TENDA!<GES
instincts peuvent être supprimés ou changés, même dans leur forme rudimentaire.
h) L’enfant au contraire manifeste nettement toute une série d’instincts, dont on peut le plus souvent trouver le développement chez l’adulte ; quelques-unes de ces fonctions cependant ne survivent pas aux premières années, conformément aux lois, que nous indiquerons plus loin, relatives à la vie, à la caducité et à la disparition des tendances. L’existence de tendances complexes, innées et spécifiques, chez les enfants se prouve d’abord d’une manière générale par l’uîiité de la vie enfantine sous tous les climats et toutes les latitudes : « Les enfants ont en général les mêmes goûts, les mêmes instincts, les mêmes intérêts dominants à peu près au même âge » Cette uniformité de l’activité enfantine est si frappante que plusieurs y ont cherché, bien à tort d’ailleurs, un rappel des différentes formes selon lesquelles évolua l’activité des ancêtres * : ce qui pour nous est instinct serait pour eux habitude de race et ils vont jusqu’à distinguer cinq groupes successifs dans ces phénomènes de rappel ancestral : « 1® Education des sens , 2® Stade de la chasse, de la capture, de la guerre ; 3° Stade pastoral ; élevage d'animaux, construction de huttes ; 4^^ Stade agricole ; culture d'un jardin ; enfin 5® Stade de l'échange ; goût du troc, des collections, etc. *. » Nous n’avons pas en Psychologie expérimentale à discuter cette hypothèse inspirée par la loi biogénétique : « L’ontogénèse est la répétition de la phylogénèse. » Elle devrait logiquement conclure à l’interprétation néolamarckienne de l’instinct : « Les opérations instinctives étaient primitivement accomplies avec intelligence dans la race, puis deve-
1. Ferrière, Loi biogénétique et éducation, Arch. de ps., t. 9, 1G5*
2. Stanley Hall, Adolescence, Lond. 1904. Ferrière, 1. s. c. Dewey, The culture epochs, second Yearbook of the Herbart Soo.
3. Woods Hutchinson, The growth of the child’s mind, Educ. Times, vol. XL, 220, c. par Ferrière, 1. s. c., 173 et Claparède, Psychol. de l’enfant, 264.
TENDANCES
nues automatiques par l’habitude elles se sont transmises comme telles dans les générations successives h » Cette théorie est réfutée en Philosophie naturelle. Nous empruntons seulement à ses partisans, et en particulier à Stanley Hall, les résultats de riches et consciencieuses enquêtes : cette uniformité des tendances se manifeste dans les jeux d’une manière saisissante ^ et le cas est parfaitement choisi, car le jeu est une fonction complexe, ayant une finalité dynamique des plus marquées ; la similitude dans toutes les réactions entre des jeux d’enfants vivant dans des milieux et des pays entièrement différents montre à l’évidence la spécificité de l’instinct, quelle que soit d’ailleurs la raison dernière de cette spécificité. Parmi les autres réactions spontanées et existant chez tous les enfants citons l’ensemble des cris et des expressions non apprises du langage Enfin il est des instincts plus circonscrits dans lesquels on peut faire toucher du doigt tous les moindres éléments d’une tendance sensitive spontanée et spécifique, par exemple, la succion, la mastication, la peur instinctive, la marche. La succion par exemple est spontanée, car quelques minutes après sa naissance l’enfant suce les linges et les doigts ; elle est spécifique, identique chez tous les sujets et d’ailleurs évidemment adaptée à la nature de l’être : « Uenfant ne suce pas n’importe quel objet introduit dans la bouche ; il faut que Vobjet se rapproche d’un certain type^ quHl ne soit ni trop gros, ni trop rude, ni trop chaud, ni trop froid, que la saveur n’en soit ni trop amère, ni trop salée, ni trop acide » Dès le début, cette réaction se produit
1. Cf. Perrier, Préf. de l’Intelligence des animaux par Romanes, XXIX-XXX. Bolton, Unsoundness of the culture epochs theory of éducation, J. of pedagogy 1903, 136. De la Vaissière, Philos, naturalis, t. 2, 13-14.
2. Ellis and Hall, A study of dolls (poupées), Pedag. sem., tV 1896, 156, Acher, Primitive activities of children, A. j. of ps., janv. 1910. Croswell, Amusements of Worcester school, Pedag. sem., IV
3. Cl. et W. Stern, Die Kindersprache, Leipz. 1907, ch. 11-13.