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IMAGES DOUBLES

On voit par ce qui précède qu'en raiaaa des limites de l'horoptère dans toutes les positions des yeux, la plupart des objets qui se trouvent devant l'œil paraissent doubles, et que, de plus, des désordres et des variations doivent se prodnre dans les champs visuels de^ deux yeux, parce que des rayons, partant de deux points difTérents itm ^ objet, tombent sur des points identiques. Si, malgré cela, lacit» ■ science ne reçoit en général que l'impression d'images simples, de sorte qu'on ne remarque aucune perturbation dans le champ visuel, c'est que les circonstances suivantes amènent probablement une rectification : ~ i<> Les objets qui se peignent sur le milieu de la rétine (fovea centraiis ou dépression centrale et tache jaune) paraissent presque toujours simples, parce que les extrémités des axes visuels sont des points identiques, et que ces axes prolongés se coupent toujours en un point. Or, comme ce sont là les places où se produit ta vision la plus nette et la plus pénétrante et que l'attention est piw (fue exclubivemeiit dirigée sur elles, l'impression de la lumière qui ] tombe dépasse celle qui provient de tout le reste du champ visuel.— 2° Les objets situés dans l'horoptère, qui paraissent simples, peuvent

W VISIUS hlKREUSCUl'KilE. 385

impressionner la conscience avec le plus d'intenailé parce qu'ils excileiit avec une double énergie la même partie de l'organe de l'âme. — 5° il s'elîoclue toujours dans les yeux uneaccommodalioii pour les objets pour la vue liesqnola leurs axes sont disposés, c'cst-ù-dirc que l'on veut fixer, de sorte que ces objets apparaissent avec plus do clarté et de précision que ceuï qui se trouvent devant ou derrière le point d'intersection des axes et ne sont point situés, par conséquent, dans l'horoptére. Cet accord entre le mouvement des yeux et l'accommodation est produit d'abord parla volonté et, de plus, par nne sorte de mécanisme nerveux (Czerniak) ; en elîet, au moindre mouvement de rotation de l'œil, il s'opère instantanément un cbangement dans l'accoir'inodation, par exemple l'iril accommode pour la proiimilé dés qu'il se tourne en dedans. — 4* L'esprit évoque dans certaines circonstances des images de points non identiques pour remplir des lacunes. (Voy. plus bas à propos de la slèréoscopie.)

Secours mutuel des deui yeud:

L'utilité immédiate de la vision binoculaire consiste sn ce que des parties d'une rétine incapables de fonctionner, par suite de défauts pathologiques, pur exemple (voy. Grœfe], ou des parties qui ne peuvent plus recevoir d'images parce que les milieux réfringents sont constamment Iroublés, en ce que ces parties sont compemëes par les parties identiques de l'autre rétine, comme on l'a oWrvé souvent. On doit y ajouter la compensation réciproque des lacunes produites par les deux taches aveufjlcs, caries points identiques de ces taches J sont des places de la rétine capables de sensibilité ; les taches aveugles sont situées dans des quadrants symétriques de nom contraire.

Vision sléréoscopique.

La vision stèréoscopique, la perception de la troisième dimension de l'étendue se fonde sur cette circonstance que les deux images d'un objet matériel ou d'une surface, qui ne coïncide pas avec l'horoptére, no peuvent jamais se réunir complètement pour former une seule impression visuelle si ion prend à la lettre la théorie des pohits identiques. Comme les deux yeux considèrent un corps de deux points de vue dilfèrents, il en tombe sur les deux rétines deux images de perspective différente. Or il n'y a que des images égales sur la

VISION STÉRÉOSGOPIQUB.

Fig. 47.

rétine qui puissent tomber sur des points identiques ; dans une po^ tion des yeux inunuable une seule partie du corps peut paraître simple, l'autre parait double. Soient, par exemple, L et R (fig. 47) les deoi images perspectives sur la rétine d'une pyramide tronquée située devant les yeuiT vers lesquels elle tourne son sommet; ce serait seulement les images de la surface |de la base abcd\ fli 6| c^ di^ , ou seulement celles de la surface du sommet tronqué efgh, e^/*i9ifti»qui pourront tomber sur des points identiques. Dans le premier cas la petitti surface paraît double, dans le second c'est la grande. Cependant les deux inagies n'en formeront qu'une, et l'impression générale sera celle d'tili'4)orps (à trois dimensions). Une explication bien simple de ce p&énoméneflMit celle-ci (Brûcke) : les deux yeux sont dans un mouvement' ccftitiniel, leur convergence varie de côté et d*autre, de telle sorte que les images de toutes les sections transverses de la pyramide tombent stiiccessivement sur des points identiques de la rétine. Dans la figure 48, sur la série d'imprer

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Fig. 48.

sions d'ensemble qui résultent de ces mouvements on en a choisi trois. Dans la première, ce sont les images de la surface de la base, dans la troisième celles de la surface du sommet tronqué qui tombent sur des points identiques ; dans celle du milieu, une section transverse de la pyramide (ikln) située entre les deux surfaces est vue sim}Àt. Mais, comme l'impression /// ne peut avoir lieu sans que les yeux convergent plus fortement que pour l'impression /, et que la conve^ gence est un moyen d'estimation pour les distances (voy. plus bas), la conscience conclut que les surfaces efgh^ iklm et abcd sont situées les unes derrière les autres et arrive ainsi à la perception du corps solide, parce que toutes les impressions successives se réunissent en une seule.

Cette explication parait être infii^mée par l'expérience; car le temps

VISION SIÉRÉOSGOPIQUI!. 987

extrémeiDent court pendant lequel l'étincelle èleptrique prête sa lumière suflil pour fondre en une seule impression deux images sléréoscopiques simples (Dove) ; dans cet instant imperceptible, les yeux n'ont pu Taire aucun mouvement.

La théorie de la vision binoculaire doit donc être un peu modi6ée. L'identité de deux pointa de la rétine ne peut être prise d'une manière absolue et ne provient point probablement d'une union anatomique directe ; elle est quelque chose d'acquis. Les points identiques sont donc ceux que nous fondons en un seul , une fois instruits par l'expérience. Hais quand cela devient nécessaire pour que l'impression produite soit conforme à la raison, nous fondons aussi en une seule les images de deux points non exactement identiques, images que dans les circonstances ordinaires nous verrions doubles; en même temps, on peut facilement démontrer que des images, qui tombent sur des points identiques, ne «ont point réunies, sans que pour cela nous ayons l'impression déterminée d'images doubles. Quand l'âme doit réunir des images qui ne tombent pas sur des points qui se couvrent , elle doit se représenter les objets qui leur correspondent comme situés dans le lieu pour lequel les yeux devraient être disposés, afm que les images tombent sur' des points qui se couvrent. On ne peut entrer ici dons l'examen des nombreuses théories par lesquelles on a tenté de résoudre cette question diflicile. D'ailleurs, l'explication donnée par Brûcke de la réunion slèréoscopique n'est pas complètement annulée par le fait cité de l'éclairage instantané de l'étincelle électrique ; quand les objets sont très-complexes, Us mouvements de l'œil de côté et d'autre sont très-utiles et l'éclairage instantané ne suffit plus dans ce (ias.

On imite artificiellement la vision stéréoscopique en offrant à cha< que oeil un dessin d'un corps exécuté à son point de vue, dans le genre de la ilgure 47. Les yeux amènent successivement ou momentanément les diverses parties du dessin à se couvrir, et il en résulte l'impreesion de la vue du corps. C'est là-dessus que se fonde l'emploi des stéréoscopes. Sans appareil plus compliqué , les images II cl L peuvent être amenées à ne faire qu'une, si l'on dirige chacun des deux axes des yeux sur '■ f^^ ^g

l'image correspondante (flg. 49). Hais comme très-peu de personnes ont assez de puissance sur leu! s yeux

3Sg VISIO» STfiRÉOSCOPIQUB.

pour fixer deux points différents d'une surface, au lieu de laisser, comme ù l'ordinaire, les axes se couper sur la surface conddërée, on a imaginé des moyens pour leur épargner des efforts inutiles et jeter les images sur des points identiques, même quand les yeux ont leur position ordinaire (1). Les deux stéréoscopes les plus connus sont ceux de Wlieatslcne (lig. 50) et de Brewster (fig. 51), que les figures

Fig. sa.

Fig. 51.

font facilement comprendre. Dans le preim'er, les deux images sont transportées par deux miroirs convergents ; dans le second, par deui verres prismatiques (moitiés de lentille) g. g. en un lieu " sur leqjel les aies des yeui sontfiiés.

Si l'on place dans le stéréoscope deux images complètement égaler, elles paraissent naturellement comme si elles n'en formaient qu'une. Mais si elles diffèrent en un rien, qui se borne seulement à la position de certaines parties, les yeux doivent alors faire des mouvemenis pour réunir aussi ces parties, et, d'après ce qui a été expliqué plus Iiaut, elles apparaissent en dehors de la surface, soit devant, soit derrière. On peut donc se servir du stéréoscope pour distinguer l'une de l'autie deux images semblables, mais différant entre elles parde^ points imperceptibles, par exemple deux billets de banque, l'un vni l'autre imité; deux moulures (un peu dilTèrenies) d'une méiiK forme, etc. (Dove.)

Si l'on change de place, les deux images stèréoscopiques d'un corps, par exemple celles de la ligure 24, de telle sorte que celle qui est destinée !t l'œil droit soit mise devant l'oeil gauche , et imersement, le corps parait creux et vu du dedans, la petite surface elgi

VISION STÉRÉOSGOPIQUE.

parait donc derrière la grande. En f^it, les vues perspectives obtenues par les deux yeux pour un corps creux, et vu de l'intérieur, ne diffèrentde celles qui proviennent d'un corps massif et vu du dehors, qu'en ce que'l'œil droit obtient, dans le premier cas, la même vue que l'œil gauche dans le second. En considérant un objet du dehors, l'œil droit voit plus du côté droit que du côté gauche [la surface *i ^i fi 9i (^*S- ^^) ®st par conséquent plus grande que a^ d, Ci A J ; en regardant dans un corps creux, c'est l'inverse (l'œil droit obtient alors le point de vue L, où bcfg est plus petit que adeh). L'impression, produite ainsi par le déplacement de deux images dans le stéréoscope, est dite pseudoscopique. Le pseudoscope (fig. 52) est un appareil par lequel les deux yeux,, en considérant un corps, reçoivent une impression de ce genre. Chaque oedl obtient en effet, par réflexion totale de la surface de l'hypoténuse d'un prisme rectangulaire, l'impression qui lui revient en sens inverse, de sorte que cette impression revêt la même forme que celle qui revient à l'autre œil. Le corps parait ainsi creux et vu du dedans lorsqu'il tourne vers les yeux sa surface extérieure , et inversement ; on comprend que cet appareil ne peut être employé que pour des corps de forme symétrique.

Des objets trés-éloignés, par exemple des parties de paysage situées à l'horizon, paraissent ordinairement étendus sur une surface, comme sur un tableau, parce que les deux yeux sont trop près l'un de l'autre pour obtenir des vues essentiellement différentes de corps éloignés. Le télestéréoscope (Helmholtz) sert à agrandir artificiellement la distance des deux points de vue des yeux; c'est un stéréoscope de Wheatstone dont les deux images L et R sont remplacées par deux miroirs tournés vers l'horizon et parallèles aux miroirs intérieurs ; les deux yeux obtiennent ainsi des vues comme s'ils occupaient le Heu des miroirs extérieurs, et l'horizon semble, par conséquent, avoir pris corps ; on regarde ordinairement dans les deux miroirs intérieurs avec deux télescopes.

Quand on donne aux deux images stéréoscopiques d'un corps une clarté différente ou des couleurs diverses (si l'une est, par exemple, noire, l'autre blanche ou colorée) , le c>orps parait brillant. Il en est de même si l'on place devant les yeux des sur(ac^*s dont la clarté ou

Fig. S?.

500 YISION STËRÉÔSGOPIQUE.

ta couleur soient différentes. Voici l'explication la plus Yraisemblable de ce fait : une surface considérée avec un œil parait brillante si elle réfléchit très-réguliérement la lumière ; toute surface parfaitement plane, ou dont la courbe est parfaitement régulière, montre donc de Yéclat. Si cette même surface est examinée aTec les deux yeux, elle parait à tous les deux différer de clarté et d*éclat ^ parce que la lumière réfléchie tombe dans chacun d'eux sous des angles dlifférents. Si maintenant , à l'inverse, les deux yeux reçoivent deux impressions mates par elles-mêmes mais diversement claires, la conscience conclut qu'elles proviennent d'une surface qui réfléchit régulièrement (qui éclaire, par conséquent, différemment les deux yeux) et en même temps brillante. (Helmholtz.) Les deux images stérèoscopiques d'une boule lisse, qui montrent le reflet de la lumière en des places différentes, produisent pour la même raison l'impression d'une boule brillante. Il n'est pas aussi facile d'expliquer l'éclat des couleurs; l'explication la plus simple paraît être celle-ci : diverses sortes d'éclat se produisent non-seulement par la simple réflexion régulière , mais encore par la réflexion de plusieurs surfaces situées les unes derrière les autres à une très-petite distance, lors même qu'elles seraient mates de couleur. L'éclat métallique, par exemple, provîait de œ qu'un métal peu transparent réfléchit la lumière non-seulement par sa surface mais encore par ses couches plus profondes. (Briicke.) Or. comme pour deux couleurs différentes à égale distance il est nécessaire que l'accommodation de l'œil se dispose un peu diversement, il en résulte qu'une couleur paraît se trouver un peu derrière l'autre (voy. plus bas), et ainsi se produit l'éclat. Du reste, le phénomène dont il est ici question échappe à beaucoup de personnes, en ce sens que les deux couleurs ne se réunissent pas en une image, mais apparaissent alternativement, ou bien se montrent l'une à côté de l'autre dans le champ visuel.

Estimation de la grandeur et de Véloignemeni,

Un troisième et remarquable avantage delà vision binoculaire c'est le concours que se prêtent les deux yeux pour l'estimation de la grandeur et de l'éloignement des objets perçus. Le point de départ de la première estimation est la grandeur de l'image sur la rétine. Plus grande est celle-ci, plus grand apparaît l'objet, toutes circonstances restant égales. Mais comme la grandeur de l'image sur la rétine, ou, ce qui revient au même, la grandeur de l'angle visud

VISION STËRËOSGOPIQUE. 391

dépendent non-seulement de la grandeur, mais encore de Téloignement de l'objet (car Tangle visuel est en raison inverse de cçtéloîgnement), chaque estimation de grandeur est unie à une estimation de réloij^iettent. L*œil par lui-même a déjà un moyen d'arriver à cette demitee dans -ees efforts d'adaptation dont la grandeur et la directioa sont transmises à la conscience par le sentiment du travail des muscles qui y contribuent. Dans la vision binoculaire, nous Siommes aussi instruits sur le degré de convergence des axes des yeux par la sensation de Teffort des muscles rotateurs. A grandeur égale en apparence, un objet parait donc d'autant plus proche : 1<> que son image sur la rétine est plus grande ; 2*^ que l'accommodation positive est plus forte ; 5^ que la convergence des axes des yeux est plus prononcée. Nous sommes encore renseignés sur l'éloignement par la force de la lumière, qui généralement diminue à mesure qu'il augmente, et par les changements de position de l'objet par rapport à d'autres vus en même temps que lui, à la suite de mouvements soit de l'objet lui-même, soit des autres, soit de l'organe delà vue (quand la tête se meut ou le corps tout entier).

Voici les preuves directes que ce sont là les trois moyens principaux d'estimer la grandeur et l'éloignement des objets :

i. L'influence de l'image de la rétine a à peine besoin d'être prouvée ; citons cependant un fait qui la fait ressortir : un objet vu quand l'adaptation de l'œil est défectueuse (dans des cercles de diffusion) parait plus grand que lorsque sa perception est nette.

2. L'influence de la sensation produite par l'accommodation éclate surtout en ce sens qu'une image secondaire obtenue d'une façon quelconque change en apparence de grandeur quand l'accommodation varie.

3. L'influence de la convergence des axes est prouvée d'une manière frappante par ce qu'on pourrait nommer le phénomène des tapis, ^'IK, pendant qu'on examine un réseau régulier quelconque (un tapis, on entrelacement de pailles sur une chaise, etc.), on fixe en même iemffi un point situé devant ou derrière, le réseau parait bientôt s*aiiincer dans le plan du point de convergence des axes visuels, semble, parconséquent, plus proche ou plus éloigné et, dans la même mesure, pins petit ou plus grand, d'après ce qui a été dit plus haut. Dansées circonstances, un réseau irrégulier paraîtrait évidemment double ; le réseau régulier lui-même est vu double ; mais comme, dans les deux images situées l'une sur l'autre, des mailles égales se couvrent exactement ou à peu de chose prés, il en résulte l'illusion

:0> OUGA5FS rn<rrECTECRS DE L'ŒIL

que les deux images tombent par leurs parties correspondantes sur des points identiques, et que, par conséquent , l'objet se trooTe i U distance du point d'intersection des axes visuels. (H. Neyer.) De même que les images des milieux des deux rétines soit |iansféré«s au point où les axes visuels se coupent , de même les «itres images sont transférées dans la surface où se coupent les méridieis identiques, c'est-à-dire dans la surface normale.

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