LE COEUR DES MAMMIFÈRES
Le cœur des mammifères cesse de battre quand il est extrait de l'organisme : à peine le ventricule donne-t-il quelques contractions; à peine Toreillette survit-elle quelques minutes. Si on pratique dans les vaisseaux coronaires du cœur une circulation de sang défibriné ou de sérum, en remplissant les conditions nécessaires d'humidité, d'oxygénation, de température et de milieu chimique, on parvient à entretenir les contractions pendant plus d'une heure. Pratiquement, on plonge le cœur dans l'eau salée à 37-40o et on pousse, par Taorte vers le cœur, un courant de sang défibriné qu'on oxygène par agitation énergique à Tair.
On peut démontrer, sur le cœur du mammifère, en place, rimportance de la circulatioa au point de vue de la conservation du rythme cardiaque : on produit en effet des troubles plus ou moins graves de ce rythme, quand on supprime ou quand on diminue la circulation coronaire. Si on lie les artères ou les veines coronaires, ou si on injecte dans le système coronaire des poudres obturantes (lycopode, p. ex.), il se produit d'abord des altérations du rythme et du caractère de la contraction cardiaque ; puis (après un temps variant de quelques minutes à 1 heure et plus) une substitution de contractions fibrillalres aux systoles normales, et enfin un arrêt du cœur. En général, pendant toute la période qui précède les contractions flbrillaires, on peut, en rétablissant la circulation coronaire, faire réapparaître le rythme normal du cœur; en général, quand les contractions flbrillaires se sont manifestées, le rétablissement de la circulation coronaire est inefficace à ramener les contractions normales.
Le cœur se contracte spontanément hors de l'organisme, quand certaines conditions de milieu sont remplies : il possède en lui la cause de ses contractions. Dans le cas particulier des mammifères, on a pu donner la preuve de cette proposition sur le cœur en place : on a sectionné les nerfs vagues, les sympathiques, les accélérateurs, la moelle cervicale, en un mot tous les éléments nerveux qui peuvent unir le cœur au système
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nerveux central; on a constaté que le cœur continue à battre rythmiquement.
Ce rythme est entretenu par l'activité du système nerveux ganglionnaire du cœur : la pointe qui ne contient pas de cellules nerveuses ne bat pas spontanément; la base, qui en contient, continue à battre, quand elle a été isolée.
L'étude particulière du rôle des éléments nerveux intra-cardiaques a été faite sur le cœur de la grenouille, au moyen des expériences ou ligatures de Slannius,
Dans le cœur de la grenouille, on trouve, en certains points, des accumulations de cellules nerveuses qu'on appelle les ganglions cardiaques, bien qu'il n'y ait pas là de véritables ganglions anatomiquement isolables. On distingue le ganglion de Remak dans la paroi du sinus veineux, au voisinage de l'oreillette; le ganglion de Ludwig dans la cloison interauriculaire; et le ganglion de Bidder dans la cloison auriculoventriculaire et dans la partie supérieure du ventricule.
Le cœur de la grenouille étant mis à nu : — 1° Si on pose une ligature sur le sinus veineux, exactement au point où il s'abouche dans l'oreillette, donc entre le ganglion de Remak et l'oreillette, les 3 veines caves et le sinus veineux conservent leurs contractions rythmiques normales; le cœur s'arrête en diastole : cet arrêt n'est d'ailleurs pas définitif : après un temps variant d'une demi-heure à deux heures, il reprend ses battements spontanés et rythmiques. — 2° Si pendant l'arrêt du cœur provoqué par la première ligature, on en pose une seconde sur le sillon auriculo-ventriculaire, en plein ganglion de Bidder, le ventricule se remet à battre rythmiquement, l'oreillette reste immobile. — 3° Si, sur un autre cœur, on pose une ligature sur le sinus veineux, à quelque distance de l'oreillette, en plein ganglion de Remak, le sinus veineux et les veines caves d'une part, le cœur d'autre part présentent des contractions rythmiques; mais le rythme n'est pas concordant de part et d'autre de la ligature.