CHAPITRE VI
trombe ayant tout ravagé, descendit le monticule vers le nord, s'arrêta au-dessus d'un étang, renversa et dessécha la moitié des arbres , tua tous les poissons, marcha lentement le long d'une allée de saules dont les racines baignaient dans l'eau, et perdit dans ce passage une grande partie de son étendue et de sa violence. Elle chemina plus lentement encore dans une plaine h la suite; puis, à looo mètres de là, près d'un bouquet d'arbres, elle se partagea en deux portions; Tune sclevanten nuages, et l'autre s'éteignant sur la terre.
Tous les arbres frappés par la trombe ont présenté les mêmes caractères : toute leur séve a été vaporisée. Le ligneux a été desséché comme si on l'avait tenu, pendant quarante-huit heures, dans un four chauffé à Cette quantité immense de vapeur, formée instantanément, n'a pu s'échapper qu'en brisant l'arbre, en se faisant jour de toutes parts; comme les fibres ligneuses sont moins cohérentes dans le sens longitudinal que dans le sens horizontal, ces arbres ont tous été clivés en lattes dans une portion du tronc.
Voici maintenant la relation d'une trombe de mer, consignée dans une lettre d'un gentilhomme de New- York, et lue à la Société royale de J^ndres le 4 novembre i^SG. Cette trombe a été observée pendant un calme plat, à 3o ou 4o mètres du vaisseau où il se trouvait; elle consistait en un cône renversé touchant la mer de sa pointe , dans une étendue de 2'",G6, et les nues par une immense base. « Elle passa tellement près du vais- (cseau, dit-il, que je pus parfaitement observer qu'un o courant de vent violent sortait de la trombe. 11 faisait « une excavation de doux mètres de diamètre sur la sura face de la mer; ce qui produisait un grand anneau «circulaire et inégal par la projection de l'eau, comme « serait le vent d'un fort soufQet frappant perpendicu- « lairement la surface de l'eau , et j'entendis parfaitett ment le sifflement. Je suis sûr qu'il n'y avait aucune « attraction qui fît montrer l'eau dans la colonne de la « ti'ombe, si ce n'est les projections écumeuses dont je
6%é DE ïs^ÉLBCnKOà ATB08PHÉR1QDB.
«viens de p.irler. Te pus parfaitement distinguer un este pace de •i"',66 environ entre le bout du cône et la « mer, daus lequel rien n'interrompait la vue : ce (jui « aurail eu lieu si Teau de la mer était montée dans le •V cône.
« Dans le même voyage, ajoute-t-il, je iris plusîeuirs « autres tronihes , mais de plus loin; aucune ne descen* « dit si pi'ès de la surfac e de la mer ; Taxe de quel* «qne8*uues était très-mdiné, et même plié en are. « Aucune succion de Teau de la mer n*avait Keu. le « cix>i8 que c*est par le courant de vent sortant de ces «trombes que sombrent les vaisseaux si soudainement. « J*ai entendu dire par les équipages (pie les vaisseaux « étaient parfiiitement calmes avant le choc du vent qui c les renversait : ce qui ne peut se comprendre que d'un « courant venant des mers. J'ajouterai que dans IHM «trombe qui assaillit un vaisseau, elle déversa sur lui « de l'eau douée. »
Les trombes produisent en général trois effets bien distincts sur les eaux : des nues fuligineuses s'élevant sur une surface assez étendue et allant se réunir à la nue descendante ; une dépression de Peau au-dessous miMue de la trombe avec un mouvement giratoire; enfin, de Teau enlevée. Souvent, au lieu d'un cône ascetidant dVan, on observe un cône renversé, creusé dans la mer et dont le hout inférieur parait libre au milieu du cercle de va|KMir qui ceint cette dépression; souvent lorsque le milieu des eaux soulevées est plus compacte, te météore apparaît comme un pilier placé pour soutenir la colonne descendante; enfin, cette colon ne ou trombe markie fait entendre un bruit variant considérablement depuis le sifflement da serpent Jusqu'au bruit d'une lourde charrette courant sur un «neonn rocailleux. Ce brait est plus fort sur terre que sur mer, et sur des terraitté secs que sûr des terrains humides.
Lorsqu'une eommnnicatioBr s'établit entre les nuages «t la mer, laquelle ae consistequelquefoisqa*en un simple uatàèt petits nuages ou lambeaux de vapeur , on efcterve
CHàPITBK ^f. 5^7
use fnindt AgUfttum aii-deMOiis du nuage iolerieiir sur la mer, comme on le remarcpie égaMent lur la soi) des courants d'air de la cîroonfi^nœ au oaatre ou du caentre à la oirconiereiiee pnenncot mdsflamse et dooneot Heu par leur rencontre il une toarmente plut ou moine irtolente ; U se manifeste aussi nu mouvement giratoire qui n'est pas cependant toujours sensible^ puisque des trombes, formées au milieu d*un câliné plat, m sont dé" pourvues. U feui remarquer qu'elles sont aocompagoiées en général d'éclairs, du tonnerre, de gréle et de plaie. Bien que Félectricité ne manifeste pas toujours sa présence par des signes extérieurs, tels que la foudre et les éclairs, néanmoins on est potti* à cioire (juc sa puissance se révèle par d'autres t'ffets, tels que des attractions et des répulsions qui déplacent les corps sans bruit et sans lumière.
Nous ajouterons encore, pour l'intelligence de ce que nous avons à dire touchant l'explication des trombes, qne, dans un relevé statistique de i i6 trombes, fait par Peltier, il s'en est trouvé 29 ayant un mouvement gi^ ratoire continu , ou seulement pendant une partie de leur durée; dans ce nombre, il y en avait 11 de mer ft
- 18 de terre. a!i trombes nont présenté aucune agitation intérieure^ savoir : 9 de mer et 1 3 de tarre« 4> ootéCé accompagnées d'éclairs, do tonnerre, ou de phénomè* nés lumineux quelconques , savoir : 16 de mer et a5 de 4me. Dix ont transborté des objets contra le vent. i6oHt donné de la grêle, août 7 de mer et'9 de tam. 6 transes |e sgM 4vanouîe8 dans une atmospbère sans nuage, «jiligtoilbs^apsBipt' été précédées d'aucune tourmentSL ^ ^>'HWk^ tWfhfMj i4> wi' ont inondé d'eau douée les vaisr M(Êa» JtpÂmèiÊ^ trouvés sur leur passage , quoique le méifeil (ât ascendant. 3 trombes ont permis de voir la
^ÊtfUtfMm de la surface des eaux. 9 trombes ont servi d'intermédiaire entre deux groupes de nuages. Dans iS trombes, on a vu feau monter, et dans 8 l'eau descendre. Dans 8 on a senti l'odeur du soufre. Dans 6 cas ou a observé plusieurs tromlies même instant. 34 OAi
&%é DE ilàhtcmmvà ATiroiPHitBiQiiB.
présenté des particularités remarquables, fiuchaoan eo a dessiné une qui avait trois origines.
Le capitaine Beechey en a observé une qui avait trois cônes (pl. VII, fig. 1 1 ) sortant du même pavillon^ lesquels se réunirent bientôt, pour se diviser eusuite.
Les trombes marines ont manifesté leur formatloo par Tagitation de leau et par les vapeurs nombreuses qui s'en élevaient; celles de terre, par Tenlèvement des corps \é fiers qui s'y trouvaient; la tro\nbe de Gircassonne a decarrelé une chambre, sans renverser aucun des objets qui s'y trouvaient. Le bruit, enfin, a varié suivant la nature de la trombe; il était plus fort sur terre que sur mer.
Théories des trombes.
Théorie banque. — Le |»hénomène des trombes â de tout temps attiré Tattention des observateurs; on avait pensé d'abord que des courants d'air leur donnaient seuls naissance; mais il est une objection difficile «i résoudre dans cette hypothèse, c'est qu'elles se manifestent souvent au milieu du calme de Tatmosphère. Brisson [M r moires de F Acadénne des seieuces^ ^1^1 j t. LXXXV, p. 409) paraît avoir eu i'idc'c le premier de les rapporter à réleclricité , en ayant égard aux effets puissants d'attraction et de répulsion que cet agent peut mettre en jeu. On conçoit en etïet que si un nuage vient à s'approcher assez près de Teau pour que sa puissante tension électrique agisse par influence sur ce liquide , alors celui-ci peut être soulevé. Peltier, qui a repris cette hypothèse, a ajouté quelques expériences dont nous alloua parler, et qui sont propres à nous fiiire concevoir comment les divers eflets mécaniques peuvent se manifester.
On peut reproduire ces effets en supposant que k nuage^soit représenté par un globe de métal constam- ' mont élnstrise et couvert de pointes, et, mettant dans sa sphère d'activité des vapeurs, d^ poussières et' de l%au; .avec l'eatt, la dépression du liquide a lieu; avec
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des poussières, on a des courants directs du centre à la circonférence, se transformant en mouvements giratoires. Tous ces effets disparaissent en remplaçant le globe armé de pointes par un globe poli. Au lieu de (K'pression du liquide, on obtient une protubérance; l'attraction devenant plus considérable, l'eau s'élève en masse , et l'accélération de la va])orisation augmente.
Quand on place, entre un plateau de cuivre inférieur non isolé et une spbère supéi ieurc électrisée, une petite boule légère, elle s'élance de l'un à l'autre^ comme dans la danse des pantins; mais en remplaçant cette petite boule par des corps successivement allonges et plats, de manière à ne plus présentera la fin qu'une bande longue el étroite, d'or battu par exemple, le mouvement primitif de va-et-vient est transformé en un mouvement oscillatoire, puis en un tourbillonnement ({ul se termine par un mouvement rapide de rotation entre les deux corps.
L'attraction d'un nuage électrique est ordinairement accompagnée, comme on l'observe dans les tromlies, du refoulement de l'air vers ce nuage, d'où résultent des courants cbeminaiit de l'extérieur à l'intérieur, et partant de tous les points de la circonférence; d'une projection de vapeur d'eau, d'eau liquide, de corps légers ou pesants, enlevés ou arrachés à la terre, suivant la puissance de l'attraction. On suit, sur mer comme sur terre, la marche de cette puissance attractive. L'attraction des nuages est prouvée encore par une accélération prodigieuse dans l'évaporation des eaux et l'abaissement de température, effets que l'on obtient facilement au moyeu de l'électricité.
La répulsion électrique, dans cette hypothèse, est prouvée par les courants d'air provenant du nuage électrique, et ne se faisant sentir que dans son voisinge; il règne un calme plat à peu de distance; effets également produits au moyen de l'électricilé. La répulsion est encore démontrée par le cône rentrant qui se forme dans la mer y au centre même des vapeurs fuligineuses.
53o DE l'électricité atmosphérique.
On peut concevoir la production du conc nuageux en contact avec la terre, déterminée par deux motifs : d'abord, les nuages électrisés, exerçant une action par influence sur le sol, provoquent naturellement une attraction de la part de œ dernier. î^es nuages obéissent alors à cette attraction , et s'approchent d'une quantité dépendante du pouvoir attractif et de leur densité. D'un autre côté, lorsque des nuages supérieurs , ayant la même électricité que des nuages inférieurs, viennent agir sur ceux-ci par r(*pulsion , les nuages placés au-dessous étant repoussés, peuvent approcher de la terre suffisamment pour s'y décharger sans explosion , par l'intermédiaire d'autres nuages qui touchent le sol et servent de conducteurs. '
Il arrive souvent aussi que les corps placés à la surface de la terre , sous ces nuages ayant la forme de cônes renversés , servent de conducteur avec le sol. Les corps légei's ou de peu de volume, chargés d'électricité contraire, sont attirés et soulevés vers la trombe. Quand leur électricité est neutralisée, ils retombent sur la terre, pour se charger d'une nouvelle quantité d'électricité , puis remontent, et ainsi de suite, comme dans Texpcrience de la danse des pantins; c'est ainsi que se forme un immense nuage de poussières. Si ces corps sont attachés à la terre, comme les arbres, ils se chargent instantanément d'une immense quantité d'électricité; la terre qui est contigné partage cet état électrique; elle cèfle à l'action attractive de la trombe, et les arbres sont arrachés et transportés au loin. Tous ces effets varient d'intensité, suivant la conductibilité des corps et celle des diverses parties du terrain.
Quand la densité des nuages s'oppose à un abaissement suffisant pour produire un écoulement continu d'électricité, alors des décharges à distanct* ont lieu,réclair sillonne les nuages et la foudre se fait entendre; la tension électrique diniinue successivement, la pluie survient, et le nuage se relève. T^e tonnerre cesse de se faire entendre dès l'instant qu'une conductibilité suffisante* est établie entre le sol et les nuages.
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D'après cette théorie, une trouihe serait un conducteur inij)arrait entre les nuages orageux et la terre, lequel conducteur produirait tous les efTels que nous observons. Quant au bruit qui accouq)agne le météore, on Tattribiu^rait à une nuillitude de petites décharges partiel h's, dont rinlensilé vari'eiait avec la conductibilité des substances. Ce bruit serait plus fort à rexlrémité des trombes qui traversent les montagnes, à cause des poussières et des terres meubles qui serviraient d'interinëdiaire; il perdrait de son intensité au-dessus de la. iaer^r^ raison de la meilleure conductibilité des particules àcjiiraSâ et' de leur égale distribution.
Peltier, én s'appuyant sur la marclie de Tair dans les diverses actions attractives et répulsives dues à Télectricité, et en a^ànt égard à la rencontre des courants contraires et diioëgale forcé ^d'obstacles divers, a chérit à expliquer cotmmtetlè' direct imprimé I Pair se iwiiige êH fin^m^^i^câ^^ giratoire plus ou ' liiotkis prodiUièi: RéfàtlVëibdttm électriques d'iuflu^iii àir l'eau, si le nuage % i^çuH«X^Jèâ^ Al agit à une distance telle que la décharge électrique ne puisse s'effectuer, il en resuite une attraction du liquide qui 'Se trouve dans un étnt électrique contraire ;r6au s'élève en protubérance conique, et s'abaisse aussitôt que la décharge s'est effectuée. Si le corj)s cicctrisé ou le image est couvert de pointes ou d aspérités, et (jue l'eau reçoive une quantité considérable d'électricité, il s'établit alors dans l'eau un phénomène analogue îi celui de l'air : les couches supérieures recevant plus d'électricité qu'elles n'en peuvent écouler, sont repoussées par le nuage et ' se refoulent elles-mêmes les unes sur les autres. Il se ^ fait alors une dépression au-dessous, laquelle est bientôt ^'remplacée par les couches iuféricures; il en résulte des courants directs qui se changent bientôt en mouve* 'Vnent|f |nratoihif l'conime dans l'expérience citée sur les
^ £ii partant du mone principe , oli peut eipliquei^ Févaporatîon de l'eau des mares, et même la
53a DE i^'àLscmcvr ATMOsraiRiQUB.
disparition de la masse d'eau entière, quand les tensions électriques sont suffisantes. Dans ce cassées masses sont enlevées coin me les arbres et les autres corps qui se trouvent à la surface de la terre.
Théorie^ dtf M, Espjr. — Dans l'hypothèse précédente, l'électricité joue le rôle principal, les courants d*air qui . se manifestent ne sont que des accessoires, et une trombe est un phénomène entièrement distinct des tomados et des ouragans, dans lesquels l'action mécanique de Tair est la cause de tous les dégâts observés. Dans la seconde hypothèse que nous allons développer, M. Espy au contraire considère les trombes comme produites par des courants d'air el les rattache aux ouragaus ou aux tornados.
Lorscjuc ces météores se produisent, l'air, d'après M. Espv, est toujours mu de la t irconférence au centre si l(î tornado a la forme arrondie, ou suivant une ligne diamétrale , dans le cas où il a une foi nie allongée et qu'il occupe une étendue de ])lusieurs centaines de lieues. Lorsque le tornado est très-petit, on voit au centre un nuage de plus en plus conique, dont la pointe finit par toucher la terre ou la mer. Ce fait est mis en évidence, suivant M. Espy, en prenant en considération le sens, la force et la direction du vent, d'après les arbres renversés au même instant et les traces que laisse le météore de son passage sur le sol.
Au centre , il se produit un courant d'air ascendant d'une rapidité excessive qui , après s'être élevé à une hauteur prodigieuse, se déverse en pluie ou en grêle de tous côtés. Ce courant ascendant se change en un cumulus dont la base est horizontale et dont la hauteur est déterminée par la température et l'état hygrométrique de l'air; ce nuage central se manifeste tant que dure le mouvement ascensionnel. I>a production de la pluie ou de la grêle est due, suivant M. Kspy, au refroidissement provenant de la dilatation de l'air emporté dans les régions supérieures de Talmosplière , d'où résulte une précipitation, d'eau. Quant à la foudre qui accompagne