‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 149 sur 204 · Funke, in Handb. der Pktfsiol. de Ilernmnn, ni 2, p · texte numérisé non relu

Funke, in Handb. der Pktfsiol. de Ilernmnn, ni 2, p

5. C. Sttchs, Archiv f. Anat. u. PhysioL 1874, p. 175, 49i et 64o.

lieu de se terminer dans les faisceaux musculaires proprement dits, les filets se perdent totalement dans la substance conjonctive du muscle. Mais, cette circonstance est sans valeur pour la question du sens musculaire, puisque, môme dans le second cas, des excitations peuvent être effectuées par la contraction musculaire. On pourrait également attribuer aux corpuscules de Vater, découverts par Rauber dans le voisinage des articulations, une relation du même genre avec le sens musculaire ; car, une excitation de ces appareils tactiles est incapable de se produire, lors de l'application des irritanls ordinaires de pression, mais se manifeste toujours, si les muscles exécutent des mouvements actifs ou passifs (I).

L'existence, sûrement démontrée, des sensations musculaires mises en jeu à la périphérie, a contribué à conférer, par opposition à d'autres théories, une certaine prépondérance à Thypothèse d'un sens musculaire spécifique; c'est pourquoi, on a encore accordé, à part les sensations musculaires proprement dites, tout au plus une sorte de rôle secondaire aux sensations tactiles de la peau (2). Cependant, cette hypothèse ne noys donne aucune explication satisfaisante au sujet d'un point important. Voici quel est ce point. Nos sensations de mouvement ne dépendent pas simplement de l'état de contraction de nos muscles, mais essentiellement de l'énergie de l'innervation centrale, que les nerfs moteurs font affluer aux muscles. Ainsi, tant que la faculté normale de contraction est conservée, le travail réel des muscles correspond absolument à cette énergie centrale, que nous sentons comme impulsion de la volonté ; et nous ignorons, par conséquent, quelle part de la sensation totale de mouvement nous devons rapporter à un processus d'irritation, produit dans le muscle même, et quelle part revient à la sensation d'innervation. Il en est autrement dans les états de paralysie complète ou partielle des divers muscles. Le paralytique, qui cherche à soulever sa jambe absolument inerte, a une sensation très-nette de l'effort, de la force qu'il déploie. Il lui manque assurément tous cfô éléments de la sensation de mouvement, qui ont pour origine la contraction des muscles, les déplacements et la pression des parties cutanées, et il acquiert ainsi l'idée, que son effort est vain ; cependant, ce

i. Rauber, Vater* sche Kôrper der Bànder-und Periostnerven und ihre Beziehuny zum sogen. Muskelsinn. Munich 1865.

t. Consulter Th. Ribot, Revue philosophique. Octobre 1879, p. 375. — Ferrier, FoMtions du cet-veau, p. 248. — Funke, in Uandb. d. Physiol de Hermaun, IIJ^ p. 363.

SENSATIONS DU SENS GÉNÉRAL Dfe: LA SENSIBILITÉ. 425

n'est pas un motif pour nier, qu'il a une sensation de cet effort. Or, toutes les fois que le mouvement n'est pas entièrement aboli, le défaut de rapport entre la sensation de force et le mouvement réellement exécuté engendre des illusions particulières, qui correspondent complètement à certaines illusions normales déjà citées ; seulement, elles sont très* souvent beaucoup plus accentuées et peuvent être graduellement compensées par l'exercice. Le parétique s'abuse sur la grandeur de ses pas, ou la dire<îtion, dans laquelle il meut le bras eila main ; mais, son membre, par suite de la sensation intensive de force, lui parait simultanément chargé d'un poids très-lourd. Ces phénomènes sont des plus instructifs dans le domaine des muscles oculaires, à cause des troubles remarquables de localisation qui en sont ici la conséquence. Supposons un individu, affecté d'une parésie du droit externe de l'œil, et, chez lequel, grâce à l'efifort le plus intense déployé, ce muscle est encore capable d'effectuer une rotation latérale de SO^'. Il rapporte un objet, qui s'écarte en réalité de SO"" du plan médian, aussi loin au dehors, qu'il conviendrait au mouvement d'abduction le plus extrême de l'œil normal ; et, s'il veut toucher l'objet avec l'indicateur de la main, son doigt dépasse largement le but proposé (i). Dans tous les cas de ce genre, il est évident, qu'à la représentation de mouvement coopèrent des sensations, ne dépendant pas de l'état de contraction de muscles,mais de l'impulsion de la volonté, qui provoque la contraction; par conséquent, ces sensations doivent avoir une origine centrale.

Si donc, chaque sensation de mouvement est une résultante provenant de trois facteurs différents, des sensations de pression de la peau et des parties sous-cutanées, des sensations de contraction des muscles et des sensations d'innervation centrale, il faut se poser encore cette question : ces trois éléments peuvent-ils, et comment peuvent-ils être séparés les uns des autres ? Il ressort déjà des discussions précédentes que, dans les circonstances normales, une séparation complète de ces facteurs n'est jamais possible, parce qu'ici l'innervation centrale engendre sur-le-champ une modification dansj'état des muscles. Mais voici ce que semble nous révéler l'étude des phénomènes, quand Tunion de ces facteurs a été troublée : la sensation d'innervation

1. A Gtœîe, in Hatidbuch der Augenheilkunde de Orœfe et Sœiuisch, Vi, p. 18. (Juant k l'importance de ces phénomènes, pour le développement des représentalion» visuelles, voir chap. XIU.

constitue essentiellement la sensation de force, tandis que la sensation de contraction émane des sensations musculaires proprement dites et des sensations de pression de la peau. Puisque la sensation d'innervation est, comme d'autres sensations centrales, localisée à la périphérie, et à la vérité dans les muscles, évidemment, la sensation de force ex-erce sur Tidée ou représenlation de Télendue du mouvement une certaine influence, pareille à celle que nous observons particulièrement, lors des illusions occasionnées par Tétat de parésie. D^ailleurs, il n^est pas invraisemblable, que tous les facteurs composants de la sensation de mouvement aient une ceriaine analogie qualitative, qui, en même temps que Tunion persistante de ces composants, favoriserait leur fusion dans la conscience.

L'iiypothèse d'aa sens masculaire spéciGque aurait été établie en preniier liea par Ch. Bell ; elle a été ensuite principalement développée par E. U . Webcr. Celui-ci appelait spécialement ce sens le sens de la force ; et, pour le distinguer du sens tactile, il s'était basé sur la sensibilité plus délicate, qui se manifeste à propos des différences de poids (1). Mais J. MûUer fit ressortir, qu'une sensation, accompagnant Tinnervatiou centrale, pourrait bien intervenir dans cette circonstance {%). Cette présomption trouva un appui important dans l'observation des illusions, qui se manifestent à Toccasiou des états de paralysie et de parésie (3). Ces illusions semblaient être un témoignage accablant contre les partisans de Torigine exclusivement périphérique des sensations musculaires et, également contre cette allégation, émise très-souvent par quelques philosophes (4), que nous possédons par nous-mêmes, et sans aucune espèce de sensation concomitante, une conscience de nos mouvements. Dans ce cas, on invoquait fréquemment un argument suspect : puisque les nerfs sensibles des muscles ne sont pas démontrés, le sens musculaire proprement dit n'existe pas (o). On comprend ainsi, que de la découverte, faite par C. Sachs des nerfs musculaires réellement sensibles, on ait tiré celle conclusion, que les sentiments d'innervation n'avaient plus de raison d'être, quoique une conclusion de ce genre soit sans doute inadmissible. £n s'efTor-

1. Ch. Bell, Physiologische und pathologischê Untersuchunyen des Nervensystems (traduction de Roraberff). B.erlin ISâô, p. 185 et suiv. — E. H. Weber, art. Taslsinn und Gemeingefûhl, p. 582, iu Handw. de Wagner.

2. J. Maller, ffandbuch der Physiol. des Meiiscl^en, II, p. 500. .

3. Wundt, Beitiàge zur Théorie der Sinneswahrnehmung, Leipziff 1862, p. 400. Vorlesungen iiber die Menschen-und Tkierseele^ I, p. 222. — A. Bain, The seMes and theinUllect, S«édit. Londres 1861. p. 92.

4. Trendelenburf, Loqische V atersuchungen, V ëà'ii. I, p. 242, — George, Uhrb d. Psychol. Berlin 1854,' p. 231.

5. B. Berngtein, Untenuch. iïber den Errcgungsvorgang. Heidelberjf, 1871. p. 239.

SENSATIONS DiJ SENS GÉNÉRAL DE LA SENSIBILITÉ. 427

çant de ramener les sensations de monvement à une seule origine, on perdait absolument de vue la possibilité, que ces sensations pouvaient être des résultantes complexes, composées d'éléments hétérogènes, possibilité, qui, selon ma conviction, devient une certitude, si on juge impartialement les faits. Effectivement, les expériences instituées, d'après la théorie étroite du sens musculaire, pour rendre compte des perturbations des sentiments d'innervation, déjà décrites, ne sont pas satisfaisantes. Quand, par exemple, on explique les illusions survenant dans la parésie musculaire, en disant : < pour produire un sentiment musculaire d'énergie déterminée, un effort énergique de volonté est indispensable (1) » ou bien, nous sommes habitués par Tassociation « à unir un mouvement difficile avec une grande résistance (2) » , véritablement on introduit de nouveau, sous un autre nom, la sensation d'innervation. Car, comment avoir conscience de l'effort de la volonté, autrement que par une sensation, qui lui est attachée ? De même, cette assertion, que nous apprécions la grandeur du mouvement d*après le temps employé pour ce dernier, et qu'alors nous estimons avec exagération le mouvement ordinairement plus lent d'un membre parétique 3 , manque de preuves suffisantes. Dans les conditions normales, nous n'évaluons pas l'étendue d'un mouvement absolument d'après le temps employé. Nous pouvons exécuter tantôt plus vite, tantôt plus lentement un même mouvement, sans nous illusionner notablement sur son étendue. On ne voit donc pas, comment, lors des perturbations du sens musculaire, le temps serait soudain le facteur le plus essentiel pour la formation de nos représentations. De plus, si pour Ferrier, qui s'appuie sur une remarque de Vulpian, les sensations, accompagnant les efforts de volonté des malades paralytiques, dérivent des mouvements associés involontaires des parties non paralysées, mouvements, qui ordinairement se produisent avec une énergie surprenante, quand les efforts de la volonté sont impuissants (4), il faut avouer, que sûrement une partie de cette complexité des sensations a sa source dans ces mouvements d'association ; mais, ces derniers sont incapables de nous rendre compte des illusions survenant dans la parésie. Ou bien, comment, lors d'une parésie du nerf moteur oculaire externe, la localisation défectueuse, fautive s'expliqueraitelle par un mouvement associé de l'œil normal ? Abstraction faite, qu'on ne comprend pas, comment un mouvement normal donnerait lieu à une illusion de ce genre, la preuve décisive du contraire est la suivante: l'illusion se manifeste seulement, quand l'œil normal reste fermé, tandis qu'elle n'existe pas, si cet œil est maintenu ouvert et contribue à la localisation de la direction.

1, Kunke, loc. cit. p 373.

a. Ferrier, Fonctions du cei^euu, p. 2Wi.

.1. Ferrier, ibid,

Page 1