CHAPITRE II. iSq
a très-faibicincnt pour certains fleuves, tels <[ue le Rhin, a le Rhône, le Nil. Or, ce travail de la seconde période « est eu masse très-comparable à celui de la première, « si même il ue le surpasse pas; et comme il Q*y a guère « que deux, trois ou <|uatre mille ans ^ue cette seconde « pério<le a commence, pu voit que rien ne conduit à « faire remporter l'origine des deltas a un grand noma bre de milliers d'années. »
Dans laDulicalion que Ton fait de la marche des atterrissein^ijlpà la recherche d'époques anciennesi il faut encore se mettre en garde contre deM^uses qui viennent Fentraver d'une manière quelconque. Ainsi , quand un port a été (»>mb1^tl jbut examiner s* il Ta été entièrement par des alluviobfl^^ o^^s^etnent par TefTet naturel des vagues (|ui transporUmt irrégulièrement d'un, côté les débris qu'elles ont enlevés de l'autre; il faut examiner encore les faits historiqiieç qui peuvent éclairer sm* ta véritable position des Jteux que l'on suppose avoir été placés jadis sur k )K>ir4 de la mer. Nous prendrons pour exen)j)le Aigues^Mortes, où s'embarqua saint Louis, et qui est aujourd'hui loin de la mer. Voici ce que nous trouvons aans une note de M. l'ingénieur Delcros sur le prétendu abaissement de la nier dans cette localité {^Bulletin de la Socictc de ^('oi^rapliic, i83i ). La ville d'Aigues-Mortes a un sol élevé de 3o à centimètres au-dessus delà Médilorranée ; il existe, entre elle et le rivage, d'anciennes ruines qui prouveul que le rivage n'a point reculé. Quant au port où s*est enjhai(jué saint î^ouis, M. Delcros le reconnaît dans Tc^tang actuel de la ville, qui communiquait avec la mer par des c anaux. Si Ton enlevait les sables et la vase qui les ont encombrés depuis six cents ans, les navires pourraient encore s'amarrer aux anneaux en fer que Ton voit à la base des remparts (pie mouillent les eaux de l'étang, situé encoie au niveau de la IMéditerranée. J^es atU rrissements ne donnent dojic que des indications incertaines sur les époques auxquelles elles ont conunencé.
On a un autre moyen d'arriver à supputer approxi-
iGo DES CIIAJSC£M. SGRV. A LA SURF. DU SOL.
mativeinent Fëpoque depuis laquelle certaioes roches à la surlace du globe ont commenoé à se décomposer : il consbte à comparer les altérations qui ont eu lieu depuis plusieurs siècles dans des parties de ces roches exposées aux influences atmosphériques, à celles qui se sont opérées dans une masse restée en place ; à la vérité, il mut supposer que les causes de décomposition qui existaient al^rs n*ont pas changé. Cette évaluation est relative seulement à 1 t'j}oc^ue de Tapparition de ces roches, sans rien préjuger de ses relations avec les derniers soulèvements. Voici , du reste, un exemple qui indiquera la marrlie à suivre. î^i cathédrale de Limoges a été consh iiiu*, il V a environ quatre siècles, avec un granit qui a dû être extrait tiis carrières les plus rappi ocliées (le la ville. Or, dans rintérieur de cet édllit c, raltoralion du gi'aiiil est peu ou point sensible, surtout dans les parties qui n'ont pas été exposées à riiuniidité. Mais il n'en est pas de inOiiu' au dehors , surtout sur les faces (jui sont exposées aux vents de pluie: là, la décomposition et la désagrégation dans (piehpies parties sont assez piolondes; dans d'autres, elles le sont moins. On peut évaluer Tallération moyenne à 7"''"-,88. Or, la portion décomposée de la masse de granit (juc l'un de uous a obsci vée dans une carrière, à peu de distance de la ville, est de i'",G24- i^n supposant (jue la marche des altérations ait eu lieu, dans la masse de granit, proportionnellemeut au temps, on trouve que l'altération a dû commencer il y a 8:1000 ans. On ignore, il est vrai, la marche de la décomposition du granit en masse, car il est probable quelle aura été plus rapide dans les pi*eniiers temps que postérieurement, puisque les parties supérieures auront dû préserver celles qui étaient en dessous. Dans ce cas, la loi suivrait une progression décroissante , et donnerait encore un nombre plus considérable.
Les observations précédentes montrent qu*il faut faire remonter très-haut l'époque de l'apparition des granits; celle qui suit concourt encore au même but.
CBhPXTKB II. f6l
M. Jomard, en explorant les carrières de la Thëbaïde , d'où Ton a tiré jadis les colonnes et les pyramides qnisoot encore debout au milieu des ruines des temples, a trouve des niasses enlevées avec de grands efforts, portant les empreintes encore fraîches du ciseau qui les a détachées des blocs de granit, et cependant ces traits datent de 3oooansau moins! On en déduit la conséquence qu'il a fallu un temps considérable pour répandre ce vernis, d'un noir luisant sur les rochers, peu éloignés de là^que la main de l'homme n'a pas attaqués.
On a invoqué les monuments historiques pour indiquer l'époque du dernier cataclysme; mais les documents qu'ils peuvent fournir ne sont que des limites inférieures; en effet, l'absence d'ossements humains dans les différents terrains où il existe des fossiles, si ce n'est dans des travertins qui se forment de nos jours , et • (jui, par conséquent, n'ont pas une origine très-ancienne, montre que l'apparition de l'homme sur la terre est postérieure à cette dernière révolution. En outre, pendant très-longtemj)s, il dut vivre à Vétat sauvage, avant de s'organiser en société, et durant cette longue période aucun monument ne dut ctre élevé.
On s'est servi également des zodiaques pour remonter à rc'potjue ou les observations a.stronomi(|ues qui ont servi de base à leur construction ont été faites. Examinons jusfju'à quoi point ces témoignages peuvent être accueillis favorablement. Le zodiacjueest la zone ct'leste qui s'étend de 8" à cf de chaque côté de Tc'cliptiijue, dans laquelle s'opèrent les mouvements apparents du soleil , de la lune et des planètes principales. On a divisé cette zone en 12 signes, de chacun 3o'\ qui forment les ; douze signes ou constellations du zodiaque; mais, par ^jUpuite de la non-sphéricité de la terre et de l'attraction du âilfii et 1^ la terre, il résulte une inégalité séculaire, à ^laquelle on a donne le nom de précession des équinoxes, en vertu de laquelle la sphère céleste entière semble avoir un mouvement de rotation trèfr-lent vers Torient. Cette inégalité a une période de 26000 ans , à la fiu de laquelle
lÔa ]>B8 CHABTGEM. SIIAV. ▲ LA SURF. l>tJ SOL.
le soleil, la terre et les astres se retrouvent dans leuM positions premières; (^est à peu près i" de rotation angulaire, en 7'2 ans. On voit donc {jin; les ecpiinoxcs il*arrivcut pas chu(pie année lorsipic le soleil se Irouve au même point du zodiaque, et que les observations des signes ou des constellations daus les(]uelles le soleil était situé à une certaine époque peuvent indiquer la date de Tobservalion.
Sur le plafond du ^and temple de Dendéi^k est rcpré* sentée une figure qu entourent les douze constellât ions^ rangées dans un ordre tel, que le lion semble sortir le premier du temple , et le cancer entrer le dernier. On su Impose que cette disposition nWpas Teffetdu hasard, et (pi elle a été hite pour indiquer probablement une cpoque remarquable dans la contemplation du ciel. On a multiplié, dit>on, les emblèmes à côté du cancer pour montrer que le soleil se trouvait au solstice d*été au milieu de ce signe. En interprétant tous les renseignements dus à ces ligures, on en a inféré qu*il y a 3o siècles, ou looo ans avant notre ère, on voyait au ciel les phénomènes représentés sur ce Eodiacfue.
A b^siie, il existe deux zodiaques plus anciens, et qui reinoiUent à trois ou quatre mille ans avant notre ère, ou, eu sulsaiil une autre interprétation, seidemenl gt/joG ans. lin lalde.ui astroiioinitpje découvert, |)ar M. CliampoUioii, dans Itî lUiaïuesseuin de l lièbes, a sci vi desujel de rechert lies à M. Biot, qui a doiuu' à raiiti({iMte de ce tableau ans avant l'ère t hrelietine. C.es tableaux
peuvenl « li r po.sU'rieuis, car on a pu scidpler des zodia- (jues observés ilepuis longteni|>s, cl (|ul avaient servi à caracléi iser îles époques renuu (ju.iblos ; mais cela ne change j)as ranrienueté de l'observation. M. Testa a avancé que ( e mouuaieat ne date pas de 3oo ans avant Tèrc chrétienne.
Dupuis a voulu expliquer Torigine du zodiaque^ eo supposant que les Kgyptiens en soient les inventeurs et que les signes et les dénominations des constellations zodiacales soient en rapport avec les difféi*eiites phases de
CUAPJTRB II. l63
rinoiuîatioii du Nil, pluînomciie pliysiqui- qui attirait vivement leur attention. En se livrant à nue discussioa dont nous ne rapporterons (|ue le résultat , il a fait rvmouter cette origine à i5ouo ans. On a objecté à ce système que les constellations ne représentaient pas les points oîi le soleil se trouvait à cette époque, mais bico celles qui se levaient le soir et qui restaient la nuit en** tièré dans le ciel, oendant que ces phénomènes avaient lieu ; cela ne leur donnerait que 45oo ans d'existence, La divergence des opinions, sur l'interprétation des zodiaques, prouve le peu de confiance que l'on doit attribuer aux déductions chronologiques que l'on en tire; aussi Delainbre a-t-il dit, à ce sujet , que ces monuments sont susceptibles de tontes les explications qu'on veut leur donner.
Mais que les zodiaques datent seulement de 3000 ou 3ooo ans avant l*ère chrétienne ^ il n'en est pas moins vrai que, si alors l'Égyptc était florissante et tes arts cultivés, il avait dû s'écouler bien des années avant que le langage se soit formé, et (|ue les arts et les observations aient atteint un certain degré de perfection! D'un autre côté, les temples et les villes en ruines que Ton a retrouvés lors de la découverte du nouveau monde attestent, comme les ruines de Tlièhes et de Ninive, (juc les peuples des Améri([ues, ainsi que les anciens Egyptiens, étaient déjà parvenus, il y a plusieurs inillicrs d'années, à une civilisation avancée. L'expose que nous venons de présenter montre que les documents recueillis sont insuffisants pour remonter à Tépoque du dernier cataclysme qui a donné à l'Europe sa configuration actuelici et à celle de l'apparition de l'homme sur la terre.
SECTION II
j — Oes ciimmis defiuîs les îen^ hisloriques.
L'action solaire ne consiste pas seulement à échauffer direçtemfBfcle sol; elle exerce encore une influeucesur les vents et sur l'humidité de lair, Oes causes, réunies au
l64 ' DES GHANGEIf. SUBV. A LA SITIIF. OU SOL.
plus OU moÎDS grand éloîgnement de la mer, à la hauteur des lieux au-dessus de son niveau, et à d'autres circonstances particulières y dont il a été question en parlant de la température moyenne, constituent les climats.
.Avant tout y nous devons examiner si les climats sont actuellement constants dans un même pays, et si, depuis les temps historiques, ils ont éprouvé quelques changements. La température de l'éoorce terrestre n'ayant pas varie sensiblement, on doit en inférarquc les choses sont dans le même état que jadis; les observations suivantes ne laissent aucun doute à cet égard, et montrent bien que, si dans quelques localités les climats semblent avoir éprouvé des modifications, il fiiut en attribuer la cause aux changements que Ton a fait subir au sol, ou à des différences dans la culture. Nous empruntons les détails suivants à M. \\"\^o[ Éiinnairr du bureau des loni^itudrs i834j:
Du temps (le AIoïso , dans les environs de hi ville de Jcriclio, appelée ville des p(ili)drr\ ^ les dattes mûrissaient, et on les préparait comme fruits secs; la vigne y était également eullivée poiu' le raisin destiné à faire du vin. A Palerme, qui a une température moyenne supérieure à 17", on V eullive le dattier, mais le fruit ne mûrit pas; il en est de même à Calane, (pli a une température moyenne suj)érieure de 1" à 2". \ Alger, (jui a une température moyenne de lu", les dattes v mûrissent bien. On doit eonclui'e de là que dans la Palestine, dans les temps bibliques, la température moyenne ne devait pas être inférieure à 21".
La culture de la vigne nous fournit également quelques donnc'es qui peuvent être invoquées. Suivant M. Léopoldde Bucli, la contrée la plus méridionale où la vigne soit cultivée est l'ile de Fer, dans les Canaries, dont la température moyenne est de 21^ à 22"*. Au Caire, qui possède une température moyenne de 22", il n'y a pas de vignes, mais seulement des ceps dans les jardins. En Perse, à Abasheer, dont la température moyenne est de 23°, les ceps de vigne doivent être abrités pour fructifier. Tirons de là la conséquence que la tempéra-
CHAPITIIE II. l65
ture de la Palestine, du temps de Moïse, ne devait pas aller au delà de ai^'jfïo.
Or, d'après des calculs approximatifs, la température moyenne do Jérusalem étant aujourd'hui un peu supérieure à ai°, il s'ensuit que, depuis plus de 3ooo ans, le climat de la Palestine n'a pas éprouvé d'altération sensible. Des considérations semblables, relatives «i la culture du blé, conduisejit à la même conclusion.
Il n'est pas aussi facile de suivre cette marche pour déterminer la température moyenne des diverses contrées de l'Europe dans les temps anciens, vu le manque de données sur lesquelles on puisse compter. L'exemple suivant montre le peu d'accord existant entre les documents historiques rapportés par les auteurs. Diodore de Sicile dit positivement que, dans les Gaules, les fleuves sont souvent gelés à un point tel, que les chariots les plus pesants peuvent les traverser sur la glace. Quelle induction tirer de là, quand un grand nombre d'attestations prouvent que, depuis l'année 860 jusqu'en iB^q, les mêmes fleuves, le Rhin, le Danube, etc., ont été fréquemment gelés? On ne peut donc savoir si le climat s'est détérioré ou non. M. Arago fait observer avec raison qu'une congélation exceptionnelle ne saurait «caa ractériser un climat ;(jue diverses circonstances peuvent « accidentellement faire descendre sur un point donné « du <z\nbc. les couches Irès-refroidies et très-sèches si- « tuées dans les hautes régions; que le froid naturel de « ces couches, que le froid n'sultant de l'abondante éva- « poration à laquelle leur sécheresse donnerait nais- « sance, ajoutés à celui qui proviendrait, la nuit, du « ravonnement vers l'espace, si latmosplière était parfai- « lenient sereine, paraissent suffisants pour occasionner « la congélation d<'s rivières dans toutes les régions du « globe. »
D'après divers rapprochements faits par M. Arago, il paraît que la ligne des Cévenncs et diverses contrées n'ont pas changé sensiblement de climat. Il va cependant des localités, en France, où le climat semble avoir été mo-
DLS CLIMATS, £TC.
difiéy en raison de CiU!>es que noas avons déjà fait connaître: nous en citerons plusieurs exemples. Dansle Vivaraity les ëtës étaient jadis plus obauds qu'ils ne le sont aujourd'hui. On sait f en effet, qu*au milieu du iivi* sièolei les vignes étaient productives dans des terrains âevés d'environ 600 mètres atwiessus du niveau de la mer, là oii maintenant le raisin ne m&rit plus, même dans les meilleures expositions. A. Paris, oit Pempereur Julien faisait servir sur sa table du vin de Suràne, on n*ea récolte plus aujourd'hui de potable. Les vins de Beauvais et d'Étampei, qui étaient prisés du temps de Philippe-Auguste, n*ont plus aucune valeur aujourd'hui* La culture de la vigne, à Tépoque actuelle, a sa limite septentrionale dans le tlépartement de l'Oise.
En Angleterre, on trouve des cliangemerits semblables. La vigne y était cultivée dans les temps anciens, et aujourd'hui on n'y Tait mûrir (ju'avec peine le raisin dans les provinces méridionales, en abritant complètement les ceps contre les vents froids. De là on doit conclure qu'en France et eu Angleterre lea étés sont moins chauds que jadis.
On doit attribuer le changement de climat des Gaules, d'abord, au déboisage. La plupart des Ibréts ont été îibattues, depuis plusieurs siècles, dans des plaines et sur des montagnes (jui sont aujourd'hui dénudées. D'un autre côté, des lacs et des étangs ont été desséchés en grand nombre; les rivières qui débordaient ont été retenues dans leurs lits; des terrains, jadis en frioliOy sont aujourd'hui couverts de culture. Tous ces changements ont dû modifier le climat de la France. Pour en avoir la preuve, il suffit de suivre les modifications que le climat do rAmértque a subies À la suite de pareils changements qui se sont opérés de nos jours. Aux État^Unis 1 le défrichement a rendu les hivers moins froids et les étés moins chauds. Les maxima de température de janvier et de juillet tendent donc sans cesse à se rapprocher. Dans le nord de la France y on observe des enets semblables. Voici comment William et JeAerson expliquent
V^ n^; ' CHAmiUi II. 167
cn^sments fturvenul aux ÉtaU-Unis : TefTat du déboisemeot a été de rendre les veoU d'ouest beaucoup moins fréquents, et de donner la suprématie aux vents d*est, qui s'avancent de plus en plus dans les terres. On conçoit qac ces changements aient pu s'opérer sans que, pour cela, la température moyenne ait changé, car il aurait pu y avoir une compensation entre le gain des rninùna et la perle des ma. rima. 11 n'en est pas cepondant ainsi, attendu (jue Boussingault a recronnu (|ue, dans les observations de température moyenne qu'il a faites sous la zone torride, les plus petits nombres correspondent aux régions boisées. Il semblerait donc, d'après cela, qu'à mesure que le climat devient moins excessif, la température moyenne auguicnte.
Pour remonter aux causes qui ont fait perdre .uix étés, en France et en Angleterre, une partie deleurclialeur, il faut passer successivement en revue celles qui ont pu exercer une influence. Le soleil : on ne peut admettre qu'il ait perdu de sa forée, puisque la température n'a pas varié en Palestine depuis 3ooo ans. L'ex^ tension des glaces du pole arctique ne saurait non plu|^ être invoquée, d'après M. Arago; il cite, entre autres, ce fait remarquable, que l'inunense débâcle de iHi'i^ ou 18149 dégagea les cotes duGroënland des blocs déglace qui l'entouraient, n'a exercé dans nos climats aucune influence sur les phénomènes agricoles, et n'i^: pas produit dans l'atmosphère des modiiications appi'é-' cîables à nos instruments météorologiques. i On ne voit donc, en définitive, que les changements apportés par la culture qui aient pu modifier le climat de la France et des autres contrées.
§ 11. — Des diniats à l'époque actuelle.
Examinons maintenant comment les climats varient, à l'époque actuelle, à la surface du globe, en vertu des causes nombreuses qui concourent à leur production.
Trois éléments principaux caractérisent un climat : 1" la teinpcralure moyeuae de l'année; a^ les variations
l6d DSS GIJMÀTS, BTG.
qu'éprouve la température des jours, tics mois et des saisons; 3" les températures estivale et hibernale.
On distingue sept espèces de climats, classées d'après les zones isothermes dont il a été prcccdeminent question. Voici cette division :
I® Cliiiiiit brAluit dans la sone tomde, de a7%5 de température
moyenne à aS*
2" Climat chaud. .V..«. dans la «me de a5* » h 2u<*
3" — doux de à i5
4" — tempéré de i5 à 10
6" — froid de 10 à 5
6** — très froid de 5 à o
7* — glacé an-detsoas de séro.
Chaque climat ou bien rliaque zonb isotherme peut ^trc partagée en climats constants, climats variables et climats excessifs. Les climats constants sont ceux ([tii présentent peu- de différence dans le cours de l'année, entre les maxima et les ininima de chaleur et de froid; les climats variables, ceux qui offrent, au contraire, des différences assez notables; les climats excessifs, ceux
âui en présentent, au contraire, de très-grandes. Voici es exemples de ces trois espècn de climats :
Teiiip. nioj . Tcmp. mov. Temp. moy. Oif* MondCtScditét. clo du mois le du mois le
raiiixk'. plusdiaud. plus froid. c«.
Climat constant j Fuuclial 2o",3 . . . a4°,a ... 1 70,2 ... 7°
Gimats ( Saiiit-Malo. . .la ,3. . . 19 .4. . . 5,4..>i4 variables. î'''»'^'* 10 ,8. . . 18 ,5. . . J. 3... 16,2 ( Londres 10 ,a. • . 10 «o. . . 3,i...i3,8
Climats 1 ITew-Tork. . . is ,1 . • . «7 ,1 — 3 ,7 . . . 3o,8 excessifs, f Pékin t^i »7 • • «^9 * i — 4 ,1 . . . 33,»
Dans la même zone cliinatérique, les lieux qui la composent, (|uoi(|ue possédant la iiumik; leinp(»raiure n)i)\efine, ne soûl pas cependant également propres au (h'vclojipeincnt des inrincs véi^étaux et des iniMn(?s animaux; les températures extrêmes exercent , dans ce cas, une grande influence. Ouel(|ucs degrt's de température, en effet, suidsient pour faire mûrir certaius fruits, taudis
CHAPITAB 11. 169
que quelques degrés de moins gèlent les plantes. En Provence, par exemple, un abaissement de température de plusieurs degrés au-de&sous de zéro peut gelei* les oliviers et les orangers.
T^s extiemes du chaud et du froid, qui sont d'une si grande importance dans la culture, n'ont pas toujours lieu aux mêmes époques de Tannée, comme on le voit par les observations suivantes , relatives à Paris (Aimuaire du bureau des Longitudes, 1 8^5):
HAxnim DE cHALcun. MAxnfDii DE nom,
Teinp'''rniiirc
AVÊdm Mois. en^^gi^^ Années. Mots. Tempéritofe.
1706., 8 août... 1709. .i3 janv.. —
1753.. 7 juillet., -i-35,6 1716. .i3 id. ... —18,7
1754. .14 id. ... -i-3r» ,0 iT'i^.. 8 id. ... — 1/» ,1
I7.'»!ï.,i4 id. .,, ,7 1755.. 8 id. ... — i5 ,i
1793.. 8 id. ... -1-38,4 1768.. 8 id. ... — 17 ,1
1793.. 16 id. . • . -+-37 ,3 1776.. ag id. ... — 19 >i
t8oo..i8 AoAt. .. «4-^5,5 1783.. 3o déc. —19 9I
180a.. 8 id. ... -j-3(i ,4 1788.. 3 1 îd. ... — aa ,3
i8o3.. 8 id. ... ,7 1795. .v5 janv. . — a3 ,5
1808. . i5 juill.. . . -|-3G ,a 1798. .26 déc. ... — 17 ,6
i8i8..a4 id.... )5 28a3. . 14 jaav.. . . —14,5
Pendant les hivers excessife de 1 789, 1 788 et 179.^, les noyers et beaucoup d^autres aftres furent gelés. On voit par là à quelle vicissitude Fagriculture est exposée dans les climats variables.
Les mers, en raison de leur surface liomoa<'ne, intej*viennent d'inie manirre uniforme, coinnit" le dciiiontrent aussi les indexions des lignes isothermes qui les traversent [iHfj-ez plaiK lie V i, inflexions plus régulières et moins étendues (juc sur tt^rc. Quant aux continents, leurs contours exercent une giande influence; de là, Pobligalioii oii l'on est de déterminer le rapport entre leur superficie el leins contours. A toulcs les méthodes employées jus(ju ici pour cette détermination , M. de II umboldt donne la j)réferen( e à celle de M. Nagel, (pii est parti de l'hypothèse (pu», si tous les continents étaient circulaires , ils auraient le minimum de contoiurs. il a
I7« OUMàTt, ETC.
comparé ensuite l'étendue réelle du littoral ou le péri-* mètre réel à l'étendue hypntliétifjue prise pour unité, ou à la circonférence que l'on obtiendrait en supposaat les conliiients ramenés à une fif^tire circulaire.
M. Nagel a établi, par ce moyen, que la différence entre les deux (juantités est d'autant plus graiule que le continent est plus sinueux : ce qui, du reste, était facile à prévoir. Voici les rapports auxquels il est par« venu :
Europe i : 3,o3
Asie I
Afrique I : i,35
Nouvelle-Hollande i : i44
Amérique du Sud i : 1,69
Amérique du Nord i 12,89
L'Afrique, eu égard à sa superficie, est donc la partie continentale qui a le moins de développement de côtes; viennent ensuite et successivement la Nouvelle-Hollande^ TAmérique du Sud, l'Asie, et rAmérique du Nord.
inflexions que nous présentent les lignes isothermes dans le voisinage de la Méditerranée , de la mer Houge, du golfe Persi((ue, etc., indiquent que la con6guration des côtes sAible exercer une influence sur les climats; influence qui tient, comme on va le voir, à ce que le voisinage d*unc mer rend les êtes moins chauds et les hivers moins froids; eest ce motif qui a fait établir trois espèces de climats: climats des îles, des côtes et des continents; < limats qui peuvent réellement être ramenés a deuxu /if/trifs rnariiis et cUnuifs vontincntdu.i.
Les éléments des climats marins sont, sans aucun doute, la grande capacité calorifique de l'eau, la (pian* tité de clialeur latente qui dev ient libre lors(pic la vapeur d'eau passe à l'état liquide, et réciproquement celle qui est absorbée (juaiul l'eau prend l'état gazeux. Ces éléments ([ui tendent à rendre les climats plus constants ne jouent plus un rôle aussi important en s'éloignant des côtes 9 attendu que la différence entre les tempé»
GHAFtmi ll« 171
ralures estivales et hibernales, augmente dans le même rapport, comme le prouvent les résultats suivants, que nous empruntons a IVL Kaemtz (^ÉlémetUs fie méléowiogie ^ p. 170):
MOYENKKS ESTIVALES F.T HIBERNALES DAMS LfiS ILES
DRlTAJtfHIQUES.
Féroé 3;90. . . . 1 1^. . . . 6^70
Ile Unit (âh8tlâiid]».4to5**>*f 1,9a. . «é ijè^ « Ile de Mtt| S^Sq* • • • i5,oA* • • • 9t40
Edimbourg 3|47' • • • '4>o7 • . • • 10,60
Al)cnlc<în • . . .Î^Bg. . . . 14, 57 • . . . 11,18
Kinfuiim-Castle 1,94 .... 1 4,1 7 .... 1 1 ,^3
Louilres 3,as. . . . 16,7^. . . . i3,5S
Lanoaster 3|58 • • • . 1 6,3i .••.11,74
Kendal a,o3 .... i4,3a . • . . 19,99
Penzance .7,04* •• .tSfSS. .. . 8,79 UeUton 6|i9«... 16,00. . • * 8,8t
Ces résultats montrent que la température moyenne de rhiver de tous ces lieux est supérieure à zéro, même pour les Shetland et les Féroé, (jui se trouvent sous des latitudes élevées (6a°) ; que Londres, Lancaster, etc., ont les plus grandes différences. Le vent du sud-ouest, qui souffle très-fréquemment en hiv'ér dans ces contrées, • sert à expliquer l'état climatcrique de TAngleterre. Ce vent, en effet, transporte avec lui Tair chaud et humide de l'Océan; les vapeurs, en se condensant, al)an(h>nnent de la chaleur latente, et s'opposent ainsi au refroidissement du sol, ce qui rend les hivers doux. Kn été, la même cause pioduit un effet contraire, puis(jue les vapeurs qui se pnclpitent s'opposent au rayonnement solaire : aussi la Icmpéi'ature est-elle moins ('levée.
Si l'on s'avance sur le continent, dans Tintt'rieur des terres, pour connaître leur influence, ou trouve :
Umv. Hiftr. tiA DIfHiwoe.
.Amstertlam 2,67. ... 18,79. . . . i6,ts
Middelboui^. i,os...» 16,91... • i5,oo
Maëstrieht...* «..» fty04*»«« lëyit**.* i6,t8
l'jà DES CUMÀTSy ETC.
Umo. Hlnr. Été, Uflimet,
Bruxelles... ...... a,S6.... 19,01.... i6,/|5
FtrsDecker ft,56.... 19,57.... i7»oi •
La Haye., • «,4^.... i8y63.,.. 1^,17
Saint-Malo. ....... 5,67.. . . 18,90.... i5,^"î
Dunkcrque 3,56.... 17,68....
I>a Rochelle Ai7^>'>* 19,22.... lA^AA
Paris 3,59.... 18,01.... i/i,4^
Montmorency 3,2i.... 18,96.... i5,75
La température moyenne hibernale de tous ces lieux est environ de 3**| comme celle des villes d'Angleterre précédemment mentionnées, h deux exceptions près, tandis que la moyenne estivale, s*élevant à près de 18**, est phis élevée. Cette différence est due au vent d'est secy.qui enlève \fis vapeurs aqueuses. Avançons de nouveau dans le continent :
Unix. Bivfr. Été. DifKraMBb
Dantzîg — i^ii.... i(^8s.... 17^3
Baireuth .« — i,ao.... i6,o3.... I7,a3
Berlin — 1,01.... 17,18.... 1-8,19
Aii{;sboiirg. . . , . — 1,08.... 16,80.... 17,88
Apeiirade 0,73.... 16,21.... i5,/|8
Dresilc — i,ao.... 17,21.... 18,/ii
Ouhaven ô,5i.... 16,76.... i6,25
Tubingue —0,01.... 17,01.... i7,o3
Sagan — a,65.... 18,20.... ao,85
Munich 0,12.,.. I7,()6.... 17,84
Ratishonne — 1,93.... 19,68.... 21,61
Hambourg 0,40* 18,96.... i8,56
Lnoebourg 0,95. . . . 17,25 .... i6,3o
Prague — o,44**«< I9)93.... ao37
Vienne o»i8. ... 2o,36.... a8,i8
Ces résnhals in(>!ilr(Mit l)i(Mi rinfliience des continents sur la lt;nipt'nitui'e moyenne ; car Cnxli;iven, Luneboiirg et Apenra(le, tjLioi(jue placés sous des latitudes élevées, ont néanmoins encore une température supérieure à zéro, en raison des influences combinées du voisinage de la mer et du continent.
Éloignons-nous encore de l'Atlantique:
Digitizoa Ly Li(.)0^le