ÉTUDE DES ANIMAUX ACÉRÉBRÉS
Si, chez la grenouille, on sectionne Taxe nerveux, entre les hémisphères et les lobes optiques, on observe les faits suivants : la grenouille acérébrée, placée sur une table, y reste immobile, dans l'attitude du repos, tant qu'aucune cause extérieure ne vient l'exciter; elle ne coasse plus, elle ne saisit plus la proie qui passe à sa portée : c'est un automate, sans aucune spontanéité. Mais, cette réserve faite, la grenouille acérébrée se comporte comme une grenouille normale; elle exécute les mêmes actes, quand elle est placée dans les mêmes conditions. Si on lui pince la patte, elle saute devant elle, évitant les obstacles, s'il en existe, en se jetant de côté; si on la met dans l'eau, elle nage, jusqu'à ce qu'elle rencontre un objet résistant, sur lequel elle s'efforce de grimper; si on la place sur le dos, elle se retourne vivement, pour reprendre son attitude normale ; si on lui passe le doigt sur le dos, entre les épaules, elle pousse un cri, qu'elle répète chaque fois qu'on renouvelle l'expérience; si on lui introduit de la viande dans la bouche, elle la déglutit; si on la place sur une planchette inclinée, qu'on redresse de plus en plus, on la voit s'efforcer de se maintenir en équilibre, grimper le long de la planchette, de façon à se hisser sur le bord libre, et redescendre du côté opposé, sachant éviter les chutes.
Ce qui caractérise la grenouille acérébrée, c'est donc purement et simplement Vabsence de spontanéité.
Les mêmes observations ont été faites, et ont fourni des résultats identiques, chez d'autres batraciens, et en particulier chez les tritons.
LES ANIMAUX ÂGÉRÉBRÉS 713
Les poissons acérébrés diffèrent si peu des poissons normaux, qu*^ est impossible de les distinguer les uns <les autres. Plus on descend dans l'échelle des vertébrési lïioins apparentes sont les conséquences de Tacérébration,
On a pratiqué Vacérébration chez les oiseaux^ chez la poule, le canard, et surtout le pigeon, qui supporte adtnii*ablement bien l'opération. Le pigeon acérébré A Tappal*ence d'un pigeon normal ; il se tient perché, sans gaucherie, et se maintient en équilibre, quels que soient les mouvements imprimés au perchoir. En général, il est immobile et semble sommeiller, mais on le voit parfois secouer ses plumes et les lisser avec son bec ; la nuit, il place souvent la tête sous l'aile et dort d'un sommeil normal. Quand on l'excite, il semble s'éveiller, ouvre les yeux, agite les ailes, marche ou s'envole, sait éviter les obstacles les moins apparents et calculer les distances; il vient se poser sans hésitation sur son perchoir, ou sur Je dos d'une chaise. Mais il ne vole, ni ne marche spontanément, il ne cherche pas sa nourriture, et, quand on la lui présente, il ne la prend pas : il se laisserait mourir de faim sur un tas de grains, sans y toucher, mais il déglutit bien les grains introduits dans son bec. 11 ne s'accouple plus; il roucoule, mais sans regarder la femelle placée h côté de lui ; il ne s'occupe plus de ses petits, c'est un somnambule, c'est un automate, merveilleusement organisé sans doute, mais n'ayant aucune spontanéité.
On a réussi, exceptionnellement, l'opération de l'acérébration chez le chien, et, dans quelques cas fort rares, on a conservé l'animal en vie, pendant plusieurs mois (18 mois même dans un cas). Toutefois, ces opérations diffèrent de celles pratiquées, chez les autres vertébrés, par 2 points : chez le chien, l'acérébration n'a jamais été totale, et elle a toujours été compliquée d'une ablation, au moins partielle, des couches optiques.
Le chien accrcbré dormant (car il dort, mais sans présenter les manifestations qui nous font admettre que le chien normal rêve : grognements, mouvements de la