‹ Éléments de psychologie expérimentaleChapitre 266 sur 358 · Position du problème · texte numérisé non relu

Position du problème

Deux questions sur la distinction entre la pensée et l’image ont été soumises à l’expérience méthodique : La pensée est-elle distincte de l’image ? Y a-t-il une pensée sans images ?

Les méthodes employées ont été l’enquête par interrogatoires oraux (Ribot) et la méthode ditedeWurtzbourg. Dans cette dernière méthode un travail intellectuel est donné à exécuter, puis le sujet est interrogé sur les processus mentaux ayant accompagné son travail ; c’est dans ce sens qu’ont été faites les expériences de Marbe (1900), Binet (1903), Watt (1905), Messer (1906), Bühler (1907), Bovet (1908), Betts (1909), etc. h Woodworth apphqua très ingénieusement le principe fondamental de l’école de Wurtzbourg à des introspections personnelles ; il se donnait une tâche intellectuelle à accomplir, puis passait en revue les faits mentaux ayant accompagné l’exécution.

Comme on devait s’y attendre (7 A), le principe des expé-

1. Cf. Bovet, Etude expérimentale du jugement et de la pensée, .Vrch. de ps., t. 8, 9-48 ; Kostylefï, Travaux de l’école de Wurtzbourg, 1^. ph. 1910, t. 2, 553-580,

riences de l’école de Wurtzbourg a été pris violemment à parti par Wundt Pour le psychologue de Leipzig, cette méthode ne mérite même pas le nom d’expérimentation. Toute expérimentation doit pouvoir être répétée dans des circonstances identiques ; l’observateur doit pouvoir disposer du phénomène quant à son apparition, quant aux conditions de son apparition, et doit être en mesure de l’observer attentivement ; or aucune de ces conditions n’est réalisée, puisque l’observateur est distinct de l’organisateur de l’expérience, n’est pas attentif au processus qu’il doit décrire, est incapable de faire varier méthodiquement les circonstances si complexes influant sur la production des phénomènes mentaux. De plus les expérimentateurs de Wurtzbourg pensent-ils qu’ils ont pu retrouver par la réflexion tout ce qui s’était passé dans leur conscience ? Bühler, Bovet et Dürr ont répondu victorieusement à ces critiques de Wundt ^ ; 1® Pour que le fait d’un jugement ou d’une idée soit répété, il n’est pas nécessaire que l’objet de ces faits de conscience soit répété ; si on examinait la liaison de telle idée déterminée à tel objet déterminé, l’objection vaudrait, mais elle n’a plus de valeur s’il s’agit de trouver le plus ou moins de dépendance d’une idée en général par rapport à l’image en générai. 2° C’est l’observateur qui détermine le phénomène, c’est-à-dire la suite de ses faits mentaux, par l’exécution du travail demandé ; déterminer les conditions de ce travail n’est pas exécuter le travail. 3° L’observateur est attentif au processus qu’il décrit, non pas sans doute au moment même où il exécute le travail, mais au moment suivant : la mémoire primaire peut atteindre les phénomènes qui viennent de se passer immédiatement. 4P La dernière objection de Wundt a

1. Arch. f. ges. Ps., sept. 1907, 445-459, Kritische Nachlese ziir A U sf ragemethode .

2. Bovet, 1. 8. c., 42-45. Bühler, Antwort aiif die von Wundt erhobenen Einwande, Arch. f. ges. Ps., t. 12. Dürr, Untersuchung der Donkvorgange, Z. f. Ps., t. 49, 313-340. Cf. Ann. ps. 1909, 436-

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plus de portée. Comme l’a fait très justement remarquer Michotte, dans tous les procédés basés sur l’introspection : « Un résultat ne peut en aucune façon être transformé en conclusion exclusive » Par exemple de ce que l’introspection ne révèle aucun processus de connaissance sensitive, il serait illogique de conclure que de fait il n’en existe pas ; mais, lorsque le processus intellectuel est au foyer de la conscience, il est certain qu’il ne peut être identique sans contradiction à un processus imaginatif subconscient. De plus ce qui est subconscient une fois ne l’est pas toujours, ce qui est subconscient chez l’un ne l’est pas toujours chez un autre, et un processus psychologique de connaissance que la conscience n’atteint jamais dans aucun sujet peut, en ne quittant pas la méthode expérimentale, être tenu avec la plus grande probabilité comme n’existant pas ; en tout cas on peut et on doit dire que l’expérience ne le connaît pas. 5° Cette détermination rigoureuse des conditions de l’expérience, réclamée par Wundt avec tant d’énergie, est en effet nécessaire à celui qui aurait la prétention de soumettre les faits de conscience à la mesure psychophysique ; mais on peut comparer sous le rapport de la coexistence et de la succession, sous le point de vue qualitatif, et même selon le plus ou moins, des phénomènes non mesurables.

Le dispositif des expériences varie selon les cas, mais se rapproche en général du type suivant dont nous empruntons la description à Kostyleff : « Le sujet est généralement placé dans une chambre obscure en face âlun appareil de présentation ou d'un écran sur lequel on projette les mots inducteurs. Devant lui se trouve une table sur laquelle il note sa réponse ou bien celle-ci est consignée par V observateur avec tout ce que le premier rapporte sur son état mental. Uécran et la table restent seuls éclairés par les réflecteurs. Quelquefois la perception visuelle est remplacée par V audition du mot inducteur... Dans les cas les plus simples la réaction se réduit

1. Michotte, A propos de la méth. d’introspect. ds la Ps. expér., R. néosc. nov. 1909.

à V énonciation du mot associé^ maiSy lorsque Vinducteur présente un tableau ou une phrase de portée philosophique^ elle comprend la perception de leur sens, Vopératimi mentale qu'on appelle jugement et, comme nous verrons plus loin, différents processus intercalés »

77, Expériences.

1® Enquête de Ribot

Objet de Tenquête : « Lorsqu'on pense, entend ou lit un terme général, qu'y a-t-il en sus du signe, dans la conscience, immédiatement et sans réflexion ® ?))

Sujets de l’enquête î 103 adultes des deux sexes, très dissemblables en culture d’esprit, profession, etc.

Procédé : interrogatoire oral. On disait au sujet : « Je vais prononcer plusieurs mots ; je vous prie de me dire immédiaiement et sans réflexion, si ce mot n'évoque rien dans votre esprit, ou s'il évoque quelque chose et quoi ^ ? » La réponse était notée aussitôt. Le sujet ignorait le but poursuivi.

Mots ayant servi de tests : chien, animal, couleur, forme, justice, bonté, vertu, loi, nombre, force, temps, rapport, cause, infini.

Résultats : a) Il peut n’y avoir dans la conscience que le mot et son sens, sens évidemment très différent de l’image (visuelle, auditive, motrice, etc.) du mot pris matériellement. h) L’image, quand elle existe, est souvent très différente du sens donné ; par exemple : infini, un trou noir ; temps, un métronome, etc

2® Enquête de Binet

Objet de l’enquête : « Peut-on penser sans images ? Cette question se subdivise en deux questions secondaires ; ou la pensée peut n'étre accompagnée d'aucune espèce d'images

2. Idées générales. Aie. 1897, 127-164. R. ph. 1891, t. 2, 376- 388. Le probl. de la pensée sans images et sans mots, R. ph. 1913, t. 2, 60-68.

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