CHAPITRE H
PHÉNOMÈNES CHIMIQUES DE LA DIGESTION GASTRIQUE. ACTION DU SUG GASTRIQUE
Les phénomènes que nous allons décrire consistent essentiellement dans l'action exercée sur les aliments par le sue gastrique, 11 ost donc nécessaire d'étudier tout d'abord ce liquide,
Moyens employés pour se procurer le suc gastrique naturel. — Les anciens observateurs avaient rocours à dos procédés Lout à fait insuffisants, Réaumue (4749), faisait ingérer à des oiseaux carnivores, des fragments d'éponge enfermés dans des sphères métalliques lenétrées el, après un séjour plus ou moins prolongé, il on obtenall la restitution en adrainistrunt un vomitif à l'animal. Spallanzuni envoyail aussi des éponges dans l'estomac des animaux d'expérience, mais 1] Les relenait caplives à l'oxtréinité d'un fil pourles retirer plus aisément quand illesjugeait suffisamment imprégnées,
Les fistules gastriques. — Aujourd'hui on emploie la méthode dés listules gastris ques inaugurée par Blondlot et par Bassow. Elle consiste à ouvrir l'estomac an dehors par un orifice dont los bords se soudent ot se cicatrisont avoc eoux de l'orifice de la plaie abdominale, La fistule ainsi obtenue est, d'aïlleurs, pourvue d'une canule à rebords saillants que l'on maintient fermée, en dehors dés moments de l'observation,
Blondlot opérait la fistule, en deux temps, sur un chien en pleiné digestion, et d'après le manuel opératoire suivant :
Tous ces éléments sont dissous dans l'eau, qui intervient dans uneproportion. considérable. Nous ne reviendrons pas sur la présure, qui a déjà été étudiée à propos de la digestion du lait; muisil convient des’arrêter eur Les autres principes.
De la pepsine. — La pepsine est un ferment soluble. On la prépare aujourd'hui, soit par le procédé de Wittich, soit pur le procédé de Brucke. Dans le premier cas, la muqueuse gastrique, lavée et découpée en petils fragments, est mise en macération dans la glycérine et portée à l'étuvo à 38° ou 40, Au bout de quelque temps la liqueur est traitée pur l'alcool qui précipite la pepsine. Le précipité obtenu par filtration est soumis & un lavage qui le redissout. On procède ainsi à une série alternante de précipités et de lavages qui donnent une popsine de plus en plus pure, mais on ne parvient jamais à isoler ce ferment à l'état de pureté complète. Le procédé de Brucke, qui rappelle celui de Conheim pour la préparation de la diastase salivaire, ne donne pas, sous ce rapport, de meil= leurs résultats, La liqueur résultant de la digestion à 40° de la muqueuse stomacalé dans l'acide phosphorique étendue d'eau, est neutralisée par ln chaux: il se forme du phosphate de chaux qui se précipite et entraîne mécaniquement la pepsine. Le précipité est lavé et dissous dans l'acide chlorhydrique dilué. Le liquide ainsi obtenu est traité par la cholestérine dissoute dans quatre par ties d'alcool et une partie d’éther, La cholestérine se précipite et entraîne la pepsine avec elle, On lave le précipité a grande eaw ot on Le reprend pur l'éther pour enlever lu cholestérine. La pepsine s'obtient, ensuite, par évaporation de la partie aqueuse après qu'on a énlevé la couche éthérée par décantation.
Krasilnikoif obtient la pepsine par dialyse en agissant sur le suc gastrique pur; elle est ensuite desséchée dans le vide et conservée à l'état de poudre,
C'est à In pepsine que le suc gastrique doit son pouvoir digérant ; elle atteint son maximum d'action à 38°, s'affaiblit à 40°, et perd toutes ses propriétés à BO', Elle n'agit pas en milieu alealin et y perd définitivement ses propriétés physio= logiques.
De l'acide du sue gastrique. — Lu question de l'acide du sue gastrique à été une grosse question et très obscure tant qu'on fut privé d'une technique certaine pour fixer la nature de cet élément. On a longtemps soutenu que le sut gastrique doit son acidité à l'acide lactique (Lehmann, CI. Bernard, Smith, La borde). Disons, tout de suite, que celte opinion repose sur la présence assez fréquente de l'acide lactique dans l'estomac, mais que la production de co corps est tout nccidentolle ot se rattache à la fermentation des hydrates de carbone. L'ensemble des faits introduits dans ces dernières années prouve: 4* que l'acide du sue gastrique est l'acide chlorhydrique; % que ce corps est, au moins partiellement, à l'état de liberté.
considérable ; ils sont tous deux indispensables, en sorte que nous nous trouvous, pour la première fois, en présence d'un ferment soluble qui ne peut agir seul et qui réclame le concours d'un agent auxiliaire.
Rôle de la pepsine. — La nécessité de l'intervention de [a popsine est démontrée par la constatation suivante, Quand de l'albumine on de la Abrine sont mises en présence de l'acide chlorhydrique dilué (à 2 p. 1000), elles sont Jentement dissoutes et on pourrait croire qu'elles sont digérées; mais d'une part, Ta dissolution de ces principes immédials réclame un temps très long, plusieurs jours, pour s'achever, alors que la digestion s'effectue en quelques heures, et d'autre part, l'albumine est précipitée quaud on neutralise la liqueur acide où elle s'était péniblement dissoute, Elle n'était donc point transformée en pepe tone. Pour opérer cette transformation il suflit d'ajouter une faible quantité de pepsine. L'ucide du sue gastrique est donc incapable, en agissant seul, d'opérer la peptonisation des substances albuminoïdes. Son intervention n'en est pas moins indispensable.
Rôle de l'acide. — Ce rôle est étubli par l'expérience suivante de Schiff. Quand on a préparé un suc gastrique artificiel complet et par conséquent capable de digérer rapidement une substance albuminoïde quelconque, il suffit de le nou= traliser exactement par l'addition d'un sel alcalin pour lui enlever tout son pouvoir digérant,
État de l'acide pendant la digestion. — L'acide chlorhydrique agissant dans une digestion n'est pas, au moins entièrement, à l'état de liberté; il est dou= blement lié à la pepsine et au principe albuminoïde, formant ainsi une double association organique,
La combinaison ehlorhydropeptique est établie par les faits suivants: l'acide chlorhydrique dilué dans l'eau intervertit le sucre de canne. Le sue gastrique st incapable d'opérer cette transformation (Laborde). Il n’est donc pus libre,
L'acide eblorhydrique diffuse facilement ct rapidement; un mélange d'side ehlorhydrique et de pepsine, ne diffuse que très péniblement et très lentement. (Richel). L'acide est, dans co cas, retenu par la pepsine qui est irès peu où pas diffusible.
La combinaison chlorhydropeptique paraît donc bien établie. Or cette combinaison n'agit utilement que sur l'acide-albumine, Un mélange de ehlorhy= dropepsine et d'albumine crue et neutre ne présente, le lendemain, aucune trace de digestion (Herzen), Par contre, de l’acide-albumine offerte à une solu &on chlorhydropeptique est complètement digérée en quelques heures (Herzen).
La chlorhydropopaine digère également l'albumine euite, et comme elle digère aussi l'acide-albumine précipitée par neutralisation, c'est-a-dire l'albu= mine qui à été fixée par l'acide, on est conduit à admettre que celui-ci impose & l'albumine une modification analogue à celle que détermine la cuisson,
Dans la digestion normale, pos plus que dans les digestions artificielles, la, quantité d'acide ehlorhydrique, présente dans lesuc actif, ne suffrait pas à Pxer la totalité de l'albumine introduite; on est donc invinciblement conduit & admettre qu'il renouvelle incessamment sa combinaison organique, ct que, libéré par la poptonisation de l'albumine qu'il avait d'abord fixée et modiliéo, il reste constamment disponible pour de nouvelles associations. Ce serait Ja. une sorle de circulation dans laquelle le même acide agirail par étapes success sives eur La masse d'albumine qu'on lui donne à modifier, Getle circuletion
1s DE LA DIGESTION GASTRIQUE,
la muqueuse gastrique. On la caractérise à l'aide de l'acide carbonique qui l'altère profondément et enlève aux infusions qui la tiennent en dissolution, la possibilité d'acquérir le pouvoir digérant (Langley). La propepsiné, d'autre part, serait caractérisée par son extrême altérubilité an présence de la soude qui laisse la pepsine intacte (Langley).
Des substances peptogènes, — Il résulterait des recherches de Schiff que la produetion de la pepsine par les glandes de l'estomac dépendrait de l'absorption préalable de certaines substances telles que la dextrine, la gélatine, les os, la peptone, Ainsi, après une période d'abstinence assez longue, la muqueuse stomacale ne donnerait pas de sue uctif. Schiff en conclut que le sang est épuisé de ses substances peptogènes. Que si on fait une injection intraveineuse de dextrine ou, si seulement on administre cette substance par le rectum, les glandes de l'estomac se chargent de ferment et le suc gastrique devient actif. Chose singulière, les peptogènes apportées dans l'intestin grêle à l'aide d'une sonde introduite par une fistule gastrique séraientcomplètementinefficaces.
La théorie des peptogènes, fort contestée dans le principe, a été reprise avoc sucoës par son auteur et par son élève Herzen. Il est bien entendu, d'ailleurs, que, d'après ce que nous avons vu dans le paragraphe précédent, l'influence des peptogènes ne s'exerce directement que dans la production de la propepsine,
De 1a théorie des spéclalisations glandulaires de l'estomac, — Les sécrélions du ferment et de l'acide du suc gastrique se produisent, nous venons de Le voir, par des actes indépendants et isolés. C'est sans doute cette indépendance dans los actes qui a inspiré & Hoidenhain la théorie de la spécialisation fonctionnelle des cellules glandulaires, théorie d'après laquelle la pepsine et l'acide auraient des origines épithéliales différentes, Pour préciser, les culs-desac glandulaires de l'estomac sont tapissés, en dehors des cellules caliciformes qui on forment le col, par deux sortes d'éléments ; 4° los cellules principales (Heïdenhain) où adélomorphes (Rollet), petites, a contours indistincls, et cireonscrivant immédiatement la lumière du tube glandulaire ; 2° les cellules bordantes (Heidenhain) où délomorphes (Rollet), volumineuses, à contours vigaus veux, avides de matière colorante et reposant sur la membrane d'enveloppe, Or, dans la théorie d'Heidenhain, ln pepsine serait sécrétée par les cellules prin« cipales tandis que Les cellules bordantes seraient spécialement préposéos à Ja sécrétion de l'acide, On invoque à l'appui de ces spécialisations un certain nombre de faits : chez les grenouilles, la muqueuse æsophagienne est pourvue de glandes excel: ment constituées par des cellules principales et ne séerés terait que de la pepsine, Par contre, les glandes gastriques, qui ne renferment que de grosses cellules borduntes, ne produiraient que de l'acide (Swiecicki), La première partie de cette proposition est exacte, Si on emprisonne entre deux ligatures des fragments de viande dans l'œsophage de la grenouille, après quelques heures de séjour, ces fragments ne sont pas digérés, il est vrai, mais suffit de les plonger dans l’eau acidulée à 2 ou 3 p. 1 000 pour Les transformer on poptonos (Contejean], On peut done présumer qu'ils s'étaient chargés de. pepsine pendant la durée de leur séjour dans l'œsophage. Quant aux glandes de l'estomue, quoiqu'elles ne renferment que des cellules délomorphes, elles fournissent un suc gastrique complet. Des morceaux de viande enfermés dans l'estomac d'une grenouille par la double ligature du cardia et du pylore sont bel et bien digérés (Contejeun).
en effet de curieuses expériences de Schiff montrant l'influence favorable de la dilution dans les digestions £a vivro. Schiff partage la muqueuse d'un chien en dix parties égales qui servent à faire une série d'infusions acidulées à dilution croissante, Or le pouvoir digérant de ces infusions va augmentant avec le degré de la dilution jusqu'au neuvième terme, qui répond & 20 kilogrammes d'eau acidulée. Cette masse de sue gastrique artificiel peut digérer 7 kilo=
d'albumine ; il en résulte que la totalité de la muqueuse est capable de digérer 70 kilogrammes d'albumine. Le sue normal n'attéint pas, Lant s'en faut, une pareille puissance, mais par sa concentration relative il agit avec plus de rapidité. Le pouvoir digérant d'un sue gastrique se manifeste, en effet, par deux expressions : la quantité absolue d'albumine dissoute et la vitesse de la dissolution, Or ces deux expressions sont en ruison inverse l'ane de l'autre.
Agitation. — Elle intervient pur un effet mécanique sur lequel il est inutile d'insister.
Dialyse. — Quand on observe la marche d'une digestion in vitro on constate qu'elle subit plusieurs temps d'arrêt. Elle s'arrête, une première fois, par insuffisance d'eau et une deuxième fois, par insuffisance d'acide. Elle recommence dès qu'on introduit ces deux principes en quantité convenable. Le troisième temps d'arrêt a une cause très particulière; il est dû à l'aceuraulation des peptones. Il suffit, en effet, d'enlever celles-ci à l'aide d'un dialyseur, pour voir la digestion reprendre son cours. Aussi, quand on vout instituer Corrocto= ment une digestion artificielle, a-t-on soin de compléter l'appareil par un dialyseur.
Digestion naturelle. — Toutes les conditions favorables que nous venons d'énumérer sont réunies dans la digestion gastrique in vivo. La température du viscère est précisément celle qui convient le mieux à l'action de la pepsines l'acidité du suc gastrique et la dilution de ses principes actifs y trouvent un mesure on ne peut plus convenable ; ln masse en digestion est soumise à uné agitation permanente, grâce aux contractions de la tunique charnue el aux mouvements de l'estomac. Enfin l'accumulation des peptones est empéchée soit par l'effet de l'absorption, soit pur l'écoulement du chyme dans l'intestin, au fur et à mesure de son élaboration.
Résistance de l'estomac à l'auto-digestion. — Cette résistanco a été attribuée à l'influence protectrice de trois agents : le mucus, l'épithélium de la muqueuse et le sang cireulant.
Le rôle du mucus ne saurait étre invoqué. Les aliments contenus dans l'estomac son!, on effet, souvent enveloppés d’une couche épaisse de mucus qui ne les protège pas contre la digestion. D'autre part, l'estomac d'un chien digère avt une grande rapidité des mollusques vivants, comme des escargots ou des limacé qui cèdent à l'influence du suc gastrique, en dépit de leur abondante sécrétion muqueuso.
L'épithélium, dont l'influence ne saurait êtro complètement négligée, n'a pas un rôle indispensable, car si on l'enlève par le grattage avec l'ongle, comme l'a fait Schif sur un chien porteur d'une fistule gastrique, l'autodigestion nla pas lieu. On sait, d'autre part, que les plaies de l'estomac, comme celles de l'ins testin guérissent très rapidement sans donner lieu à la production d’ulcères.
Le rôle dusang et de lacireulation dans la défense de l'estomac contre]! digestion a été établi par les expériences de G. Gaglio, Viola et Gaspardi, Con