CHAP. IV. — DE L'ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE
oragemi éen actions Irès-différentes à cause de leurs différentes conductibilités. Mais, quand la foudre éclate, OD conçoit qu*elle frappe de préférence tous les meilleurs conducteurs; il importe peu qu'ils soient à découvert ou qu*ils se trouvent enveloppés dans Tinlérieur de quelques massifs moins bons conducteurs; Faction par influence n'est empêchée par aucun obstacle; elle se fait sentir sur un clou, au milieu d'une masse de pierres, comme sur une girouette eiposée au nuage : c'est ce principe qui explique une foule de phénomènes , d'abord incompréhensibles , que l'on observe dans les explosions de la foudre. Cette puissance semble agir avec une sorte de discernement, elle semble fuir ou respecter un objet qui se trouve sur son passage pour en aller frapper un autre qui est loin et caché; fous les accidents plus ou moins merveilleux que Ton rapporte à cet égard ne présenteront sans doute aucun embarras à J'observateur qui aura bien saisi les principes de la conductibilité et de Télectricilé par influence. # Après avoir indiqué les principales causes qui déterminent l'explosion de la foudre à la surface de la terre, nous essayerons d'examiner en général les effets qu'elle produit. Nous distinguerons ici comme dans les phénomènes des piles et des batteries , les efi^ts mécaniques , les effets physiques , et les effets chimiques.
Les e/jpsts mécaniques de la foudre sont d^une incroyable intensité : quand le tonnerre tombe dans un appartement , il arrive presque toujours que des meubles ou des ustensiles sont déplacés ou renversés ; on a TU souvent des pièces de métal arrachées de leurs scellements et transportées au loin ; les arbres sont quelquefois fendus et brisés , mais ordinairement ils sont marqués de la cime jusqu'au pied par un sillon de plusieurs centimètres de large et de plusieurs centimètres de profondeur; alors l'écorce et les fibres arrachées aont lancées à une grande distance ; au pied de l'arbre on voit souvent le trou par lequel les fluides se sont répandus dans le sol. Enfin , ce qui paraîtra tans doute encore plus surprenant, un observateur affirme que, par un coup de tonnerre, un petit mur de briques de plusieurs toises de longueur a été arraché de ses fondations et transporté tout d'une pièce d plusieurs toises de distance. De tels effets ne peuvent être expliqués par les lois ordinaires des attractions électriques, et nous avons indiqué (214) uu principe nouveau qui semble en donner la solution.
Les effets physiques sont plus analogues à ceux que nous pouvons produire avec nos batteries; ils se réduisent à une élévation de température plus ou moins grande. Quand le tonnerre tombe sur des toits de cbaume, sur des meules de fourrage , sur des charpentes sèches , ou même dans certains cas sur des arbres ▼erts, il carbonise les parties qu'il frappe , et trop souvent même il y met le feu et produit des incendies : je dois ajouter cependant que dans tous les arbres frappés de la foudre que J'ai eu occasion d'observer , il ne s'en est trouvé qu'un très-petit nombre qui offrissent
des traces de carbonisation. Les métaux, comme meil« leurs conducteurs, sont toujours fortement échaufiKs par le passage de la foudre; souvent même ils sont fondus ou volatilisés. Ainsi , il n'est pas rare de voir, dans une maison foudroyée , tous les cordons de sonnette réduits en fumée. Ces effets sont connus de tout le monde , et l'on devrait en profiler dans la pratique : on devrait prendre garde que, dans les fermes ou dans les maisons qui ne sont pas protégées par des paratonnerres, il ne faut qu'une pièce de métal, maladroitemebt placée , pour que le tonnerre en tombant détermine un incendie.
Les effets chimiques sont incomparablement plus intenses que ceux que nous pouvons produire avec nos batteries. Les coups redoublés de la foudre sur les sommets élevés des hautes montagnes laissent des traces de fusion très-sensibles. De Saussure en a observé sur la cime du Mont-Blanc , dans l'amphibole schisteux : Ramond, sur le pic du Midi, dans le schiste micacé; près de la cime du Mont-Perdu, sur un calcaire fétide mêlé de sablon quartxeux; et au Puy-de-Dôme, dans une espèce de porphyre qui compose la Roche sano* daire : enfin MM. de Uumboldt et Bonpland ont vu, sur la plus haute cime du volcan de Toluca, la surface da rocher vitrifiée sur une étendue de plus de deux pieds carrés; il y avait même en plusieurs endroits des trous dont l'intérieur offrait la même croûte vitreuse.
Voici un autre phénomène de fusion bien plus remarquable, qui a été observé et décrit avec beaucoup de soin parle docteur Wilhering(rrans.pAt/os.y 1790; et Ann, de Phys. et de Chim., tome XIX , page 595).
Le 3 septembre 1789, le tonnerre tomba sur un chêne dans le parc du comte d'AylesfOrd, et tua un homme qui avait cherché un abri sous cet arbre. Le bâton que ce malheureux portait à la main, et qui lui servait d'appui , fut, suivant toute apparence, la principale voie que suivit le fluide électrique, puisque le sol dans le point auquel le bâton aboutissait était percé d*un trou de 5 pouces de profondeur et 3 1/3 de diamètre. Ce trou, examiné peu d'instants après sa formation par M. Withering, ne renfermait que quelques racines brûlées de gazon. Là auraient probablement fini les ob» servations si lord Aylesfôrd ne s'était déterminé à faire construire une petite pyramide, dans le lieu même de l'événement, avec une inscription destinée à détourner les passants de chercher, en temps d'orage, un abri sous les arbres. Mais, en creusant pour les fondations, on trouva que le sol, dans la direction du trou, avait été noirci jusqu'à la profondeur de 10 pouces; deux pouces plus bas , le terrain quartxeux offrait des traces évidentes de fusion. Les échantillons, adressés à la Société royale avec le Mémoire du docteur Withering, se composaient :
1» D'une pierre quartzeuse dont un des angles avait été complètement fondu ;
20 D'un bloc de sable agglutiné par la chaleur, car il n'y avait aucune matière calcaire entre les grains.
UVRE \m ~ MÉTÉOROLOGIE.
Dans cette maite exiitait une partie creuse, où la ftaslon avait été si parfaite que la matière quartieuse, après a?oir coulé tout du loog de la cavité, présentait dans le fond une forme globuleuse;
5« De plusieurs pièces plus petites, mais toutes égà' lement trouées.
Enfin nous devons citer encore comme un effet chimique de la foudre ces tubes singuliers qui (wt été découverts dans les plaines sablonneuses de la Silésie, de la Prusse orientale, du Cumberland , et même du Brésil près de Babia. On les appelle tubts fltlminairêê, et tout nous porte à croire quUIs sont bien nommés.
Ces tubes ont , en général , 5 centimètres de diamètre extérieur, quelques millimètres de diamètre intérieur, et jusqu*à 8 ou 10 mètres de longueur; leur surface intérieure est un verre parfolt, uni et très-brillant, aemblable à Topale vitreuse; leur surface extérieure est rugueuse, pleine d^aipérités, et forme une espèce de croûte revêtue de grains de quarts agglutinés comme s*ils avaient éprouvé un commencement de fusion. On les trouve enfoncés dans le sable, tantôt verticalement, tantôt obliquement; quelquefois ils se terminent à leur extrémité inférieure par plusieurs branches semblables k des racines qui deviennent de plus en plus pointues; elles ont Jusqu^è 0",8S de longueur. Le docteur Ftedler, qui a fait beaucoup d*observations sur ce sujet intéressant {j^nnalêê dw Phjrsik, Gilbiit, t. LY et LXI), remarque qu*à une cerlalne profondeur au-dessous de ces plaines de sable , il 7 a des nappes d*eau , et il considère les tubes fulminaires comme produits par le passage de la foudre , depuis la surface du sol Jusqu*au liquide où elle doit être neutralisée. Toutes les circonstances Ju8qu*à présent observées concourent en effet à faire adopter cette origine des tubes fulminaires.
Si nous avons examiné séparément ces irùiê eft^têf ce n*est pas, comme on le pense bien, quMIs ne soient', en général, simultanés dans la plupart des explosions : il y a toujours froissement des parties, élévation de température, et par conséquent combinaison chimique, si les éléments voisins sont disposés à s^unir ou à se séparer sous ces influences.
Par exemple, quand des corps organisés sont foudroyés, c*est toujours la chaleur et la violence méca* nique qui sont les phénomènes les plus apparents. J*ai vu deux malheureux, frappés du même coup de foudre, au milieu d*un champ : Tun était mort sur le coup, Taulre eut à souffrir encore quelques heures; leurs vêtements étaient en combuslion, de profondes brûlures marquaient le passage des fluides , et le premier avait toute la partie osseuse de la tête brisée comme elle aurait pu Têtre par cent coups de massue. Ces effets effrayants sont ceux qui se reproduisent avec plus ou moins dMntensité dans tous les malheurs de cette espèce qui ont été observés, et dont tous les secours de la science ne peuvent affranchir Thumanlté.
Pour donner une idée plus complète des terribles effets de la foudre , uous rapporterons ici une relation
des malheurs arrivés à CSMli<tmi0<M>ir<ms«in, le 11 Juillet 1819. Cette relation fot adressés à TAcadémie des Miences par M. Trancalye, vic^ gèaéi^ de Digne.
« Il y a un village appelé Châteauneuf , dans rtmidissement de Pigne, département des Basses-Alpei, m sud^est, et limitrophe de la petite ville de Mouitien, connue par une manulacture de faïence, dont réma et la qualité Justifient la préférence qn*on lui acsorde sur toutes celles du royaume. Il est situé au sooHBetfl à Textrémité de Tune des premières nontagaci det Alpes qui forment un amphithéâtre sur Moustien. Il consiste en quatorae malsons réunies au presbytère et à réglise paroissiale , sur une éainenoe coup4e ^ks angles de deux autres montagnes , Tune au levant et Tautre au couchant. L'intervalle qui sépare le viUt|eie la montagne du levant est si étroit et si profoad^ respect en est effrayant. Cent cinq babitatlOM lost dispersées en hameaux, presque tous sur le pendiial de la montagne du levant, et fonntnt une popaltiioi de cinq cents âmes.
» Le 11 juUiet 1819, Jour de dlBaanche, M. SaloiBé, curé de Moustiers et commissaire épiscopal, alla l CUteauneuf pour y installer un nouveau recteur. Vertiei dix heures et demie, on se rendit en prooession éeb maison curiale i Téglise. Le tempe éuit beau : seai^ ment, on remarquait quelques gros nuages. Laiacut fot commencée par le nouveau recteur.
• Un Jeune homme de dix-huit ans, qui avait aeconpagné M. le curé de MousUers, chantait Pépltre, Ionqu*on entendit trois détonations de tonnerre qui se I8^ cédèrent avec la rapidité de Téclair. Le missel loi M enlevé des mains et mis en pièces; il se sentit lui-otee serré étroitement au corps par la flamme, qui le prit ie suite au cou. Alors, par un mouvement involonUire,» Jeune homme, qui avait d*abord Jeté de grands cm, ferma la bouche, fut renversé, roulé sur les persoooei rassemblées dans Téglise, qui toutes avaient été (émisées et Jetées ainsi hors la porte. Revenu à tai, fl première idée fai de rentrer dans Tégllse, pour seradre auprès de M. le curé de M oustiert , qu'U trouva si* phyxié et sans connaissance. Ce Jeune homme fixa iv ce respectable et infortuné pasteur l*attenUoo et les mw de ceux qui légèrement blessés, pouvaient doeoer dei secours. On le releva, on éteignit la flamme de soosor plis, et par le moyen du vinaigre on le rappela à Une environ deux heures après son étourdiasament. U Tonil beaucoup de sang. Il assure n*avoir pas enteudu le tesnerre, et n'avoir rien su de ce qui se passait. On le pofU au presbytère. Le fluide électrique avait touché fori^ ment la partie supérieure du galon d'or de son étote, coulé Jusqu'au bas, enlevé un de ses souliers qu'il poru à l'extrémité de T^Iîm, et brisé la boucle de asétaLU siège sur lequel il était assis avait été brisé.
» Le surlendemain, M. le curé fot transporté dans m presbytère, à Moustiers, pour être pansé de ses Musures, qui n'ont été cicatrisées que deux mois après, fl