CHAPITRE VI
du Spitzberg, le capitaine Philippe, depuis la fin de juin ; jusqu'à la fin craoût 177^, n'a entendu îuicun coup de tonnerre ni vu d'éclairs. L'Islande est un pays où il ne tonne, dit-on, jamais. Le capitaine Scoreshy, dans ses noinl)i*eux voyages , n'a aperçu d'éclairs, au delà du 65*^ degré de latitude, (juc deux fois, et assure (luon n'en a jamais vu au Spitzberg. Le capitaine Parry n'a vu aucun orage entre 81" i5' et 8a° 44' de latitude.
Il j)araît qu(^ dans les régions glaciales de riiémisphèrc austral, il en est de même que vers le pôle nord, c està-dire (pi'il ne tonne pas; on ne doit pas cependant dire qu'il n'y ait jamais aucun orage, car on a fait observer (jue Cook a entendu le tonnerre le a3 février 177^, étant par Gi" 5^/ de latitude S., et 93" long. E. Il faut encore remarquer que plusieurs hommes de l'équipage de l'amiral Anson furent grièvenient blessés par la foudre à bord du Cculurion^ étant au large et à l'ouest du détroit de Magellan; mais, d'après M. Duperrey, Ton peut déduire des voyages de Cook, de liellingshausen et de celui de YCranie, qu'il ne tonne pas sur le parallèle du ^ cap llorn au milieu du grand océan Austral, où se trouve le point le plus éloigné do toute terre; ce point est à environ 5Go lieues de l'île O-Paro, de l'île Antipode, de l'île de Pâques, des îles de Pierre et d'Alexandre 1*^.
Nous sommes amenés naturellement à examiner cette question : Tonne-t-il autant en pleine mer qu'au milieu des continents?
M. Arago, en supputant un grand nombre d'observations, a été conduit à ce résultat, qu'il tonne moins en pleine mer qu'au centre des continents; il conjecture même qu'au delà d'une certaine distance de toute terre il ne tonne jamais. Dans la relation du voyage de Bougainville, on trouve des documents à l'appui de la diminution des orages en mer. Il semblerait résulter de là que Xatmosp/icre oauiniquc est moins apte à engendrer des orages que celle des continents et des îles.
M. le capitaine Duperrey lï'est pas aussi explicite sur la plus grande fréquence des orages sur terre que sur
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mer. Tout étant porté h admettre cette diminution des orages en mer, et l'existence de lieux à de certaines distances des îles et des conlinents où il ne tonne jamais, il trouve de nombreuses anomalies :
« Un navigateur, dit-il (Bec(|uerel , Traité (C ('lectricitc^ « t. VI, p. 4o5), qui part des îles Moluques ou des îles u de la Sonde, où le tonnerre se fait entendre pour « ainsi dire tous les jours de l'année, doit naturellement « se trouver fort à son aise dès qu'il s'éloigne de ces îles «assourdissantes; mais un habitant de Lima, qui aurait " eu la fantaisie de nous accompagner jusqu'aux îles de « la Société, aurait éprouvé une impression toute con- « traire; car il aurait entendu pour la première fois de «sa vie, éclater la foudre pendant trois jours consécu- « tifs, alors que nous étions à 600 lieues du Pérou, à « 600 lieues à l'est de Taïti et à près de a3o lieues de la a petite île de Pâques. »
M. Duperrey « a la presque certitude qu'il ne tonne a que bien rarement sur la route directe du cap de Fk)nne- « Espérance aux îles Sainte -Hélène et de l'Ascension, a Mais il n'en est pas de même à l'égard des autres par- « ties de l'océan Atlantifjue, du Grand-Océan et de la mer « des Indes, comprises dans les régions tempérées. Il a tonne à 240 lieues dans l'est des côtes du Brésil et « de la Patagonie; il tonne sous la ligne équinoxiale, « entre l'Afrique et TAmérique. Le point le plus isolé « dans l'océan Atlantique boréal est par nord et cf 46° ouest ; il est à 38o lieues des Antilles, de la Guyane « des îles du cap Vert, des Arores et des Bermudes : il a y tonne. Le foudre et les éclairs se manifestent éga- « lement à 200 et 240 lieues au sud du cap de Bonne- « Espérance, de la Nouvelle-Hollande, de la Nouvelle- « Zélande et de file de Pâques. Et si nous consultons « les voyages de la Pérouse, de Dixon, de Méars et de « M. Freycinet, nous retrouvons les mêmes phénomènes « non moins brillants que partout ailleurs, non-seule- « ment à près de 260 lieues au nord-est des îles Ma- « riannes, comme à plus de 3oo lieues au nord des îles