LES GRAISSES ALIMENTAIRES
ii ut graisse normale du chien contient 70 p. 100 d'oléine et
30 p. 100 de palmitine et de stéarine. Si on fait ingérer à un <^hien, amaigri par le jcrtne, une grande quantité d'huile de pûlme (riche en tripalniitine), la graisse contient 40 p. 100 <i'oléinc, 10 p. 100 de stéarine et 50 p. 100 de palmitine. Si on fait ingérer à un chien, amaigri par le jeûne, une grande quantité (2260 gr. en 17 jours) d'huile de navette (riche en oiéine), la graisse contient 87 p. 100 d'oléine et 13 p. 100 de palmitine et de stéarine.
Si à un chien, amaigri par le jeûne, on fait ingérer une grande quantité (28r)0 gr. en 14 jours) d'acides gras provenant de la graisse, de mouton (contenant 80 p. 100 d'acides palmitique et stéarique et fondant à 50*"), avec de la viande maigre, on obtient une graisse contenant 67 p. 100 d'acides palmitique et stéarique et fondant à 42*" (la graisse normale du chien ne contient que 30 p. 100 d'acides palmitique et stéarique et fond à 20°).
On peut, en le soumettant à un Jeûne absolu de 35 à 40 jours, faire perdre à un chien la presque totalité des graisses qu'il contient (à 8 p. 1000 près), à condition que ce chien soit relativement maigre au début de l'expérience (on opère sur un animal jeune, nourri de viande maigre pendant les 2 mois qui précèdent le jeûne). On peut connaître le moment où les réserves grasses sont épuisées, en observant Télimination azotée de l'animal : à ce moment, cette élimination présente une brusque augmentation. On donne à l'animal ainsi dégraissé une alimentation contenant une petite quantité de viande maigre et une grande quantité de graissiî ; on sacrifie ranimai au bout de quelques jours; on recueille et on pèse la graisse qu'il contient. Si cette quantité de graisse est trop grande, pour pouvoir provenir des protéiques de l'alimentation, on peut admettre qu'elle provient des graisses alimentaires.
A un chien, amaigri par un jeûne de 35 jours, ayant perdu 40 p. 100 de son poids, on donne en 6 jours, sous forme de viande maigre et de lard, 236*',5 de protéiques et 2388«%8 de graisses. L'animal étant sacrifié, contient 1353 gr. de
366 L'ORIOINE DES GRAISSES DE L'OROANISMB
graisses; en admettant qull en contenait à la fin du jeûne 8 p. 1000 de son poids (16 k.),soit 428 gr., il en a fixé 4225 gr. Ces 1225 gr. ne sauraient provenir de aSC'jS de protéiqne*; donc une partie importante, sinon la totalité, provit*nt des graisses.
On peut faire à cette conclusion une objection : rien ne prouve de façon absolue que les protéiqucs encore présentes dans l'organisme à la fin du jeune, ne sont pas la matière [)remière de cette graisse. 11 sera établi plus loin que les protéiqucs, en se transformant en graisses, ne sauraient fournir plus de 60 p. 100 de leur poids de graisses; les 1225 gr. cor respundent donc à 2044 gr. de protéiqucs. L'organisme eoB' tient plus de 00 p. 100 d'eau et moins de 40 p. 100 de résidi sec; le chien de 16 kg., supposé de constitution conforme à la moyenne, contient donc plus de 9600 gr. d'eau et maiiu (le 6100 gr. de résidu sec. Dans ce résidu sec sont comprise! les matières minérales; celles-ci représentent, chez llndindi normal, environ 5 p. 100 du poids du corps, et assurément I)lus, chez un animal amaigri; c'est donc, pour un chieo de 16 kg., 800 gr. au minimum. La quantité de protciques est donc inférieure à 5600 gr. Est-il raisonnable d'admettre que de ces 5600 gr., plus de 2000 gr. seront transformés en gnûssa en 6 jours? — Si on suppose que ces 2041 gr. de protéiqnes se sont décomposés pour donner de la graisse, l'azote corre» pondant est éliminé par les urines; or l'azote représente environ 16 p. 100 des protéiqucs; à 2041 gr. correspondent •{26'^%56 d'azote; il y aurait donc une élimination journalière de 54'^%41, nombre absolument inadmissible; la quantité d'azote éliminée par l'animal, pendant le jeûne, étant plus de 10 fois plus petite. — Enfin si la graisse ingérée ne se fixait pas, pour une part, sous forme de graisse, elle serait fixée, pour une part peut-être, sous forme d'hyd^oca^ bones, en admettant cette transformation possible, et, pour le reste, serait brûlée. La quantité d'hydrocarbones que peot contenir l'organisme est inférieure à i p. 100 de son poids. L'animal pesant 16 kg. à la fin du jeûne, et ayant recs environ 3''s,500 d'aliments, pèse moins de 20 kg. et contient moins de 200 gr. d'hydrocarbones. Il aurait donc brûlé au moins 1150 gr. de graisses en 6 jours, soit 192 gr. par jour, et aurait dès lors éliminé, {tar jour, une quantité d'acide ca^ boniquc égale à 600 ou 700 gr., nombre supérieur & celui que donnent les déterminations faites sur un animal abondamment nourri de viande et de graisses. Rien ne permet de
LES HTDROCÂRBONBS ALIMENTAIRES 367
douter que, dans l'expérience que nous discutons, les graisses
déposées proviennent, pour une part au moins, des gt'aisses
ingérées.
Les graisses de Vorganishfie peuvent-elles provenir des
hydrocarhones de V alimentation?
Deux méthodes ont été employées pour résoudre cette
question.
4^^ groupe d'expériences. — On prend plusieurs animaux de même espèce, aussi semblables que possible; on en sacrifie un, pour doser la quantité de graisses qu'il renferme, et on admet que les autres animaux ont la même constitution. On leur fait ingérer, pendant quelques jours, une alimentation de composition connue, pauvre en graisses et en protéiques, riche en hydrocarbones ; on recueille les urines et les fèces, pour y doser les graisses et l'azote. On connaît donc la quantité des graisses absorbées, par différence entre les graisses ingérées et les graisses excrétées, d'une part; et, d'autre part, la quantité des protéiques décomposées, par l'azote excrémentitiel. On sacrifie l'animal et on dose les graisses qu'il contient. Si la différence entre cette quantité de graisse et la quantité contenue au début de l'expérience, c'est-à-dire si la graisse de formation nouvelle est en quantité trop grande, pour provenir des graisses absorbées et des protéiques détruites, une partie provient nécessairement des hydrocarbones.
Deux oies sont soumises à un jeûne de 5 jours ; Tune a pèse
alors 2838 gr., Tautre b 3007 gr. On sacrifie Foie a; elle
contient 92'%41 de graisses; si on admet que les quantités
de graisses sont proportionnelles aux poids, Toie à contient
îfâ,41 X sgKg soit 97*',72 de graisses. On lui fait ingérer en
6 Jours une nourriture (1290 gr. orge et 2820 gr. riz) contenant 28''%8 de graisses. Les fèces et le contenu intestinal renferment lo«',92 de graisses; Toic a donc absorbé 28,80 — 15,92, soit 8"68 de graisses. L'oie a éliminé par les urines et par les fèces 15*'%98 d'azote, correspondant à 99«',40 de protéiques. L'oie sacrifiée contient 542*%7C de graisses. Les graidi»e8 absorbées et les protéiques détruites ont pu fournir
368 l'origine DBS GRAISSES DE L'ORGANISME
des graisses déposées dans les tissus ; les graisses ont pu en fournir 8«',68 et les 99'f%40 de protéiques, 99,40 x 0,60, soil .^O'-^Oi au ma\inium (il résulte en eÎTet de la comparaison des quanlitcs de carbone contenues dans un même poids de graisses et de protéiques, que 100 gr. de ces dernières ne peuvent fournir plus de 60 gr. de graisses). 11 a donc pu se produire au maximum 8«',68 + 59«%64, soit 68*%32 dégraisses, aux dépens de substances autres que les hydrocarbones. - La différence 54 2«',76 — 68«^%32, soit 474»',44, correspond pour 99t^%40 aux graisses existant au début, et pour le reste STS^^^OS à des graisses formées aux dépens d'hydrocarbones. On pourrait objecter que la constitution des deux oies â l'origine est différente ; que leur teneur en graisses n'est pu la même, contrairement à ce qu'on a supposé; et, en effet, on a constaté que des oies de même poids, d*apparence semblable, contiennent souvent des quantités de graisses différant de 30 p. 100. En admettant qu'il en soit ainsi, dans le cas présent, l'oie 6, à la tin du jeune, pourrait donc contenir 97«',72x 0,3, soit 29«',32 de plus qu'on n'a supposé. Ces 29*'^ ne rendent pas compte des 375*',03 que l'on trouve !
2° groupe d* expériences. — Un animal reçoit une alimentation pauvre en protéiques et en graisses, riche en hydrocarbones. On détermine les quantités d'azote et de carbone des ingesta et des excréta (pour les ingesta, par l'analyse dos aliments; pour les egesta, par la déte^ mination de l'azote des excréta, du carbone des excréta et de la respiration). Par différence, on connaît les quantités d'azote et de carbone fixées dans rorganisme. L'azote est fixé sous forme protéique ; on calcule la quantité de carbone correspondante. Il reste un excès de carbone, ([ui n'a pu être retenu que sous forme de graisses ou d'hydrocarbones, c'est-à-dire sous forme de combinaison ternaire ; nous l'appellerons, pour simplifier, le carbone ternaire. Ce carbone ternaire peut provenir des graisses alimentaires, des hydrocarbones alimentaires, des protéiques alimentaires ou organiques décomposées. On peut connaître la quantité des graisses alimentaires absorbées : c'est la différence des graisses ingérées et des graisses des fèces. On peut connaître la quantité des protéiques décomposées, en déterminant
LBS HYDROCARBONES ALIMENTAIRES 369
Tazote des excréta (urines et fèces). On peut calculer sans peine la quantité de carbone correspondant à ces graisses absorbées et à ces protéiques décomposées. Si cette quantité de carbone est inférieure à la quantité de carbone ternaire retenu par l'organisme, c'est qu'une partie de ce carbone ternaire provient nécessairement des hydrocarbones de l'alimentation. Enfin, si cette quantité de carbone ternaire, issu des hydrocarbones, est plus grande que la quantité de carbone qui peut se fixer dans l'organisme animal sous forme d'hydrocarbones, c'est qu'une fraction s'est nécessairement déposée sous forme de graisses.
Un porc de 140 kg. reçoit, en 7 jours, 14 kg. de riz contenant 5273*%59de carbone et 115*%78 d'azote. Dans les excréta, on retrouve nSSB^^^OS de carbone et 73»', 22 d*azole. L'animal a donc retenu 1940'^',54 de carbone el 42'''",56 d'azote. Ces 42*'",56 d'azote correspondent à 264*f',72 de protéiques, contenant 140«%90 de carbone. Donc 1940,54 — 140,90, soit 1709'''%64 de carbone sont retenus sous forme ternaire. Les 14 kg. de nz contenaient So'^^SS de graisses; les fèces en contenaient 18«',62 ; il en a été absorbé 55,58 — 18,62, soit 36«%96, contenant environ 28*%42 de carbone. On a trouvé dans les excréta 13»',22 d'azote, correspondant à 455*''',43 de protéiques, contenant 243«%79 de carbone. Donc 28'''%42 + 243«%79, soit 272*^^^,21 du carbone ternaire fixé peuvent provenir des graisses alimentaires et des protéiques décomposées. La différence 1799,64 — 272,21, soit 1527«%43 provient nécessairement des hydrocarbones. Ces 1527'^'",43 ne sauraient avoir été retenus exclusivement sous forme de glycogône; ils représentent en effet 1527,43 x 2,25, soit 3436'^%71; or un animal gorgé de glycogène au maximum n'en contient pas 1 p. 100 de son poids; un porc de 140 kg. n'en contient pas 1400 gr., correspondant à 622*%32 de carbone. Donc, en supposant le porc débarrassé de glycogène au début do. l'expérience, ce qui est sûrement inexact; en le supposant gorf^'é de glycogène au maximum à la fin de l'expérience, il y a encore il\-2V,V.i — 622*',22, soit 705'-'%21 de carbone fixés sous forme dégraisses.
A l'appui de cette démonstration (b; la transformation d'hydrocarbones en graiss<;s, on peut signaler le fait
370 L*ORiaiNE DES GRAISSES DR L'OROÂNISMB
suivant. Si on fait ingérer à un animal à jeun, ou si on injecte dans les veines d'un animal à jeun, une grande quantité de sucre, on observe parfois une augmentation du quotient respiratoire, telle, qu'il peut dépasser Tunilé. Il y a donc, dans ce cas, production d'un volume d'acide carbonique plus grand que le volume d'oxygène consommé : une partie de cet acide carbonique s'est produite en dehors des phénomènes de combustion. On a admis ([u'il résulte de la transformation de sucre en f,'raisse, et on a proposé la formule suivante, d'ailleurs hypothétique, de la réaction.
13 C-H"0« = C"II"»0« 4- 23 C0« -h 96 H*0
Exemples. — Un chien de 17 kg., à jeun depuis 48 heures, reçoit 600 gr. de sucre, dissous dans 1 litre de lait. Le quotient respiratoire est 0,791 avant le repas; il est 1,050, 1 heure après; il est 1,010, 2 heures après ; il est 0,964, 3 heures après. — Un chien de 15 kg., à jeun depuis 48 heures, reçoit en injection intra- veineuse 50 gr. de glycose; le quotient respiratoire est 0,681, avant Tinjection; il est 0,972, 3/4 d'heure après; il est 1,050, 1 h. 3/4 après.
Ces faits, insuffisants par eux-mêmes pour établir la trani* formation d'hydrocarbones en graisses (car l*acide carbo» nique en excès pourrait avoir une autre origine, actuellement inconnue), sont intéressants à signaler, quand la démonstrttion a été faite par d'autres méthodes.
Les graisses de V organisme peuvent-elles provenir diS substances protéiques?
On a démon l ré cette transformation pour la larve de U muscida vomitœHa, On dose la quantité de graisse, conleooe dans un poids déterminé des œufs, qu'on peut recueillir puis sur la viande, où ils ont été déposés par la mouche. On ensemence ces œufs sur du sang défibriné, dont on connaît II teneur en graisses; on laisse les larves se développer, et on dose la graisse qu'elles contiennent. Les nombres du tableau suivant montrent que cette graisse des larves est plus abondante que la graisse primitivement contenue dans les œnfs et dans le sang.