CHAP. I. — CONDUCTIBILITÉ ÉLECTRIQUE
Jongueur, et quelles qiie soient les circonTolutions qu'on lui fasse parcourir ; 2® que, s'il est interrompu quelque part, par du verre ou de la soie, il ne montre plus d'électricité au delà de cette interruption; 3" et que, s'il touche au sol ^ il jie donne plus aucun signe électrique, car le sol est assez bon conducteur pour que l'électricité s*y répande, se dissipe au large sur toute sa surface, et de là se communique à l'édifice entier, ou même an globe de la terre.
Il résulte de là que l'air est un corps non conducteur ; car, s'il était conducteur , comme le métal , l'électricité développi'e par le frottement passerait du corps frotté dans l'air qui l'environne, et se disperserait à l'instant dans toute la masse de l'atmosphère.
L'eau et la vapeur d'eau sont de bons conducteurs : un corps électrisé donne toute son électricité à l'eau dans laquelle on le plonge, ou à la vapeur d'eau bouillante à laquelle on l'expose. C'est pourquoi l'électricité , qui se conserve Fongtemps dans l'air sec, se dissipe promptement dans l'atmosphère quand l'air est humide.
Le corps humain est aussi un bon conducteur : quand un homme est debout sur un mauvais conducteur , conune un gâteau de résine, il s'électrise dans toute son étendue, en touchant avec la main les corps électrisés ; et , quand il touche au sol , il ne conserve rien de rélectricilé qu'il prend au corps; il la transmet au sol où elle va se perdre. Cette propriété nous explique pourquoi les métaux ne s'électrisent point lorsqu'on les tient à la main nue, puisque leur électricité doit se dissiper à mesure qu'elle se développe.
Les plus mauvais conducteurs deviennent d'assez bons conducteurs lorsqu'on les humecte de quelque vapeur aqueuse : c'est pourquoi il faut chauffer les corps pour les sécher avant de les soumettre au frottement ; alors le moindi*e contact les électrisé, et même la main sèche jouit de cette propriété; en passant, par exemple, un tube de verre, im ruban de soie ou une bande de papier entre les doigts, on leur donne une grande force électrique.
La conductibilité électrique des différents corps dépend donc d'une cause permanente , qui est la nature de leur substance ; mais elle dépend aussi de plusieurs causes accidentelles dont il est difficile de mesurer l'influence. Ainsi, au lieu de dire que les corps sont conducteurs ou non conducteurs, il est plus exact de
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dire qu'ils sont bons conducteurs ou mauyais conductems ; car il n'existe pas un corps qui soit non conducteur absolu. Les plus mauTais conducteurs sont la gomme laque, la soie, le Terteet les résines; on les appelle aussi corps isolants^ parce que les corps ëlectrisés qui reposent sur eux sont véritablement isolés ou séparés du sol, et conservent longtemps l'électricitë qu^ils possèdent. Les métaux sont les meilleurs conducteurs que Ton connaisse : nous verrons qu'un fil de métal, de plusieurs lieues de longueiu*, s'électrise à l'instant dans toute son étendue, lorsqu'un peu d'électricité est développée ou déposée sur un seul de ses points. Entre les plus mauvais et les meilleurs conducteurs se trouve l'infinie variété des corps de la nature ayant tous des degrés de conductibilité différents.
208. D«s ëeox espéees d*él««trlelté. — Un corps (Hectrisé repousse un corps léger auquel il vient de communiquer de son électricité. En effet , prenons un pendule isolé (c'est le pendule de la figure 1 , dont le support est de verre et dont le fil de suspension est de soie ) : dès que nous approchons un tube électrîsé, la balle de sureau est fortement attirée; mais vient-elle toudier le tube et se coller à lui pendant quelques instants , aussitôt elle est repoussée ^ et repoussée à distance comme elle était attirée d* abord. Cette répulsion de la balle est produite par l'électricité qu'elle a prise au tube ; car, en la touchant avec la main pour la remettre à Tétat naturel, elle est attirée de nouveau, et de nouveau repoussée dès qu'elle est venue au contact ; et ce qui en est une preuve encore plus frappante, c'est qu'alors elle attire les (^orps naturels , ou plutôt elle est attirée par eux, parce qu'elle est plus mobile. Cette expérience peut être faite avec l'électroscope de Coulomb , ou avec Taiguille électrique en V isolant ^ ou avec une feuille d'or qui flotte dans l'air. Dans tous les cas, chaque corps électrique, quel qu'il soit, repousse toujours le corps léger qu'il vient de toucher.
Mais si l'on prend deux pendules isolés (Fie. 6), l'un qui soit électrisé par le verre et repoussé par lui , l'autre électrisé par la résine et pareillement repoussé par elle, on observe ce phénomène remarquable : que le verre attire puissamment le pendule qui a été électrisé par la résine, et pice persa^ que la résine attire aussi très- vivement le pendule qui a été électrisé par le verre; peut même constater que les pendules s'attirent l'un l'autre ,
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taudis que deux pendules touchés avec le même corps électrique se repoussent mutuellement (Fig. 5). Donc, l'électricité du verre et celle de la résine ne sont pas identiques, puisque chacune attire ce qui est repoussé par Tautre.
Ces deux électricités , difTérentes dans leur origine et dans leurs effets, doivent porter aussi des noms différents : la première est appelée électricité çitrée^ et la seconde électricité rcsineuse.
Ainsi, nous sommes conduits à cette conséquence importante : qu'il y a deux électricités telles que chacune se repousse et attirç Vautre.
Sans avoir éprouvé les autres corps, nous pouvons être assurël|i d'avance que leur électricité est résineuse ou vitrée, car s'ils agissent sur un pendule élcctrisé, il faut bien qu'ils le repoussent ou qu'ils l'attirent : c'est, au reste, ce qu'il est facile de vérifier sur tous les corps. Cette belle découverte des deux électricité a été faite par Dufay, physicien français, en 1733 {Mém. de V Académie des sciences^ 1733).
Quelques physiciens donnent à l'électricité vitrée le nom d'electricité positive j et à l'électricité résineuse celui ai électricité négatii^e. Il nous arrivera souvent d'employer ces dénominations, bien qu'elles tiennent à un système où l'on essaye d'expUquer tous les phénomènes par une seule électricité, qui serait tantôt e/i excès ou en plus ^ tantôt en défaut ou en moins.
209. Des fluides électriques et de l'état naturel des eorps. — De la rapidité avec laquelle l'électricité se répand sur toute l'étendue des corps conducteurs, on conclut qu'elle est un fluide excessivement mobile; et de l'opposition qui existe entre les électricités du verre et de la résine, on conclut que ce fluide est double, c'est-à-dire qu'il y a deux fluides électriques, conune il y a deux fluides magnétiques. Ces deux fluides, combinés entre eux par leur attraction mutuelle, ou neutralisés l'un par l'autre, constituent Y état naturel des corps j mais viennent-ils à être décomposés ou séparés par une cause quelconque, les actions conti-aircs qu'ils exercent au dehors ne peuvent plus se compenser exactement, et le corps dans lequel cette décomposition a eu lieu est un corps électrisé : il est électrisé vitreusement si c'est le fluide vitré qui domine, et résineusement si c'est le fluide résineux. Quant au mode d'existence du fluide électrique dans l'in-
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térieur des corps, tous les phénomènes semblent indiquer qaH est répandu dans les inten ailes qui séparent les atomes pondérables, et que là il peut être, de proche en proche, décomposé et recomposé , suivant les forces qui le sollicitent. Il y a toutefois une différence fondamentale entre le fluide électrique et le fluide magnétique : celui-ci est enfermé dans les éléments magnétiques, il peut s'y mouvoir, mais il n'en peut sortir; tandis que le fluide électrique est libre dans tous les corps, il peut traverser dans tous les sens toute T étendue de leur masse, et même il peut en sortir pour se répandre et s'accumuler siu* les coips ▼oisins. Cette vérité résulte évidemment de toutes les'expé- '*filences que nous avons déjà rapportées, et nous la verrons confirmée par l'ensemble des phénomènes électriques.
Lorsque nous développons de l'électricité résineuse ou vitrée dans un corps qui était d'abord à l'état naturel, il faut donc que l'électricité contraire se trouve pareillement développée, ou bien qu'elle soit détruite par la cause décomposante. Or, la destruction d'un agent naturel ou d'une force n'étant pas moins impossible que la destruction de la matière elle-même, nous pouvons être assurés que jamais l'une de ces électricités n'est développée sans l'autre. C'est au reste ce que l'on peut vérifier par l'expérience, en fi:'ottant l'un contre l'autre deux disques isolés par des manches de verre (Fie. 7) : lorsque après le fi'ottement on les tient unis, ils ne donnent aucun signe d'électricité ; mais dès qu'on les sépare, il est facile de reconnaître que Tmi possède l'électricité vitrée, et l'autre, la résineuse. Ces disques peuvent être de verre, de résine, de bois ou de métal; et si l'on veut donner plus de variété à Texpérience, on y colle des fourrures, des étoffes, du papier, etc., car l'espèce d'électricité ne dépend que des surfaces frottantes.
Un corps naturel possédant les deux électricités en égale proportion, il semble d'abord qu'il n'y ait pas de raison pour qu'il prenne ou qu'il conserve l'un des fluides de préférence à l'autre ; aussi est-il susceptil)le de devenir, par le frottement, tantôt résineux et tantôt vitré : par exemple , le verre est vitré quand on le frotte avec la laine ou la soie , et il est résineux quand ou le frotte avec une peau de chat , une peau de loutre , et plusieurs autres fourrures. Il y a pareillement des corps qui font prendre à la résine l'électricité vitrée , tandis que beaucoup d'autres lui