auriculaire, a'h Intersystole de Chauveau. bcde Systole ventriculaire (L. F. trav. lab. VU).
l'intérieur de l'oreillette et du ventricule- gauclies et de suivre les mouvements de la valvule mitrale. Elle est iixée dans une canule enchâssée dans la paroi de l'oreillette gauche. La fenêtre c portée par une canule fixée à l'origne de l'aorte permet pareillement de suivre le jeu des valvules sigmoïdes. L'intérieur du ventricule est éclairé par une petite lampe à incandescence l.
La poire en caoutchouc P communique avec l'intérieur du ventricule. Quand on la compi'imo à la main, on chasse de l'eau dans le ventricule et l'on imite les effets (le la systole ventriculaire : fermeture de la valvule mitrale, ouverture des valvules sigmoïdes, projection d'une ondée liquide dans l'aorte. La canule aortique porto latéralement un large tube de caoutchouc a qui sert à chasser l'eau dans le réservoir R. Dès qu'on cesse de comprimer la poire P, cette dernière reprend son volume primitif, en vertu de son élasticité, et exerce de ce chef une aspiration énergique du côté du ventricule (vide post-systolique). Les valvules sigmoïdes se referment, tandis que les valvules auriculo-ventriculaires s'ouvrent
Fig. 42. — Tracé de pression recueiUi au^moyeu d"iine sonde de HUrthle introduite par la carotide jusque dans le ventricule gauche du chien. Au point x, on relire la sonde au-dessus~des valvules sigmoïdes : à partir du point x, c'est un tracé de pression aortique. Chien mor]liiné. 25 V. D. par seconde. (L. F. Centralhl. f. Physlol. 22 avril 1893).
et qu'un flot de liquide pénètre dans le ventricule. Le tube h amène l'eau du réservoir R à l'oreillette O.
En comprimant et en relâchant alternativement la poire P, on imite le fonctionnement normal des systoles cardiaques, et l'on entretient un courant
l'ig. t,). — liraphiquesjde pulsations du cœur, recueillis chez une femme atteinte d'octopie ilu cœur. Od, tracé de l'oreillette droite; Vd, tracé du ventricule droit (d'après François-Fhank, Ti-tn.'. lab. Marev).
intermittent de liquide à travers le ventricule V, le tubii aortique a, le réservoir R, le tube veineux b et l'oreillette O. Il en résulte que les valvules auriculo-ventriculaire et les valvules sigmoïdes de l'aorte s'ouvrent et se ferment alternativement. Après chaque démonstration, on plonge le cœur avec ses canules dans une solution de chloral à 10 °/o, dans laquelle on le conserve.
Cardiographes. — L'emploi de la méthode graphique peut seul donner à l'étude du mécanisme du cœur un degré de précision réellement scientifique. Plusieurs instruments appelés cardiographes, ont été employés pour enregistrer les moiiveine«ts du cœur à chaque pulsation.
Ghauveau et Marey (0 (1863) sont parvenus à enregistrer, sur le cheval vivant, et sans ouvrir le thorax, les variations de pression du sang à l'intérieur des cavités du cœur, variations de pression qui correspondent aux différentes phases de relâchement et de contraction des oreillettes et des ventricules. Ils se servirent de sondes exploratrices remplies d'air, formées d'ampoules élastiques, compressibles, reliées chacune par un long tube avec un tambour à levier. Deux de ces ampoules, associées en un seul instrument, étaient glissées par la veine jugulaire, respectivement dans l'oreillette et dans le ventricule droits. La fig. 40 représente schématiquement cette partie de l'appareil. La troisième ampoule était introduite par une carotide, et poussée jusque dans le ventricule gauche. On pouvait aussi employer cette troisième ampoule pour recueillir un tracé du choc du cœur. Chaque augmentation de pression comprime l'air de l'ampoule, et le mouvement se transmet par les tubes flexibles jusqu'au tambour à levier, dont la plume monte ; chaque diminution de pression correspond de même à une descente de la plume. La fig. 41 reproduit un graphique obtenu par cette méthode. On constate parfaitement l'ordre de succession des trois phases que nous avons décrites, et leur durée relative : la brièveté do la systole auriculaire, comparée à la longueur de la systole ventriculaire et de la pause, et l'existence de l'intersystole de Chauveau.
Fig. 44. — Double myographe de Fhan<;ois-F«a:^ck, pour le ccmir de grenouille. G, oreillette avec son levier ; V, ventricule avec son levier (Travaux du laboratoire de Marey, 1H78-79).
Ghauveau (1894) a réussi à enregistrer également chez le cheval les mouvements des valvules sigmoïdes de l'aorte et ceux des valvules auriculo-ventriculaires du cœur droit (explorateurs à signaux électriques).
J'ai employé chez le chien doux sondes cardiDj^aMphiques simples, niimies chacune d'une seule ampoule exploratrice : l'une était introduite par la jugulaire droite dans le ventricule droit ; l'autre, par la jugulaire gauche, dans l'oreillette droite (Voir lesgraiihiq.ies fig. 38). La lig. 4'3 reproduit un graphique recueilli chez lo cliieu au moyen de la même sonde, d'abord dans le ventricule gauche, puis dans l'aorte. Tous les détails de ces graphiques ont été étutliés plus haut.
(1) De beaux tracés cardiographiques se trouvent chez Marey et CnAuvEAr, Méin. Acad. Méd., 1863, XXVI, p. 208 ; lIUnTULF., .Xrch. f. d. a. l'Iiysiol., IS'Jl, XLIV, p. 29 ; Bayliss et Starlixc, Iiitern. Monata. f.^An. u.^Pli^siol,, 1894,^etc.
GHAPITUK Iir.
Le cœur de la grenouille, quoique différant antitomiquement du cœur des maniniifères (ventricule unique, deux oreillettes), présente avec lui une grande analogie dans son fonctionnement, et pont foiirnir des tracés où l'on reconnaît parfaitement la systole des oreillettes, celle du ventricule et la pause. La fig. 44 montre un appareil fort simple, destiné à inscrire simultanément les uiouvements de l'oreillette O, et ceux du ventricule V. Pendant la pause, le cœur est aplati, llasque, et les deux leviers sont abaissés. Pendant la systole des oreillettes, leurs parois se durcissent, prennent une forme globulaire, et soulèvent le levier O. Le levier V est pareillement soulevé par la systole ventriculaire. '^^zt^U-^
François Franck (1877) a pu, chez une femme atteinte d'ectopie du cœur, appliquer à la surface de la peau, des appareils enregistrant simultanément les pulsations des oreillettes et celles des ventricules. La lig. ï'6 nous montre un graphique ol)tenu de cette façon.
Choc du cœur. — En appliquant la main sur la région précordiale, au niveau du 5* espace intercostal, un peu en dedans et en bas du mamelon
Fig. 45. — Cardiographe de Marey (explorateur à tambour), pour rexploration du choc du cœur chez l'homme (Maret, Clrcnl. sang, 1881).
gauche (chez rhorame), on perçoit, à chaque systole ventriculaire, un léger soulèvement accompagné d'un ébranlement de la paroi thoracique, auquel on donne le nom de Choc du cœur. Le même phénomène s'observe chez les autres mammifères^
Le choc du cœur n'est pas dû, comme son nom pourrait le faire croire, à un mouvement de locomotion de la pointe du cœur, qui, primitivement séparée de la paroi thoracique, viendrait frapper celle-ci au moment de la pulsation. La pointe du cœur no change pas de place, mais le ventricule s'arrondit, se durcit pendant la systole, et presse plus fortement contre la paroi thoracique, d'où l'ébranlement de cette paroi (J. Muller, 1835 ; DoNDERs, 1859 ; Ludwig, 1848; Marey).
Marey a construit plusieurs instruments , permettant d'enregistrer le mouvement de la paroi thoracique qui est dû au choc du cœur. Ce sont
toujours des capsules à air, que l'on applique au niveau du 5* espace intercostal, et qui transmettent le mouvement à un tambour à levier. La flg. 45 nous montre une capsule à air, servant de cardiographe pour l'exploration du choc du cœur chez l'homme. La fig. 46 représente un appareil du même genre (applicable aux petits animaux: lapin, cobaye), recueillant à la fois les pulsations cardiaques à droite et à gauche du thorax, et transmettant leur somme à un tambour à levier de Marey. Il est destiné surtout à nous renseigner sur la fréquence des pulsations cardiaques, là où les pulsations sont trop rapides pour pouvoir être comptées avec certitude.
Les tracés de choc du cœur (voir lig. 47, 49 et 50) recueillis au iiiv.;ari de la pointe du cœur (cardiogrammes typiques), ont la même signification
4C). — Exploraleur ii doux tambours servant à oiiropistror le choc tlu Cd'ur chez les petits aiiiiiiaiix. L'appareil est censé fixé autour du Ihorax du lapin, dont le périmètre est représenté par la lifjrne ellipliiiue pointillée (Mahky, Circulation lin an m;. ISSI ).
ri.iî. 17. — Tracés cardioprapliifiues du chien; I pression intraventrlcnlaire ; II pression aorti(|ue : III cariiio^^-i-aninii- tyi>i(|ue recueilli à droite; IV cardio^rainiue alypi(|ue recueilli à fïauche; V canllofrranime atypique nég-atif.
(ih. systoleanrlculaire; /«v/e, systole venlriculaire; /l'.ou vert ure des sipnioïdes; e, clôture des sipniôïdes. i Schéma d'après I,. F. Tf-ik-. Idhnr. V et C.nrdioffniphr du Dicl. de Richel).
que ceux que l'on recueille au moyen
des sondes cardiographiques. On y
distingue : l» une petite ondulation
due à la systole^des oreillettes [r/^.
fig. 47); 2" unejimagne^ ascension (&t;}^coiiduIsant à un pluteau.fcyoto^-
lyque ondu^, qui correspond à lacontrMP.tjon lL^ Vi^t^fctkiul.'^ (^•//,>, fig. 47);
"^^ uge^^descen te rapide [ef), correspondant à la phase de relâchement
du ventricule et montrant souvent^'ondulation7\ "
A-ii contraire, les cardiogrammes recueillis en appliquant le bouton de la capsule réceptrice à une certaine distance de la pointe du cœur, diffèrent
considérablement des tracés typiques. Ce sont en grande partie des tracés des variations de volume du coeur, molifiôs par les mouvements de locomotion de Vovga.nQ (cardiogrammen alypiques, rig.47). Chaque pulsation du cœur s'y marque par un creux, un tracé négatif et non par une saillie trapéziforuie.
Electro-cardiogramme. — Ta pulsation cardiaque est accompagnée d'une variation électrique que l'on peut enregistrer chez l'homme en faisant plonger les deux mains, ou un pieil et une main, du sujet dans deux vases remplis d'un liquide conducteur (Sol. NaCl), que l'on relie au galvanomètre à corde d'EiNTFiovEN, installé pour l'enregistrement photographique. L'électro-cardiogramme montre une ondulation simple et courte, due à la systole auriculaire (P, fig. 48) et une ondulation plus longue, d'allure compliquée (Q R S T, fig. 48) due à la systole ventriculaire. La variation électrique ventriculaire débute un peu avant la contraction du muscle ventriculaire.
Se
0 1 Pec
Fig. 4S. — FJoi-Iro cardiograiniuo humain (d'après Eintiiovf.n Arch. iiif. l'iiysiol. IV, 135, 190).
Variations de volume du cœur. ■ — Pendant la diastole, le cœur se remplit peu à peu de sang, puis la systole du ventricule évacue ljrus({uement son contenu sanguin. Le cœur subit donc, à cliaque révolution cardiaque, un chan^ein(3nt do volume, dont on peut recueillir un graphique chez l'ho nme. Il suffit de niottro la cavité d'une narine (l'autre étant fermée, ainsi que la boucho), ou 1 1 bouche, en rapport avec un tambour à levier, et de suspendre la resiiiration. Si la glotte est ous'erte, le vide relatif qui se produit, à chaque systole ventriculaire, dans la masse d'air des poumons et des bronches, se transmettra à la membrane du tambour enregistreur; le style descendra à chaque systole (pouls négatif), pour remonter pendant la diastole. D'autres facteurs iiitta-viennent d'ailleurs dans la production (hi mouvement cardio-pneumographiiiuo (Klemensie\vio>^, 1870, Landdis, 1876, Fuânçois-Frangk, 1877, ^losso, 1879).
Maivey (187D), Fhançois-Franck (1877) et d'autres, ont étudié graphiquement les changements de volume du coMir de tortue ou de grenouille, excisé et suspendu dans un appareil à déplacement, comnuiniquant avec un tambour à levier.
Si l'on pousse jusque dans l'œsophage, en arrière de l'oreillette gauche une sond(^ œsophagienne reliée extérieurement à un tambour à levier, on pourra obtenir un graphiqui^ di; la pulsation auriculaire (Licox Fuedekicq, 1887).
Bruits du cœur. — L'oreille, appliquée contre la paroi thoracique, au
niveau du cœur, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire d'une tige solide (Stéthoscope de Laenneg), perçoit à chaque pulsation cardiaque, deux bruits qu'HARVEY (1628) connaissait déjà. Ces bruits sont altérés dans les maladies du cœur et présentent une grande importance clinique (La-Enneg, 1819, Skoda, 1838). Le premier, grave, sourd et prolongé coïncide avec la systole veiitriculaire ^Turner, 1828, Ghauveau et Faivre, 1856). Le second, plus aigu d'une tierce ou d'une quarte, et beaucoup plus
Fig. 49. — Tracé du choc du cœur recueilli chez l'homme (d'après Mahey).
bref (véritable bruit de claquement), suit immédiatement la systole ventriculaire, et coïncide avec la fermeture des valvules de l'aorte (Rouanet, 183'3). Les appareils microphoniques, imaginés dans le but d'ampliûer les bruits du cœur, n'ont pas jusqu'ici rendu de grands services.
Rouanet (1832) et Williams (1835) attribuent la formation du premier bruit à la vibration des valvules auriculo-ventriculaires, au moment de leur fermeture. Ce bruit est fréquemment altéré dans les maladies qui affectent la structure de ces valvules. Ludwig et Dogiel(1868) et plus récemment Yeo et Barrett (1885), insistèrent sur la part qui revient à l'ébranlement des ûbres musculaires du cœur, au moment de leur contraction. Pour eux le premier bruit est eu grande partie d'origine musculaire. WiNTRiCH (1873) démontra directement, au moyen de résonnateurs, que le premier bruU du cœur résulte du mél mge d'un son musculaire grave, avec" un son valyjilaire ^lu^ aigu. Le premier brïïît âTdonc une double origine : musculaire et valvulairo. Il a son maximum d'intensité à la pointe du cœur.
Lê.^econd bi:iUi e:il. dû au claquoincnt des valvules île l'aorte et de l'artère pulmonaire, qui se i i i ment après la systole. 11 est altéré dans les maladies de ces valvules ; ii disparaît quand on empêche arliticiellenient leurs inonvements. Il a son maximum d'intensité à la base du Cd'ur (chez l'homme entre le 2* et3« espace intercostal gauche, près du sternum).
HiiRTiiLE (1802 à 1893), Einthoven (1893) et d'autres ont réussi à enregistrer les deux bruits du cœur, et constaté que le second bruit se produit au voisinage du point e (tig 88) du tracé cardiographique.
Débit du ventricule gauche et travail du cœur. — Lo volumo de l'ondée Siin^niiiio lancée par le ventricule gauche a cliaque systole, a été très diversement évalué par les physiologistes qui ont cherché à déterminer cette vaLnir. Les anciens chill'res do 187.5 gr. et 180 gr., donnés respecfiveniont par Volkmaxn et
GHAPITRK III.
ViERORDT, et qui avaient été utilisés pour le calcul du travail du cœur, sont cortainemout trop élevés. Il est probable que les valeurs admises par Huxlky (100 gr.), FiGK (.jO à 73 gr.) HookweCx (41 gr.) et Tigehstedt (1891) (51 à G9 gr.) se rapprochent davantage de la vérité. Stolnikow admet que la quantité de sang qui travcu'se le ventricule gauclie en une miniate représente environ le dixièuie du poids du corps.
Admettons que le ventricule gauche lance à chaque systole environ GO gr. de sang, sous une pression de 15 centimètres de mercure, équivalent à 2 mètres de sang environ ; le ventricule gaucho est donc capable de soulever à chaque systole 60 gr. de sang à la hauteur de 3 mètres, c'est-à-dire, d'exécuter un travail représenté par 120 grammètres (on peut, sans grande erreur, faire abstraction de la vitesse du sang). En admettant 72 pulsations à la minute, on arrive au chiffre d'environ 12450 kilogramraètres, comme représentant le travail du ventricule gauche en 24 heures. Le travail du ventricule droit peut être évalué au tiers de cette valeur, c'est-à-dire 4150 kilograramôtres ; le travail total du cœur ser.iit représenté par 10600 kilugrammôtres.
Le travail exécuté par le cœur, se transforme en entier en chaleur, par les frottements que subit le sang dans l'appareil circulatoire. Les 1G600 kilograinmôtres de travail journalier représentent environ 39 calories (425 kilugrammôtres == 1 calorie), c'est-à-dire la quantité de chaleur correspondant à la combustion d'un pou moins de 5 grammes do charbon (1 gr. do charbon produit 8.080 calories en brûlant).
La durée de la systole veyitriculaire varie peu chez l'homme (durée moyenne 0.31 de seconde d'après Donders 1865). Le ralentissement ou l'accélération du rythme cardiaque dépend surtout de l'allongement ou du raccourcissement de la pause (VoLKM.\NN, 1815, Donders, 18iJ5, Ludwig et Hoffâ, 1850). Baxt a cependant montré que l'excitation des nerfs accélérateurs du cœur raccourcissait légèrement la durée de chaque systole.
Fréquence des pulsations cardiaques. — L'homme adulte présente en moyenne 72 pulsations cardiaques à la minute. Elles sont un peu plus fréquentes chez les individus de petite taille et chez la femme. Dans les derniers temps de la vie intra-utérine et au moment de la naissance, il y a environ 130 pulsations chez les garçons, et 140 chez les filles. D'après QuÉTELET (1835) (U, ce nombre varie avec l'âge de la façon suivante :
Age
Piilsiilions par minute
1 an 120-130
GO
Affc
Pulsations par minute