LE CHAMP VISUEL
sensibles distincts. L*acuité visuelle n^a cette valeur que dans la partie de la rétine servant à la vision directe; elle est infiniment moindre dans le reste de la rétine. On appelle champ visuel^ l'ensemble des points vus par un œil immobile. Ce champ comprend à peu près tout rhémisphère de l'espace situé au-devant de nous ; il est un peu réduit, en dedans et en haut, par le bord du nez et de l'arcade sourcilîère.
On peut le représenter, soit par un cône, ayant pour sommet le centre du système dioptrique oculaire et pour directrice la limite de la zone rétinienne, sur laquelle se font les images engendrant des sensations visuelles; soit par la trace de ce cône sur une sphère ayant pour centre le centre du système dioptrique de l'œil. Dans la pratique, on projette cette sphère et la trace du cône sur un plan de front. On obtient ainsi un graphique représentatif du champ visuel.
Le champ visuel présente des rétrécissements, ou des lacunes, dans certains cas pathologiques. On a noté Thémiopie (suppression d'un demi-champ visuel droit, ou gauche), dans certains cas de lésions corticales, hémisphériques, occipitales, ou d'altérations d'une bandelette optique, ou dans certains cas d'hystérie ; on a noté le rétrécissement du champ visuel, plus ou moins accentué, dans certains cas d'hystérie; on a noté des lacunes du champ visuel dans certains cas de lésions restreintes de l'écorce occipitale (scotome central, scotome périphérique, scotomes divers).
Les éléments de la membrane de Jacob, cônes et bâtonnets, subissent certaines modifications remarquables sous Vinfluence de la lumière.
Si on enlève, dans l'obscurité, ou à la lumière du sodium, l'œil d'une grenouille ou d'un lapin préalablement conservés à l'obscurité, on constate que la rétine (il convient d'arracher la couche périphérique des cellules pigmentaires) est rose. Si, étalant cette rétine rose, on l'expose à la lumière directe, ou diffuse, on la voit progressivement pâlir et devenir tout à fait blanche, en un temps plus ou moins long (de 10 sec, à la lumière solaire, à 30 sec. et plus, à la lumière diffuse) selon,
réclairément. Si on enlève, dans Tobscurité, la rétine d'un animal préalablement exposé à la lumière, on la trouve absolument blanche. Ces rétines blanches, ou blanchies à la lumière, redeviennent roses à Tobscurité, même dans l'œil enlevé de l'organisme, même dans la rétine enlevée et étalée, pourvu que la couche pigmentaire de la rétine n'ait pas été enlevée (elles restent blanches dans les parties dont cette couche a été arrachée). Si on maintient, en face d'une fenêtre vivement éclairée, l'œil d'un animal (dont la pupille a été dilatée par l'atropine) préalablement maintenu à l'obscurité, et si on le sacrifie, la rétine étalée dans une chambre obscure présente une image de la fenêtre, les parties non transparentes de la fenêtre étant rouges, les parties transparentes étant blanches ; c'est ce qu'on appelle un optogramme. On peut fixer, pour un temps assez long, cet optogramme, en plongeant la rétine dans une solution d'alun à 4 p. 100.
On constate que la coloration rose est localisée dans le segment externe des seuls bâtonnets. On peut en extraire le pigment, au moyen d'une solution aqueuse à 2 1/2 p. 100 de sels biliaires : on obtient une liqueur rose qui blanchit à la lumière, sans se régénérer à l'obscurité. Cette substance est connue sous le nom de pourpre rétinien, érythropsine ou rhodopsine.
Doit-on faire jouer aux transformations du pourpre rétinien, un rôle dans l'impression visuelle? Ce n'est pas certain. En effet : 1° le pourpre rétinien n'existe que dans les bâtonnets, les cônes n'en contiennent pas; or, il n'y a que des cônes au point de fixation ; 2° le pourpre rétinien n'existe pas chez tous les animaux : il manque chez de nombreux oiseaux (poule, pigeon, p. ex.), chez certains reptiles (caméléon, p. ex.), et chez quelques mammifères nocturnes (chauve-souris, p. ex.); — 3® un animal voit, alors que son pourpre rétinien a blanchi par la lumière.
Mais il est possible que le pourpre rétinien ne soit que l'une des substances contenues dans la membrane