CHAPITRE VI
développer ou rester immobiles clans l'amas de nuages obscurs qui couvrent une partie du ciel?
Volta a essayé de rendre compte de ces différents effets, tout en ne dissimulant pas les difficultés que nous venons de signaler. Commençons par expliquer, suivant lui, le froid qui congèle l'eau, et la cause eu vertu île laquelle un grêlon, ([ui a déjà acquis un certain volume, reste encore suspendu dans l'air assez longtemps pour arriver à un volume qui va queKjuefois jusqu'à trois décimètres de circonférence. Le froid excessif qui parvient à congeler les molécules aqueuses en été, au, milieu du jour, dans une région inférieure à celle des^ neiges, a été considéré par lui comme le résultat d'une évaporation extrêmement rapide et abondante, produite par les rayons du soleil qui frappent la partie supérieure des nuages, évaporation ([ui est d'autant plus rapide que l'air est plus raréfié et plus électrisé, en admettant, comme du reste le fait est prouvé , que l'électricité fa-, vorise à un haut degré. l'évaporation. D'après cela, une^ portion du nuage, en se vaporisant, abaisse assez la» température de l'autre portion pour la congeler.
Il rappelle encore en faveur de son opinion le fait observé par les académiciens français en Laponie , lesquels ayant introduit de l'air excessivement froid daus une chambre chaude et pleine de vapeurs ou ils se trouvaient , virent en peu de temps leurs habits et le sol couverts de petits flocons de neige.
Volta rejette l'opinion des physiciens qui ont avancé que le noyau , d'abord très-petit , se revêt de couches successives de glace pendant sa chute, en donnant pour raison que les nuages sont à trop peu de distance de la surface de In terre, et (pie le grain primitivement gelé ne mettrait pas assez de temps pour tomber à terre, de manière à s'encroûter suffisanunent pour acquérir la grosseur d'une noix. Il ne voit en conséquence que l'électricité qui soit capable de retenir les grains suspendus en l'air, même lorsqu'ils ont acquis une certaine grosseur. Voici comment il explique cette intervention :
54o DE L*ÉLECTRICITÉ ATMOSPHJÉRIQUE.
IjCS nuages orageux possédant une quantité énorme (réleclricilé , leurs parties extérieures sont fortement repoussées : il en résulte une grande irrégularité dans leurs bords et les diverses courbures de leurs surfaces , comme ou l'observe efi'ectivemcnt. Ces nuages sont accompagnés qiieli|uefois de petits nuages, condensés dans la partie inférieure seulement qui est moins élcctrisée que celle qui est au-dessus. Supposons, dit Volta, qu'un de ces nuages fortement électrisé soit congelé presque subitement à la face supérieure, par suite d'une trèsgrande évaporation; il en résultera alors une multitude de petits glaçons, qui seront les noyaux des grains de grêle. Ces noyaux, rejetés en baut par la forte répulsion électrique du nuage, seront tenus en suspension à une certaine distance, de la même manière qu'un flocon de coton ou tout autre corpuscule léger est tenu suspendu en Tair au moyen d'un tube de verre électrisé qu'on place au-dessous. C'est ainsi que, si l'on met des corps légers sur un large plateau isolé et borizontal, on peut, en l'électrisant fortement, les voir s'élever dans l'air et s'y soutenir aussi longtemps que le plateau reste électrisé : telle est l'image de la formation de la grêle. Si celle comparaison est exacte, il faut que les grains de grêle exécutent, à mesure (ju'ils deviennent plus gros, les mêmes mouvements que les corpuscules légers soumis à l'action du plateau électrisé. Ces grains oscillent donc audessus du nuage fortement électrisé, et tombent successivement en vertu de leur propre poids, quand ils ont perdu leur électricité. Ils arrivent alors à la partie électri(|ue dji nuage, où ils prennent de l'électricité et sont cliassés de nouveau; ceux qui ne j)euvent suimonter la force de leur cliulc tombent à terre. Ce seraient ces grains rares et solitaires qui s'écbappent çà et là, et précèdent la grêle abondante qui va bientôt tomber. Le mouvement et la suspension des autres grains qui voltigent au-dessus du luiage, diminuent à mesure que leur masse individuelle s'accroît par l'adjonction de nouvelles coucbes d'eau glacée, et que la force de l'é-
CBAPITRS TI.
lectrîcité diminue; il arrive enfin un instant où, entraînes par leur propre poids , ils tombent en abondance ^ sur la terre.
Yolta a sénti la nécessité , ponf côm[Méter son explication ^ de supposer Texistenoe de deux ou plusieurs nuages Fun au-^lessus de l'autre, électrisés contrairement Dans ce cas, on peut se représenter les grains de grêl^, non-seulement comme suspmdns'et flottants^ mais encore comme se trouvant dans une vive agitation, poussé et repoussés de la couche du nuage électriséea plus à celle du nuage électrisé en moins , comme )e sont les balles de sureau dans la danse des pantins. Quant au bruissement qu'on entend à l'instant où la grêle tombe, Voila l'attribue au cboe des grêlons les uns contre les autres lorsqu'ils sont ballottés d'un nuage à l'autre.
Cette théorie n'est pas à l'abri de toute objcc tion ; en efTet, on ne conçoit pas comment il se fait (juc deux nuages électrisés différenmient ne soient pas immédiatement ramenés à l'état neutre quand il existe un si grand nombre de petits conducteurs qui établissent continuellement la communication entre eux ; on ne . conçoit pas non plus comment des glaçons pesant quelquefob une demi-livre peuvent être renvoyés d*un nuage à Tautia fxmime des corps légers, car les vésicules des nuages qui sont moins pesantes que les grêlons devraient, à plus forte raison, obéir à Taction attractivè . «t mélanger ces masses nuageuses; mais en supposant même, que 1 électricité recélee par les nuages orageuiè soit^coosidérable et qu'un semblable ballottage eût lieu, alcrrs^dfivrait apercevoir un feu continué aétincelles^ ce qui n*a jamais été observé. 'En outre, le ballottement des grêlons ne peut se passer comme Yolta l'a imaginé. PaW'la danse des pantins, les plaques métalliques electrtsees, entre lesquelles oscillent les balles de sureau , ne se laissent pas pénétrer. Or, si l'on substitue à la plaque intérieure une nappe d'eau , cette danse n'a plus lieu; les balles, en descendant, pénètrent dans le liquide et ne t>e relèvent plus. Les nuages doivcut présenter le même
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phéoomèiie» ii rétulle de là que, pour peu qu'en vérin de la vitesse acquise du clioc d'autres gréions il y ait pénétration dans le nuage inférieur, toute répulsion devrait cesser et les gréions enfoncés tomberaient de temps k autre sur la terre pendant des heures entières ^ ce qui est contraire à l'observatioD.
: D'un autre coté , il est impossible d'admettre la congélatiou des nuages par l'action seule des rajrons solaires, attendu que le rayonnement solaire ou toute antre causé
calorifique ne peut hâter Févaporation d'un liqnide quelconque sans amener son ëchauffenient. On a cité, par exemple, contre sa lliéorie, rexpérience suivante: si Ton entoure de linges mouillés deux thermomètres parfaitement semblables, Tun exposé h l'ombre, Fautre au soleil, on observe tme évaporation beaucoup plus prompte sur ce dt rnier, latjut-lle n'est pas accompagnée d'un refroidissement, mais bien irune augmentation sensible de chaleur. Du reste, on a des exemples de chute de grêle pendant la nuit; M. Bellani a cité un orage qui eut lieu au mois de juillet 1806, avant le lever du soleil, et pendant lequel il tomba une grande quantité de grêle, qumque Ion n*eût aperçu la veille aucun indice d'orage dans rétendue dft^JpN^P^tttk Ces. hypothèses sont donc ^inadmissibles. ' "
^^^^^Itier a modifié comme il suit la théorie de Volta. Quand deux nuages chargés delectricité diflimiite sont placés Tun au-dessus de l'autre, l'attraction est aloi's i^sidérable ; les nuages se rapprochent sans déx^haVfle notable d'électricitë, seulement il j a des actions pàr^iofiuenoe analogues à celles qui ont lieu entre les corps rugueux ou couverts d'aspérités. Cet échange d'é> lectricité ne peut s'opérer san« produire une vaporisation de l'eau , d'oit truite un abaissement de température qui est d'autant plus prompt que la tendon électrique est plus considérable. Quand la température des nuages est assez élevée, il n'y a aucun effet particulier; mais si l'un d'eux esta une température près de zéro, rabaissement de lemjpérature pourra produire la congélation des portions