CHAP. V. — ACTIONS CHIMIQUES
encore analogue à la combustion, en ce que l'acide joue toujours le même rôle que Toxygènc, tandis que Toicyde joue le même rôle que le corps combustible ; on doit donc s'attendre à un dégagement d'électricité plus ou moins considérable pendant que ces phénomènes s'accomplissent. C'est ce qui a été, en eiFet, constaté dès 1823, par MM. OErsted, Avogrado, Becquerel, de La Rive et Nobili ; mais comme les métaux intenriennent nécessairement dans les circuits, on pouvait toujours supposer que la force électromotrice n'était pas sans influence sur les courants produits. Voici les expériences par lesquelles on constate ce phénomène :
LfOrsqu'on plonge les deux extrémités du multiplicateur dans im acide qui attaque le cuivre, on voit à l'instant l'aiguille s'agiter et accuser la présence d'un courant très-énergique ; ce courant change de direction d'un instant à l'autre, et le moyen le plus efficace pour lui imprimer une direction constante parait être de tenir l'un des fils en repos dans l'acide, tandis que l'autre est vivement agité. Cet effet résulte de l'inégale action chimique que l'acide exerce sur les deux fils.
Pour soumettre un autre métal à la même épreuve, il suffit d'en prendre deux morceaux attachés chacun à l'extrémité de l'un des fils du multiplicateur, et de prendre les précautions convenables pour qu'il n'y ait pas d'inégaUté de température aux deux jonctions du métal avec le multiplicateur ; alors les deux morceaux étant plongés dans l'acide, on observe les courants qui résultent de l'ensemble des actions chimiques qui s'exercent entre le métal et l'acide.
Ainsi, deux fils d'or pur étant simplement tortillés autour des deux extrémités du multiplicateur, et plongés ensuite dans l'eau régale, on obtient un courant très-sensible; M. Becquerel a rendu ce courant plus énergique encore, en plongeant ces fils d*or dans de l'acide nitrique à une assez grande distance l'un de l'autre, et en versant quelques gouttes d'acide hydrochlorique autour de l'un des fils seulement ; dans ce cas, en efifet, l'action chimique est très-inégale; car, au premier instant, elle est vive sur l'un des fils, et nulle sur l'autre.
Pour observer les courants qui résultent de l'action d'un acide sur un alcali, M. Becquerel verse l'acide dans une cuiller de platine, et il prend dans une pince de platine le morceau de !• 38
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aoude oo de potasse qu*il veut soumettre à Tépreuve; alon It pince et la cuiller étant mises en communication a^er le» extrémités du multiplicateur, on plonge l'alcali dans Tacide pov compléter le circuit.
Ihins toutes les actions de cette nature, que l'on peut Taiicr k Tinûiii, on observe constamment que rélément acide d^age rélectricité positive, et l'élément basique l'électricité négative.
Il en est de même encore dans les actions plus complexes oi un métal pi end la place d'un- autre métal dans une dïissolutiai saline ; nous en citerons un exemple :
Dans une dissolution de sulfate de cuivre, on plonge k quelque distance Tune de Vautre deux lames attachées aux deux bouts du multiplicateur. Tune de zinc et Tautre de cuivre, on observe un courant très-énergique, et Ton Toit en même temp le zinc passer à Tétat de sulfate de zinc pour prendte la piaee du cuivre, et celui-ci se révivifier sur la lame de cuivre.
On donne encore plus d'intensité au courant en dispcnant Texpéncnce de la manière suivante, comme Ta fiiit M. Beoquerd, qui a, le premier, analysé tous ces phénomènes chimiques avee autant de bonheur que de persévérance [jénn, de Ckim. et de Phjrs., t. XLI, p. 1). Dans un vase de verre ou de porcelaine, on dispose une cloison avec une membrane de vessie ; d'un côte, on met une dissolution de sulfate de zinc et une lame de zinc, et de Tauire une dissolution de sulfate de cuivre et une lame de cuivre : la réaction est à peu pri»s nulle tant qu'il n'y a entre ces liquides d'autre communication que celle qui s'établît par la cloison : mais, aussitôt que les lames de zinc et de cuivre sont liées entre elles par un métal quelconque, par exemple , par le fil d'un multiplicateur, le zinc est vivement attaqué, tandis que le cuivre du sulfate de cuivre est révivifié sur la lame de cuivre elle-même; il se produit en même temps un courant très-énergique, qui reste constant si l'on a soin d'ajouter du sulfate de cuivre solide pour maintenir la dissolution au même point de saturation. Nous reviendrons sur ce sujet (chap. vii); nous avons voulu seulement ici constater le fait du développement de rélectricité par les actions cliimiques, et des courants électriques qui en résultent.
CHAP. V. — ACTIONS PHYSIOLOGIftUES. «95
Actions physiologiques et poissons électriques.
Pour complëtei* l'examea des causes diverses qui peurent développer de F électricité, aous avons à parier encore des pois>m sons électriques et des pliéaomèneii extraordinaires qu'ils pré« sentent.
On sait depuis longtemps que la torpille a la propriété de frapper d'engourdissement la main qui la touche ; quelquefois même la commotion est assez violente pour déterminer dans toute la longueur du bras une paralysie douloureuse qui dure plusieurs minutes, et qui peut être comparée à ce qu'on éprouve quand on se frappe le coude. Pour expliquer ces effets, Von disait autrefois que la torpille lance des molécules engourdissantes^ ou qu'elle agit comme un ressort qui se débande, ou comme un corps sonore qui est en vibration rapide (Réaumur, Académie des sciences^ 1714). Mais lorsque Muschenbroek ressentit pour la première fois les effets de la bouteille de Leyde, il eut l'heureuse idée de comparer cette commotion à celle de la torpille, et d'attribuer ainsi à la même cause des phénomènes dont l'origine semblait si difiGérente : c'est alors seulement que la torpille et les autres poissons analogues, que l'on a^elait en général tren^ bleurs^ furent appelés à juste titre poissons électriques; on en compte maintenant sept appartenant à des genres différentîr : Torpedo narke risso ; T . unimaculcUa ; T.marmorata; T^galtHinii; Silurus eleetricus; TetraodoH eleck'icus; Gymnotus eleetrioms.
Quelle est Torigine de la prodigieuse quantité d'électricité ^ut peuvent doimer ces poissons? C'est une question d'un très-grand intérêt, qui parait malheureusement avoir été négligée par les plus habiles observateurs : cependant nous sommes porté à ad* mettre que cette électricité est le résultat d'une action physialo-^ gique particulière ; car, dans l'ensemble des faits connus, no^s ne trouvons rien qui autorise à penser qu'elle soit pioduite pa? des actions mécanicpies, ou par la chaleur, ou par des actions chimiques analogues à celles que nous venons d'examiner : toutefois, dans l'impossibilité d'établir oette opinion sur des bases certaines, £eiute d^expériences directesi nous n'entreprendrons ici aucune discussion à ce sujet, et nous nous contenterons de résumer les principaux phénomènes qui ont été observés sur la torpille et le gymnote.
596 LIVRE lU. — MAGNÉTISME ET ËLECTUCTTC.
272. Propriétés die la torpille. — C'est à Walsh que non devons les premières recherches un peu précises sur les effets de la torpille; ses expériences furent faites à la Rochelle, en 1772; et à l'île de Ré {Journal de Physique^ t. IV^ p. 205); il en tiie les conséquences suivantes :
Quand la torpille est dans Fair, on reçoit la commotion en toodiant directement une partie quelconque de sa peau , soit par un seul doigt, soit par toute la largeur de la main.
On reçoit pareillement les conunotions lorsqu'on la touch avec un bon conducteur ; par exemple, avec une tige de mélil de plusieurs pieds de longueur.
La conunotion est arrêtée par tous les mauvais conducteurs: ainsi, on peut toucher impunément la torpille avec du vene, de la résine, etc.
On peut même la toucher sans danger avec une petite bande d'étain collée sur du verre , pourvu qu'il se trouve dans Tétaio une solution de continuité aussi petite qu'on puisse la fiûre ame la pointe d'un canif.
hi Quand plusieurs personnes non isolées se tiennent par k main, et que la première , seule , touche la torpille , la commotion se fait sentir à la seconde et même à la troisième, maisele diminue d'intensité.
La commotion se fait sentir dans un cercle de vingt personne» non isolées qui se tiennent par la main, quand la première personne touche la torpille sous le ventre, tandis que la dernière h touche sur le dos, ou if'ice i^ersa.
Voici les principaux résultats que l'on obtient dans l'air; b dernière expérience réussirait peut-être en touchant deux points quelconques qui ne soient pas opposés , comme Walsh semble l'exiger , sans doute à cause de l'analogie qu'il cherche à établir entre les bouteilles de Leyde et les torpilles. Dans l'eau, le:^ commotions ont toujours moins d'intensité que dans Tair, mai> elles se produisent encore de la même manière et sous les mêmes conditions. L'eau étant un assez bon conducteur, on conçoii qu'une torpille vive et énergique puisse agir à distance, et qu'alors il ne soit pas nécessaire de la toucher directement. Wabh a en effet observé qu'elle foudroie , à distance , de petits pois» sons, ou au moins qu'elle les étourdit ou qu'elle les enivre.
Dans tous les cas, la conunotion que lance la torpille est pour