II. — SÉCRÉTIONS CUTANÉES (D
Sueur. — Composition chimique. — La sueur humaine est un liquide aqueux extrêmement dilué. (Densité 1003 à 1005, A = — 0*^.24 d'après Ardint-Delteil, 1900), tenant en dissolution une petite proportion de matériaux solides (^2 à 1 "/(,), parmi lesquels on a signalé de petites quantités d'urée (1.55 pour mille d'après Funke, Argustinsky, 1889, etc.) (2), d'acides gras volatils (auxquels la sueur devrait son odeur), de cholestérine, etc. et de sels, surtout de chlorure de sodium (en outre de petites quantités de KCl, de phosphates et de sulfates alcalins). La réaction de la sueur est généralement acide. D'après LuGHSiNGER, la sucur tout à fait fraîche serait alcaline : d'autres au contraire considèrent la réaction alcaline comme due aune transformation putride de l'urée en carbonate d'ammoniaque.
La quantité de sueur produite chez l'homme varie dans des limites extraordinairement larges. On peut évaluer, dans les conditions ordinaires, à 500-1000 grammes par 2i heures, la quantité d'eau qui s'évapore à la surface de la peau (sueur et porspiration insensibles).
Le cheval a, comme l'homme, d^s glandes suioripares bien développées, tandis que le lapin, le chien, le chat ne transpirent pas (ou seulement par les pulpes des pattes : chat).
Les produits de la sécrétion sébacée sont généralement mélangées à la sueur. Ils peuvent contenir de la graisse, des savons, de la cholestérine, etc.
Plusieurs expérimentateurs avaient affirmé la toxicité de la sueur en injection intra-veineuse. Ardin-Delteil, Mairet (1900) Gley et Capitan etc., ont constaté au contraire que la sueur humaine recueillie aseptiquement, peut être injectée dans les veines du lapin aux doses considérables de 116 à 361 c. c. par kilogramme d'animal, sans produire d'accidents graves.
Sécrétion sudorale. — Chez rtiomme et le cheval, l'évaporation de la sueur joue un rôle considérable dans la lutte de l'organisme contre les causes d'échaufifeinent (voir Chaleur animale).
Influence du système nerveux. — Les recherches de Lughsinger (1876- 1880), confirmées par Adamkiewigz (1878), Vulpian, Nawrogki, etc., ont montré que les glandes sudoripares sont entièrement sous la dépendance du système nerveux central, ~ au point de vue de liBurtrécrétlon. Si l'on coupe le nerr~sciatique eheztm- chat, la sécrétion de la sueur cesse dans la patte correspondante ; l'excitation artificielle du bout périphérique du nerf coupé, provoque, au contraire, une abondante sécrétion. Cette
(1) Voir Drechsel et Lughsinger : Schweissabsonderinig dans Hermann, Handbiich der Physiologie V-t 8, 1880 ; Melzer, Schweissabsonderung daus Nagel, Ilandhnch der Physiologie. II, (2) 401, 1907.
(2) Dans le choléra, la sueur est tellement riche en urée que cette substance peut cristaUiser à la surface de la. peau.
sécrétion se fait avec une telle force qu'une contrepression dépassant la valeur de la pression artérielle, n'est pas capable de l'arrêter (Levy- Dohrn). L'expérience d'excitation du sciatique réussit encore sur une patte amputée depuis une deini-lieure, où par conséquent toute circulation a complètement cessé. Adamkiewigz a réussi à confirmer quelques-ans de ces résultats, en ce qui concerne l'homme ; il excitait le nerf médian au bras, à travers la peau, et provoquait ainsi une abondante sécrétion de sueur, à la paume de la main. De même l'excitation du nerf tibial est suivie de transpiration à la plante du pied ; celle du nerf facial fait couler la sueur sur le front, le nez, la joue, les lèvres.
La distribution périphérique des fibres nerveuses sudoriparesrappellecelle des vaso-moteurs. Ces fibres appartiennent au système nerveux autonome.
La moelle épinière contient une série de centres sudoripares échelonnés suivant sa longueur, et présidant chacun à la transpiration dans une région déterminée et symétrique du corps. Ces différents mécanismes nerveux seraient dominés par un centre unique, situé dans la moelle allongée. L'activité de ces centres peut être mise en jeu par voie automatique, réflexe ou associée.
^ 1" Activité automatique. — L'excitabilité des centres sudoripares est directement mise en jeu, par une élévation de leur température propre, ou de la température du sang qui les baigne. On peut couper toutes les racines
^tiioLùalnZarfat^^^ embouchure servant A la respiration. T.,uboen
postérieures, sans entraver le fonctionnement de ces centres. On sait d ailleurs que toutes les causes qui tendent à augmenter la température du corps ont pour effet de provoquer une transpiration plus ou moins abondante, que leur point d'application soit interne (travail musculaire digestion, ingestion de boissons ou daliments chauds, respiration d'air surchautle) ou externe (air ou vêtements trop chauds). L'appareil de la figure 1-33 peut servir à faire une expérience intéressante sous
ce rapport : c'est un tube en métal T, terminé par un embout E, par lequel respire le sujet eu expérience. La lampe L permet de chautïer à volonté l'air respiré. En chaufifant énergiquement au moyen de cet appareil, l'air de l'inspiration, on parvient, en assez peu de temps, à élever par la voie pulmonaire, la température interne du corps de quelques dixièmes de degré ; on provorj[ue de cette façon une dilatation v.isculaire de la peau, accompagnée d'une sudation extrêmement abondante. L'expérience réussit parfaitement chez un individu placé entièrement nu dans un local froid {-\- 15"). Ici les nerf cutanés n'ont pu être le point de départ d'un réflexe vaso-dilatateur, puisque la peau était froide au début.
C'est donc principalement en élevant la température du sang (et par suite celle des centres nerveux sudoripares), que la chaleur agit pour provoquer untj exagération de la sécrétion sudorale. La veinosité du sang agit également, comme excitant sur les centres sudoripares : un commencement d'asi)hyxie provoque (chez l'homme) une transpiration de tout le corps. La sueur de l'agonie n'a probablement pas d'autre cause.
2" Activité réflexe. — ■ Mais l'activité des centres nerveux sudoripares peut également être mise enjeu par voie réflexe, à la suite d'une action de la chaleur sur les nerfs périphériques.
Je citerai à ce sujet l'expérience suivante d'ADAMKiEwicz, faite sur l'homme. On place sur la cuisse d'un individu transpirant facilement, un vase en métal contenant de l'eau chaude marquant au moins + 40''. Au bout de peu d'instants, la plante du pied se couvre de gouttelettes de sueur, qui bientôt la mouillent complètement ; en même temps se produit une injection vasculaire de la peau du membre inférieur. Si l'on remplace l'eau chaude par de l'eau froide ou de la glace, la sécrétion cesse immédiatement. Fait curieux, ces efl'ets réflexes qui suivent l'application de la chaleur, ne sont pas limités au côté dont les nerfs sensibles ont été excités ; on les observe également au membre homologue : il s'agit donc d'une fonction symétrique et bilatérale.
Chez beaucoup de personnes, l'application de poivre sur la langue provoque par voie réflexe la sécrétion de la sueur à la peau du front et du nez.
S'^ Activité associée. — L'activité des centres sudoripares peut être mise en jeu par l'intermédiaire des centres psychiques des hémisphères cérébraux. On sait que les émotions déprimantes, la peur, l'angoise, provoquent l'apparition d'une sueur, dite froide, parce qu'elle se produit sans l'intervention de la chaleur.
L'atropine arrête la sécrétion de la sueur; la muscarine et la pilocarpine l'excitent. Il s'agit d'une action directe sur les glandes, ou sur les appareils nerveux périphériques.
L'application de poudre d'acide tartrique sur la peau de l'homme (face plantaire du pied) provoque, en moins de cinq minutes, une abondante sécrétion sudorale, strictement localisée à l'endroit d'application. A ce stade d'excitation
locale, qui peut durer vingt-quatre heures si l'on maintient l'application d'acide, fait suite un stade d'épuisement, qui se prolongera pendant des semaines ou des mois. Une ou plusieurs applications de poudre d'acide tartrique peuvent ainsi tarir, pour une longue période, toute sécrétion sudorale pédestre (d'où son emploi thérapeutique contre les sueurs profuses. S. Fredericq, 1901).
La sécrétion de la sueur est accompagnée d'un dégage:uent d'électricité : d'après de Targhanoff (1889), toute excitation d'un organe sensoriel (action de la lumière sur l'œil, du froid ou du chatouilli^ment sur la peau, excitation douloureuse), tout mouvement volontaire, toute activité psychique s'accompagnent de changements dans le degré d'activité des glandes sudoiipares, se traduisant par des changements île l'état électrique de la peau, notamment de la peau des mains.
Sécrétion sébacée. — [.es glandes sébacées sont en général des annexes des follicules pileux.
Le sébum représente un produit crémeux, semi-liquide, renfermant lesmlitières~âIî)uminoï les (caséine, albumine), des lanolines (éthers de la r.bj]>1fts^ftFmp.)^^g la^lanooérine, des graisses et des acldesgras, de la leucine, ^de^la tyrosine etc. ~" ^"^ -—.——— '
Le sébum constitue pour la peau un enduit gras, qui lui conserve un certain degré de souplesse et qui résiste à l'action destructive des bactéries. Leubusgher évalue à un peu plus de 10 gr. la quantité de sébum sécrétée journellement.
La sécrétion sébacée se fait d'après le type holocrine. Les cellules glandulaires subissent une espèce de dégénérescence graisseuse. Le sébum représente le produit de cette fonte cellulaire.
La glande uropijgienne des oiseaux est très voisine des glandes sébacées des mammifères.
Le cérumen ou produit des glandes du conduit auditif externe contient de la cbolestérine, des savons de potasse, des acides oléi(jue et palmitique, de la graisse, de la dermocérine, une substance à goût amer, etc.
Le smegma ou produit des glandes préputiales est assez riche en albumine et pauvre en cbolestérine.