MECANIQUE DU CANAL DIGESTIF
Dans Tintestiu grêle, le mouvement péristallique. est très-prononcé; il fait avancer le contenu presque liquide avec les gaz qui y sont renfermés jusqu'à leur entrée dans le cœcum. Le mouvement dans le sens opposé est empêché par les plis de la membrane muqueuse qui forment comme des valvules. De même, le retour des matières du cscum dans l'intestin grêle trouve un obstacle dans la valvule de Bauhin, formé par un pli de la paroi intestinale.
Dans le gros intestin, le mouvement périslaltique s'effectue trèslentement, de sorte que le contenu peut séjourner quelque temps dans les plis et saillies du côlon (haustra coli) ; quand il s*est transformé là en matières fécales (par la perte des éléments liquides), il arrive dans l'S du côlon (S. romanum) et ensuite dans le rectum.
L'évacuation des matières fécales en dehors du rectum s'opère à certahis intervalles (en général toutes les vingt-quatre heures). Elle est activée non-seulement par le mouvement péristaltique, mais encore par la compression du ventre. Les sphincters du rectum sont ordinairement fermés. Leur contraction et leur élasticité «oAt vaincues par la pression des excréments toujours poussés vers en bas ; le muscle releveur de Tanus empêche la pression en dehors du rectum et rend libre la colonne de matières fécales qui s'y trouve en raccoui^ cissant le tube dans la longueur de son axe.
Pour que les mouvements expulseurs du contenu du canal digestif puissent s'effectuer, il faut que ce contenu détermine une irritation; ces mouvements paraissent donc produits par voie réflexe. La dèglu» tition, par exemple, ne s'opère (et alors elle se continue) que lorsqu'un corps étranger est porté derrière le voile du palais, c'est-à-dire à chaque contact avec la surface postérieure du voile du palais. C'est pourquoi la déglutition volontaire, à vide, n*a lieu que si un peu de salive est porté dans les endroits désignés; encore, n'est-elle possible plusieurs fois de suite, qu'autant que la salive arrive encore dans la bouche.
Les nmscles striés, qui contribuent aux mouvements dans la partie supérieure du canal digestif, ont leur centre nerveux dans la moelle allongée (dans les corps olivaires chez l'homme) (Schrœder v. der Kolk). Les nerfs qui de là agissent sur la déglutition, sont le facial pour le» lèvres, les nerfs massétêrins pour la fermeture des mâchoires, l'hypoglosse pour la langue, et le plexus pharyngien (formé par le glosso-pharyngien, le nerf vague, l'accessoire de Willis et le sympathique) pour rarrière-bouche. Le muscle extenseur du voile du palais et le mylohyoîdien sont sous l'influem^e du trijumeau. Les
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fibres sciisitives qui agissent par voie réflexe sur la déglutition se trouvent dans les ramifications de ce nerf qui parcourent le voile du palais. (Sclirœder v. der Kolk.) Les mouvements péristaltiques des autres [)arlies ont au contraire leur organe central dans les ganglions, les uns réellement connus, les autres supposés (Remak, Meissner, Manz, Billrotli, Krause) ; les mouvements péristaltiques seraient facilement explicables, si Ton admettait que les ganglions sont disposés de telle sorte que ceux qui se trouvent dans une coupe transversale dirigent les fibres musculaires de ceux qui les suivent. La présence des ganglions explique en même temps les mouvements de parties dont on a opéré la section ; une irritation directe amène une contraction locale qui devient péristaltique. Cependant, toutes les parties qui concourent à cet acte, sont pourvues de nerfs situés en dehors, surtout du nerf vague (plexus œsophagien, rameaux gastriques) et du sympathique (plexus cœliaque, nerfs splanchniques, hypogastriques, mésentériques) ; une partie d'entre eux contribue, sans aucun doute, aux mouvements. Il est prouvé que rirritatioiida nerf vague produit des contractions de Tœsophage et de resUÉuc (deTintestin grêle aussi, d'après quelques-uns); que la sediôn dé ce nerf est un obstacle à la sortie des aliments de l'estomac» et que' Tirritation du splanchnique arrête les mouvements péristaltiques de Tintestin grêle (Pflûger) ; ce dernier nerf pourrait ainsi être mis au nombre des nerfs d'arrêt. (Voy. chap. xi.) Les nerfs des muscles expirateurs, du releveur de l'anus, et d'autres muscles intestinaux contribuent aussi à l'évacuation des matières fécales.
Le splanchnique est aussi le nerf vasomoteur de l'intestin ; son irritation produit une diminution dans l'afflux du sang qui pourrait expliquer l'arrêt des mouvements péristaltiques? L'arrèl du sang dans les vaisseaux intestinaux, produit par exemple par une compression de l'aorte, a pour conséquence un mouvement de rintestin plus prononcé, lequel cesse si l'on injecte dans les vaisseaux un liquide quelconque. (0. Nasse.) Après la mort, une irritation dû i^Unchnique augmente le mouvement intestinal.
L* existence de mouvements antipéristalliques dans le canal intestinal, bien que souvent affirmée, n'est pas encore prouvée. Le vomissèment , c'est-à-dire l'évacuation du contenu de l'estomac par en haut, ne provient pas de ce que cet organe se contracte par lui-même, mais de sa compression par la contraction du diaphragme et des muscles de rinteslîtt. (Mageiidie.) Ce qui le prouve, c'est que le vomissement est encore possible lors même que l'estomac est remplacé par une
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vessie, et qu'il ne peut plus s'effectuer quaud les animaux sont empoisonnés par une dose de curare qui paralyse les muscles soumis â la volonté, tout en laissant cependant intacts les nerfs de l'estomac (1).
(l'i Kods aToni, iTec H. le docteur Legros, fait une série de reclierches sur Im contractioDi de l'iittegliii. Nous ttons surtout employé dins ces expériences la luétliode graphique ; pour cela, doui dous servions d'un appareil enr^istreur ordinaire, sur lequel Tenait écrire un levier mis en mouvement par une ampoule de caoutchouc introduite dans l'intestin, et qui en traduisait les contractions. Nous aïons pu enregistrer ainsi les mouvements propres k l'estomac, ï l'intestin gn'le et etaugroa intestin.
Les moufementt de reatomic sont trts-variables et ils n'ofD^nt pu un type unique, quoi qu'ili «oient péristaltiques comme dans le reste du canal intesiinal. Lei mouTemenls des parois ne comprennent pas habituellement toute la circonlérenee de l'etlooae ; ce D'est pas un resserrement annulaire et proftressif comme dans rîDteatin, mais une contraction isolée des paroiff de sorte que l'ampoule de caoïi- Icbouc que l'on introduit peut subir des pressions inégales provenant de difTércnt» points de l'esloniac, île là un peu de confusion dans les tracrs i]uc l'on obtient. Ile
lv/sii'i>n'Mli''i»iM»tiMimtMMk>m(tmtiWMMt'
plus, on voit survenir des modidcations énormes suivant la place occupée par l'anipoole dans ce viscère; si elle se trouve dans le grand cul-de-sac on voit général coent de belles contractions qui s'effectuent lentement et qui ressemblent un peu t celles du gros intestin ; la ligure précédente en donne une asseï lionne idée [tg. 10). La ligne A indique la respiration et la ligne B le mouvement stomacat d'un chien; dans celle seconde ligne l'induencc de la respiiilion ist Irts-bien m.ni-qni'e.
Lorsqu'on se rapproclie du pylore \i^ cnnti-acti(in> ciiaii(:ejit ilu type il se rapprochent de celles de l'intestin lOg. Il]; on vi>il aloi-s une contnclion brusque suivie d'une détente qui se fait plus lentement ; il est presque inutile d'ajouter que l'amplitude de l'oMiUation est bien plus considérable, et les graphiques de la
figure 11 n'en donnent qu'une faible idée, elle est telle quelquefois que la limite d'ascension de l'aiguille indicatrice est dépassée.
On voit parfaitement ces diverses particularités en introduisant par une fistule gastrique sur un chien l'ampoule munie d'un tube en caoutchouc: tout d'abord on voit apparaître les lentes oscillations du grand cul-dc-sac, puis au bout d'un temps variable des contractions brusques et saccadées annoncent que l'ampoule s'approche du pylore, bientôt survient un nouveau déplacement et les grandes ondulations reparaissent; après plusieurs alternatives semblables, entremêlées de repos, on voit tout d'un coup l'aiguille indicatrice de l'appareil se soulever brusquement, puis retomber, et on enregistre alors les conti*actions de l'intestin, l'ampoule « firanchi le pylore et chemine dans le duodénum.
Les figures ci-jointes (tig. 12 et 13) représentent le graphique des contractions
Fig. 15.
Fig. IS.
(le riutcstin gtù\e. Les contractions varient beaucoup, même dans leur fimae^ surtout dans leur durée. Elles peuvent se succéder rapidement ou être sépirées par un temps assez long.
Généralement elles se succèdent plus rapidement vers la partie supérieure de l'intestin grùlc ({uc vers sa terminaison; nous avons trouvé quelquefois 18 contractions par minute dans le duodénum du chien et jamais plus de 11 à 12 près du csïcum ; cette particularité peut contribuer à expliquer pourquoi les portions supérieures du canal digestif sont le plus souvent vides, le mouvement péristaltique y est plus actif, et, en outre, les matières sont plus liquides.
L'état de repos qui sépare les contnictions peut être nul, c'est-à-dire qu'après une ascension et une descente il y a de nouveau ascension immédiate. Fréquemment on trouve l'intestin immobile, c'est surtout lorsqu'il ne contient presque rion ; de même lorsqu'on ouvi^e largement les parois abdominales, il arrive d'ordinaire de constater l'immobilité des intestins qui sont, pour ainsi dire, saisis ptr l'impression de l'air extérieur.
Dans les péritonites il se produit un phénomène analogue, d*où le ballonnement du ventre et la constipation ; nous avons vu sur des chiens atteints de péritonite et munis de fistules intestinales les contractions manquer complètement ; la respiration seule produisait des changements de pression.
Aloi*s même que Ton a l'avantage d'observer l'intestin en pleine activité on no tarde pas, si l'on prolonge l'examen, à voir les contractions diminuer d'intensitt' et de fréquence et disparaître pendant deux ou trois minutes pour reparaître faibles et rares d'abord, puis fortes et fréquentes. Il est même h remarquer quo plus le niouvoincnt pôristnltiquc est intense et plus les repos sont fréquents; cela n*a rien d'étonnanl, les muscles lisses se fatiguent autant, et peut-être plus, que les fibres striées, quoique cette fatigue soit le plus souvent inconscient'».
Le mouvement péristn]ti({uedu gros intestin offre l>eaucoup d'analogie avec celui de l'intestin grêle; comme dans ce dernier, on voit des contractions successives, et chaque contraction est suivie d'un retour à l'état normal. Cependant il y a quel-
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ques différences notables dans le gros intestin : la contraction est plus longue et plus puissante, il y en a trois ou quatre au plus par minute, de plus, elle se fait lentement et cesse lentement, de sorte que les tracés sont caractéristiques: ils sont formés par de grandes lignes courbes qui se succèdent, ou la ligne de descente est parfaitement semblable à la ligne d'ascension.
Fig. 11.
Le plus flOttfent on obtient en môme temps la respiration, et les grandes lignes courbes sont alors plus ou moins ondulées, mais elles demeui*ent bien distinctes (fig.U).
Ce qui caractérise surtout la contraction du gros intestin c'est sa lenteur et sa puissance; elle peut Bi«W|uer pendant un temfs assez long; il y a comnip dans l'intestin grêle, et même plus fréquemment que dans celui-ci, des repos pix)longés.
Ce moareiiient péristaltique du gros intestin seit évidemment à la marche des matièras, nuos il ne sert nullement à leur excrétion ; en effet dans la défécation le mécanisme est tout différent. Il surrient, dans ce cas, une contraction brusque qui
Fig. 15.
persiste sans se modifier, puis une nouvelle contraction semblable s'sgoute à In première et ainsi de suite jusqu'à l'expulsion. On obtient ainsi un graphique qui représente une série de contractions sans qu'il y ait relâchement pendant l'intervalle qui sépare deux contractions (fig. 15).
Nous ne pouvons nous étendre ici sur tous les faits qui dépendent de la circulation et de l'excitation des nerfs des intestins ; nous ne mentionnerons que l'ex • périence suivante que nous avons faite et qui nous parait assez importante : en électrisant le pneumogastrique avec des courants interrompus, on arrt^tc les mouvements de Fintestin, et on les arrête non en contniction, mais dans un*état de relAcbement. Sur le graphique on obtient, dans ce cas, un abaissement très-notable, et il est important de rapprocher ce fait de Tarrét du cœur en diastole, et de rarn't des mouvements respiratoires en inspiration, lorsqu'on clcctrise le pneumogastrique avec des courants interrompus. (Voy. Uechercties rxpénmentales sur les mouvewteniê de lintestm, — Jottmal d'anat. et de phijsiol., n* de janvier et mai-s 1869.)