VII. — MOUVEMENTS DU TUBE DIGESTIF (D
Les mouvements présentés par le tube digestif ont pour effet d'amener les matières alimentaires à un degré de division sufllsant, d'assurer leur contact avec les sucs digestifs, de favoriser la résorption des produits digérés, et de faire progresser ces matières de la bouche à l'anus, pour rejeter finalement au dehors les résidus non utilisés par l'organisme.
Mastication. — ■ Les mouvements de la mâchoire inférieure sont produit?^ par les muscles masséters, teynporaux, ■ptérygoïdiens internes et externes, di g as triques, mylo-hyoïdiens (innervés par le nerf maxillaire inférieur j, génio- j hyoïdiens, omo-, sterno-, thyro-hyoïdiens et sterno-thyroïdiens (innervés par le j nerf hypoglosse) ; ils so combinent avec les mouvements des lèvres, des joues (innervées par le facial) et de la langue (innervée par l'hypoglosse), pour broyer successive aient les (litïérentes parcelles aliuientaires, pour les iaiprégner de salive, et les façonner en bol susceptible d'être avalé.
Chez les enfants qui tettent, l'aspiration du lait se fait par le retrait de la langue faisant office de piston dans la cavité buccale close de toutes parts (DoNDERs) : il so développe alors une pression négative de 2-4 Mm, de mercure, qui a pour effet de faire jaillir le lait dans la bouche du nourrisson. La respiration n'intervient en aucune façon dans l'acte de têter.
Déglutition. — La déglutition, c'est-à-dire l'acte par lequel les aliments sont avalés et passent de la bouche à l'estomac, a été divisé par Magendie (1836) en trois stades, se succédant régulièrement.
!*"■ Stade. Le bol alimentaire est pressé par la langue contre la voile du palais, et poussé ainsi d'avant un arrière, à travers l'isthme du gosier, jusque dans-ie pharynx (contraction des laylo-hyoïdiens et stylo-glosses). La volonté intervient au commencement seulement de ce prouiier acte de la déglution (Doxdeks). Les autres mouvements sont des rétlexes coordonnés dans le système nerveux central sans aucune participation de la volonté ; ces mouveaients (du pharynx et de l'œsophage) ne suivent le preuiier temps que si ce premier temps amène diuis l'isthme du grosier un corps quelconque, bol alimentaire ou un liquide comme la salive.
2" Stade. Le bolaliiuentoiretraverse le pharynx sous i'iulluence delà contraction des constricteurs moyen et inférieur du pharynx, qui le poussent dans la seule voie~qiïî lui surt-ouverte, c'est-à-dire daus l'œsophage. Le pharynx uiarche pour ainsi dire à lu rencontre du bol alimentaire ; il se soulève ainsi que le larynx (contraction des piliers postérieurs, des stylo-pharyngiens, des constricteurs et des muscles sus-hyoïdiens).
(1) Voir Starliso et Lanoley, dans Krgcbiiissc, 1902, II, et i'J03. — KnoNECKEn, DéglutUion dans le Dlct. de RiciiET, 1900. — R. Magxis, Ergebnisse der Physiologie, VIT, 1908.
Le retour des aliments vers la bouche est empêché par le relèvement actif de la base de la langue, qui s'applique contre les piliers fermés du voile du palais (contraction des muscles glosso-palatins, stylo-glosses et mylo-hyoïdiens).
L'occlusion de l'orifice postérieur des fosses nasales est pareillement assurée par le relèvement actif de la partie tlottante du voile du palais (contraction des péti'o-staphylins), qui se place horizontalement, de manière à ce que son bord libre s'appuie sur la paroi postérieure du pharynx. Celle-ci se soulève d'ailleurs eu forme de bourrelet (contraction du constricteur supérieur), pour aller au devant du voile du palais et compléter l'occlusion (Passavant). Quant à l'orifice du larynx, il est bouché par l'épiglotte qui, remontant avec le larynx, vient buter, contre la base de la langue (contraction des génio-hyuïdien, mylo-hyoïdien, ventre anté- ^. ,„„ „ .,. , , , ,. ^. rieur du digastrique, hyo- thyroïdien). La glotte
Fig. 120. — Position du hol alimentaire o >i » j j / o
(B) au début da 2" stade de la dégluti- se ferme également pendant la déglutition, i)ar
tion apr s ( aissiat). suite de la contraction du constricteur inférieur
du pliarynx, dont les fibres rapprochent les bords postérieurs de deux moitiés du cartilage thyroïde, de manière à presser l'un contre l'autre les bord de la glotte. Les muscles intrinsèques du larynx n'interviendraient pas dans cette occlusion (Longet).
La déglutition s'accompagne de l'ouverture de la trompe d'Eustache (contraction du péristaphylin externe). La compression subie par l'air dans le pharynx se propage jusque dans l'oreille moyenne et fait brusquement bomber la membrane du tympan à l'extérieur (bruit de claquement).
3® Stade. Le bol alimentaire parcourt l'œsophage, sous l'influence d'une coutrac- Jtion des parois musculaires du conduit, contraction très énergique se progageant de proche en proclie comme une onde, jusi^u'à l'estomac. Mosso, dans ses expériences sur le chien, a vu la déglutition s'opérer encore quand le bol (morceau de bois arrondi) qu'il faisait avaler était retenu par un poids de près d'un demi-kilogramme.
Cette description s'applique surtout à la déglutition de bols alimentaires de consistance solide.
D'après Kronegker et Meltzer (1880-83;, le bol alimentaire, lorsqu'il est liquide ou très mou, ne chemine pas de la bouche vers l'estomac, en trois temps et par la contraction successive des muscles du pharynx et de l'œsophage. Son mouvement est bien plus simple et s'effectue en une fois. Le bol est poussé par la langue, de la bouche vers la cavité pharyngienne : à ce moment, les muscles mylo-hyoïdiens et hyo-glosses se contractent, et pressent la base de la langue en arrière et en bas contre l'épiglotte, d'où un rétrécissement rapide de la cavité pharyngienne supérieure, une compression énergique de l'air qui s'y trouve, et par là une brusque projection du bol alimentaire. Ce dernier franchit d'un trait toute l'étendue du pharynx
et de l'œsophage; et ne s'arrête^qu'au cardia qu'il trouve fermé. Une gorgée d'eau arrive de cette façon au bas de l'œsophage en moins d'un dixième de seconde.
Ce mouvement de projection (déglutition proprement dite) est suivi d'une contraction successive et lente des muscles du pharynx et de l'œsopliage (déglutition secondaire ou pénslaltique) qui s .mble avoir pour fonction de nettoyer le passade, de rassembler les miettes oubliées et de les joindre au bol qui se trouve arrêté devant le cardia. La déglutition secondaire s'etfectue en quatre temps: i" contraction des constricteurs du pharynx ; > contraction de la première portion de l'œsophag.3 (à fibres striées) ; 3" contraction de la partie mixte (à iibres lisses et striées de l'œsophage) ; 4" contraction des muscles lisses ou dernière portion de l'œsophage. Ce inouve.ueiit est fort lent : le temps perdu dans les huit premiers centiinètres du parcours est de i" à 1.5" ; dans les huit centimètres suivants, de 3 ' à 3.0" ; et enfin dans les dernières portions de l'œsophage, il atteint .■>.5"à 7".
Ainsi, chaque uiouvementde dé-lulitiun ,•.1 suivi d'une onde péristaltique • lorsque les mouvements de degluTiti..u .e suco^'d .nt a court intervalle, les mO-uve-ments péristaltiques se trouvent arrêtés. On n'eu observe qu'un, à la suite du dernier mouvement de déglutition de la série : il y a donc là une action d'inldldtion exercée parla déglutition sur l'onde péristaltique qui allait prendre nais,ance par suite d'un mouvement de déglutition précédent.
Chez la plupart des personnes, le cardia reste fermé, jusqu'à ce que le mouvement de contraction péristaltique l'aît atteint : alors seulement le bol est admis à pénétrer dans l'estomac. Gliez quelques sujets, au contraire, le cardia s'ouvre immédiatement après la projection du bol et se referme deux secondes après (voir p. iSi, bruits de la déglutition).
L'acte de la déglutition, y compris le mouvement péristaltique qui le termine se compose d'une série de mouvements réflexes dont l'ordre de succession est réglé par le système nerveux central (moelle allongée) comme le prouvent les expériences de Mosso (1870) : ainsi la ligature, la section de l'œsophage, même l'excision d'un segment de ce canaf, n'empêchent nullement la propagation du mouvement ondulatoire de déglutition, à condition que les connexions nerveuses de chaque partie de l'œsophage avec le système nerveux central soient conservées.
Lejientre de la déglutition est situé dans la moelle allongée et peut être detruifsans lésion du centre respiratoire placé dans son voisinage (Margk- WALD, 1889).
^ Le point de départ du mouvement do la déglutition doit être cherché d après Sghiff, dans l'irritation des nerfs sensibles de la ba.se de ]a 1 influé (glosso-pharyngien) et du voile du palais (trijumeau), qui se produit^iu premier stade, volontaire de la déglutition. Cette irritation vient agir sur le centre de la déglutition dans la moelle allongée; ce dernier innerve ensuite successivement et dans un ordre déterminé, les fibres musculaires du pharynx et de l'œsophage, qui interviennent dans les 2* et à' stades
j)Q.2 CHAPITRE VI.
L'excitatior, éleotriqae du laryngé sapéneur (et parfois du ^e urrent) provoque également, par voie rénexe, des mouvements de déglutition, acco npaonw toujours de mouvements respiratoires (A.RL0Wn7-SmmEK). Gliacue d°églutition normale est d'ailleurs précédée d'un mouvement respiratoire très faible, auquel succèae un arrêt momentané de la respiration (inliibition respiratoire réflexe ayant pour point de départ [irritation de» abres centripètes du glosso-pharyngien). Toute excitation du bon central du glosso-pharyngien arrête la respiration à la phase ou elle se trouvait. L-arrèt ne peut pas dépasser 5 à 6 secondes (Steiner, 1887 .
Les muscles de la langue sont innervés par l'hypoglosse; ceux du pharynx par le glosso-pharyngien, le spinal-pneumogastrique et le sympathique (plexus pharyngien). En outre, le trijumeau tourn.t les filet» moteurs du mylo-hyoïdien et du tenseur du voile du palais (innerve au»» parle SP -1 et le pneumogastrique). Les muscles de l'oesophage sont Le vés par des rameaux du pneumogaslrique et du récurrent. La section du pn umogastrique paralyse donc l'œsophage. Cependant sa portiou Ultérieure présente à la suite de cette section, on de celle du glos.opharyngien, un état de contraction permanente qui peut durer plusieurs jours (Cl. Bernard).
Tout mouvement de déglutition est acoompagaé chez l'ho.nme, d'après MEU^a l'une chute de la pression sanguine et d'u.ie acoélération passagère des !il'Itlo ; a'iaques, àlaciaelle fait suite au léger ralentissement. Oliez le chien, W™meb et MEVKa (1890, constatent un ralentissement passager du rythme
"'Knârn'saflirait d'une série de mouvements de déglutition, .nême exécutés à vid^ IVaW sa salive), pour arrêter l'érection de la verge oa pour calmer les douleurs utérines.
Bruits de la déglutition. - D'après les recherches de Zenker (1870), Kao.EC.Ea et M..xzEa (1883), conliruiées par plusieurs ohs.rvaieurs nota,n,aea oarE DEsraÉE (1887), on entend chez b. plupart des individus b a 7 api. s le dé mt de la déglutition, an bruit prolongé plus ou moins mamfeste, comme s. de Îaip ou du liquid. était exprimé à travers une ouverture en lorme de sphincter TiruitJelpre..ion, que Mei.tzeu a nommé Durchpre.fferau.ch, est du au uassa^'e du liquide ou du bol à travers le cardia dil.té.
Ourre ce bruit d'expression, un trouve chez quel pies personnes, un bruzt dZZlion (DurcMprilzgerausch) qui se .nanitesle prosqae immédiatmient après fe TbÛ de la déglutition. Ce bruit est produit par le passage brusque du liquide ou >lu bol injecté par la ooutr,iction des mylo-hyoïdiens, à travers 1 œsuphag . Jusque dans l'estomac, et traversant louverture du cardia anormalement ouvert, comme cela a Ueu chez quelques sujets.
Mouvements de restomac. - Les mouvements des parois stomacales ne sont importants que pendant la digestion, ils ont pour effet de brasser
la^ouillie alimentaire, et d'en mettre toutes les particules en rapport avec le suc gastrique. Lorsque les aliments ont été réduits en pulpe molle ou chyme, le sphincter du pylore se relâche pour les laisser passer par petites portions, ainsi que Buscu 1858) l'a constaté direclement, chez une femme présentant une large fistule du duodénum, à la suite dun coup de corne. La durée du séjour des aliments dans l'estomac est très variable : 3 à 10 heures.
HiRSGH (1892), VON Mering et Moritz ont montré que si le contenu de l'estomac ne pénètre que par petites portions dans le duodénum, c'est qu'un réflexe spécial arrête temporairement la progression des aliments, et ferme le pylore chaque fois qaune portion du contenu stomacal a pénétré dans le diiolénum. Serdjukow a élucidé le mécanisme de ce réflexe. Il a constaté que le contact du chyme acide, venant de l'estomac, avec la muqueuse duodénale provoque la fermeture du pylore. Mais le suc pancréatique alcalin vient bientôt neutraliser cette acidité, ^s que la muqueuse duodénale redevient alcaline, le réflexe de fermeture du pylore fait place gujéflexe iTôiTverture, cl une nouvellë'porti^n de chyme acide pénètre dans" i'iutestin.^ar cette action antagoniste et alternative de liquides acides et alcahns, se trouve assuré un passage progressif de la digestion gastrique acide à la digestion pancréatique alcaline.
D'ailleurs, Serdjukow a constaté directement la fermeture du pylore par l'applicatiou de solutions acides sur le duodénum, et son ouverture par le contact de solutions alcalines.
Cannon (1898), Houx et Balthasar (1897-98) ont utilisé les rayons X pour étudier sur restomae du chien ou du chat vivant, les mouvements de proges»ion d'une bouillie alimentaire à laquelle ils avaient incorporé -lu sous-nitrute de bismuth (opaque aux rayons X). Ils constatèrent que les mouvements des parois stomacales se montrent peu de minutes après l'ingestion des aliments et se composent de petites contractions qui débutent v.rs le milieu de l'estomac et progressent lentement dans la direction du pyl^r'. «le-, contractiuîis àu.^'ih^nteitt peu à peu d'énergie, tinez le chat, elles se succèdent à des intervalles réguliers de 10 secondes environ ; chaque onde met 20 secondes pour atteindra le pylore : on peut donc en obsei'ver simultanément deux ou trois, produisant autant d'étranglements de la paroi stomacale. Pendant ce temp-., la région du grand cul-de-sac joue le rôle de réservoir et envoie son contenu par petites portions dans la direction du pylore. Cette région se maintient dans un état de repos relatif, ce qui permet à la salive de continuer à agir sur les aliments que le suc gastrique acide n'imprègne pas encore.
Le pylore ne s'entr'ouvre pas à l'arrivée de chaque onde de contraction, mais seulement à des intervalles plus espacés.
Les mouvements de l'estomac sont manifestement influencés par le système nerveux central. L'excitation du bout périphérique du pneumogas^
trique les fait naître, ou les exagère fortement s'ils existent déjà. Sghiff (1802; et Adrian ont également réussi à provoquer des mouvements de la paroi stomacale par l'excitation du grand sympathique ou du plexus solaire. Cependant, la section du pneumogastrique n'arrête pas les mouvements de l'estomac; tout au plus sont-ils légèrement affaiblis. Au reste, d'ajirès HoFMEiSTER et Sghûtz, l'estomac extirpé et maintenu à -\- 37" dans une chambre humide, montre des mouvements périodiques s'exécutant suivant un type régulier, tendant à faire progresser le contenu de l'estomacjdu cardia au pylore. Les ganglions nerveux des plexus contenus dans la paroi stomacale représentent sans doute un premier centre pour les mouvements de l'estomac.
Les nerfs extrinsèques de l'estomac contiennent également des libres nerveuses d'arrêt, tant pour les muscles des parois, que pour ceux du cardia et du pylore.
Vomissement. — Le vomissement est un acte extra-physiologiqae, dans lequel les matières alimentaires ou le liquide conteuus dans l'estomac, au lieu de suivre leur voie normale vers l'intestin, sont brusquement rejetés au dehors, à travers le cardia, l'œsophage, le pharynx, la bouche et parfois les fosses nasales. Le vomissement est précédé d'une salivation intense ; il est produit par une contraction énergique des muscles de la presse abdominale et du diaphragme, qui compriment violemment l'abdomen et le contenu de l'estomac (Magendie), et dilatent au contraire le thorax. Les parois de l'estomac se contractent elles-mêmes, tandis que l'orihce cardiaque se dilate activement (par contraction des fibres longitudinales qui descendent de l'œsophage [Sghiff]), et laisse passer le contenu stomacal, qui est projeté vers le haut. Peut-être les muscles de l'œsophage interviennent-ils également. Au moment où les matières passent du pharynx dans la bouche, les fosses nasales sont bouchées par le voile du palais, la langue est abaissée, et applique l'épiglotte sur l'orifice du larynx, la glotte est fermée.
Les muscles qui interviennent dans le vomissement sont animés par un grand nombre de nerfs; on ignore si les impulsions uiotrices qui les parcourent au moment de cet acte, sont coordonnées par un centre nerveux unique. Certains physiologistes identifient les centres du vomissement avec ceux île la respiration. Dans beaucoup de cas, le vomissement est provoqué par voie réflexe, à la suite d'une irritation du voile du palais, du pharynx, de l'estomac ou des intestins. L'influence directe que l'encéphale exerce sur les centres du vomissement ressort des cas pathologiques dans lesquels des maladies ou des blessures du cerveau sont accompagnées de vomissement. Le vomissements peut également survenir à la suite d'émotions ou d'influences psychiques diverses (la description ou la vue d'objets dégoûtants). Certaines substances (tartre stibié, sulfate de zinc ou de cuivre, ipécacuanha, apo morphine, etc.) inti'oduites dans l'estomac, ou injectées directement dans le sang, provoquent rapide, neut le vondssement ; peut-être agissent-elles à la fois directement sur les centres du vomissement et sur les terminaisons des nerfs du tube digestif. Magendie a vu le vomissement se produire encore à la suite d'injection intra-veineuse de tartre stibié, chez un chien dont
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l'estomac avait été excisé^ et remplacé par une vessie de cochon, remplie d'eau tiède, et reliée à l'œsophage.
D'après Mellinger (1880), tous les vertébrés vomissent facilement par injection do tartre stibié, à l'exception des grenouilles d'hiver, de la poule et des solipèdes (cheval, âne). Chez les oiseaux, le vomissement vient du jabot et non du gésier.
Rumination. — Le ruminant qui broute se borne à arracher l'herbe au moyen de la langue et de la mâchoire supérieure, à l'avaler sans la mâcher et à l'accumuler dans certaines poches de son estomac composé {panse et bonnet). L'animal se met ensuite à l'écart dans quelque endroit tranquille, pour y soumettre successivement les différentes portions de sa provision d'herbe, à une mastication et à une insalivation complètes, puis à une nouvelle déglution, qui conduit cette fois le bol alimentaire dans une autre subdivision de l'estomac, servant à la digestion proprement dite {feuillet et caillette). L'ascension vers la bouche des matières contenues dans la panse, présente quelque analogie avec l'acte du vomissement ; il s'en distingue parce que l'œsophage se referme après le passage de chaque bol.
La rumination constitue un acte réflexe qui se produit à la suite de toute irritation mécanique ou électrique de la panse. On voit se succéder alors le mouvement d'ascension des matières alimentaires, puis la mastication, l'insalivation et le nouveau mouvement de déglutition, alors même que l'œsophage a été coupé en travers (Lughsinger),
Une régurgitation il' aliments, analogue à la rumination, et connue sous le nom de méricisme, existe chez quelques personnes.
Mouvements de l'intestin. — Si l'on ouvre largement le ventre d'un chien ou d'un lapin, on voit la masse intestinale présenter des mouvements assez énergiques, rappelant ceux d'un ver. L'intestin est le siège de contractions circulaires qui se déplacent, lentement, progressant à la façon d'une onde dans la direction de l'anus ; cofitractions pendulaires et contraction péristaltique, dues en parti à l'action irritante de Yaic. m Ton a soin de protéger convenablemont lintestin contre le refroidissement, la dessiccation et le froissement, (par l'immersion de l'animal dans un bain tiède), les mouvements se montrent encore, mais ils sont plus lents et moins énergiques (Sanders, van Braam-Houckgeest [187"J]).
Si, après avoir mis l'intestin à nu, on introduit dans son intérieur un bol de substance molle, l'irritation qui en résulte provoque en aval un relâchement assez étendu des parois de l'intestin, en amont une contraction circiilaire localisée, contraction qui pousse le bol dans la direction du relâchement et qui le suit de près. On provoque ainsi la progression d'une vraie onde péristaltique.
Ces effets disparaissent après empoisonnement par la nicotine ou la cocaïne (poisons des centres nerveux contenus dans la paroi intestinale) (Bayliss et Stabling, 1901). Mais l'intestin peut dans ces conditions
continuer à présenter les contractions rythmiques connues depuis Ludwig sous le nom de contractions pendulaires. Ces dernières paraissent donc d'origine myogène, tandis que les mouvements pèrislaltiques seraient sous la dépendance des ganglions nerveux contenus dans la paroi de l'intestin. Si l'on sépare les différentes tuniques de l'intestin, on constate que les mouvements péristaltiques ne persistent que dans les lambeaux qui contiennent le plexus nerveux d'AuERBACH (Magnus, 1904).
L'intestin normal ne présente jamais de mouvements antipéristaltiques. On isole sur un chien vivant (Ellinger et Prutz, 1902j un bout d'intestin qu'on replace et recoud en position inverse, l'aval tourné vers l'amont. Après cicatrisation, on constate que les ondes péristaltiques venues d'amont s'arrêtent à la première cicatrice. Il se produit là une stase et une accumulation de matières, d'où dilatation progressive, et finalement une rupture locale de l'intestin.
On peut également étudier les mouvements de l'intestin sur l'animal intact, par la radioscopie (examen aux rayons X, d'animaux nourris d'aliments additionnés de sous-nitrate de bismuth ou de mercure, Grutzner, 1898).
Les mouvements de l'intestin paraissent donc sous la dépendance d'éléments nerveux ou musculaires contenus dans la paroi même de l'intestin ; on les voit continuer encore quelque temps sur la masse intestinale extraite du corps et complètement isolée du système nerveux central. Ils peuvent cependant être influencés par le système nerveux central : ainsi l'excitation du pneumogastrique (et aussi, paraît-il, celle de l'écorce cérébrale, du cervelet, de Ta inOellë allongée et de la^moelle épinière) active le mouvement péristaltique. Le splanchnique jouerait au contraire le rôle de nerf d'arrêt (Pfluger).
Les mouvements péristaltiques sont en outre provoqués ou exagérés : 1° par tous les excitants agissant localement sur l'intestin : galvanisation, froissement, refroidissement, contact de solutions salines concentrées, etc.; présence de corps solides dans l'intestin, notamment de cellulose (mouveinents de l'intestin favorisés pas une nourriture végétale).
2" par toutes les influences qui exagèrent la vènosité du sang qui circula dans l'intestin : asphyxie générale, oblitération de l'aorte (Sghiff;, ligature des artères mésentériques (Brovvn-Séquard).
3'^ par la nicotine, la muscarine, la caféine, l'ésérine et beaucoup de purgatifs. La morphine et la belladone produisent l'effet contraire. D'après NoTHNAGEL, Pal et Berggrûn, Topium exciterait un centre spinal arrestateur des mouvements de l'intestin (1890).
Défécatioii. — A mesure que les matières alimentaires cheminent dans l'intestin, elles diminuent de volume, par suite de l'absorption par la p;ii'oi intestinale, des matériaux rendus solubles par la digestion ; les
résidus qui arrivent dans le gros intestin s'y accumulent peu à peu dans le voisinage de l'S iliaque ; leur séjour produit une sensation spéciale de gêne, de pesanteur, qui va en augmentant , le besoin de la défécation devient de plus en plus impérieux, et il finit par provoquer l'expulsion des matières fécales ; les musles circulaires de l'anus (sphinter interne formé de libres striées), qui, d'ordinaire, sont dans un état de contraction tonique, se relâchent ; en même temps les excréments sont expulsés au dehors, par l'action combinée de la presse abdominale et des fibres du gros intestin.
La^tonicité des sphincters de l'anus se trouve sous la dépendance d'un centre 7rèfvTnix~situé darTsTâTmoelle lombaire (centre ano-spinal de Masius) L'action du cerveaûTsur ce centre est manifeste : il est jusqu'à un certain point soumis à la volonté et à l'influence des émotions.
La destruction de la moelle lombaire et sacrée supprime le tonus anal, mais non d'une fiçon définitive. Au bout d'un certain temps, le tonus reparaît et la défécation s'effectue de nouveau. Ou ignore quels sont les éléments nerveux (ou musculaires?) auxquels il faut dans ce cas attribuer la persistance du tonus.
La partie inférieure du rectum reçoit deux catégories de filets nerveux : 1» des filets provenant des nerfs lombaires supérieurs et parcourant le sympatique, le ganglion inésentérique supérieur et les nerfs hypogastriques; 2» des lilets contenus dans les nerfs érecteurs ou pelviens et provenant des nerfs sacrés.
La distribution anatomique des fibres nerveuses dont l'excitation provoque soit le relâchement, soit la contraction des sphincters de l'anus, varie d'un animal à l'autre. Elle a été étudiée par Langley et Anderson (1805-90) chez le lapin et le chat, par v. Frankl-Hochwakt et A. Frôhligh (1900) chez le chien.
Durée totale d'une digestion. — La durée totale d'une di^'estiou (c'est-à-dire le temps «[ui s'écoule entre rintroduclioa des aliments et l'expulsion des excréments qui en proviennentj est notablement inférieure à :24 heures chez les carnivores (Voit). Chez la chèvre et le mouton, il faut une semaine avant que les résidus provenant d'un repas déterminé aient quitté le corps (Stohmann et Weiske). Chez le cheval, Ellenbeugeh et Hofmeister (1884) ont constaté que la durée totale du séjour des aliments dans le tube digestif était de 3-4 jours, se répartissant de la façon suivante : séjour dans l'estomac ij-ii heures; jéjunum, d-i'-i h.; coecum, 34 h.; colon ventral, -24 lu; colon dorsal et rectum, '34 h, et plu?.