Méthode d’analogie
La Psychologie animale est envisagée ici au point de vue restreint d’un manuel ayant pour objet le fait de conscience humaine, dans le seul but de montrer qu’il n’y a pas discontinuité entre la vie sensitive chez l’homme et chez la bête.
La seule question traitée dans ce chapitre sera donc celle de l’existence du psychisme chez la bête (4) ; puisque nous connaissons deux catégories de phénomènes psychiques qui doivent être distingués, les phénomènes sensitifs et les phénomènes intellectuels (3), nous aurons à résoudre ces deux questions : la bête a-t-elle la sensation ? la bête a-t-elle l’intelligence ?
Le psj^chisme de l’animal n’étant évidemment l’objet que de l’observation objective (7 B), le raisonnement par analogie est l’unique fondement logique ^ sur lequel puisse reposer la Psycliologie animale, qui est en conséquence essentiellement une « Psychologie comparée » ; de ce principe doit se conclure la méthode à suivre dans l’étude du psychisme chez les animaux.
Dans le cas actuel, le raisonnement par analogie se présente de la manière suivante : Certaines manifestations do l’activité des bêtes sont identiques aux manifestations de la vie sensitive chez l’homme ; une partie de la bête est identique à l’organe de la vie sensitive chez l’homme et fon( • tienne en apparence de la même manière. Donc la nature
1. De Sanctis, Probl. de la connaissance dans la Ps. mod., Arch. de ps. 1904, 384.
ELEMENTS DE l'SYC HOLOÜIE EXPERIMENTALE.
de la bête en tant que principe de ces manifestations d’activité est identique à la nature de l’homme principe des manifestations de la vie sensitive, et par conséquent la bête sent
Ce raisonnement suppose plusieurs points dont la démonstration dernière ressortit à la Philosophie et nullement à la Psychologie expérimentale : le raisonnement d’analogie a une valeur démonstrative ; le système nerveux est l’organe de la vie sensitive chez l’homme ; les connaissances sensibles ne sont pas chez l’homme de purs épiphénomènes, mais la nature en tant que sensitive est le principe de certaines opérations. Il est donc sûr que, si l’on veut prescinder de la Philosophie en cette matière, tout ce qu’établit la Psychologie expérimentale sur le psychisme des bêtes ne peut avoir qu’une valeur conjecturale (5).
La méthode suivie en Psychologie animale ne peut donc être établie d’après une intelligence étroite du principe d’économie ou « principe de Morgan » : « En 'psychologie animale^ il ne faut dans aucun cas interpréter une action comme étant le résultat de V exercice d'une faculté mentale élevée^ si elle peut être considérée comme la conséquence du jeu d'une facidté siégeant plus bas dans V échelle psychologique » L’animal est un être vivant, et, pour expliquer une action d’un vivant, il ne suffit pas de considérer cette action prise isolément, mais il faut considérer l’évolution de l’activité dans le temps : cette vérité a été particulièrement mise en lumière par les travaux de Driesch sur les systèmes complexes harmoniques équipotentiels à finalité dynamique *, et la série des manifestations de l’activité
1. Wasmann s. j., La vie psychique des animaux, R. de ph. 1910, t. 2, 315 ; De la Vaissière, Philosophia naturalis, t. 1, 165.
2. L. Morgan, Introduction to comparative Ps5xhology, 1894, 53 ; cf. Claparède, La Psychologie comparée est-elle légitime ? Arch. de ps. 1906, 15.
3. Cf. D" '>sch, Der Vitalismus, Leipzig 1905, pass. ; Philosophie des Organischen, Leipz. 1909. Duclaux, Chimie de la matière vivante, Aie. 1910, 230. Arist., de anima, c. 4, 416, b 30 ; S. Th. comm. sur Arist., de an., lectio 8, ed. Parmensis, t. 19, 59, col. 2-60.
PSYCHOLOGIE ANIMALE
d*un animal présente au plus haut point les caractères des systèmes précédents. (Les mouvements de l’araignée tissant sa toile concourent tous à produire une œuvre d’un type déterminé, adaptée à la conservation de l’individu et de l’espèce ; • la complexité déconcerte l’imagination si l’on pense à toutes les cellules nerveuses et musculaires différentes qui doivent se coordonner harmoniquement pour le mouvement des pattes de l’araignée ^ ; la finalité dynamique se manifeste par l’impossibilité d’expliquer les mouvements de l’animal au moyen d’une adaptation passive au milieu Non seulement l’action de l’animal doit être considérée dans ses relations avec ses autres opérations, mais il ne faut pas davantage séparer l’ensemble des manifestations de l’activité d’un individu animal des actions des animaux auxquels il ressemble; la Psychologie animale est une psychologie comparée dans laquelle il faut toujours avoir sous les yeux médiatement ou immédiatement le point de repère de l’analogie, l’acte psychique humain. La méthode de la Psychologie animale considérée dans son ensemble est en conséquence « descendante » : l’animal à comparer à l’homme doit avoir comme lui un système nerveux suffisamment élevé en organisation, être un singe ou un mammifère, et de ces animaux semblables à l’homme on passera, par une nouvelle application du principe d’analogie, à des bêtes qui leur soient semblables, et ainsi de suite ; il ne faut pas étudier l’homme X3ar l’amibe, mais l’amibe par l’homme Si on veut non plus chercher l’existence du psychisme, mais, cette existence étant prouvée, étudier les moyens dont le psychisme se sert pour produire le mouvement extérieur, la complexité si grande
1 Cf. Fabre, Toile des épeires, R. q. se. 1904, t. 2, 376-385; Porter, The habits, instincts and mental powers of spiders, Americ. j. of ps., 1906, 351-353, 326 ; Woodworth, Le mouvement, tr. fr. Doin, 254.