Janet, Et. ra. des h., 170-191, pass
M. Janet a cherché à résumer en quelques mots toutes ces défectuosités : « Le caractère de Vhystérîque n'est rien autre que le caractère des esprits faibles, des enfants,.. Si Von cherche à retirer des descriptions précédentes les traits de caractères qui ne se retrouvent pas aussi nettement chez tous les esprits faibles en général et qui appartiennent à peu près en propre à Vhystérie, on remarquera surtout deux traits particuliers : la caractère est mobile et contradictoire... Le sujet est diminué dans sa propre personnalité et n^est plus maître de sa propre pensée » Manque d’unité de vie, égoïsme, manque de droiture extérieure, irritabilité, mobihté, absence de possession de soi, peut-on mieux résumer l’inverse, l’extrême opposé de la manière d’être d’une sainte Thérèse ou d’une Jeanne d’Arc ? En se bornant même à la seule étude des visions, celles des saintes ont des caractères spéciaux. M. G. Dumas disait de Jeanne d’ Arc à la Société française de Psychologie : « Jeanne dispose à V égard de ses voix et de ses visions d^une autorité qui n*est pas tout à fait dans la manière des hystériques. Elle leur résiste et leur désobéit à Voccasion, lorsque par exemple, elle saute malgré sainte Catherine de la tour de Beaurevoir où elle était prisonnière...
autre part elle peut à son gré faire venir les deux saintes lorsqu'elles ne viennent pas d'elles-mêmes... Tout ceci n'est pas dans la manière classique des hystériques et l'on peut se demander, si Jeanne fut hystérique, comment elle put domestiquer et gouverner ainsi ses hallucinations au lieu de les subir toujours passivement. C'est là un caractère que j'ai signalé chez sainte Thérèse lors de notre dernière séance et que j'ai constaté chez bien d'autres mystiques » Dans leurs visions les saintes n’avaient aucunement le sentiment d’automatisme, de passivité, qui accompagne les hallucinations hystériques ; comme M. Boutroux l’a fait remarquer avec impartialité, c’est tout le contraire ; « 8e
2. G. Dumas, Hallucinations de J. d’Arc, J. ps. n. et p. 1906, 330 ; cf. rem. de Janet, 330.
(88) EXPRESSIONS DE LA VIE INTELLECTUELLE 3oi.
voit-elle comme une chose inerte entre les mains de Dieu ? Cest bien plutôt le sentiment d'aune vie plus intense^ d'une intelligence plus vive, d'une volonté plus éner gigue et plus ferme... Sainte Thérèse a conscience de vouloir avec Dieu meme, donc de la volonté la plus libre et la plus personnelle ^ » Donc rien ne rapproche, tout sépare les saints des névrosés ; ces deux catégories ne rentrent ni l’une, ni l’autre, dans la normale, mais l’une se compose de pauvres êtres faibles, impuissants, tandis que l’autre se place à la tête de l’humanité comme sa plus belle couronne de gloire.
1. S. fr. de ph., Les états mystiques de Ste Thérèse (Delacroix), 26 octobre 1905 ; cf. dans la même séance les object. de Lalande p. 32, de Darlu p. 41, et la lettre de Blondel 19-23. C!f. Lavrand, Hystérie et Sainteté, Bloud 1911,