J. B. Meyer, Kanfs Psychologie, p
réciproqaement, et il s'évanouit^ dès qa*on supprime une partie des conditions, dont la coopération a, pour résultat, la manifestation de la force. Un concept de force est, par exemple, exactement formé, quand toute tendance au mouvement, basée sur le rapport des corps les uns avec les autres, est dérivée d'une force de gravitation, qui détermine la position réciproque des corps dans Vespace. Un concept de force est prématurément formé, si on ramène les phénomènes de la pesanteur à une force inhérente, en soi et pour soi, à chaque corps. Quand les conditions, relatives à certains phénomènes et existant dans un objet donné, sont transformées de cette manière en une force appartenant à l'objet, et que l'on ne tient pas compte des conditions extérieures, évidemment on n*a point de règle, de mesure, pour décider, si une différence, remarquée dans les effets de cet objet, provient des conditions, qui sont andedans de lui ou bien, des conditions extérieures. Alors, tantôt ce qui est séparé, sera réuni, tantôt — ceci est le cas le plus fréquent — ce qui est homogène, sera désuni. Ainsi, un grand nombre de forces, que l'ancienne physiologie distinguait, forces de génération, de croissance, de développement, etc., ne sont, sans doute, que des manifestations des mêmes forces, mais dans des circonstances différentes ; et il en est généralement, de même, de ces dernières distinctions spécifiques, que nous faisons entre la mémoire des mots, celle des chiffres, celle de l'espace, etc. auxquelles la théorie des facultés de l'âme a conduit. D'une manière analogue, la physique ancienne expliquait les phénomènes de la pesanteur par plusieurs forces : la chute, par une force de chute; le vide barométrique, par 1' < horror vacui > ; les mouvements des planètes, par les bras invisibles des soleils ou les tourbillons cartésiens. En faisant abstraction des conditions extérieures des phénomènes, on voit surgir aussitôt ce faux concept d'une faculté, qui attend l'occasion d'agir: la force est incorporée à un être mythologique. Mais on aurait tort d'accuser la psychologie de cet égarement. Or, elle a un avantage sur les sciences physiques naturelles; celles-ci ont préparé son travail, car, les concepts généraux, qu'elles ont déterminés et qui appartiennent à la fois à l'expérience interne et externe, ont été purgés des vices, que présentaient les développements primitifs de la pensée. Ce privilège implique, en même temps, l'obligation d'en faire usage.