CHAPITRE VI. Sig
on conçoit qu'une longue barre de fer, terminée en pointe, élevée verticalement sur un édifice et communiquant avec la terre humide, sans aucune solution de conliiuiité, doive le protéger efficacement. Une semblable barre de fer convenablement placée constitue le paratonnerre imaginé par Franklin.
Nous ferons remarquer d'abord que lorsqu'un nuage orageux passe au-dessus d'un corps terminé en pointe, il agit sur la terre par influence; son électricité attiré celle de signe contraire du fluide naturel de la tige et repousse l'autre dans la terre; bientôt l'électricité qui se trouve accumulée à la pointe ac(juiert une tension telle qu'elle s'échappe pour former du fluide neutre avec celle du nuage voisin. I^a tension est souvent siconsidc^ rable (juedans l'obscurité, conmie on l'a déjà vu en parlant des lueurs électriques, l'électricité s'échappe de la pointe en un torrent coutiuu, sous forme d'aigrettes lumineuses.
Les anciens avaient aussi remarqué tous ces phénomènes, il paraît même qu'ils avaient connaissance du procédé îi l'aide duquel on soutire la foudre des nuées: suivant eux, faire descendre le tonnerre ou la divinité était la même chose. Au rapport de Pline, Numa avait eu fréquemment ce pouvoir, et Tullus Hostilius, son successeur, périt pour avoir employé avec maladresse ce dangereux procédé. On trouve effectivement dans Pline ce passage remarquable relatif à Tullus Hostilius : Dans le moment où il imitait d'une manière irrégulière le procédé de Numa, Tullus fut frappé de la foudre. ( Pline, Jib. II,cli. 53.)
On trouve encore dans Lucain ce passage relatif au même sujet :Âruns, savant Ëtrurien, instruit dans les mouvements du tonnerre, est dit avoir ramassé les feux de la foudre qui étaient dispersés dans le ciel, et les avoir enfouisdans la terre. (Lucan.,/Vm/'j'.,I,6o6.) Il est impossible de s'expliquer plus nettement sur l'emploi des paratonnerres pour soutirer la foudre des nuages.
L'expérience a prouvé que, toutes choses égales d'ail-
6ào DX L'itiCTBicrnft AnosPHiEioos.
leurs, plus un paratonnerre est élevé dans Talr, plus il a (l'efficacité. On ne sait pas encore au juste la distance à laquelle il étend son action ; cependant Tcxpériencc a appris que toutes les parties des édifices qui sont placées à une distance du parà tonnerre de plus de trois ou quatre fois sa longueur ont été foudroyées.
Charles, qui s'est beaucoup^mupé de cette question, pensait qu*un paratonnerre pouvait défendre efBcacè* ment autour de lui des atteintes de la foudre un espace circulaire d'un rayon double de sa hauteur: cette règle a été admise dans la pratique.
Pour évitée que le paratonnerre soit fondu par le passage de la foudre, on prend une barre de fier de 5 à t o mètres de hauteur , et de 1 6 à ao millimètres en carré. Lé rétitâlI^'Ànt être parfaite entre le paratonneirre ètjàk sol humide; car lorsqu'un conducteur ofire quel- ({fne part des solutions de continuité, il arrive que la foudre, après lavoir frappé, l'abandonne pour se porter sur un corps voisin qui lui olTrcphis de facilité pour so rendre dans le sol. Ce changeninit de conducteur est presque toujours accompagné d'explosion et de dégâts plus ou moins graves. L'extréniitt* supérieure de la barre est formée d'une tige coni(jue de cuivre jaune doré de centimètres de longueur, cl tcMininée par une petite pointe de platine de 5 centimètres de longueur. Quand le paratonnerre est j)osé solidement sur le bâtiment, on y adapte le conducteur, dont Textrémité inférieure se rend dans un puits ou dans un puisard. ' Le conducteur est une barre de fer de 1 3 à ao millimètres en carré. Pour préserver de la rouille le fer qui s'enfonce dans le sol, on fait courir le conducteur dans une ' auge remplie de braise de boulanger, qui a, outre l'a- Vahtage A préserver le fer de l'oxydation, celui de conduire mieux l'électricité que le charbon ordinaire. L'expérience a prouvé que le fer, ainsi enveloppé de braises, à^éprouvait aucune altération dans l'espace de trente années. '
" 'Xe eonductéur doit^tre plongé de 65 centimètres au
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moins dans l'eau lorsqu'elle est le plus bas possible. Son extrémité inférieure est terminée ordinairement par deux ou trois racines, pour faciliter récoulement de rélectricité dans le terrain environnant.
Les barres de fer ne pouvant, à cause de leur rigidité, suivre facilement lescontoursdu bâtiment, on les remplace par des cordons métalliques qui ont l'avantage sur celles-ci de ne point avoir de raccord, ce qui diminue par conséquent les cbances de solution de continuité. Ces cordes, qui sont formées de quinze fds de fer tordu, ont ordinairement un diamètre de iG à i8 millimètres. Pour les préserver de l'action de l'air, cbaque fd est goudronné séparément, puis la corde entière.
Quand on pose un paratonnerre, il faut avoir l'attention de faire communiquer avec le conducteur les pièces de métal un peu considérables qui se trouvent dans le bâtiment, telles que les lames de plomb recouvrant le faîtage , les arêtes du toit et les gouttières en métal.
La bauteur des tiges des paratonnerres varie avec les bâtiments sur lesquels on les élève; les dômes et les clochers, par exeujple, dominant de beaucoup les objets voisins, on n'a pas besoin pour les protéger de leur donner la même longueur que pour les éilifices terminés par un toit très-étendu ; aussi n'cmploie-t-on que des tiges minces, s'élevaut de i à 2 mètres au-dessus des croix qui les terminent.
La prudence recommande, quand il s'agit de magasins à poudre, déplacer les tiges des paratonnerres à peu de distance, afin d'éviter les cfTels qui pourraient résulter des solutions de continuité. Knfm nous dirons que lorsque l'on place un ou plusieurs paratonnerres sur un édifice, il faut les faire conunuuiquer ensemble et avec un conducteur commun situé à égale distance de cbaque tige. Pour trois paratonnerres, il est prudent de leur donner deux conducteurs. En général, il faut prendre un conducteur particulier pour cbaque paire de paratonnerrcs,et établir une communication intime entre l€s pieds de toutes les tiges.
5at DB L'iLBCTliCmî ÀTMQtra^IQUB.
SECTION IV
Des trombes*
Dans la zone appelée iinpropienierit la région des calmes, il ('date des orages aeconipagiiés de vents li'èsviolt lits; on leur donne le nom de lonuuloSy anx Antilles le nom ^oiwd^cuis. Dans l'Orient, dans les mers de Siarn et dans cell»'s de la Chine, ils portent la dénomination de tyjooiifs; ce nom est très-ancien, car, suivant Hésiode, Typhon est un géant qui enfauteles tour» billons accompagnés de feu et les tempêtes suivies de erandes avei^ses. Dampier désigne de la roême manière les violents tourbillons qui régnent sur ces.c6tes dans les mois de juillet, août et septembre. Il décrit ainsi le phénomène : Le temps est serein , le vent doux et modéré j on ne tarde pas à apercevoir une forte nuée au nord-est| très-noire auprès de Thorizon, et d^uoe couleur rougeitrt foncée vers la partie supérieure. Cette nuée, dont Faspcct est effrayant, précède de douze heures le tourbillon (jui, dès Tinstant qu'il comqience à se mouvoir avec rapidité , ' /branle l'atmosphère de telle sorte que le vent s'élève peu à peu et 6nit par devenir impétueux pendant douze heures dans la direction du nord-est ; le vent est accom[)agné de violents coiips de tonneri'e, de fréquents éclairs et d'une pluie exeessiv( nient forte; la pluie cesse aussitôt que le vent fruninue, t't le calme reparaît. Ces tempêtes, pi oduites évidemment par les nuages orageux, n'ont pas le caractère des trombes proprement dites, comme ou Ta avancé.
Nous nonnnerons t rnrnbesdes amas de vapeurs épaiss(\s, animées souvent d'un mouvement rapide de rotation et de translation, ayant la plupart du temps la forme d'uu cône dont la base est dirigée le plus souvent vers les nuages, le sommet vers la terre, et quelquefois dans une position inverse. Ces amas font entendre uu bruit «sseii
tenblable-à odui d'une cfaarrettB cepunuit w va da^oi»
rocailleux.
. Ces météores déracinent les arbres, les dëpooilleDt de leurs feuilles, les foudroieuty les clivent et les transpoi^ tent à de grandes distances; îk renversent les naisonsy enlèvent leur toiture, les carreaux et même les pavës^ . détruisent ou brisent tout ce qui se trouve sur leur passage ; souvent ils déversent de la pluie et de la grêle; aouvent auasi ils sont accompagnés de globes de feu, lancent des éclairs, tant entendre le bruit du tonnerre^ el se dissipent .assez ordinairement après.
Les trombes s'observent au8$i bien sur mer que sur terre; les physiciens sont partagés d opinion sur leur origine. I^s uns leur accordent une origine électrique; 1rs autres les attribuent exclusivement à des couranli» d'air : nous développerons successivement les deux théo- ■ ries.
Pour tacher de remonter aux causes qui interviennent dans la prothiction des trombes , nous commencerons par donner la description de plusieurs de ces météores. Le premier exemple que nous prendrons est la trombe qui se manifesta a Châtenay, canton d'I'^ ouen , département de Seine-et-Oise, et qui ravagea une partie de la commune, le i8 juin 1839. Ayant été témoin des désastres, nous garantissons l'exactitude des faits consi* gnés dans la relation suivante qui est due à M. Peltier.
Dès le matin $ un orage formé au sud de Châtenay . s'était dirigé, vers les dix heures, dans la vallée^ entre les collines d'Écouen et le monticule de Châtenay.lies nuages étaient asse;^ élevés, et, après s*étre étendua jusqu'au-dessus de l'extrémité est du village, ils s'arrêtèrent; Je tonnerre erondait, et le premier nuage sni* vait la marche ordinaire, lorsque, vers midi,, un ser cond orage, venant également du sud et marchant assez rapidement! s'avança vers la même plaine et lo même monticule. Arrivé à l'extrémité de. la plaine au-dessus . de Fontenay, en présence du premier orage qu'il dominait par son ëjévation, il y eut un temps d'arrêt à dis^
5a4 M L'iLlBOTKieiTlft AndSFHiaiQVB.
tance; sans doute les deux orages se présentaient l'un à l'autre par leurs nuages chargés de la même électricité, et ils agissaient l'un sur l'autre par la même répulsion.
Joique*là le tonnerre' s'était iàïi entendre dans le • second orage, lorsque tout à coup un des nuages info» rieurs^ s'abaissant vers la terre, se mit en communication avec elle, et toute explosion parut cesser. Une at* traction prodigieuse eut lieu; tous les corps légers, toute la poussière qui recouvrait la surface du sol, s'élevèrent vers la pointe du nua^e; un roulement continuel s'v faisait entendre; de petits nuages voltigeaient, tourbillonnaient autour du cône renversé, montaient et des^ eendaient rapidement. Les arbres placés au sud-est de la trombe, en furent atteints dans leur moitié nord-ouest qui la regardait; l'autre moitié en fut préservée et conserva son état normal. I^es portions atteintes éprouvèrent une altération profonde, dont nous parlerons plus bas, tandis cfue les auti es portions gardèrent leur séve et leur vi''c];étati()n. La trombe descendit dans la vallée à l'extrémiti' de Fontenay, vers des ai hi-es plantés le long d'un ruisseau sans eau , mais encore humide ; puis, après avoir tout brisé et déracine'', elle traversa la vallée et s'avança vers d'autres plantations d'arbres à mi-côte, qu'elle détruisit également. Là, la trombe s'arrêta ([uelques minutes; elle était parvenue. au-dessous des limites du premier orage, et celui-ci, jusque-là stationnaire^ commença à s'ébranler et à reeider \ers la vallée ouest de Châtenay. Ayant dessédÉful bouleversé le plant Thibifulti elle s'avança, en renversant tout sur son passagé, vers le parc du cbâteau de Châtenay, qu'elle transforma en un lieu de désolation. Les plus jeunes arbres seulement, placés à Textrémité en dehors de la trombe, 'sont les seuls qui restèrent; les murs furent renversés ; le château et la 'ferme peitlirent leurs toitures et leurs cheminées. Des arbres furent transportés à plusieurs centaines de mètres ; des pannes, des chevrons, des tuiles furent projetés jusqu'à 5oo mètres et plus.