ROSENFELD
Une partie de la graisse alimentaire se dépose donc dans nos tissus. Si malgré cet apport, la composition de la graisse présente une composition typique pour chaque espèce animale, c'est sans doute parce que chaque organisme brûle de préférence la graisse dont la composition s'éloigne le plus de celle de sa graisse propre. "
Formation de la graisse aux dépens des féculents. - La totalité de la graisse de notre corps vient elle du dehors à l'état de graisse, eaipruntée direcLeineiit ou indirectement au règne végétal, comnie on lo croyait dans la première moitié ilu XIX" siècle, et comme le soutenaient Prout (1827), Dumas (18 il), Payen (18i3) et Boussingault ; ou faut-il admettre, avec Liebig (1843-45;, qu'une partie de la graisse se forme de toutes i)ièces dans le corps aux dépens de l'albumine ou de la fécule ? Boussingault, qui avait soutenu la première opinion, se rangea bientôt lui-même à l'avis de Liebig (1845). Il avait constaté, comme Persow, que dans l'engraissement des oies au moj'etfi de maïs, la quantité de graisse contenue dans la nourriture est notablement inférieure à celle qui se dépose dans le corps de l'animal. Les analyses et expériences de Rob. Thompson (1847), sur la production du lait chez la vache, celles de Lawes et Gilbert (1853), sur la production de graisse chez le porc, celles de Hoppe-Seyler (1856), «exécutées sur le chien, mirent hors de doute ce fait, que la graisse peut se former dans notre corps aux dépens de matériaux autres que la graisse alimentaire. Il ne peut être question d'une synthèse de graisse aux dépens de CO*,H*0 etc., synthèse qui n'est réalisé que dans les parties vertes des plantes, ou chez les organismes inférieurs. Cette graisse de nouvelle formation provient-elle des albuminoïdes ou des féculents de l'alimentation, ou des deux à la fois? De nombreuses expériences ont été instituées pour résoudre cette question :
Les physiologistes ont cru pendant longtemps, sur la foi des expériences de Garl Voit et de von Pettenkofer (1862-1871), que les féculents étaient incapables de se transformer en graisse, et que la graisse de notre corps qui ne provient pas directement de la graisse de l'alimentation, dérive en entier d'une transformation d'albumine ; les féculents étaient censés ne favoriser la formation et le dépôt de ia graisse, que d'une façon tout à fait détournée, parce qu'ils sont brûlés à la place de l'albumine; l'albumine ainsi économisée servait à faire de la graisse.
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Depuis, on a publié plusieurs séries d'expériences d'engraissement de bétail, d'oies etc. qui prouvent la formation de la graisse aux dépens des féculents. Je me borne à citer l'une des plus démonstratives. Dans une des expériences de Soxhlet (1881), un jeune porc absorba en 82 jours une quantité de riz contenant 11.314 kilogr. d'albumine, 0.343 kilogr.de graisse et 120.824 kilogr. de fécule ; il s'était déposé pendant ce temps 22. 180 kilogr. de graisse dans ses tissus; de ces 22.180 kilogr., 0.343 kilogr., c'est-à-dire 1 5 "/o pouvaient provenir de la graisse des aliments; 3.685 kilogr., c'est-à-dire 16.9 »/« pouvaient provenirdes 7.169 kilogr. d'albumine alimentaire disponible (le reste de l'albumine alimentaire avait servi à faire de la viande ou avait été détruit) : mais les 81.6 % tle la graisse formée ne pouvaient provenir que de la fécule de l'almentation. Voit lui-même avait d'ailleurs fini par admettre la possibilité de la formation de graisse au moyen des hydrocarbonés de l'alimentation.
Quant aux expériences de dosages à'ùif/esta et d'ecccreta, sur lesquels Voit et Pettenkoffeli se basaient pour aifinner la formation de la graisse au dépens de l'albumine alimentaire, Pfluger a montré (1893) qu'elles étaient entachées de plusieurs causes d'erreur ou d'incertitude, qui leur ùtaient toute valeur démonstrative. Un grand nombre d'autres faits avaient également été invoqués par Voit pour démontrer la possibilité de la transformation de l'albumins en graisse : la formation de la graisse du lait, la dégénérescence graisseuse, la formation du gras de cadavre, la maturation du fromage, le développement des embryons de paludine, celui des larves de mouches, etc. Pflùger a montré que ces faits étaient tous susceptibles d'une autre interprétation. Ainsi l'accumulation de la graisse dans le foie, sous l'influeni^e de l'empoisonnement par le phosphore, avait été citée co.iime exemple de métamorphose graisseuse m situ de la molécule d'albumine. Athakasiu (1890), puis Taylor, ont montré qu'il y avait ici, non pas néoformation de graisse, niais simplement émigration de la graisse des différents organes vers le foie.
La graisse du corps semble donc avoir tout au moins une doubleorigine : ello provient en partie de la graisse des aliments, et eu partie des féculents ; la formation de graisse aux dépens de l'albumine alimentaire est douteuse. Le" dépOt^'dB graisse, qui se fait ainsi dans les organes, n'est probablement attaiîuô, que lorsque la nourriture ne suffit pas à couvrir les dépenses de rôrgaTiisuie.
^ HiMhiOT (1896) admet, dans le sang^ l'existence d'un ferment saponifiant les graisses (Lipase). Gohnstein et Mighaelis attribuent également au
"^ang des pTOprîêtes lîpol y tiques.