CHAPITRE PREMIBR
Des effets de la pesanteur et de sa direction.
3o. Les corps tombent quand on les abandonne à eux-mêmes, et ils tombent jusqu'à ce qu'ils touchent la terre ou quelque autre corps qui les soutienne. Ce phénomène se produit à la surface do sol j comme on Tobsenre tous les jours; il se produit à àe grandes hauteurs dans le cîel , comme on peut en juger par la grêle et par la pluie qui tombent des nuages , et il se produit encore à de grandes profondeiurs sous terre, comme on le voit dans les puits, dans les caves et dans les mines les plus profondes que l'on ait pu creuser : quand on voit des montagnes qui s'af- £Û5sent y c'est qu'elles manquent par leur base , qui sans doute est enoore plus enfoncée que le fond des mines ; elles tombent , £iute d'avoir un appui qui soit assez ferme pour les soutenir. Cependant , la matière étant inerte , et ne pouvant d'elle-même ni prendre du mouvement ni changer celui qu'elle a , il est clair que d'elle-^nême elle ne pourrait descendre vers la terre, puisque ce serait se donner un mouvement ; il faut donc qu'il y ait une force qui la fasse tomber, c'est cette force qu'on appelle pesanteur.
Ainsi la pesanteur est la force qui fait tomber les corps. Mais cette définition donnerait de la pesanteur une idée tout à fait incomplète, si l'on supposait qu'elle ne pât produire d'autre effet que de faire tomber les corps. Il faut s'attendre à voir cette force produire enoore beaucoup d'autres phénomènes et beaucoup d'autres mouvements , qui sont désignés dans le langage usuel par des -mots très-difïerenls. Tels sont, par exemple, les mouvements des liquides qui s'écoulent des vases et le mouvement des fleuves qui coulent vers la mer; tels sont les mouvements du liège et des corps légers qui s'élèvent du fond de Teau
à sa surface; tels sont encore les mourements de la fumée, des brouillards et des ballons qui s^élèvent dans les airs. Tous ces phénomènes, qui semblent si contradictoires, ne sont que des effets Taries de la même force que nous venons d'appeler pe^ santeur.
Pour embrasser dans toute son étendue Tétude d'une force aussi féconde en résultats, nous aurons donc à rechercher tous les phénomènes différents qu'elle peut produire, et à détermi* ner ensuite les lois des actions qu'elle exerce , suivant les lieux qu'occupent les corps, suivant les arrangements de leurs parties et l'espèce de matière qui les compose.
Nous voyons d'abord que la pesanteur agit sur presque tous les corps qui se présentent à nos observations, mais qu'elle agit sur eux pour les faire tomber avec des vitesses très-différentes. Les pierres et les métaux tombent très-vite, le bois et les autres substances végétales tombent plus lentement : et il existe des corps, comme les plumes, les duvets et les flocons de neige, qui semblent à peine pesants , car ils flottent dans les airs et ne tombent qu'avec une grande lenteur. Il résulte déjà de ce premier aperçu que si la pesanteur n^est pas une force universelle , c'est au moins une force très-générale, car il n'y a qu'un petit nombre de corps , conune la flamme et la fumée , qui semblent se soustraire à son action. C'est là du moins ce qui arrive en nos climats, et ce dont nous sommes témoins dès les premiers jours de notre enfance; mais la terre est si grande qu'il est curieux de savoir ce qui se passe en d'autres lieux , sur les mers éloignées , sur les îles ou sur les continents qui n'ont plus les mêmes sai* sons, ni la même position par rapport à l'axe du monde. C'était aux voyageurs à nous l'apprendre, et les voyageurs nous assurent que, si d'un pays à l'autre on voit changer les hommes, l'aspect du ciel et les productions du sol, il y a toujours une chose qui , au milieu de tant de variations, n'éprouve point de changement : c'est la force de la pesanteur. Partout elle agit de la même manière, soit au milieu des mers ou des continents , soit dans les régions des pôles ou de l'équateur. Que s'il se trouve quelques légères différences , elles ne sont pas sensibles dans les phénomènes ordinaires; et il est vrai de dire que non-seulement la pesanteur agit sur presque tous les corps, mais encore qu'elle agit à peu près de la même manière dans tout le vaste contour du globe de la terre.