‹ Éléments de physiologie humaine a l'usage des étudiants en médecineChapitre 69 sur 164 · II. — PHÉNOMÈNES CHIMIQUES DE LA VENTILATION PULMONAIRE · texte numérisé non relu

II. — PHÉNOMÈNES CHIMIQUES DE LA VENTILATION PULMONAIRE

Air inspiré. — L'air atmosphérique, qui pénètre dans les poumons, lors de l'inspiration, contient à l'état sec (en volume) : 20.95 d'oxygène, 79.02 d'azote et 0.03 d'anhydride carbonique pour cent ('ia.OlG^/o d'oxygène et 76,985 »/o d'azote en poids, Bunsen/*). L'air contient en outre de la vapeur d'eau, en proportion très-variable, suivant l'état hygrométrique et la température, et, d'après A. Gautier (1900), 0.2 "/oo d'hydrogène, plus d-es traces d'hydrocarbures (GH^ notamment) et d'oxyde de carbone (au moins dans l'air des villes).

Un mètre cube d'air saturé de vapeur d'eau à la température de 0» contient 5.4 gr. d'eau (tension de la vapeur d'eau = 5 mm. Hg.). A 10", un mètre cube d'air contient 9.7 grammes d'eau (tension = 9.5 mm. Hg); à 30», 17.1 grammes d'eau (tension = 17.4 mm. Hg.); à30«, 39.4 grammes et à 37», 43.3 gr. d'eau.

On a signalé comme éléments plus ou moins constants: l'azotite d'ammoniaque, l'acide azotique, l'ozone, etc., outre des poussières diverses, notamment des germes organisés.

Analyse de l'air atmosphérique. — Dosage de GO^ — La proportion de GO^dans l'air atmosphérique, est trop faible pour pouvoir être déterminée par les méthodes gazométriques ordinaires. Il faut opérer sur une masse d'air considéral)le (10 à 50 litres) et absorber GO^ par la Baryte. La différence de titre de l'alcali, indique la quantité de GO^, On prend une grande bouteille jaugée, dans laquelle on introduit par aspiration l'air que l'on veut analyser ; on ajoute un volume d'une solution titrée de Baryte ; on bouche hermétiquement ; on agite à plusieurs reprises. La Baryte se transforme en carbonate, qui se dépose sous forme de précipité blanc ; la solution de Baryte, ainsi affaiblie, est recueillie et filtrée, puis on 5 détermine à nouveau le titre : la différence de titre indique la proportion de GO^ absorbée. Le titrage de la Baryte s'exécute avec une grande précision au moyen d'une solution également titrée d'acide oxalique. On verse l'acide oxalique au moyen d'une burette graduée, d'abord par petites portions, puis goutte à goutte, dans un volume conim de la solution barytique, jusqu'à ce que cette dernière soit entièrement neutralisée ; la neutralisation est atteinte lorsque la solution ne ])runit plus le papier jaune de curcuma (ou ne rougit plus la solution de phénolphtaléine). La solution d'acide oxalique est composée de manière à ce qu'elle corresponde à un volume égal d'acide carboni(iue (un litre contient 5.6431 gr. d'ac. oxalique pur et sec). Si par exemple 10 c. c. de la solution de Baryte demandent 30 c. c. de la solution oxalique pour être neutralisés, il leur aurait fallu également 30 c. c. d'anhydride carbonique pour arriver au même résultat(i).

(1) Bunsen, Méthode gazomélrlque ; J.Geppert, Die Gasanalrse,lSSô ; Uempel, Oasanalytisch Methoden ; Jaquet, rîcspiralorisclwr Gas^^'cclisel, dans Ei-j^ehn. d. l'hysiol, 1903 ; C. Bonn. Bhifgase U. resplr. Gaswechsel, daus Nalel TIandImch der Physiologie, I, 190Ô.

(2) SI l'on préfère doser l'acide carbonique en poids, au lieu de le doser en volume, on se servira d'une solution d'acide oxalique contenant 2,«(k<(j gr. d'acide par litre. Un c. c. de cette solution correspond à 1 milligr. de CD». C'est la solution dont v. Pettenkofer se servait.

Dosage de Veau. On fait passer, au moyen d'un aspirateur, un volume .l'air connu à travers des tubes en U, ou d'autres appareils absorbants, contenant des

Fig. St>. — Burette de IIkmi-el reliée supérieurement à la pipette à potasse, jjour absorber CO*.

Fig. 87. — Pipette à bàlous de phosphore pour l'absorption de l'oxygène.

substances avides d'iiuini.lité (acide sulfurique, anhydride phosphorique, etc.). Ou pcse avant et après; l'augmentation de poids indique la quantité d'eau absorbée.

Analyse de l'air atviospliérique et de l'air de l'expiration, au înotjen des burettes et pipettes de Hempel.

La ])urette A ^lig. SGj qui sert à mesurer le gaz, communique inféricureuient, par un tube de caouti-houc c, avec le réservoir mobile B renfermant de l'eau. L'extrémité supérieure effilée de la burette A porte un tube de caoutchouc court, muni d'une pince à pression a, faisant office de robinet. Cette extrémité a peut être mise en rapport avec le récipient contenant le gaz à analyser, elle sert à l'introduire dans A. Le gaz une lois mesuré, cette extrémité est mise successivement en rapport avec la pipette po; (lig. 8G) qui contient une solution de potasse destinée à absorber COj et avec la pipette île la lig. 87, qui contient des bâtons de phosphore (noyés sous l'eau), pour absorber l'oxygène. A chacune de ces opérations, on relève le tube B, de manière à chasser le gaz de A, dans la pipette contenant le réactif absorbant , puis on le fait rentrer dans A, pour le mesurer de nouveau, en abaissant B. La dliférence de volume correspond chaque fois à la quantité de gaz absorbé par la pipette.

Fig. SS. — Burette de Hempel niodi-"^ liée par l'auteur, pour l'analyse de l'air de l'expiration.

Toutes ces mesures de gaz se font à la pression barométrique ordinaire ; après avoir fermé a, on abaisse B, jusqu'à ce que les niveaux du liquide coïncident exactement dans A et dans B. Ou maintient la température de A constante, en l'entourant d'un manchon de verre, dans lequel circule un courant d'eau à température constante. Ce manchon est représenté dans la ligure 88.

Laulanié a décrit un appareil analogue.

Lu lig. ^'6 montre le modèle de burette de Hempel employé dans mon laboratoire pour l'analyse de l'air de l'expiration L'analyse porte toujours sur 100 c. c. La lecture du volume de GO'^ disparu (après action de la potasse) se fait dans une portion rétrécie du tube (entre 100 et 1)3 c. c), graduée en '/zs de c. c. La lecture du volume d'oxygène disparu (après action du phosphore) se fait dans une seconde portion rétrécie (entre 83 et 77 c. c).

Air expiré. — L'air expiré a subi dans les poumons plusieurs changement» importants :

A" L'air qui a servi à la respiration, a cédé une partie de son oxygène au sang des capillaires pulmonaires. L'air expiré contient en moyenne (en volume) : 10,033 p. "/o d'oxygène au lieu de 20,95 c'est-à-dire près de 5 p."/» de moins (4,782 p. %) que l'air atmosphérique de l'inspiration (Vierordt).

2" Il s'est chargé dans les poumons d'une proportion notable d'anhydride carbonique : environ 4,38 p. V» (^,3 à 5,5 d'après Vierordt), c'est-à-dire plus de cent fois plus que l'air de l'inspiration.

Le volume de GC expiré est un peu moindre que le volume d'oxygène absorbé.

L'oxygène absorbé ne reparaît donc pas en entier sous forme de GO'^ (Lavoisier).

vol. GO^

Le rapport a été appelé quotient respiratoire (voir plus loin, l'influence

vol. 0^

de l'alimentation sur la valeur du quotient respiratoire). '

3" L'air expiré contient peut-être un léger excès d'azote formé dans le corps, et provenant sans doute de la décomposition des matières albuminoïdes, [Regnault et Reiset, 1849, Seegen et Nowak, 1875 — contesté actuellement).

4" Il est à peu près saturé de vapeur d'eau, dont il s'est chargé pendant son passage à travers les voies respiratoires.

5" Il contient des traces d'hydrogène, de gaz des marais (GH^), d'ammoniaque (AzH^) (!)• Le poison volatil organique signalé par divers expérimentateurs dans l'air expiré, n'a pas été retrouvé par Hermans, Dastre et d'autres.

6° Sa température s'est rapprochée de celle du corps ; elle atteint en moyenne -|- 35" à -|- 36"; elle est plus basse par un temps froid.

(1) Les matières organiques de nature inconnue, â odeur putride et à action délétère, qui s'accumulent dans les locaux où un grand nombre de personnes ou d'animaux séjournent dans un espace restreint, ne paraissent pas provenir delà respiration pulmonaire, ni delà respiration cutanée, mais bien de la malpropreté de la peau, des vêtements etc. Un individu lavé avec soin, et portant des vêtements d'une propreté rigoureuse, peut séjourner sans le'moiudre inconvénient dans un local très étroit, à condition que l'on évite les causes d'asphyxie (Hehmans, 1883).

RESPIR.VTION. 109

7» Il s'est débarrassé eu partie des germes et des poussières que contenait l'air inspiré, et qui ont été- arrêtés sur les parois humides des voies respiratoires.

La muqueuse des voies respiratoires est tapissée par un épithélium vibratile.Les mouveuients des cils vibra tiles sont toujours dirigés vers les narines; ils assurent la progression lente et continue du mucus et des poussières déposées à la surface des bronches, de la trachée, du larynx, et leur expulsion au dehors. Cependant une partie de ces poussières pénètre à l'intérieur des tissus, pour s'arrêter dans les ganglions bronchiques. Ainsi s'explique la coloration noiro bleuâtre que prennent avec l'âge le tissu pulmonaire el les ganglions bronchiques, et qui est due à un i dépôt de particules de cliarbon.

Le volume de l'air expiré, tel qu'il sort des voies respiratoires, dépasse celui de l'air inspiré, à cause de la dilatation due à l'élévatiim de su tMupérature (1000 volumes d'air à 0» respréseutent i365 volumes à -\- iOO«»), et de la vapeur d'eau dont il s'est chargé. Si on le ramène au degré d'humidité et de température de l'air atmosphérique ordinaire, on constate, au contraire, une légère diminution de volume, provenant de ce que le volume d'oxygène absorbé dépasse orliuairement le volume de CO^ exhalé (Lavoisieu, 1777).

La composition de l'air expiré varie dans des limites fort larges. Dans une même expiration, les premières portions do l'air sont à peine altérées, les dernières, qui proviennent des parties profondes de l'appareil respiratoire, contiennent le plus de GO"^ et le inoins d'oxygène.

Plus les mouvements respiratoires sont lents et profonds, et plus lair de l'expiration est ricùe en Co*, pauvre en (J. '

Valeur des échanges respiratoires. — Depuis Lavoisier ^'^ un grand nombre d'expérimentateurs ont imaginé des méthodes, pour déterminer la valeur des phénomènes chimiques de la respiration, considérés pendant un temps plus ou moins long, sous diverses influences :

t. Méthode de l'éghantillona.ge, d'Andral et Gavarret, 1843; de ViERORDT, 1845 ; de Spegk, 1871 ; de Zuntz, 1887-1894; de Geppert, 1887; de Loewy, 1888 ; ue Chauveau, de Laulanjé, etc. On recueille une certaine quantité d'air de l'expiratoin, on l'analyse: on trouve, par exemple, qu'il contient 4 à 5 % d'oxygène en moins, et 4 % de GO" en plus que l'air de l'inspiration. Ghaque mouvement respiratoire de l'homme, comprenant 500 c. c. d'air, correspond par conséquent à l'absorption de 20 à 25 c. c. d'oxygène et à l'exhalation le 20 ce. de GO'. Gomme il y a 10 mouvements respiratoires par minute, cela fait pai minute : 320 à 400 ce. 0 et 320 c. c. GO*; par heure : 19 à 24 litres 0 et 19 litres GO^ ; et en 24 heures 456 à 576 litres d'oxygène et 456 litres de GOS c'est-à-dire un peu plus d'un demi mètre cube d'oxygène absorbé, et un peu moins .d'un demi mètre cube de

(1) Lavoisieh, Exp. sur lu respir. Acad ne,, 1777.

GO' exhalé en 24 heures par uii homme adulte. Les chiffres de Vierordt sont les suivants : G0% 900 gr. = 455,500 c. c. ; H'O, 330 gr. ; O, 744 gr. = 516,500 c. c.

ZuNTz a construit un appareil très perfectionné, qui permet de mesurer exactement le volume d'air qui traverse les voies respiratoires du sujet en expérience, et de déterminer GO^ et 0^ (méthode de Hempel, v. p. 107), dans des échantillons prélevés d'une façon continue sur l'air qui sort de l'appareil.

Laulanié a décrit un appareil analogue (1895). Ges appareils se rapprochent de celui de v. Pettenkofer. Ils ont sur ce dernier l'avantage de la détermination directe de l'oxygène.

II. Méthode des trois compteurs, d'Hanriot et Gharles Righet,

Fig. 89. — Schéma du grand appareil respiratoire de v. Pettenkofkr. A, courant d'air principal non analysé, mais mesuré au compteur ; H, portiou d'air analysée, empruntée au courant d'air principal qui a traversé l'appareil respiratoir; C, portion analysée, empruntée à l'air extérieur avant son entrée dans l'appareil.

1886. L'animal respire dans l'atmosphère extérieure, au moyen d'une muselière appropriée, ou d'une canule trachéale, à travers deux flacons laveurs (valvules de Muller), destinés à séparer l'air de l'inspiration de celui de l'expiration. Le volume de l'air inspiré A (privé de GO^, et saturé de vapeur d'eau) est mesuré au moyen d'un compteur à gaz. Il en est de même du volume de l'air expiré, qui est mesuré (saturé do vapeur d'eau) avant (volume B) et après absorption de GO^ (volume G).

Le volume B — G représente le GO^ fourni par la respiration de l'animal ; le volume A — G correspond à l'oxygène absorbé.

Le côté faible de cette inéhode très élégante et très simple, me paraît résider : 1" dans la difficulté des mesures exactes au moyen des compteurs à gaz ; 2" dans la difficulté de maintenir les masses que l'on mesure, au même degré de température et d'humidité.

III. Méthode de la ventilation par gourant d'air, de Sgharling(1843j ou DE V. Pettenkofer (1862). L'individu ou l'animal en expérience, est placé dans une chambre, garuie de porte et fenêtres et traversée par un courant d'air qui sert à la ventiler (voir lig. 89). Ce courant d'air est obtenu par le jeu d'une pompe faisant office d'aspirateur, et située dans la direction A. Un grand compteur à gaz mesure la quantité d'air qui traverse ainsi tout l'appareil. Une fraction B de cet air, vicié par la respiration du sujet, est aspirée par une petite pompe, mesurée dans un compteur, conduite à travers un appareil à acide sulfurique (H"-SO\) qui absorbe l'eau, puis à travers des tubes à Baryte [Ba(OH)-] qui absorbent CO". L'augmentation de

Fig. 90. — Appareil desliné à doser l'anhydricle carbonique produit par le pigeon, l'n aspirateur placé en P, entretient le courant d'air dans la direction des flèches. Avant son entrée dans le récipient A, l'air se dépouille de t:0* dans les vases à potasse U, H', et dans la .solution de baryte du ballon C; COî produit par l'animal est retenu par la baryte des ballons E, E', E", E'"; I) contient de l'eau (d'après Coi\iN et van IIenf.den, Arch. Biolofiir, issii).

poids de l'appareil à H^SO^ représente la quantité d'eau contenue dans l'air ; la diminution du titre de la Baryte correspond à la quantité de GO^ On fait pareillement dans l'appareil C, l'analyse d'une quantité connue d'air, pris à l'extérieur. La comparaison entre les chiîfres d'analyse de B et de G, indique la proportion d'eau et de GO- produits par le sujet. Gomme on connaît le volume d'air A, ainsi vicié pendant la durée de l'expérience, une simple multiplication fournit immédiatement les chiffres d'eau et d'anhydride carbonique produits.

L'appareil de v. Pettenkofer permet de prolonger l'expérience pendant fort longtemps et de faire respirer au sujet un air constamment renouvelé.

On peut faire à catte méthode deux reproches: 1» l'analyse ne porte que sur une minime fraction de l'air qui a servi à la respiration. Par conséquent, tous les chiffres trouvés doivent être multipliés par un facteur très grand : une erreur insignifiante dans les dosages de GO^ et d'O" peut ainsi acquérir une certaine importance. 2" La quantité d'oxygène absorbée ne peut être déterminée qu'indirectement. Elle correspond à la dillerence de poids ^mtre les ingesta (aliments et boissons) et la somme des excréta (GOS H'^O, urine, matières fécales etc ), en admettant, bien entendu, que le poids du sujet n'ait pas varié. Toutes les erreurs faites dans les autres déterminations s'accumulent donc sur le facteur oxygène, qui est sans contredit le plus important dans toute expérience de respiration.

Quand on a affaire à de petits animaux, produisant relativement peu de GO" on peut éviter la première cause d'erreur, en dosant GO^ dans la totalité de l'air qui passe à travers l'appareil (appareils de Delsaux, Gorin et VanBeneden, Arloing, etc.). La lig. 90 montre par exemple un appareil dosant tout l'anhydride carbonique, produit par le pigeon.

IV. Méthode du confinement (ou des déterminations totales), de Lavoisier, de Regnault et Reiset, 1849 ^^\ etc. L'homme ou l'animal

Fig. 91. — Scliéina de l'api^areil respiratoire de Recinaiii^t et Keiskt ; l'animal respire Vatmosphère confinée de la cloche A; les réservoirs à potasse C et C aspirent l'air, puis le réinjectent dans la cloclic, après l'avoir privé de C02 ; la pipette jaugée P remplie d'oxygène sert à reuiplacer l'oxygène absorbé par l'animal.

respire dans une atmosphère confinée, dont on maintient la composition constante, en enlevant GO^ à mesure de sa production, et en restituant l'oxygène consommé.

La ûg. 91 représente schématiquement le premier appareil de Regnault et Reiset. L'animal se trouve dans la cloche A. L'anhydride carbonique produit est absorbé par les réservoirs à potasse G et G', qui montent et

(1) Regnault et Reiset, Ann. de chini. et de phys., III' sér., t. XXVl, 1849. IIopi'E'SEYLEn, Zeils. f, physioh Chem. 1894, XIX, 574 : Appareil applicable à l'homme.

descendent alternativement, par le jeu d'un moteur. Gomme ils communiquent avec lintérieur du récipient A, ils aspirent à chaque mouvement une partie de cet air, pour le réinjecter ensuite dans l'appareil. La quantité d'anhydride carbonique produit se déduit de l'analyse de la potasse des réservoirs G et G'. L'oxygène consommé par l'animal est remplacé par celui que fournit la pipette P, laquelle sert en même temps à mesurer cet oxygène.

La méthode de Regnault et Reiset fournit des résultats analytiques très exacts. Le seul reproche qu'on lui ait fait, c'est qu'au bout d'un certain temps de séjour, l'animal ne se trouve plus dans des conditions normales: l'air qu'il respire prend une odeur putride (voir p. 168, en note). Seegen et NowAK (1879) ont remédié à cet inconvénient en intercalant un tube métallique chauffé au rouge, sur le trajet de l'air qui va des pipettes G et G' au

Fig. 02. — Oxyfiénoffrnphe île rautcur. — ApiJareil respiratoire pour le lapin. L'animal respire (à travers les llacous laveurs à solution de jiotasse figurés en A et le flacon à potasse solide KHO) l'oxygène contenu dans la cloche graduée O. La cloche O est équilibrée autoniatiijuenient clans toutes ses positions par le contre -poids à siphon S (Lkox FiiKutiucy, /kviie scient., iSSOj.

récipient A. De cette façon les substances organiques volatilessont brûlées et ne peuvent incommoder l'animal par leur accumulation. Un grand nombre d'expériences ont été faites avec cet appareil ou à l'aide d'appareils constraits sur le même principe par Regnault et Reiset, Ludwig (et ses élèves), Pflïiger (et ses élèves), Zuntz (et ses élèves), Hoppe-Seyler (et ses

élèves), Paul Bert, d'Arsonval, etc. Jolyet et Regnard l'ont modifié pour l'appliquer à l'étude de la respiration des animaux aquatiques. Laulaxié (1890), Fano et d'autres ont transformé l'appareil de IIegnault et Reiset de manière à enregistrer automatiquement la consommation de l'oxygène et la production de GO*.

La fig, 92 repréiiente un appareil d'un maniement très simi»le, construit sur le môme principe, et qui peut servir à répéter sur le lapin la })lupartdes expériences

Vip;. 93. — Appareil respiratoire applicable à l'iioinme. E, embouchure en métal ; a et b, caisses crabsorption remplies de chaux et de soude ; a, trajet de l'air de l'expiration ; h, trajet de l'air de l'inspiration ; F, réservoir à double paroi renfermant une solution saturée de chlorure de calcium ; T, tube allant des caisses d'absorption à la cloclie d'oxygène G. La chaînette qui suspend la cloche O passe sur les poulies p, p, pour rejoindre le contre-poids automatique P ; /, tube relié par un siphon au llacon /'contenant du nxercure; IvHO, potasse. (L. F. Arch. BioL, 1882).

de respiration pulmonaire. L'animal L respire, au moyen d'une canule trachéale, l'oxygène de la cloche graduée O. Les deux flacons laveurs A, chargés de lessive de potasse, sont intercalés sur le tube qui va du réservoir d'oxygène à l'aulinal. Ils font office de soupape, l'un servant à l'inspiration, l'autre à l'expiration. Les mouvements respiratoires de l'animal font ainsi barboter l'air à travers la solution do potasse ; comme l'anhydride carbonique est absorbé au fur et à mesure de sa production, la diminution du volume gazeux de la cloche O, à la fin de l'expérience, correspond exactement à la quantité d'oxygène consommée par l'animal. Cette quantité s'obtient donc par une lecture de niveau, La cloche O contient environ un litre ; elle flotte sur un bain de chlorure de calcium R (dans lequel l'oxygène et l'azote sont à peu près insolubles). Elle est équilibrée dans toutes ses positions, par un contre-poids à siphon S, rempli de mercure : à mesure que la cloche O

s'enfonce dans le liquide du récipient R, elle perd une partie de son poids équivalente à celui du volume liquide qu'elle déplace. Le contre-poids diminue dans les mûmes proportions, par suite de l'écouloment du mercure.

L'appareil qui vient d'être décrit peutservir à enregistrer les quantités d'oxygène consommées ; il sutïit de fixer un style écrivant au contre-poids, et de lui faire tracer sur un cylindre enregistreur le graphique des mouvements du réservoir d'O. Le même style sert à marquer le temps : il fait part'e d'un signal électrique, actionné par une horloge, battant la seconde ou telle autre division du temps.

La fig. 93 représente un appareil analogue applicable à l'homme. Le sujet respire, par l'intennédiaire d'une embouchure métallique et d'un large tube de caoutchouc (les narines étant bouchées), l'oxygène contenu dans une cloche graduée mobile, de grande dimension, qui flotte sur un bain de chlorure de calcium. Sur le trajet du réservoir d'oxygène à la bouche du sujet, se trouvent intercalées deux

Kig. 91.

Caisse d'aljsorptiou (modèle Sciuvann) de l'appareil fip. 03. (L. F. Arch. niol. 1882).

caisses A et B, contenant im mélange de chaux et de soude cau^^liquo, destiné à absorber l'anhjrdrique carbonique. La diminution de volume subie par le mélange gazeux, renfermé dans la cloche graduée, à la lin de l'expérience, représente la quantité d'oxygène consommée ; on ne mesure pas la quantité de GO- exhalée. L expérience peut être prolongée pendant une à deux heures, sans aucune gêne pour le sujet. La flg. 94 montre les détails de la construction de la caisse d'absorption (imaginée par Sghwakn, 1808): l'air respiré traverse un long canal, plusieurs fois replié sur lui-même, et creusé dans une bouillie de chaux et de soude.

Respiration cutanée. — Si l'on place un animal dans l'appareil respiratoire do Regnault et Reiset, mais en disposant l'expérienee de manière i;[ue la respiration pulmonaire se fass'i en dehors de l'apjtareil, aux dépens de l'atmosphère extérieure, on pourra déterminer la proportion d'oxygène absorbée et celle de COexhaléeparla surface cutanée. Aubert (1872) a consLaté de cette façon que la respii'ation cutanée ne représente chez les animaux à sang chaud qu'une minime fraction (1/225) de la respiration pulmonaire.

Chez la grenouile et les animaux à sang froid, il n'en est plus de môme : la respiration cutanée peut suffire aux besoins de l'organisme , et suppléer eutièrement à l'absence de respiration puLnonaire (grenouilles à [loumons extirpés, SpALLANZAMi 1803, FuBiKi 1878, Klug 1884).

ZuNTZ (1894), a détei'miné chez le cheval la part respective qui revient à la respiration cutanée et intestinale dans le chimisme respiratoire. Il a constaté qu'un cheval placé dans l'appareil de Pettenkofer, mais x'espirant a l'extérieur, par l'interaiédiaire d'une canule trachéale, fournit en 2i heures, par la respiration cutanée et intestinale, 145 gr. de GO^ en moyenne, soit 3 °/o du total des échanges respiratoires. De ces 145 gr. de CO-, 3G proviennent de gaz inte-itinaux, le reste, soit 119 gr., provient do la peau.

Il n'y a pas chez le chival d'éli uination appréciable de gaz combustibles par les poumons.

Chez le lapin, au contraire, les 3/4 de l'hydrogène et du méthane formés dans l'intestin sont éliminés par la voie pulmonaire.

On sait que la respiration intestinale joue un rôle important chez certains poissons (Cobitis fossilis).

Snduits cutanés. — ■ Les lapins dont la peau a été rasée et enduite de vernis ou d'empois d'amidon, succombent rapidement en présentant un abaissement considérable de leur température,

dette mort avait été attribuée à la suppression de la fonction d'excrétion de la peau et à la rétention dans le corps de substances nuisibles (perspirahile retentum). Il est très probable que les lapins à peau vernie meurent de froid, par suite de la suppression de leur fourrure naturelle, et de la dilatation paralytique des vaisseaux cutanés (action irritante du vernis ou de l'empois). Il suffit de les entourer d'ouate ou de les placer dans un local à températur<3 élevée, pour les conserver en vie (Latsghenbergeu, 1868). D'ailleurs, le chien et l'homme supportent parfaitement le vernissage de la peau (contesté par Laul.anié). Senator (1877) n'a pas craint de badigeonner le cor[)s presque tout entier de itlusieui's patients, soit avec du coUodion riciné, soit avec du goudron. Cet enduit imprirméable fut supporté pendant plusieurs jours sans le moindre inconvénient.

C'est également par la notion du pei^spirabile velentiwi que les médecins expliquaient la mort qui survient chez l'homme, à la suite de brûlures pea profondes, mais étendues à une portion notable des téguments, La cause de la niurt par brûlure de la peau est encore mal expliquée (Hoppe-Sfvler, Tappeiner, 1881) : mais il ne semble pas qu'elle doive être rapportée à la suiipression des voies d'excrétion normales d'un produit nuisible à l'organisme.

Avant d'étudier et de discuter les résultats numériques obtenus par l'emploi des appareils respiratoires précédenment décrits, il nous faut exposer la théorie chimique de la respiration.

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