CHAPITRE III
liCS courants des deux dernières divisions sont moins étendus que ceux qui constituent la première; nous allons les passer successivement en revue.
Couvants anistanls. — iM. le capitaine Duperrey, en rapportant sur une carte ses observations et celles recueillies dans les voyages de Cook, de Baudin, de Flinders et d'autres navigaleius , est parvenu à trouvtM* la direction des grands courants qui circulent à la surface des mers, et à rattacher ensemble tous les courants partiels. Nous allons essayer d'indiquer, d'après lui, quelle est la distribution de ces courants, qui jouent un grand rôle? sur le transport de tous les corps organisés d'une contrée dans une autre : nous en donnons, pl. V, le dessin, qui n'est cncorequ'un projet de la carte générale des courants marins, que l'habile navigateur doit publier.
A l'inspection de cette carte, on voit que le pôle austral est le point de départ de trois courants d'eau froide. Le premier, celui qui est au centre, se dirige vers l'est, et va frapper la cote occidentale de TAmérique du Sud , où il se divise en deux branches vers le [\o^ degré de latitude australe; la branche sud côtoie la Patagonie, tourne le cap Ilorn et échauffe toutes ces côtes, parce qu'il vient de basses latitudes et se rend dans des régions plus froides; la branche nord, qui est la plus étendue, au contraire, côtoie le Pérou et le Chili, et adoucit le climat de ces contrées voisines de l'équateur, qui difTère, comme on sait, considérablement de celui du Brésil. Ce courant nord, après avoir côtoyé le Pérou, se replie sur lui-même pour suivre le grand Océan dans une direction de Test à Touest, et forme ce qu'on appelait jadis le grand courant équinoxial. La Nouvelle-Zélande se trouve placée au milieu de la partie de la mer qui n'est pas atteinte par le courant principal et la branche qui a suivi la ligne équinoxiale.
Au courant é([uatorial de riiémisphère sud s'en joint -'^ un autre dans la même direction, venant de Thcmisphère nord , et <[ui en est séparé par une bande océanique de 'f environ de largeur, laquelle est placée le
OBSi M£1IS.
plus souvent au nord de la ll^ne, et où règne tuio sorte de remous dirigé en sens eoiitiaire des courants.
Ces deux couranls s'écliau lient en approclianl des Carolines, et leur marche est sans cesse contrai i(''e par toutes les îles. Aux aj)proches du grand archipel d'Asie, ce grand courant se divise en deux l)ranches.
L'une se (hrige vers le nord, l'autre vers le sud. La première branche se dirige d'abord vers le nord, le nord-est, vient passer entre les îles Mariannes et les îles du Japon, puis vient côtoyer les îles Alcutiennes sans atteindre le Kamtschatka; avant d'y arriver, il tourne vers l'est, puis vers le sud, et retombe dans le grand courant ëquinoxial, à la hauteur de la pointe de la Californie.
La seconde branche se dirige vers la cote orientale, la Nouvelle-Hollande, contourne la Nouvelle-Zélande, rejoint le courant austral central, qu'elle vient réchauffer dans la partie occidentale; elle s'étend au delà de la terre de Van-Dieroen , et vient se confondre avec une branche dtt second courant polaire austral, prenant naissance dans les méridiens des Indes et se dirigeant à Test, comme tous les courants d*eau froide.
Ce deuxième courant d'eau froide, situé à Foccident du courant central, vient heurter la cote occidentale de la Nouvelle->Hollande; 9 se dirige ensuite au nord vers les îles Java et Sumatra, ou il rejoint la partie du grand courant équinoxial qui n'a pus été anitée dans l'Archipel par tous les obstacles qu'il a rencontrés dans sa marche. Ce courant se dirige vers l'ouest, prend sa route vers le sud, entre l'Afrique et Madagascar, contourne le cap de Bonne>£spémnce, où il est considéré comme courant d*eaa chaude.
Ce courant vient se réunir lui-même avec le ti'oisième courant austral, qui est entraîné le long de la cote occidentale de l'Afrique. 11 sert à alimenter le coiuant ëquinoxial de TAtlantique, et forme le Gidf-Stream, dont on doit une très-bonne (lescription à M. de Tïuniboldt. Ce courant entre dans le golfe du Mexique, s y réliechit,
CHAPITRi: III. a^'j
tlt'îbouclio par le détroit de lîaliamn , se ment du sudouest au iiord-est à une certaine dislance de la côte des Etals-Unis, en conservant une portion plus ou moins considérable de la température (ju'il avait entre les tropiques. Il se bifurque en deux : une des branches va adoucir le climat de l'Irlande, des Orcades, des îles Shetland et de la Norwége; l'autre partie s'infléchit graduellement, et finit, en revenant sur ses pas, par traverser r Atlantique du nord au sud, et quekpiefois à une distance assez peu considérable des côtes d'Espagne et de Portugal. Apiés un long circuit, les eaux viennent rejoindre le courant c([uinoxial d'oîi elles étaient sorties.
Ce grand courant équinoxial de l'Atlantique, comme nous l'avons déjà dit, s'étend de chaque côté de la ligne, sur une grande étendue, qui varie suivant la situation apparente du soleil. On lui assigne les limites du iC)*' au 3o* degré de latitude; il commence à se faire sentir au sud-ouest des Acores. Il est très-faible du 1 5^ au degré de latitude. Vers la ligne, sa direction est moins constante que vers le lo* ou le i5*^ degré, et se dirige vers la baie de Honduras, traverse le golfe du Mexique, et se jette avec impétuosité dans le détroit de Baliama avec une vitesse de a"* par seconde, malgré les vents du nord qui régnent constamment dans cette région; pui^ il suit la direction indiquée plus haut. ^IplllPMM»
Sous le 33" de latitude, un voyageur peut passer, dans le même jour, suivant M. de Humboldt, du courant oriental dans le courant occidental. A la hauteur du cap Blanc, ce courant , après avoir longé la côte d'Afrique, se dirige d'abord vers le sud-ouest, et se réunit au grand courant équalorial appelé Gulf-Stream. Les deux courants sont séparés par une zone de i4o lieues de large. On estime que les eaux de ce grand courant, d'après les vitesses observées, parcourent un circuit de 38oo lieues dans l'espace de trois ans, savoir : i3 mois pour aller des îles Canaries aux côtes de Caracas; lo pour ' faire le tour du golfe du Mexique; 2 pour arriver près du banc de Terre-Neuve, et 10 à 11 pour revenir sur
«74 MBRS.
les côtes d'Afrique. CVst du 45 au 5o^ d^rë de latitude que le Gulf-Stream dirige une branche vers le nordest sur les côtes de r£uropc. 11 n'est pas sans intérêt de donner les températures de cet immense courant qui joue un si grand rôle dans la navigation. Entre les 4o^ et 41*^ degrés de latitude, sa température est de 1 8** ; en dehors du courant, elle n'est que de i4**; sous le parallèle de Charleston elle est de et les eaux en dehors de i4MI n*a plus que 7 ou 8^ près du baoc de Terre- Neuve.
Voici, d'après M. le capitaine Duperrey, les effets pro* duits par le grand courant austral central, dont il a suivi le cours sur toute la sur&ce des mers avec une grande sagacité. Prenons ce courant quand il vient heurter la
côte du Chili, où une des portions remonte vers Téquateur et Tautre descend vers le cap Horn. Celui qui se dirige veis le sud paraît avoir découpé profondément les côtes occidentales de la Patagonie, donne naissance aux îles qui la bordent, et séparé du continent la Terre de Feu. Ce courant rend très-dilficile le passage du cap Horn; pour le franchir, il faut prendre le large. La portion ({ui a icinonlé vers \v nord paraît avoir creusé le grand enfonc t niciU sur les côtes occidentales de T Amérique, entre \v ^f)** et le 1 5" de latitude. Ce courant a donc confrihiK' à donner aux côtes occidentales de T/lLméri(jue leur conliguration actuelle. Le courant qui exerce une si crande inHuence sur le» côtes de l'Amérique méridionale se lie intimement avec la direction générale des vents, et par suite avec la marche du soleil. Effectiveroent, ou a observé que le courant s'élève vers le nord lorsque cet astra est dans notre hémisplière, tandis que le courant descend de lautra coté de la ligne lorsque le soleil est dans l'hémisphère austral.
Les mesures de température des eaux de ce couranti avant qu'il ait atteint les côtes de l'Amérique, ne lais* sent aucun doute à cet égard. En effet, entre le io5^ et le 90' degré de longitude, au mois de janvier, le theiv moibètre marque 4^ aunlessus de o^ tandis qu'après avoir
CHAPITRB III. VtjS
touché la cote, la branche qui se dirige sur le cap llom a une température de 9" dans les parages mêmes du cap. Cet efifet ne peut pas être attribue à la chaleur continentale eu raison de sa basse température, mais bien à ce que depuis le point de départ de cette portion de courant^ la température de la mer est supérieure à celle de Tair; sur les côtes du Pérou, le contraire a lieu. Ainsi la branche principale du courant, partie du pôle austral, s'ccliaufTe en s*approchant de 3o"de latitude, à tel point qu'il prend une température supérieure à celle du Chili« dont il améliore le climat^ tanois que la partie qui se dirige vers le nord» étant inférieure à celle du Pé* roUf va nécessairement abaisser celle-ci. Cette influence de la température du courant sur celle des cotes a permis d'expliciuer ^taîiis fiûfs qui n'avf ie&t pu l'être jusqu'ici. Au Pérou I où la tninpiBMture Irès4idpucie par Tac* tion du courant « |es babitaiM|><Ui^ cultiver eux-mê* mes les terres sans le s6t^$^^b^ esdav est et par cou* séqueni les «xdonies espagnoles^ ont pu s'y conserver intactes. Il n'en est pas ainû au Brésil, sous Jes mêoie^ parallèles, où les chaleurs excessives ont obligé. les Portugais à avoir recours aux esclaves africains pour \^ culture du sol. On expTKjiie par la uiènie raison comment la végétation présente les mêmes caractères au Chili qu'à la Terre de Feu, et pourquoi les colibris se IrouveuL depuis le Chili jusqu'au cap Horn.
D'après la direction des courants de Test à rouest dans le giand Océan, on voit que les naturels des îles de la mer du Sud n'ont jamais abordé en Amérique avec leurs pirogues.
Le major Rennel pense que l'immense amas de fucus qui couvre la mer à l'ouest des Acores, sur une trèsgrande étendue, que l'on conipare à celle de la France et qu'on appelle mer herbeuse, mer de Varec, en raison ^des herbes (fucus natans) qui la couvrent, est apporté |>arleGulf-$tBMm du golfe du Mexique. Cependant les opidions 4lÉip'%^teurs à ce sujet ne sont pas les mènes, et. qitrtpmifiwii pensent que ces fiicus pourraienr
276 DK8 IIEftS.
croître sur leg récifs qui seraient au fond de rOcëaa' dans ces parages, ou bien végéter à la surface même des eaux. Du reste , d'après les observations de M. de Humboldtet du major Rennel, cette mer^ qui avait été aperçue par Cliristoplie Coiomb, ne change de place ni en longitude ni en latitude.
Les courants du pôle nord offrent également des effets très-remarquables. Ce sont eux qui amènent sur les cotes dislande une énorme quantité de glaces qui en remplissent les golfes septentrionaux. Quelquefois, au lieu de glace, ils y transportent des amas immenses de bois flottants. Ces arbres, suivant toutes les apparences, arrivent de la Sibérie et de FAmérique septentrionale. On y a même reconnu des espèces qui ne croissent qu*aa Mexique et au Brésil. En général , ce sont des troncs de pins, de sapins, de quelques arbres résineux et d'acajou. Ces derniers sont toujours percés par des tarets , mollusques lestacés.
]VI. le capitaine Dupcrroy a fait une élude spéciale, dans sa navigation sur la Coquille^ du courant d'eau chaudiî qui passe entre la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande pour aller rejoindre le courant centra! austral. Nous donnons ici quelques-unes des observations tliermométriques qu'il a faites, Tuoe à l'est, l'autre à l'ouest de la Nouvelle-Hollande.
DiCBMBRS l8a3.
- ^iL Temp. »!r. Teœp. mer.
33 5i i5o 23 j9 aa ,0
36 *o 104 ai 1/, ,4 i.. 14 ^8
39 59 109 3o i3 ,a la ,7
Aa 38 116 3:t la ,1 11 ,i
43 43 ia4 27 10 ,7 10 ,7
On remarque que les observations du côté de l'est
CSAPITRB III. 277
donnent des nombres plus forts que celles du côté ouest.
La présence du courant est indiquée par la différence (le plus de 4** de température que Ton observe en passant de 4^^4o à 43. A la latitude de 4^°i44? t'*ourant avait une vitesse de ai milles vers le sud et de 42 milles vers Test.
Voici d'autres déterminations thermomctriques de M. le capitaine Duperrey, relatives au courant d'eau chaude qui passe entre le Japon et les îles Mariannes. Cliacune des tenjpératures est la moyenne de toutes les observations faites 9 de deux heures eu deux heures, daas les a4 heiires.
taap, air. Tcmp. mer.
a4 juio... 94 W .... i53»3o' .... •7**,i ... a7*,4
3 août.. a3 .... ao5 41 .... aa »A ... aS^a
i'*^ juillet. a6 16 .... i56 47 .... 27,0 ... a5,7
a août.. 7.G I .... ao4 56 .... aa^o ... aa^S
4 juillet. 3o î»9 .... 160 i3 .... 24,7 ... 26, 7 3i juillet. 3029 .... ao3 36 .... 22,1 ... 22,2
6 juillet. 3a $9 160 38 .... a4,7 ... a4,7
3o juillet. 3a 55 .... ao3 8 .... aa,i ... aa,a
10 juillet. 36 44 •••• i63 36 .... aa,3 ... ai, 8
a8 juillet. 36 43 .... aoi 33 .... 22,5 ... aa,4
19 jnilU't. 5i 12 ... . i8/| 56 .... 18,6 ... 17,4
20 juillet. 41 2 .... 188 40 •••• 19*4 16,6
Nous citerons quelques courants partiels pour compléter le tableau que nous avons tracé des courants qui sillonnent les mers. On trouve dans la Gascogne uç courant se dirigeant vers le nord-est, qui, probablement, n'est qu'une portion du Gulf-Stream. Dans la Méditerranée, il en existe un autre qui suit les cotes septentrionales de l'Afrique. Ce courant remonte vers le nord-est sur les cotes de Syrie, semble s'arrêter à l'île de Candie, pour revenir sur la Sicile, et de là sur les cotes d'Espagne. Ce courant est-il une fraction du Gulf-Stream, ou bien ne dépend-il pas plutôt de l'inégale évaporation des eaux de la Méditerranée et de l'Océan? Cette seconde hypothèse est la plus probable. On observe égale-
%'j8 DES M£R8.
ment des courants dans le détroit do Conslantinople, dans celui des Dardanelles, et dans celui de larchipel grec, qui se dirigent vers la Méditerranée.
a" Courants /Modiques. — Le courant équinoxial, avons-nous dit plus haut, est modifié par les moussons en approchant du grand archipel d*Asie: c'est une preuve de l'influence da déplacement des masses d*aîr sur les courants marins. On a un rrès-grand nombre d'exemples de courants périodiques le long des côtes , surtout dans les mers de Vlnde et de la Chine, lorsque le soleil a ses déclinaisons australes ou boréales (i). Ainsi, dans le golfe de Manar, entre Gevlan et le cap Comorin, il y a un courant dirigé vers le nord , depuis le mois de mai jusqu'au mois d octobre ; il passe au S.*0. ou S.-S.-> O. pendant les autres mois; sa vitesse ordinaire à la côte est d'une lieue par heure (i* i par seconde). Lelone de )a côte de Ccylan , de la pomte Pedro au nord de I île, à la pointe de Galle au sud, régnent des courants qui portent au sud| au $,-£., etc., suivant la direction de hi côte, et qui nVmt que peu de force en juin et novembre. Dans la oaie du Bengale, les moussons, dont nous par- ^ lerons dans le chapitre suivant , donnent naissance à des courants marins pendant leur durée.
Dans les mers dt; la Chine, les courants se dirigent assez généralement vers le N.-E., du 1 5 mai au 1 5 août , et ont une direction contraire d'octobre en mars ou avril. La vitesse est en général plus grande pendant octobre, novembi'c et déc embre, que celle descourants contraires en mil, juin vl juillet. \ .c plus fort courant de ces nuTs est t elui (pii est près des côtes de Cambodjo, et qui niarebe vers le sud a la fin *!e novembre, avec une vitesse d'un mètre à un mètre et demi par seconde.
Des courants se font sentir dans d'autres régions , près des côtes, en Afrique et en Amérique. On pourrait multiplier les exemples des courants périodiques observés, et qui montrent l'influ^icedes saisons sur leur dî-
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CHAPiTAE m. a 79
rection; mais ils n*ont pas une «étendue aussi grande que
^ les grands courants généraux dont nous avons parlé. On observe des couranls périodiques qui peuvent en partie avoir pour cause l'évaporation inégale des eaux, jointe aux vents régnants. C'est ainsi qu'il existe un courant de rOcéan dans la mer Rouge, depuis octobre jusqu'en mai, et un courant en sens contraire pendant le reste de l'ainiée. Les eaux du golfe Persique présentent un effet inverse : d'octobre en mai, un courant marin va du golfe dans l'Ocëaa, et de qiai eu octobre, de TOcéaii dans le golfe.
3^ Courants variables et accidentels. — Ces courants ne sont soumis à aucune loi régulière; ils sont produits, soit par l*influeDce des vents variables qui r&> gneot le long d'une cote pendant plusieurs jours, soit par des tempêtes ^ des trombes, etc.
Nous signalerons encore des mouvements qui sont indépendants des vents et des marées, et qui produisent quelquefois de petits coiu'ants ii la surfiice (le la nier; voici comment M. de Ilumboldt les a décrits dans sa traversée en Amérique ( i ) :
« Lorsque la mer est parfaitement cahue, il paraît à sa « surface des bandes étroites, semblables a de petits ruis- « seaux , et dans lesquels les eaux coulent avec un bruit «très-sensible à Toreille d'un pilote expérimenté. Le . « 1 5 juin, par les 34** 36' de latitude boréîde, nous nous % trouvâmes au milieu d*un grand nombre de ces lits de « courants; nous pûmes en relever la direction avec la • «boussole. Les uns partaient au nord-est , d'autres à « Test-oord-est , quoique le mouvement général de « rOcéan, indiqué par la comparaison de Testime et do « la longitude cbronométrique, continuât à être au sud- « est. Il est très-commun de voir une masse d'eau immo- «bile, traversée par des filets d'eau, qui coulent dans « différentes directions. On peut observer ce pbénomène «journellement à la surface de nos lacs; mais il est
(i) Fojages aux régions éqtunoxiales^t.lf p. i53.
280 DES MEBS.
« plus rare de trouver des mouvements partiels» impri* « par des causes locales à de petites portions d!eauy « au milieu d'une rivièi'e pélagique qui occupe un « espace immense , et qui se meut dans une direction « constante, quoique avec une vitesse peu considérable. « Dans ce conflit de courants, comme dans roscillatiôn c des vagues, notre imagination est frappée de ces mou- « vements qui semblent se pénétrer, et dont l'Océan est a sans cesse agité. »
Cause des courants, — Plusieurs causes ont été assignées aux courants, par Franklin, RenncI, etc. Bernouilli avait admis le mouvcnu nt de rotation de la terre laissant en retard les eaux et l'aluiosplière, il devait on résulter des courants marins et almosj)héri(jues équatoriaux en sens inverse du mouvement de rotatiou de la terre ou de IVst à l'ouest. D'Alemhert, Laplace, n'ont pas trouvé les raisons de Heruouilli suffisantes pour admettre cette cause des courauts marius et des vents alizés.
On a pensé que les vents alizés, dont il sera question plus loin , ({ui sou filent constamment dans les mers équatoriaies de lest à Touest, produisent une intumescence liquide dans le voisinage de Téquateur, sur la cote orientale d'Afrique, d'oîi résulte une niasse d'eau accumulée, qui s écoule sans cesse du nord au sud, par le détroit de Mozambique. Arrivée au Cap , n'étant plus arrêtée par les côtes d'Afrique, elle se précipite vers l'ouest. Telle est la cause qu'on a assignée au courant du cap fionne-Espérance.
* Suivant cette manière de voir, le courant équiuozial de l'Atlantique aurait une origine semblable; en effet, l'impulsion constante du vent alizé sur les eaux qui avoisinent l'équateur au nord et au midi, doit produire aussi une gi'ande accumulation d'eau sur la côte d'A« mérique; de là résulte un mouvement général de la mer des Caraïbes, vers le détroit qui sépare la pointe orientale de Yucatan de la pointe occidentale de Cuba ; de là une élévation du niveau de la mer dans le golfe du
CUAPITAE 111.
Mexique 9 et par suite production de ce courant, qui, en sortant par le détroit de Bahama, forme le Gulf- Stream.
On attribue le courant du détroit de Gibraltar au niveau plus bas de la Méditerranée, lequel serait dû à uue é va poration abondante, que ne compensent pas, h beau* coup près, les eaux déversées dans cette mer par les fleuves qui y débouchent; évaporalîon qui doit être plus forte que sur TOctan, puisque, à égalité de température, les eaux de la Méditerranée ont une température de 'S' à 3°,5 plus élevée que celles de l'Océan.
Il est impossible de donner une théorie complète des courants, vu l'ignorance où l'on est de toutes les causes qui interviennent dans leur production; il ne suffît pas en efïet de connaître seulement les courants fjui sillonnent la surface des mers, mais il faudrait avoir quelques notions sur les courants produits par les différences de température et de salure à toutes les profondeurs, et les courants sous-marins en contact avec le lit même de^la mer, qui transportent jusque sous l'équaleur les eaux froides des zones polaires. D*un autre côté , les eaux de l'Océan, près d(s pôles, sont mues d*occident en orient avec une très-iaibie vitesse par suite du mouvement diurne; en s^acheminant vers des régions tempérées et chaudes, leur mouvement s'accélère, et il en résulte des courants relatifs, dirigés de l'orient à Toc- • cident
Les courants que nous avons décrits ne sont donc que les efièts provenant de l'état final dans lequel se trouve la surface des mers, sous les influences Gombi« nées des causes si complexes dont il a été question.
Nous sommes entré dans quelques détails sur la direction des principaux courants, parce qu'ils nous permettent d'étudier les émigrations, dans toutes les parties du monde, des plantes, des insectes et même des oiseaux, dont les graines, les germes et les oeufs sont transportés par les glaces et les bois qui ilotlent à leur surface.
Sfla DBS KIRS.
J m, — De (fiction destructwe des eaux^
T.'caiiagil, soit iiUH anicjueinent , soit chimiquement , sur les corps (jui coin[)osent l'écoi'cc tcneslre. Dans les deux cas, son action est destructive et reproductive; dans Je premier, lorsqu'elle est violemment agitée ou qu'elle se meut avec vitesse, elle sépare les éléments des roches, et n'est reproductive que lors(|u*elie forme des dépôts, des alluvtons ; dans le second cas , elle peut dissoudre certaines substances, faire naître des réactions entre les élémeots des roches, puis transporter les sels dissous dans Feau de la mer et augmenter sans cesse la salure, ou bien déposer les substances avant d arriver à TOcëan. Dans toutes ces circonstances, elle semble agir pour niveler la surlace du globe et entraîner dans les vallées les éléments c|ui composent les montagnes. Nous trai* terons à la fin de cet ouvrage de l'action de l'eau comme agent chimi<|ue : dans ce paragraphe nous nous bornerons à parler de l'action mécanique de l'eau en mou* vement, c'est-à-dire des cours d'eau et des vagues.
A la surface du globe, la presque totalité des eaux est à l'état liquide ; il n'j en a qu'une fraction très-minime dans l'atmosphère i l'état de vapeur; nous verrons en effet dans rfiygrométric que cette quantité n'équivaut pas au plus à une coudie d'eau de i décimètre d'épaisseur qui couvrirait la surface du globe. Or, puisque, d'après ce que l'on a vu, Teau (jui constitue les niers ne formerait pas au maximum une couche de looo mètres de hauteur couvrant toute la terre, il s'ensuit que la quantité de vapeur qui existe en moyenne .T un ins- * tant déterminé dans Tatmosphèrc n'excède pas les ou . o 1 ,. o ''T masse totale des eaux de l'C^céan.Otte eau se condense continuellement sur toute la surface du globe, et eu retombant à l't'tat de pluie, de neige, forme les sources, les ruisseaux, les îivières et les fleuves. Mais l'eau retourne-t-elle en totalité à la mer, par les fleuves, ou par les cours d'eau souterrains, abstraction £iite d'une petite fraction de ce liquide qui se
CHAPITBB III.
trouve fixée, soit pour former des hydrates, soit par les corps organisés? Voici ce <|ae nous savons à cet égard :
On a essayé de déterminer dans certaines circonstances là proportion de l'eau tombée à Tétat de pluie qui retoiime à la mer par les fleuves, ^ariotte avait annoncé que la Seine ne versait chaque année dans la mer qi^ b partie de la quantité dVau qui tombe dans soil baésin Soos tous les états | ies | devant ou s'évaporer ou être absorbés par la terre^ pour seihrir à la yie organique, oii retoomer à la mer par des VQÎei sou« 'terriiiiies. lliRiiissé a repris cette question eà Aotiih pant du jaupeage de la Seine. Voici les résultats atiiqiièls les observat&ns et le calcul Tont conduit ; le bassliii de Pftris, en le terminant à Pài^, oii Ton a jaugé les eaitt qui passent éous Fun des ponts, a 43^7000 hectares. Si toute l'eau qui y tombe n'éprouvait aucune perte, elle formerait au bout de l'année une couche de 53 centim. de hauteur; toute cette quantité est équivalente à a2f)33 millions de mètres cubes. Or, au pont de la Chambre des députés, le débit moyen est de aSS mètres cubes par seconde, ou ai mlllionspar jour,et8o42millionsdcmètres cubes j)ai* an. Ce nombre : 2'J»9'33 : : i : 3; ainsi les j de IVau (jui tombent dans le bassin de la Seine jusqu'à Paris ne se rendent pas dans la mer. Mariolte avait trouvé | ; . il n'y a qu'une cjifiereuce de ^ seulement entfeç^^eu^ résultats. '
L'eau qui tombe à la surface de la terre et qui se rend à la mer, soit en s'écoulant à la surface, soit par des voies souterraines, agit sur les roches et produit des effets mécaniques, dont la puissance est bien diminuée à répoque actuelle où il y a moins de vapeur dans l'air, mais qui cependant , comme on va te voir, a encore une grande énergie. £lle agit d'abord par sa chute, ensuite par sa vitessOi en coulant sur le sol ou dans la terre, Lorsqu*elle parcourt des voies souterraines, elle peut miner les terrains, et il en résulte des éboulements qui ont produit souvent des effets désastreux ; nous citerons, par exemple, réboulement de la montagne de
a84 J>£& M£RS.
Rossberg , situëe en face du Righi en Suisse, dans la
vallée de Goldaii. Mais quel que soit le mode suivant lequel l'eau parvient h la mer, son action commence aussitôt qu'elle touche la terre, et ne s'arrête que lorsqu'elle est arrivée dans son grand réservoir, où elle produit d'autres effets. A mesure qu'elle avance, elle dissout les éléments solubles, corrode certains terrains sur lesquels elle passe, emporte les dt'bi is, et les abandonne quand sa vitesse diminue. C'est ainsi que les dépôts se forment a Feutrée des lleuves et que les deltas prennent naissance; ce pbénomènp, qui, de prime abord, semble bien minime, grandit à mesure qu'on l'examine de plus près, et nous révèle une action destructive à la surface des continents.
Les fleuves et les rivières apportent donc continuellement dans les bassins des mers des matériaux solides, débris des continents, qui forment sans cesse des atté* rissements, et qui finiraient dans la suite des siècles par niveler la surface de la terre, si les i-évolutions, les mouvements de la croûte et Faction des vagues et des courants qui refoulent dans certains endroits les matériaux solides renfermés dans son sein» ne produisaient pas des élévations, et ne changeaient pas les contours des rivages.
, Pour montrer la puissance de cette action mécanique de Teau, nous citerons quelques nombres indiquant la quantité de matériaux solides aui sont transportés continuellement par les rivières et les fleuves. La plupart des grands cours d'eau n*ont guère que f mètre à I mètre de pente par cinq kilomètres. Le Mississipi, un des plus grands fleuves connus, a Go cenlim.; le Rhône, de Lyon à la mer, a 'j. mètres ^ de pente ; encoi e une partie se trouve-l-elle en soubresauts. Dans les torrents, la pente est beaucoup plus grande. On admet pour les matériaux solides tenus en suspension dans les eaux, en moyenne ^ pour le Pô, -j-^ pour le Nil ; le Rhin, suivant une évaluation, tiendrait .-j^, et le fleuve Jaune en Chine —j.