‹ Éléments de psychologie expérimentaleChapitre 63 sur 358 · Résultats expérimentaux · texte numérisé non relu

Résultats expérimentaux

1° Aucune des expériences faites sur les animaux n’exige la présence de l’intelligence ; bien entendu cette assertion porte sur les actions considérées dans l’ensemble du développement de la vie de la bête et comparées aux actions humaines. La loi de Morgan trouve ici une application légitime, et par conséquent le psychologue expérimental ne doit pas chercher l’explication de ces actions des animaux dans un principe intellectuel, même au titre d’une hypothèse provisoire et heuristique.

Quelques faits sembleraient au premier abord faire exception. Dans une des expériences citées plus haut de Thorndike sur les singes, se rapportant à l’ouverture d’une cage truquée à mécanisme relativement simple, dès que l’animal a fait jouer le mécanisme, les mouvements inutiles sont abandonnés et les démarches pour l’ouverture persistent correctes même quarante jours après l’expérience. Il n’y a donc plus ces hésitations indices d’une association sensorielle ; l’association entre la vue de la cage et l’acte d’ouvrir semble avoir cette précision et cette

1. Wasmann, Instinkt und Intelligenz irn Tliierroich ; La vie psychique des animaux, R. de ph. 1910, t. 2, 318-319 (Cf. Arch. do ps. 1908, 101).

PSYCHOLOGIE ANIMALE

invariabilité qui caractérisent le jugement intellectuel Le fait cité n’est pas une preuve que l’animal n’use pas de son intelligence, mais il ne démontre pas que cette intelligence existe.Une association de l’ordre sensoriel peut avoir une fixité et une précision très grande, comme on le constate dans beaucoup d’actes instinctifs de la bête et de l’enfant. Donc, d’après la loi de Morgan, l’existence d’une faculté ou aptitude intellectuelle ne doit pas être donnée comme explication.

M. Piéron fait à propos des expériences de Thorndike et Kinnaman la remarque suivante : « Quand on commence des expériences où Von associe certaines perceptions à des aliments, ils associent moins vite les deux termes qu' ensuite, bien qu^on emploie alors des perceptions différentes ; V expérience acquise sert dans les cas nouveaux, elle est transférée, et c^est bien là une marque de ce que Von peut appeler biologiquement V intelligence *. ;) Ainsi dans l’expérience de Kinnaman sur le discernement des formes, on obtient les résultats suivants, les récipients étant une boîte triangulaire, un verre, une bouteille, un grand vase, un vase elliptique, une boîte rectangulaire : la nourriture étant dans la boîte rectangulaire, sur 30 essais répétés à 3 reprises l’animal a un nombre d’associations exactes respectivement égales à 10, 27, 29 ; si la nourriture est ensuite mise dans le verre, l’animal va à la boîte rectangulaire 28 fois, 10 fois, 0 fois, et au verre 0 fois, 11 fois, 29 fois ; le vase elliptique remplaçant le verre, on a pour le verre 16, 5, 1 et pour le vase 10, 21, 29 ; enfin la nourriture étant placée dans la boîte rectangulaire, on a pour le vase 15, 9, 1, et pour la boîte 3, 11, 26. On voit que le singe a appris plus vite à passer du verre au vase elliptique que de la boîte rectangulaire au verre *, Il semble donc, selon l’expression de Piéron, que

1. Thorndike, The mental life in the monkeys, Ps. R., SuppL 1001, n. 15 ; Piéron, Ev. de la mém., 178, 210-212.

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