LES MICROORGANISMES ET LA DIGESTION
^Sommaire. — Les microbes peuvent transformer les matières alimeo- . tairos. Les microbes no sont pas nécessaires à la digestion. Les
microbes uo sont pas des auxiliaires des glandes digestives ; ce sont
des parasites.
On a émis Thypothèse que les microbes intestinaux inte^ viennent dans Tacte digestif comme auxiliaires puissants des sucs digestifs. On a même posé cette question : one digestion normale serait-elle possible chez un animal dont le tube digestif ne contiendrait pas de microbes?
On sait que les microbes peuvent digérer les aliments par des diastases qu'ils sécrètent, identiques à celles des saci digestifs normaux. De nombreux microbes produisent um amylase, capable de saccharifier l'amidon, comme l'amylaie salivaire ou Tamylase pancréatique. On ne connaît pas de microbes sécrétant de la pepsine; mais on en connaît beaucoup sécrétant de la trypsine. On n'a pas étudié les Upaseï microbiennes, mais leur existence est démontrée par ta présence d'acides gras dans les fèces des animaux prÏTéi de bile et de suc pancréatique. Enfin on a trouvé rinvertîM chez beaucoup de microbes. Les microbes peuvent donc agir comme les sucs digestifs sur les substances sucréeSt amylosiqucs, protéiqucs et grasses. Le font-ils? C'est a» moins possible. Dans quelle mesure *le font-ils? LA est tout l'intérêt de la question.
: L'intçrvention des microbes ost-elle indispensable h l'accomplissement des digestions normales? — Assurément non, car les sucs digestifs fournissent en abondance les diastases que les microbes ne fabriquent qu'en quantité minime el avec une grande lenteur. Nous savons en quelle abondance s'écoulent, au moment de la digestion, les sucs salivaire* gastrique, pancréatique ot intestinal; nous savons avec quelle énergie ces sucs transforment les aliments : une goutte de suc ]).ancr(''atique snccharifîc en quelques secondes !0 ce.
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d'une solution d'empois d'amidon ; le suc pancréatique peptonise la fibrine en quelques minutes; le suc intestinal dédouble la saccharose avec une grande rapidité. Ces mêmes substances, soumises à l'action des microbes intestinaux, se transforment, il est vrai, mais avec une vitesse inflniment moindre : c'est donc que vraisemblablement dans l'organisme, la transformation digestive sera faite avant que les microbes aient pu intervenir.
Si on fait ingérer à un animal des substances aseptisées, si même on ajoute à ses aliments des antiseptiques, pour réduire au minimum les microbes intestinaux, on n'observe aucun trouble digestif. Le suc gastrique d'ailleurs n'estil pas un antiseptique et ne détruit-il pas, pour une part tout au moins, les microbes apportés par les aliments?
L'expérience fondamentale a été faite : elle consiste à nourrir avec des aliments aseptiques, des animaux ne contenant pas de microbes dans leur tube digestif, en les maintenant dans une enceinte aseptique et leur faisant respirer un air aseptique. De jeunes cobayes ont été extraits de l'utérus maternel par une opération césarienne aseptique, et introduits dans une enceinte aseptisée, dont l'air se renouvelait à travers une bourre de coton. L'alimentation était composée soit de lait stérilisé à l'autoclave, soit d'un mélange stérilisé de lait et de biscuits anglais. Après 8 jours, les animaux, en parfaite santé, avaient digéré normalement et augmenté de poids : le contenu intestinal fut vérifié stérile.
Les microbes intestinaux ne sont donc pas indispensables à la digestion. Sont-ils même des auxiliaires des sucs diges. tifs? Nous ne le croyons pas. Ils se développent dans un milieu riche en produits de digestion des aliments. Or nous savons que si dans un milieu de culture se trouvent de l'amidon et de la maltose, de la saccharose et des glycoses, des protéiques naturelles et des protéoses, les microbes consomment la maltose, les glycoses et les protéoses, avant d'attaquer l'amidon, la saccharose, les protéiques. Les microbes ne fabriquent pas à l'aveugle leurs diastases : ils semblent proportionner leur activité sécrétante à leurs besoins et aux qualités du milieu ambiant. Dans le tube digestif, les microbes seront donc bien plus des consommateurs des produits de la digestion physiologique que des producteurs de ces produits; ce ne sont pas des auxiliaires, ce sont des ]>arasites; ils ne viennent pas en aide à l'organisme digérant, ils utilisent ce que l'organisme a transformé.
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Il y a plus : dans Pintestin, les microbes vivent surtout anaérobiquemcnt, car l'oxygène est absent ou rare; ils empruntent à des dédoublements variés l'énergie chimique dont ils ont besoin; et, comme ces dédoublements libèrent peu d'énergie ils doivent porter sur une quantité considérable de matière; les microbes sont des ferments, c'est-à-dire décomposent beaucoup, non pas pour se procurer de la matière, mais pour se procurer de l'énergie. Les microbes sont donc des parasites qui dépensent beaucoup, ce sont des parasites coûteux.
On peut mettre en évidence l'activité chimique des microbes intestinaux. Les sucs gastrique et pancréatique font des protéoses et, par une action prolongée, le suc pancréatique fait des acides amidés; mais aucun suc digestif ne fait de l'ammoniaque, du phénol, du crésol, de l'indol, du scatol; — aucun suc digestif ne fait des gaz, acide carbo* nique, hydrogène, azote, etc. Or tous ces produits se trouvent dans l'intestin. Aucun suc digestif ne digère la celluloae, or la cellulose disparaît en partie dans l'intestin des herbir vores : elle fermente sous l'influence des microbes qui en retirent de l'acide carbonique et du gaz des marais.
Parmi ces produits de fermentations microbiennes intes' tinales, un certain nombre est éliminé avec les fèces; mais d'autres sont absorbés, pénètrent dans le sang et nuiraient à l'organisme, si ce dernier ne disposait de procédés divers lui permettant de les neutraliser ou de les éliminer rapidfr ment. Les microbes intestinaux ne sont pas seulement des parasites coûteux, ce sont des ennemis dangereux.