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LES LOCALISATIONS MOTRICES OU SENSITIVO-MOTRICES

^iiiuiRB. — Des méthodes d*étude : excitation, destruction. Des localisations motrices ; expériences d'excitation de la couche grise hémisphérique et résultats de ces expériences ; épilepsio oxpérimontale. Bes centres psycho-moteurs. Conditions de l'expérience d'excitation des centres psycho-moteurs. La substance grise corticale est excitable : excitation comparée de la substance grise et do la substance blanche sous-jacente. — Expériences d'ablation dos régions psycho- Biotrices et résultats de ces expériences : insensibilité consécutive. De la notion des centres sensitivo-moteurs, et do la qature do ces centres. Expériences d'ablations chez les mammifères jeunes. Des contractures consécutives.

Observations anatomo-cliniques chez l'homme : du choix des cas. Conséquences des lésions destructives des zones juxta-rolandiques ; conséquences des lésions irritatives des mêmes zones. Existe-t-il chez rhomme des centres sensitivo-moteurs ?

Pour étudier les propriétés physiologiques du cerveau, on a recours aux expériences d'excitations et de destructions localisées.

Pour exciter le cerveau, on emploie toujours l'électricité, sous forme de courant interrompu, ou de courant induit; les électrodes sont mousses, pour ne pas léser la surface cérébrale, et éviter les complications pouvant résulter d'une telle lésion.

Pour enlever des régions limitées du cerveau, on doit recourir au bistouri ; le thermocautère, employé par certains expérimentateurs, doit être condamné, car il détermine des lésions irritatives. — Parfois, on a détruit la substance grise sur un espace limité, soit au moyen d'un vigoureux courant d'eau dirigé à sa surface, soit en injectant dans son épaisseur une substance destructive colorée, facile à déceler à l'autopsie. — Enfin on a, au moyen de ligatures artérielles, ou d'injections intra-vasculaires de fines poudres obturantes, sup-

primé la circulation dans des régions limitées du cerveau. Les physiologistes se sont divisés en 2 groupes : les uns ont admis que toute portion quelconque de la substance r^* grise cérébrale sert, indistinctement, à l'accomplissement de pi* toutes les fonctions psychiques ; ils se fondaient surtout surce 1 vit* que des destructions pathologiques considérables de la sur- | '!iV face cérébrale peuvent exister, sans être accompagnées de troubles psychiques; — les autres, et c'est aujourd'hui la majorité et peut-être Tunanimité, localisent les diverses fonctions psychiques dans des régions limitées, anatomiquemenl discernables de la surface cérébrale. Ils se fondent sur les faits de localisations, que nous allons étudier.

On met à nu, chez le chien^ la substance cérébrale, en trépanant le crâne et incisant la dure-mère, et on explore Texcitabilité de cette substance, en promenant à sa surface des électrodes mousses, recevant les décharges d'induction d'une bobine. L'excitation de la plus grande partie de. la surface cérébrale ne provoque pas de réaction motrice, mais on trouve, dans la région antérieure, des points dont l'excitation détermine des réactions motrices. La surface cérébrale se divise ainsi en une zone motrice et en une zone non-motrice.

Les conditions de ces expériences, qui sont délicates, doivent être précisées. On emploie comme électrodes, des fils de platine à extrémités mousses, recevant les décharges répétées d'une bobine d'induction; on règle la position de la bobine induite, par rapport à la bobine inductrice, de façon que le courant soit juste perçu, quand on pose les électrodes sur le bout de la langue; on n'excite la substance cérébrale que pendant un temps ne dépassant pas 2 à 3 secondes.

On trouve, à la surface cérébrale antérieure, des régions limitées et séparées les unes des autres, dont l'excitation détermine des contractions dans un groupe limite de muscles, du côté du corps opposé à Vhémisphère excité. Chez le chien, p. ex., on a trouvé ainsi des centres moteurs pour les muscles de la face, pour les muscles de la nuque, pour les muscles de la patte antérieure, ou de la patte postérieure, pour les muscles dorsaux.

L'BSCFTtTIOH' DE LA. SQBBTANGB OHISB

I Ed répétant l'expérience, on constate que l'ejcitation

^ des mêmes points produit toujours une réaction motrice

ifansie même groupe de muscles. Il suffit, d'ailleurs, de

déplacer les électrodes de 1 à 2 millimètres, pour ne plus

''l>lenir de réaction motrice, ou pour en obtenir une,

dans un autre groupe de muscles.

Si on emploie, pour exciter la

ïBrface cérébrale, des courants

Irè9faibles{inappréciab!e9au bout

de la langue), la réaction motrice

De se produit pas immédiatement ;

elle se produit (quand les courants

ne sont pas trop faibles) avec un

retard d'autant plus grand, que les

courants sont moins intenses : il

y a phénomène d'addition latente

ou de sommation des excitations, "t"' "■*■ ~ '"'^" '"P"-

Ce même phénomène se manifeste, chi™" '«rioflu du

même avec des courants sensibles , r.cnm d m

à la langue; une seule décharge moiits.iu irooc;a, ouoiro

d'induction ne provoque généra- lies monvemonis de u

lement pas de réaction motrice; patioantériouroia.contre

pour devenir efficace, elle doit être ^^'((^^"^^[^"dos mou-

répétée. vemènls do la patte pos-

tes réactions motrices, déter- i*'ieurD.

minées par des courants induits sensibles à la langue et n'-pétés, consistent soit en secousses plus ou moins fusionnées, soit en contractions toniques plus on moins régulières, selon la fréquence des décharges. Tantôt les réactions motrices durent autant que l'excitation; tantôt elles cessent, alors qu'on continue A exciter; tantôt elles persistent quel;

ques instants, alors qu' différences sont en rapport .quence des décharges et ave «erveau.

Si on excite le cerveau ave prolongés, on voit les mouvements apparaître dtins 1

literie cerveau. Ces ivec l'intensité et la fré- ; le degré d'excitabilité du

urants intenses et

718 LES LOCALISATIONS MOTRIOSS !

groupe de muscles correspondants (monospasme), puis dans tous les muscles du côté opposé à l'hémisphère excité (hémispasme), et enfin dans tous les muscles du corps (épilepsie généralisée).

Vépilepsie expérimentale ne se produit que si l'excitation est portée sur un point du cerveau, capable de provoquer des réactions motrices; l'excitation des zones non-motrices du cerveau, quelque intense et quelque prolongée qu'elle soit, ne détermine pas d'épilepsie (à moins que le point excité ne soit assez voisin d'un point moteur, pour que le courant, diffusant dans la substance cérébrale, atteigne ce point moteur). L'excitation épileptisante se propage dans la substance grise cérébrale, de centre en centre, sans jamais en oublier un ; ce n'est que dans le cas d'ablation d'un centre, ou d'isolement de ce centre par un fossé d'incisions, intéressant toute l'épaisseur de la substance grise, que les muscles correspondants ne prennent pas part à l'attaque d'épilepsie généralisée. A la suite d'un premier accès d'épilepsie généralisée, une excitation extrêmement faible d'une zone motrice fait apparaître un second accès.

Pour obtenir des réactions motrices, par excitation des points moteurs du cerveau, on peut anesthésier l'animal; il importe même de l'anesthésier, pour que les réactions observées ne puissent être considérées comme provoquées par une sensation douloureuse, mais l'anesthésie doit être juste suffisante pour supprimer la sensibilité; en effet, quand on pousse plus loin l'anesthésie, les réactions motrices deviennent de moins en moins nettes et finissent par disparaître : les points moteurs du cerveau sont inexcitables dans l'anesthésie très profonde.

Pour observer des réactions motrices, par excitation des points moteurs du cerveau, il faut que la circulation cérébrale soit parfaitement assurée ; s'il y a eu hémorragie, dans le cours de la préparation, l'excitabilité cérébrale est diminuée ou supprimée; elle est également supprimée pendant l'apnée et pendant l'asphyxie; elle

LES POIMtS EXCITABLES 719

®8t supprimée, quand le cerveau a été contusionné, ou

Comprimé pendant la préparation.

Les points moteurs cérébraux sont excitables électriquement (courants d'induction, courants continus, alternativement fermés et ouverts); ils sont excitables par des agents chimiques (en saupoudrant la surface cérébrale avec de la créatine, de la créatinine, du phosphate acide de potasse, des urates acides, etc., on a provoqué des convulsions généralisées, se répétant pendant assez longtemps) et par des actions mécaniques (toutefois ces dernières ne sont efficaces que dans le cas d'hyperexcitabilité du cerveau).

U excitabilité de la substance grise varie : nous l'avons vue diminuer et disparaître dans Tanesthésie profonde; elle diminue par le refroidissement; elle augmente sous rinfluence de la strychnine; une hémi-section de la moelle augmente Texcitabilité cérébrale du même côté et la diminue du côté opposé.

Tous ces faits, établis chez le chien, ont été généralisés par les expériences faites sur le singe, le bœuf, le mouton, le lapin, etc. Chez le singe, on a déterminé la position de points moteurs correspondant à des groupes de muscles extrêmement limités, et même à un seul muscle : centre des mouvements de flexion du pouce, centre des mouvements de flexion de Tindex, centre des mouvements de rétraction de l'angle de la bouche, etc. Le nombre des points excitables distincts est infiniment plus grand chez le singe que chez le chien. A mesure qu'on descend dans l'échelle des vertébrés, le nombre des points excitables diminue, et, pour les points excitables, le nombre des muscles excités augmente. Chez le singe, il y a plus de points excitables que chez le chien; chez le mouton et le lapin, il y en a autant que chez le chien ; chez le chien, il y en a plus que chez le bœuf, chez le cobaye et chez le rat; chez le pigeon et chez la grenouille, il n'y a qu'une région excitable et elle est extrêmement limitée; chez les poissons, il n'y en a pas.

Lés points moteurs ne sont pas excitables pendant tout le cours du développement, chez un animal donné : si les points moteurs sont excitables, au moment de la naissance, chez le veau, le poulain, le cobaye, et en général, chez les animaux qui savent marcher, ils ne le sont ni chez le chien, ni chez le lapin; chez le lapin, le premier centre excitable (celui des pattes antérieures) n'apparaît qu'au 10^ jour.

Nous avons parlé d'excitation de la couche grise corticale ; mais on pourrait prétendre que dans les expériences, telles qu'elles ont été faites, l'agent électrique, amené au contact de la substance grise, a diffusé dans la substance blanche sous-jacente, et que c'est à tort que nous parlons d'excitation de la substance grise. — On a fait remarquer que l'excitant électrique est inefficace, quand il est porté sur la substance grise médullaire ; la substance grise corticale en différerait-elle donc physiologiquement? — On a fait remarquer que le courant, efficace pour provoquer des réactions motrices, quand il agit sur la substance grise, diffuse réellement dans la substance blanche, où l'on a pu le recueillir et le manifester, au moyen du téléphone. — On a fait remarquer que les fibres de la substance blanche plongent dans l'épaisseur de la substance grise, puisqu'elles sont les cylindres-axes des cellules pyramidales.

Si on enlève au bistouri, ou avec un courant d'eau décortiquant, la substance grise, et si on excite électriquement la substance blanche mise à nu, on détermine, quand les électrodes sont appliquées sur les points directement sous-jacents aux points excitables de la substance grise, les mêmes réactions motrices dans les mêmes territoires musculaires. — Si on pratique des coupes de la substance blanche, perpendiculaires à la direction de ces fibres et de plus en plus profondes, on retrouve, sur chacune de ces coupes, des régions limitées et distinctes, dont l'excitation provoque des mouvements dans des groupes limités de muscles du côté opposé; on peut donc suivre ces faisceaux moteurs dans la profon-

L'EXCITABILITÉ DB Lk SUBSTANGB GRISE 721

^eur de la substance blanche et jusque dans la capsule interne.

Ces faits démontrent que les réactions motrices, consécutives à l'excitation de la substance grise, pourraient l'ésulter de l'excitation de la substance blanche sous- Jacente par des courants diffusés; ils ne démontrent pas qu'il en est réellement ainsi et que la substance grise n'est ni excitée, ni excitable. En étudiant méthodiquement les réactions motrices, on peut établir qu'elles Insultent bien de l'excitation de la substance grise. En effet:

1" Des courants juste suffisants pour provoquer des réactions motrices, quand ils sont appliqués sur la substance grise, sont inefficaces, quand ils sont appliqués sur la substance blanche sous-jacente dénudée; comment supposer que les courants diffusés, extrêmement faibles (manifestables par le seul téléphone), pourraient être efficaces. — 2° Si, au moyen d'un couteau enfoncé parallèlement à la surface cérébrale, entre les substances grise et blanche, on pratique une section des fibres blanches sous-jacentes, aux points excitables de l'écorce, et si on retire le couteau, on constate que l'excitation de la substance grise est inefficace, bien qu'on retrouve au-delà de la section les courants diffusés, très faibles, manifestables par le téléphone. — 3° Pendant l'apnée, l'asphyxie, l'anesthésie profonde, fécorce grise est inexcitable; or, dans ces conditions, le courant diffuse, comme il diffuse chez l'animal normal, dans la substance blanche sous-jacente, et cette substance est restée excitable, ainsi qu'on s'en assure en la dénudant et en l'excitant directement. — 4° Le temps perdu de la réaction motrice (temps qui s'écoule entre l'excitation et la réaction) est plus grand, quand l'excitation porte sur la substance grise, que quand elle porte sur la substance blanche (1/4 ou 1/3 de sa valeur en plus). — 5° La réaction motrice, consécutive àfexcitation de la substance grise, ne cesse pas en même temps que l'excitation ; la réaction, consécutive à l'excitation de la

substance blanche, cesse en même temps que l'excitation. — 6° L'excitation de la substance blanche, quelque intense et prolongée qu'elle soit; ne provoijue que des réactions limitées à un groupe de muscles du côté opposé; l'excitation* de la substance grise peut déterminer les réactions généralisées de l'épilepsie expérimentale.

Donc, la substance grise cérébrale est directement excitable, et c'est elle qu'on excite, quand on dépose à sa surface les électrodes de l'appareil d'induction» Cette substance grise se distingue par là de la substance grise médullaire.

Si, chez le chien, après avoir mis à nu l'écorce cérébrale, et déterminé, au moyen d'un courant induit d'intensité suffisante, la position du point dont l'excitation provoque des mouvements de la patte antérieure du côté opposé, on enlève l'écorce en ce point, on constate les faits suivants, qu'il faut distinguer en faits temporaires et en faits définitifs. Pendant les premiers jours qui suivent l'opération, la patte opposée est paralysée, ou tout au moins parésiée, mais cette parésie ne dure que peu de temps; au bout de quelques jours, elle a disparu; c'était donc la conséquence d'un phénomène d'inhibition. Toutefois, après que cette parésie a disparu, on peut toujours la faire reparaître par la morphine, par le chloroforme, par une saignée. Ces phénomènes primitifs étant disparus, l'animal peut marcher, courir, sauter; il n'a donc pas de paralysie, mais s'il accomplit, comme un animal normal, les mouvements d'ensemble, les mouvements automatiques, il présente une certaine inhabileté et une certaine paresse à exécuter les mouvements volontaires avec la patte intéressée. Au repos, il pose souvent son pied, la face dorsale sur le sol; en marchant, il soulève sa patte trop ou trop peu, glisse sur le sol, pose mal son pied, manc[ue la marche de l'escalier qu'il monte, manque le but veïs

LES TROUBLES SENSITIVO-MOTBORS 723

lequel il tend, et a peine à se 'détourner de sa route, pour éviter un obstacle. Il ne gratte plus le sol avec sa patte intéressée (sauf quand l'autre patte est retenue) ; il ne sait plus la tendre au commandement, comme avant l'opération. Si on le place sur une table qu'on incline, il se défend des chutes au moyen des 3 autres pattes^ celle-là restant inerte, pendante dans le vide. • Chez le singe y les troubles observés sont superposablés à ceux que présente le chien; ils sont seulement plus accentués, et les troubles primitifs, paralytiques oii parésiques, sans être définitifs, sont plus persistants. Pendant la période des troubles définitifs, le singe laisse pendre le long de son corps son membre intéressé ; s'il peut encore accomplir, sans trop de difficulté, les mouvements automatiques d'ensemble, il ne sait plus se servir isolément de sa patte, pour l'accomplissement d'un mouvement volontaire : il ne saisit plus un bâton, ou des fruits avec cette patte, etc.

Il se produit donc, sous VinfLuence de V ablation des points Moteurs du cerveau, des troubles très spéciaux de la motri^ cité volontaire, mais non de la motilité pure et simple»

' Ces troubles moteurs sont accompagnés, et c'est là un point fondamental, de troubles de la sensibilité dans les régions correspondantes.

. Si, chez le chien, quelques jours après l'ablation du point moteur de la patte antérieure droite, point situé dans l'hémisphère gauche, on touche, comprime ou écrase cette patte, l'animal ne réagit pas (à condition qu'il ne la regarde pas) ; tandis qu'il retire vigoureusement l'une quelconque des 3 autres pattes, soumise aux mêmes actions.

Les troubles sensitifs sont donc beaucoup plus nets et plus importants que les troubles moteurs, et l'on est en droit de se demander si ces derniers ne sont pas la conséquence des premiers : n'est-ce pas parce qu'il a perdu

la sensibilité tactile et le sens musculaire, que ranima'.^ glisse sur le sol en marchant, manque la marche d'es*^ calier quand il monte, comme s'il ne pouvait plus pro^: portionner Teffort au travail à accomplir? Si on enleva»» le point moteur des muscles de la face, dans ThémiS sphère gauche, p. ex., et si, quand le choc opératoir — est dissipé, on donne un os à ronger au chien, il 1 ^ saisit, il le broie, comme un chien normal, si on le lui ^ fait prendre du côté gauche de la gueule; mais si on l^ lui a donné à droite, le chien ne le broie plus, comm« s'il ne le sentait pas entre ses dents et contre sa joue; il n'y a ni paralysie, ni parésie motrice, il y a ânesthésie du sens du toucher et du sens musculaire.

Chez le singe, on constate de même une anesthésie tactile et une analgésie totale des membres, dont le point moteur cérébral a été détruit ; on peut comprimer, écraser, transfixer, couper les orteils, sans que Tanimal réagisse, pourvu qu'il ne regarde pas le membre intéressé, et que la vue ne se substitue pas à la douleur, pour provoquer des mouvements de défense. Si on place des pinces sur le membre intéressé, le singe les y laisse, quelque pressées qu'elles soient; il les enlève, quand il les voit. Donc, l'ablation d'un point moteur a fait perdre à l'animal, non pas la motilité et l'énergie des mouvements musculaires, mais avec les sensations de tact, de contact et de sens musculaire, la sûreté et l'arrangement exact de ces mouvements, dans un but déterminé.

Il serait toutefois imprudent d'affirmer actuellement, que les troubles moteurs sont la conséquence des seuls troubles sensitifs et que les points moteurs sont de simples points sensitifs. En effet, les troubles moteurs, observés à la suite des ablations cérébrales, diffèrent des troubles moteurs, observés à la suite de la section des racines médullaires postérieures (cette section déterminant la suppression des sensations tactiles et musculaires dans les régions correspondantes). D'ailleurs, on peut faire réapparaître par la morphine, le chloroforme et l'anémie, à un moment quelconque, dans les

LB8 CENTRES PSYGHO-SENSITIVO-MOTBURS 725

'Membres considérés, les troubles parétiques qui exis- ^nt toujours aussitôt après l'opération. — Il y aurait ^nsi des points cérébraux à la fois moteurs et sensitifs.

On a prétendu que ces points moteurs et sensitifs ne sont pas absolument superposés, mais seulement voisins et enchevêtrés les uns dans les autres. On a soutenu en effet, que, pour obtenir une anesthésie, à la suite d'une ablation cérébrale localisée, il faut enlever la substance grise plus largement qu'il n'est nécessaire, pour pro-< roquer les troubles moteurs. Le fait est exact, si on se borne à examiner l'état de l'animal aussitôt après l'opération; mais, dans le cas où la région n'a pas été largement enlevée, les troubles moteurs s'amendent et disparaissent en partie; ils ne sont définitifs, comme les troubles sensitifs, que si l'ablation a été pratiquée largement. En tous cas, les points moteurs et sensitifs d'une même région sont remarquablement voisins, s'ils ne sont exactement superposés.

De cet ensemble de faits, on peut conclure que les points cérébraux,' capables de déterminer des réactions motrices dans des groupes limités de muscles, situés du côté opposé du corps, ne doivent pas être appelés, comme on l'a fait longtemps, points ou centres moteurs, points ou centres psycho-moteurs, mais points ou centres sensitivo-moieurs, points ou centres psycho-sensitivo^moteurs.

Quelques auteurs ont émis l'opinion que, dans l'excitation électrique des points moteurs cérébraux, l'excitation ne porte pas directement sur les éléments moteurs, c'est-à-dire sur les cellules pyramidales, mais sur d'autres cellules, voisines des cellules pyramidales, auxquelles elles transmettraient l'excitation qu'elles auraient reçue elles-mêmes. Il y aurait là un véritable réflexe s'accomplissant par l'intermédiaire d'une chaîne de 3 neurones : un neurone de l'écorce grise, récepteur de l'excitation, primo-neurone du réflexe; un neurone pyramidal de l'écorce grise, et un neurone des cornes antérieures de la moelle, ultimo-neurone du réflexe.

On a. montré, en effet, que les lois générales qui J régissent les réflexes se retrouvent ici. On constate, ^

dans l'excitation des centres sensitivo-moteurs, des phé

nomènes de sommation des excitations (une excitation j inefficace peut devenir efficace, quand elle est répétée);^ et des phénomènes de généralisation {épilepsie expéri — mentale). — La durée du temps perdu de TexcitationuM des centres [psycho-sensitivo-moteurs est plus grandes que celle du temps perdu des actions directementmotrices; elle est de l'ordre de grandeur des réactions réflexes. Les conditions qui suppriment les réactions réflexes, sans supprimer les réactions directement motrices, suppriment l'excitabilité cérébrale : telles sont, p. ex., l'anesthésie profonde, l'apnée, etc.

Ces notions fondamentales doivent être complétées par quelques notions supplémentaires. — L'ablation d'un centre sensitivo-moteur, pratiquée aussi réduite que possible, détermine des troubles moteurs temporaires, qui ne lardent pas à s'amender et à disparaître. On a supposé que cette restauration peut s'expliquer par la suppléance du centre symétrique; cette explication est inacceptable, car la restauration ne se produit pas, si le premier centre a été largement enlevé; tandis qu'elle se produit, si les deux centres ont été enlevés au minimum. — On a supposé que cette restauration peut s'expliquer par la suppléance d'autres régions cérébrales. Cette explication est inacceptable, puisque la restauration ne se produit pas, quand l'ablation a été largement pratiquée. — On doit admettre que l'opération pratiquée est à la fois destructive et inhibitrice; destructive pour les portions enlevées, inhibitrice pour les portions voisines, et que la restauration des fonctions est la conséquence de la disparition de l'inhibition de ces portions voisines. Cette interprétation est d'autant plus vraisemblable, qu'à la suite d'une ablation limitée de la couche corticale, on observe souvent, dans les jours qui suivent l'opération, des troubles moteurs plus ou moins étendus, intéressant les membres et la face du côté opposé à la lésion (lésion limitée au centre moteur d'un membre), ou même le membre symétrique; ces trpubles ne tardant pas h s'amender et à disparaître.

LES CENTRES PSYCHO-SENSITIVO-MOTBURS 727

^es régions anatomiques, correspondant aux centres sensi- ^Vo-moteurs, peuvent, dans des circonstances spéciales y être détruites, sans provoquer de troubles moteurs. Chez le petit ^*^ien, ayant moins de 3 semaines, l'excitation des futures ^Qnes sensitivo-motrices est inefficace. Si, à ce moment, on ^ïilève les 2 futures zones sensitivo-motrices largement, on ne ï^ïoduit aucun trouble moteur, et l'animal se développe et grandit, sans en présenter jamais. Ce sont donc des régions autres qui président à la sensitivo-motricité. — Si, de 2 chiens ^'une même portée, Tun a subi l'ablation unilatérale des ^ones sensitivo-motrices, à l'âge de 15 jours, tandis que l'autre ^été conservé inopéré; on peut enlever au premier, à l'âge de 6 semaines, la seconde zone sensitivo-motrice, sans provoquer de troubles moteurs; tandis que l'ablation bilatérale de ces zones, pratiquée au même âge, sur le second chien, provoque des troubles moteurs. — Ce sont là des faits intéressants à enregistrer : ils démontrent que les régions sensi' tivo-motrices ne possèdent pas une spécificité absolue.

Chez le chat, le chien, le lapin, l'ablation des zones sensitivo-motrices ne détermine jamais de contractures musculaires; elle en produit parfois, chez le singe. Ces contractures doivent être rangées en 2 catégories absolument distinctes. — 1° Dans une 1'* catégorie, on doit ranger des contractures sans raccourcissement musculaire, qui ne se produisent qu'à l'occasion d'un mouvement; les membres au repos ne sont pas contractures. Ces contractures s'observent toujours dans le membre correspondant au centre enlevé; elles se produisent, quand l'ablation du centre a été partielle et quand les bords de la plaie cérébrale sont irrités par des produits septiques déposés pendant l'opération ; elles correspondent à une excitabilité exagérée de zones sensitivo-motrices conservées; on peut, en effet, en excitant électriquement, dans ces cas, les bords de la plaie cérébrale, provoquer des mouvements dans les muscles qui sont le siège des contractures observées. — 2* Dans une 2" catégorie, on doit ranger des contractures avec raccourcissement musculaire, qui apparaissent tardivement, quand Tanimal s'immobilise dans une attitude invariable ; ces contractures ne se produisent pas, quand on force le singe à exécuter des mouvements d'ensemble, ou quand on fait faire des mouvements passifs au membre dont le centre a été détruit.

Les études anatorao-cliniques, faites chez l'homme, ont fourni des résultats précieux au point de vue de la doctrine des localisations cérébrales.

On distingue sur la face latérale de Phémisphëre : le lobe frontal, limité parle sillon de Rolando et la scissure de Sylvius en arrière, présentant 4 circonvolutions frontales : 1", 2", 3* et frontale ascendante ; — le lobe pariétal, limité par le sillon de Rolando, la scissure de Sylvius et la scissare occipitale, présentant une circonvolution pariétale ascendante, adjacente au sillon de Rolando, un lobule pariétal supérieur et un lobule du pli courbe; — le lobe temporal et le lobe occipital, présentant chacun 3 circonvolutions : 1" temporales; 1'% 2% 3* occipitales.

Pour fournir des résultats précis, les observations anatomo-cliniques doivent pprter exclusivement sur les

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Fig. 25. — Hômisphèro gauche de l'homme, faco latérale.

ZF, lobe frontal; ZP, lobe pariétal; ZO, lobe occipital; LT^ lobe temporal ; SSy scissure de Sylvius ; SB^ sillon de Rolando ; 50, scissure occipitale ; 5P, scissure parallèle ; PC, pli courbe ; i^j, /j, Fj et Fa^ 1", 2«, 3« circonvolutions frontales et frontale ascendante; Po, circonvolution pariétale ascendante ; Tj, T^ et 7*3, If*, 2* et 3» circonvolutions temporales ; Oi, O2 et O3, !'•, 2* et 3' circonvolutions occipitales; LPS^ lobule pariétal supérieur; LPC^ lobule du pli courbe.

cas OÙ on constate, à Tautopsie, une lésion anatomique unique, destructive, ancienne et bien limitée (foyer hémorragique ocreux, p. ex.).

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