‹ Eléments de physiologieChapitre 73 sur 379 · LE REPAS FICTIF ET LA SÉCRÉTION GASTRIQUE · texte numérisé non relu

LE REPAS FICTIF ET LA SÉCRÉTION GASTRIQUE

gastrique étant ouverte, on constate l'absence totale de sécrétion pendant les 5 à 6 premières minutes qui suivent le début du repas fictif, puis l'établissement d'une sécrétion gastrique, à partir de la ?>•' ou de la 6« min., que le repas fictif continue ou ait seulement duré 2 min. — Peu abondante tout d'abord, la sécrétion s'accélère et se maintient pendant 1 à 2 heures, en diminuant progressivement vers la fin. Au moment où cesse de se produire cette sécrétion, un nouveau repas fictif provoque une nouvelle sécrétion, identique à la première, avec un retard de îi min., etc. On peut ainsi recueillir chez un chien de taille moyenne à la suite d'un repas fictif, 100 à 300 ce. d'un liquide clair, très acide (de 4,« à î),() pour 1000 HCl), contenant manifestement de l'acide chlorhydrique libre (se dégageant en vapeurs dans le vide) et doué d'un pouvoir peptique énergique. La sécrétion gastrique ainsi produite est évidemment réflexe; — les voies centrifuges du réflexe doivent être cherchées dans les nerfs de l'estomac, c'est-à-dire dans les filets gastriques des vagues et des grands splanchniques. La sécrétion gastrique so produit à la suite du repas lictif, chez l'animal dont les splanclnii([ues sont .sorlioiinés; donc, c(?s nerfs ne contiennent jias les voies centrifuges du réflexe. La sécrétion gastrique ne se produit plus, à la suite du repas fictif, chez l'animal dont les vagues s<mt sectionnés; donc ces nerfs contiennent vraisemblablement les voies centrifuges du réflexe. Toutefois la section des vagues provoque des troubles graves (douleur intense, modification du rythme du cœur, troubles circulatoires, etc.), qui pourraient réagir sur la sécréti<»n gastrique et l'inhiber; aussi convient-il d'établir le rôle des vagues dans cette sécréticni par des ex[M''rien<'es précises. On ne peut prali<iu(îr la section cervi- Cfile (les (Unix vagues, qu(ilques jours avant r<'xpéricnce du repas fictif, parce (jue l'animal ne survit jias à la doubla' vag()tomie plus d'un ou deux jours; - on ne p«'ut sectionner les vagues au-dessous du diaphragme, parce que quelques filets gastriques ont déjà (luitlé le

iG4 LE suc OA8TR10UK

tronc du norf, pour pénétrer dans les tuniques œsophagiennes; — mais on peut sectionner les vagues à la partie supérieure du thorax, au-dessous du point d'émission <los filets cardiaques; dans ces conditions, la sécrétion gastrique ne se produit pas, à la suite du repas fictif. La démonstration peut recevoir une forme frappante : sur un chien gastrotomisé et œsophagotomisé, on pratique la section thoracique supérieure d'un vague; on attend ([uehjues Jours; on prépare le second vague, au niveau du cou, et on le charge sur un lil, au fond de la plaie, sans U; lier. On donne au chien, ainsi préparé, un repas lictif et on assiste à réUiblissementde la sécrétion réflexe ; on attire le nerf au moyen du fil, et on le sectionne : la sécrétion s'arrête immédiatement.

Le rôle du vague dans la sécrétion est confirmé par les expériences d'excitation. — 1° Si, chez un chien gastrotomisé et œsophagotomisé, on pratique la section thoraci(jue supérieure d'un vague, puis la section cervicale du second vague, on peut, par l'excitation du bout périphéri<iue de ce second vague, au moyen de courants d'induction lancés de seconde en seconde, faire apparaîtra;, avec lin relard de 0 à 7 minutes, une sécrétion qui cesse, quand on cesse d'exciter le nerf. — 2® Le culde-sac de Heidenhain et le cul-de-sac de Pawlow diffèrent en ce que le second a consei*vé son innervation vague, que le premier ne possède plus. Le second sécrète à la suite d'un repas lictif; le premier ne sécrète pas, (^es observations établissent nettement le rôle de condiicltMir centrifuge du vague, dans la sécrétion gastrique réflexe, produite par le repas fictif.

Le vague peut intervenir dans la sécrétion gastrique soit comme nerf moteur gaslri<|ue, les contractions de la paroi gastrique délcnninanl une expression de suc accumulé dans les glan<les; — soit comnie nerf vaso-dilatateur gastrique l'afilux pins <'onsiil('MMt)Ic «lu saiif; provo(|uant une oxsurlalion |>tus grande; de sur; — snil conirur, nerf sévréfoire. La |»n;niière liypotlièsc est inadmissible, étant donnés la quantité du suc sécrété, la durée de la sécrétion et le retard

L*ORIGINB DE LA SÉCRÉTION PSYCHIQUE i65

dans l'apparition des première gouttes de suc; — la seconde hypothèse est inadmissible, car la section des vagues, supposés vaso-dilatateurs, ne devrait produire aucune modification de sécrétion, les vaso-dilatateurs n'ayant pas de tonus. Les vagues sont donc des nerfs sécrétoires gastriques. Cette conclusion est appuyée par les expériences faites sur l'animal atropine : le repas fictif est inefficace à produire u^e sécrétion gastrique, chez le chien atropine, comme chez le chien à vagotomie double. L'atropine supprime l'action sécrétoire exercée sur les glandes gastriques par le vague, comme elle supprime l'action sécrétoire exercée sur la sousmaxillaire par le nerf tympanique.

Parmi les phénomènes bucco-pharyngiens du repas fictif, nous devons rechercher V origine du réflexe sécrétoire gastrique. Ce n'est pas la mastication, car le chien auquel on donne de petits morceaux de viande les avale sans les mâcher, et pouitant la sécrétion gastrique se produit. Ce n'est pas la déglutition ; ce n'est pas Virritation mécanique des parois buccales, car le chien peut recevoir et déglutir des substances non alimentaires (fragments d'épongés, p. ex.) sans que se produise la sécrétion. C'est la gustation qui est le point de départ du réflexe : la sécrétion se produit surtout à la suite d'un repas de viande ; elle se produit encore, moins accentuée toutefois, à la suite d'un repas de pain ; elle ne se produit pas à la suite d'un repas de viande imprégnée de moutarde, substance qui répugne au chien.

La sécrétion gastrique réflexe a donc son origine dans le phénomène sensoriel de la gustation. Cette conclusion est appuyée par les faits suivants. — 1® Il suffit souvent de montrer ou de faire sentir à un chien affamé de la viande, pour provoquer une sécrétion gastrique (toutefois si la sensation gustative provoque toujours une sécrétion, les sensations visuelle et olfactive ne sont pas toujours efficaces, et quand elles le sont, la sécrétion est toujours moins abondante, moins prolongée, le suc est toujours moins riche en acide et en pepsine qu'à la suite de la gustation). — 2<* Dans les cas où la vue et l'odeur des

166 LE suc GASTRIQUE

alimrnts |)rovo(|U(inl uihî srnvtion iîastrirjuo, il y a <lrs din'érences qualitatives (ît quantitatives de la sécrétion, d'un sujet à un autre, et, chez le même sujet, suivant son état Cjeûne, maladie, etc.), comme il y a des différences analogues dans tous les phénomènes psychiques. [Ia môme (•hos(; a été constatée chez les hommes k fistule gastrique : les uns sécrètent du suc gastrique, parce qu'ils ont vu ou senti des mets savoureux ; les autres n'en sécrètent pas.) On est dès lors autorisé à désigner la sécrétion gastrique, qui se produit à la suite du repas fictif, sous le nom de sécrétion psychique.

La sécrétion psychique a été longtemps méconnue : on attribuait à l'action mécanique, exercée par les aliments sur le paroi gastrique, le rôle d'excitant de la sécrétion. Cette hypothèse est inexacte ; en effet : 1° Si, par une fistule gastrique, on introduit une baguette de verre, pour frotter la muqueuse, on voit celle-ci rougir, mais on ne recueille pas trace de suc gastrique. 2" On ne provoque pas de sécrétion gastrique en gonflant et dégonflant alternativement un ballon de caoutchouc introduit par une fistule dans l'estomac. 3® Si, par une listule, on introduit du pain dans l'estomac ou dans un cul-de-sac isolé de lleidonhain ou de Pawlow (en cachant la manœuvre à l'animal, pour éviter toute sécrétion psychi(|U(; visuelle), il n'y a pas de sécrétion et le pain n'est pas digéré.

Y a-t-il même une sécrétion gastrique d'origine gastrique, et toute la sécrétion gastrique ne se réduit-elle pas à la sécrétion psychique? Les faits suivants répondent à ces questions. 1° La sécrétion psychique dure de 1 h. 1/2 à 2 h. Si, à un chien porteur du cul-de-sac de Pawlow, on fait prendre un repas réel, on voit la sécrétion du cul-de-sac débuter 5 min. après le commencement du n;j)as et durer 8 à 10 h. La sécrétion psychique a donc été com[)létée par une sécrétion secondaire, dont l'origine est nécessairement gastrique. — 2" Si, chez un chien porteur du cul-de-sac de Pawlow et d'une listule gastrique, on introduit dans l'estomac des

Page 1