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IV. — CIRCULATION ARTERIELLE

Les conditions et les particularités du mouvement da sang dans les artères, sont exactement les mêmes que celles que nous avons rencontrées dans le cas d'un tube en caoutchouc parcouru par des afflux intermittents : production d'ondes primaires et secondaires, écoulement continu par les capillaires, etc.

Pouls. — • La palpation de l'artère radiale (chez l'homiiie) ou de toute autre artère superficielle, au moyen des doigts, permet de constater l'existence de l'ondulation du pouls, qui suit de près chaque systole cardiaque. On peut en obtenir un graphique, au moyen d'instruments enregistreurs spéciaux appelés sphygmographes (Viehordt 1855). Dans le sphymographe de Marey, 1860 (fig. 53 et 54), le mouvement d'expansion de l'artère se transmet par l'intermédiaire d'un bouton et d'une tige, à un levier assez long, qui amplifie ce mouvement, et en trace la courbe sur une bande de papier enfumé. La surface qui reçoit le graphique, est mise en mouvement par un mécanisme d'horlogerie, contenu dans une petite caisse annexée à l'instrument. Tout l'appareil se fixe au poignet.

cruGUiiATioN mj sAsa.

Marey a construit également des sphyginographes à transmission, dans lesquels le mouvement de l'artère agit sur la membrane d'une capsule à

Fig. 53. — Sphygniograplie direct de Marev, inscrivant le tracé du pouls ilc rartérc radiale (Marey, Circulation du saiiff, IS7S).

air, reliée par un tube à un tambour enregistreur. De cette façon, on peut écrire sur un appareil récepteur qui ne doit pas être lixé au bras, et l'on

Fig. 54. — Détails de la construction du sphygmograplie de Marey : i, plaque d'ivoire appuyant sur l'artère avec une pression qui dépend de la tension du ressort r ; h, vis verticale, «jui, au moyen d'un mouvement de bascule, s'applique contre un galet (^ avec lequel elle s'engrène, de manière à entraîner le levier inscripteur (Marky, Mcihode graphique).

n'est pas limité par les dimensions exiguës du papier. La tig. 55 montre le sphygmographe à transmission fixé au poignet. La pulsation artérielle se

Fig. ."m. — Spliygiuograplie à transmission de Arviiiv. envoyant in pulsation artérielle à un levier liiscrii)teur situé à distance (Marky, Mi-thode graphique).

transmet par l'intermédiaire de la tige T à la membrane de la capsule à

GHAl'lTI'tK III.

air. La lig. 56 représente un sphyguiograplie analogue, relié à son tambour à levier. Un cardiograplK; à transmission, en rapport avec un second tambour à levier, inscrit la courbe du choc du C(jeur en regard de celle de la pulsation artérielle. L'appare-il récepteur du graphique est un cylindre inù par un mouvement d'horlogerie caché dans son intérieur.

Ce modèle d'appareil enregistreur a été construit par Marey, spécialement en vue des recherches de clinique médicale.

La fig. 57 donne un exemple de graphi({ues de ce genre obtenus par

Fig. 56. — Polygraphe clinique de Maricy. Le cylindre enregistreur contient, à son intérieur, le rouage d'iiorlogerie qui doit le mettre en mouvement. Deux tambours à levier inscrivent simultanément, l'un, à droite, le tracé du clioc du c(vur, l'autre, à gauche, celui du pouls radial (Mahioy, Méthode graphique, 1878).

Edgren ; et la lig. 58, un type de tracé sphygmographique. L'ascension de la courbe correspond à la phase d'expansion de l'artère : on voit que cette dilatation se fait brusquement. La phase de relâchement de l'artère, à laquelle correspond la portion descendante hcde (lig 58) de chaque courbe, dure beaucoup plus longtemps et s'opère graduellement. La descente est interrompue un instant par l'ondulation secondaire oudicrote (d) qui doit son origine à la fermeture des valvules sigmoïdes de l'aorte (Buisson, Marey). On observe fréquemment, dans les tracés, d'autres

ondulations moins importantes : les unes (c) p-récédant l'ondulation dicrole, les autres (c) la suivant. Les oscillations /; c, qui précèdent l'ondulation dicrote d, correspondent aux ondulations du plateau systolique du tracé cardiographique ventriculaire (contraction ventriculaire, résultant de la fusion incomplète de plusieurs secousses simples. — Léon Frederigq).

Les oscillations e, qui suivent le dicrotisme d (oscillations élastiques de Landois) sont peut-être des oscillations artificielles, produites par des vibrations propres des appareils enregistreurs.

L'ondulation dicrote (d) est d'autant plus marquée, que les parois artérielles sont moins tendues, c'est-à-<lire que la pression artérielle est plus faible (dans la fièvre typhoïde par exemple). L'ondulation dicrote (dj paraît se propager avec la même ui7^sse que l'ondu-

Flg. 57. — Tracé du choc du cœur (cardiogramme) et tracé carotldIen(sphygmogranimo) recuoillis simultanément olioz riiomme (d'après Kdoukn, Skaiul.

Fig. '}S. — Tracé sphygmographique. Deux pulsations, hc, plateau systolique de l'onde principale; (/, ondulation dicrote ; e, ondulation élastique (d'après Mahev, Circiilalinn du saiifx).

Avch. f. Phyxlol., 1S80).

lation principale h (contesté par Landois), c'est-à-dire que la distance relative qui sépare b de d est la mêaie, que l'on ait pris le graphique sur une artère voisine du cœur (carotide) ou sur une artère fort éloignée (pédieuse). A mesure qu'on s'éloigne du cœur, l'amplitude des pulsations artérielles diminue ; elle s'use par les frottements.

A Cu>uu4fe/.

Fig. r>9. — Tracé hémaulopraiiliii(ue, obtenu en recevant, sur une bande de papier, le jet de .sang provenant delà crurale d'un cliien; l>, pulsation principale; c, pulsation dicrole (L. F., Mniiip. pliyaiol.).

L'existence do rondiilatiou dicrote avait été méconniio et inèiue niée par ViEROUDT, l'invontour du ]ii'ouuer sphygmographo. On peut se convaincre de sa réalité par dilïérouts moyens : ou peut phùtoi^^'uphior sur uuf plaipic sensible, se déplaçant d'un mouvement régulior, la silhouette* du poignet au niveau de

110 CHAPITUli III.

l'artère radiale ; l'ombre de l'artère, à différents degrés d'expansion, laisse sur la plaque une image durable, qui rappollo les grapliiqui^.s du sphygmographe.

Si, à l'exemple de Landois, on reçoit le jet de sang rouge et saccadé, qui s'échappe d'une artère coupée en travers, sur une large bande de papier que l'on déplace à mesure, on recueillera un tracé Jiêmaulofjraphi<iue, en tout semblable aux tracés spliygiaograplii({ues (Comparer la lig. 51) avec la lig. 57 et 38).

Le dicrotisme du pouls p^^ut être facilement démontré optiquement. On colle un petit fi'agmeut de miroir sur la peau, au niveau de l'artère radiale, là où son mouvement d'expansion est le plus accentué. On fait tomber sur le miroir un pinceau de lumière, un rayon de soleil par exemple, et l'on observe l'image vacillante réfléchie par le miroir. On constate

que cette image exécute, à chaqiie pulsation, un mouvement tr»3S étendu de va-et-vient, correspondant à la pulsation principale de l'artère, et nn mouvement secondaire plus petit, combiné avec la seconde partie du premier, et qui correspond à la pulsation secondaire ou dicrote.

Enfin le sphygmoscope à gaz, (fig. GO)

,T \ i. •'! !.. i.j.1 F'S'* '50. — Sphygmoscope A gaz. (L

(Laxdois) peut servir également a constater la p., Mantp. phrsioi.).

pulsation et son dicrotisme, par le vaeillement

de la flamme d'un petit bec, alimenté par un courant de gaz, dont le débit se trouve influencé par l'ét it d'expansion de l'artère. Le tuyau qui amène le gaz traverse un petit tambour métallique, fermé inférieurement par une membrane de caoutchouc (a fig. 59). La partie du poignet correspondant ù l'artère, est appliquée sur cette membrane. Le passage du gaz y subit un léger obstacle, à clia(iue mouvement d'exp msion de l'artère.

Vitesse de propagation de l'onde du pouls. — Il est facile de déterminer cette vitesse, au moyen de deux sphymographes (ou sphygmoscopes) à tr.uismissioii A et B, appliffués par exemple l'un, A, au pli du coude, l'autre, B, au poignet. Les plumes des tambours enregistreurs qui leur correspondent, écrivent exactement l'une eu-dessous de l'autre. Supposons que le sphygmographe B soit placé à 24 centimètres du sphygmographe A, et que le graphi(|ue de B soit en retard du grai-hique de A, d'une longueur de papier correspondant à .'} centièmes de secondes, La vitesse de V sera

de — - = 8 mètres par second eâ'.

Cette vitesse a été trouvée comprise entre 6 et 9 mètres chez l'Iiomme. Elle est donc assez considérable. Il ne faut pas confondre Ja vitesse de propagation de l'ondulation du pouls, avec la vitesse de progression du sang dans les artères qui est beaucoup plus faible (à peine 1/2 m. par seconde, dans les grosses artères ; beaucoup moins dans les petites artères).

D'après Blogh, le retard du pouls radial sur celui de la carotide, est plus considérable, lorsque le bras est élevé, que lorst^n'il est pendant, la pesanteur favorisant la progression de l'onde du pouls.

CIHGULATIOX DU SANG,

Pression artérielle moyenne et manomètre à mercure. — Quand on

coupe 1111'.' artùro eu travers, ou voit s'échaiiper du bout central avec une "grande force, un jet de sailli; rutilant et saccadé. Stephen Hales (1 733) "mettant une artère coupée en travers, en rapport avec un tube vertical, vil le sang monter dans le tube à une hauteur de plusieurs pieds et s'y maintenir en présentant des oscillations correspondant aux pulsations cardiaques.

Le tube de H\les, tout en étant fort encombrant, peut servir à mesurer la valeur de la pression artérielle ; mais il est plus commode de mettre l'intérieur d'une artère en rapport avec un manomètre à mercure, et de noter la hauteur à laquelle s'élève le mercure dans la branche libre (Pois- SEUiLLE, 1829). Les fig. 61 et 6"2 montrent trois formes de manomètres à

v.fSo^

FifT. '!! cl (Vi. — Oifférents types de manomètres à mercure. 1. Manomètre de Poisseuii.lf.. 2. Miinoiuètre <le Cirf:TTKT (cardiomètre de MA(iEM)iE). 3. Manomètre compensateur de Marey roiiriiissani la pression moyenne {prftet* au rétrécissement qui se trouve dans le tube vertical,

Is:i7). (MxnKY. Cin-iil. saiifi.)

mercure. Ou interpose une solution de carbonate de sodium ou de sulfate de magnésium entre le mercure et le sang, pour éditer la coagulation à lintérieur de l'appareil. En 1847, Ludwig transforma le manomètre à mercure en appareil inscripteur des variations de pression ; « il innugura l'emploi en physiologie de la mélliode graphique, si sûre et si simple, qui donne aux expériences des physiologistes la rigueur et la clarté de celles des physiciens (Marev) »

La lig. 03 représente schématiquement le kyjnographion {>-jij.oç, onde ; yoâvM^ j'écris) de Ludwig (1*^47). M est un manomètre en U à mercure ; le flotteur f repose sur le mercure dont il suit lulèleuient les oscillations ; il se continue supérieurement en une tige portant une plume. Celle-ci trace toutes les variations de la pression artérielle sur un cylindre tournant C, recouvert de papier enfumé. Le manomètre en U du kymographion fournit un graphique, qui représente directement en centimètres de mercure, la valeur absolue de la pression, à chaque instant do Texpérience. Quand

GHAPITHK III.

le mercure monte d'un centimètre dans la branche ouverte du manomètre en U, il descend d'un centimètre dans l'autre branche : la dififérence de niveau qui mesure la pression dans ce cas, est de 2 centimètres. Pour

avoir la pressio-n réelle en centimètres^ de mercure, il suffit donc de multiplier par 2 les hauteurs inscrites sur le cylindre.

Les manomètres à mercure présentent cependant un défaut, c'est qu'ils sont incapables de suivre et de traduire fidèlement les phases délicates de changements rapides de pression, à cause de l'inertie considérable présentée par la masse du mercure en mouvement. Chaque fois que le mercure s'élève brusquement, il est projeté au-dessus du point qui eût exprimé le maximum véritable de la pression ; inversement, à la fin d'une descente brusque, le mercure tombe au-dessous du minimum réel. Le kymographe ne' renseigne donc que snr la pres-

Fig. 63. — Schéma du kymographion de Ludwig. Appareil destiné à enregistrer les variations de la pression artérielle. M, manomètre ; /•, flotteur muni d'un style écrivant; C, cylindre enregistreur.

sion moyenne et sur le nombre t^t le sens des oscilhitions dues aTix pulsations cardiaques cl aux iiiouveiiieiîîsTespiratoires.

La fig. 63 représente un graphique obtenu chez le chien au moyen du kymographion de Ludwig. La pression est en moyenne de 14 à 16 centimètres de

Fig. G J. — Graphique de la pression carotidlenne du chien, prise au moyen du kyniographion de Ludwig. (LéonFredericq, Infl. de la resph\ svr la circxil. Arch, Dioloffic, 1SS2.)

mercure chez le chien, de 8 à 12 centimètres chez le lapin. Chez l'homme, Faivre a trouvé une pressioii^de 110 à l-30™'n de Hg dans la brachiale et la Jfômorale (dans des opérations d'amputation). Dans l'aorte, on peut l'évaluer à 15 à 20 centimètres de^mëi'cure. Chez le fo'tus, elle est beaucoup plus faible (55 à 83™"' dans les artères de f(ptns dejbrehis).

GIUCULATION DU SANG. 113

Voici quelques autres chiffres de pression artérielle obtenus chez différents animaux :

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