LES FIÈVRES ET LBUR MÉCANISME
Nous avons signalé 2 cas, dans lesquels l'appareil thermorégulateur est débordé, et dans lesquels la température 8*éiëye au-dessus de la normale : 1« dans le cas de travail musculaire considérable; 2° dans le cas d'une température élevée du milieu ambiant. En est-il de même dans la fièvre?
En général, la quantité de chaleur produite dans la fièvre dépasse de 20 à 50 p. 100 la quantité normale, les expériences de calorimétrie le démontrent; mais ce ne sont pas là des excès de chaleur que l'organisme normal ne puisse largement compenser. D'ailleurs, il y a des cas de fièvre, rares sans doute, mais bien constatés, sans augmentation de la production de chaleur.
En général, au début de la fièvre, la radiation calorifique diminue, par suite de la constriction des vaisseaux de la peau, les expériences de calorimétrie le démontrent; mais ce n*est pas là une modification que l'organisme normal ne puisse compenser. D'ailleurs, il y a des cas de fièvre, sans diminution de la radiation calorifique, même au début.
Uappareil thermo-régulateur, supposé normal, n'est donc pas débordé dans la fièvre, par une augmentation de la chaleur produite ou par une diminution de la chaleur rayon née.
Nous admettons que dans la fièvre l'appareil ihermo-régulaiettr est réglé pour une température anormale et pour une courbe anormale de la température. Dans cette hypothèse, les phénomènes signalés, surproduction de chaleur, diminution de radiation, ne sont pas la cause, mais la conséquence du changement de réglage; ils sont provoqués par l'appareil thermo-régulateur lui-même, pour amener la température à la nouvelle valeur, pour laquelle il est réglé.
Si l'appareil se trouve brusquement réglé pour 40**, chez un homme dont la température est 37'', cet homme se trouve dans les mêmes conditions que Thomme dont l'appareil est réglé pour 37*' et dont la température est 34**. Le sujet réagit : 1*' en augmentant la production de chaleur (augmentation de la tonicité musculaire, production de frissons, augmentation des combustions); 2** en diminuant la radiation de chaleur (vaso-constriction cutanée, suppression de la sueur et dessèchement de la peau), tous phénomènes qu'on observe, ou dont on observe quelques-uns, dans la fièvre. Selon les circonstances, d'ailleurs; selon que la cause de la fièvre aura modifié plus ou moins profondément le fonctionnement des instruments du centre thermo-
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régulateur, celui-ci aura recours à tels ou tels de ces instruinents.
Quand la température pour laquelle est réglé Vappareil thermo-régulateur fébrile est atteinte, il maintient cette teapérature aussi exactement qu'il maintenait auparavint la température normale. On en peut fournir des preuves : que Pair soit chaud pu froid, le fébricitant maintient sa tempi^ rature à 40*"; plongé dans un bain froid, le fébricitant lotte contre le refroidissement, en fabriquait plus de chaleur, etc.
Les choses demeurent ainsi jusqu*à ce que la cause delà fièvre disparaissant, Tappareil thermo-régulateur sdt de nouveau réglé pour 37*. Le corps étant alors au-deSMS de cette température, on voit apparaître comme moyens eu» tifs de rhyperthermie, la vaso-dilatation, la sudation, la réiolution musculaire.
L^homme fébricitant est co^nparable.aux mammifères dont la température normale est40'';il règle sa production et a dépense calorifique, de façon à maintenir cette température ^constante.
Ainsi comprise, la fièvre relève du thermomètre et non di calorimètre, comm^ certains Tont prétendu. PrimitiTemenl, la fièvre n'est pas une question de production ou de ndiir tion de chaleur, c'est une question de température.
Nous distinguerons de façon absolue la fiètfrê et les hypsh thermies fonctionnelles : la fièvre, dans laquelle rorgapismet pour maintenir sa température constante, à un degré sopA* rieur à la normale, augmente sa production, diminne tt radiation et lutte activement contre toute cause tendant i ramener sa température à la normale; t- les hyperihavwm fonctionnelles (hyperthermie du travail musculaire, pir exemple), dans lesquelles l'organisme diminue sa prodactkn, augmente sa radiation et lutte activement ppur ramener tt température à la normale.
A côté de cette hyperthermie fébrile, y a-t-il un^ hypothermie de même nature, une hypothermie fébrile, 6*0^ à-dire résultant du déréglage de Tappareil thermo-régulaleor? On n'en a pas signalé d'exemples incontestables. Si m considère l'ensemble des homéothermes , les appareib thermo-régulateurs ne sont pas réglés au même niveau, et| dans cette série, l'homme représente un cas d'hypothenûe>
LÈS POÏKILOTHERMES 481^
b. Les Poïkilothermes.
Aux homcothermes, on oppose les poïkilolhei'meSf improprement appelés animaux à sang froid, puisque leur température peut égaler celle des animaux à sang chaud, quand les conditions de température du milieu ambiant sont convenables.
Ces animaux (poissons, batraciens et reptiles) sont caractérisés par les oscillations de leur température, parallèles aux oscillations de température du milieu ambiant. Voici un exemple, pris sur la tortue :
Tcmpërature Température Exrès de tomp(^raturc
ambiante. interne. sur le milieu.
Nous notons, dans tous les cas, un excès de la tempe. rature interne sur la température du milieu ambiant. Cet cfxcèsde température varie, suivant l'espèce animale considérée, suivant la nature et la température du milieu ambiant. C'est ainsi que les poissons ont de 0%2 h 0"3 au-dessus du milieu ambiant; les tortues, de 0'»,3 à 0",9; la vipère, r>o,5; le lézard, de 7 à 8°; lo boa, au moins pendant Tincubation, 21», 5 (température du corps, 4|o,5, clans une atmosphère {120°). — Chez quelques balraciens nus, et notamment chez la grenouille, on a quelquefois relevé une température de quelques dixièmes de degré inférieure à la température ambiante : cet abaissement de température est la conséquence du refroidissement dû à Tévaporation de l'eau à la suifaee du coi-ps.
Les poïkilothermes n'ont pas d'appareil thermo-régulateur. Ils constituent d^s lors de précieux réactifs, pour rétudo de l'action de la température sur les phénomènes nutritifs de l'organisiiie. C'est ainsi qu'on a établi, chez eux, que la grandeur des échanges nutritifs et respiratoires augmente avec la température : c'est là ce
M. AnxHUB. — Physiolojric. ^V
i&i LA. GHALBUR : AMlMAlbB
qui explique que l'excès de leur température sur celle du milieu ambiant, soit d'autant plus grand, que la température du milieu ambiant est plus élevée.
. c. Les Hibernants.
Les animaux^ hibernants, dont les' principaux sont le hérisson, la chauve- souris, la marmotte, îe hamster^ constituent uii groupe remarquable, qu'ion a contuine de considérer comme établissant le 'passage des boméothermes aux poïkilothermes.
Pendant Fêté, quand la température ambiante- est élevée, supérieure h io^, p. ex., les hibernants sont de véritables homéothcrmes : la marmotte et le hérisson ont 38<*, et ils luttent contre le refroidissement par les mêmes moyens que les véritables homéothcrmes : diminution de la radiation, augmentation des combustions. Quand la température extérieure s'abaisse au-dessons de 15'^,-la température de l'hibernant s'abaisse au-dessous de la normale, comme la température, de rboméotherme s'abaisse au-dessous de la normale^ quuad la température ambiante tombe au-dessous d*une certaine valeur, variable pour chaque espèce.. D'une façon générale, rhibernant commence à se refroidir à une tempérer ture, pour laquelle Thoméotherme, possédant un pelage semblable, maintient sa température normale ; mais pour laquelle, certains homéothcrmes, moins bien protégés, commencent h se refroidir : la marmotte comn^enca à se refroidir dans une atmosphère au-dessous de- 13*; l'homme nu commence a. se refroidir dans une atmosphère au-dessous de il'\ A mesure que la température ambiante s'abaisse au-dessous du point de résistance limite de l'appareil thermo-régulateur, la température interne s'abaisse elle-même, pour l'homéotherme et riiil)ernant, d'autant plus que l'abaissement de la température ambiante est plus grand.
Mais ici cessent les ressemblances. Quand la température de l'homéotherme est tombée aunlessbous d'nne
LES HIBERNANTS 48â
certaine valeur, en général voisine de 20^, Tanimal meurt ;
— quand la température de Thibernant est tombée audessous d'une certaine valeur, en général voisine de 20**, l'animal s'endort du sommeil hivernal.
- A partir de cette température extérieure (généralement comprise entre 10 et 15»), pour laquelle se produit le sommeil, Thibernant se comporte comme le poïkilotherme : sa température suit les oscillations de la température ambiante, tout en la dépassant d'une quantité d'autant plus grande que la température ambiante est plus élevée. C'est ainsi que la marmotte a une température de 6<*,5, dans un milieu à 5®, et une température de 16<*, dans un milieu à 10^.
• L'hibernant est un véritable poïkilotherme (sauf réserve de son réveil pour éliminer les urines et les fèces), pour toutes. les valeurs de sa température interne, comprises entre 20*» et 4° environ, c'est-à-dire pour toutes les ▼aleurs de la température ambiante comprises entre Vô° et 2® environ : leurs tissus, et notamment leur tissu musculaire, présentent les propriétés physiologiques des tissus correspondants des poïkilo thermes (lenteur de eontraction, etc.).
Mais au-dessous d'une certaine température, voisine de 0« et un peu supérieure à 0®, légèrement variable suivant l'espèce considérée (2*» environ pour la marmotte), l'hibernant cesse d'être un poïkilotherme, pour redevenir un homéotherme. Chex le vérital)le poïkilotherme, en effet, le sommeil est d'autant plus profond que la température extérieure s'abaisse davantage, et la mort survient, par refroidissement continu, sans que le poïkilotherme soit sorti de son sommeil. Chez l'hibernant ■u contraire, le sommeit n'est pas continu; il est interrompu dans deux circonstances : 1° quand l'animal doit éliminer des urines ou des fèces, sa température atteint 30* à .37», dans l'espace de 3 Ji 4 lieurcs, le réveil se produit; puis la température baisse en 12 à 16 heures, cl le sommeil recommence; — 2° quand la température ambiante descend à 0^ environ, l'animal s'échauffe et en
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5 à 6 heures, il revient à 36*-37<*, au moins pour quelque temps. Si la température ambiante demeure voisine de 0^, rhibernant se refroidit de nouveau, mais se maintient toujours h une température supérieure à la température qu'il prend au moment du sommeil. L'hibernant se comporte comme rhoméotherme luttant contre le refroidissement, dans un milieu dont la température est inférieure à la température limite de résistance de son appareil thermo-régulateur. Une marmotte ayant 36", placée dans un puits de glace, à 29^ après 1 heure; après 5 heures, elle a 29<',5 ; et elle se maintient indéfiniment à cette température, tant qu'elle reste dans le puits de glace. Si une marmotte est placée dans on mélange réfrigérant, elle ne peut plus résister au refroidissement, et, comme chez le véritable homéotherme, si température s'abaisse indéfiniment, et elle meurt.
Au-dessus de \^*, Thibernant est un homéotherme. Do 150 à 0», — — poikilotherme.
Au-dessous de 0*, — — homéotherme.
Il faut nettement séparer des hibernants, les animaux qn, comme Tours et le blaireau, s'assoupissent en hiver, naii dont la température est toujours très supérieure à celle di milieu ambiant. Ce sont de faux hibernants; ce ^oot di vrais homéothermcs.