Fenier, loi:, cit. p ii
f^s sematiom générales sont en relation intime avec les sensations tactiles de la peau, comme avec les sensations de mouvement des muscles. Elles tirent leur nom de ce qu'elles sont partout répandues ; aussi, elles se combinent dans lés divers organes sensoriels avec les sensations sensorielles spéciales ; et, d'ailleurs, elles prennent naissance dans tous les organes internes, pourvus de nerfs sensibles.
Si, conformément à la définition adoptée (p. 307), nous plaçons dans la classe des sensations générales toutes ces sensations, qui conservent un caractère exclusivement subjectif et constituent de cette manière les éléments essentiels de la sensibilité, nous citerons tout d'abord une série de sensations tactiles et musculaires qui ont le privilège d'être nettement perceptibles, si leur énergie est modérée ; et qui, par conséquent, sont susceptibles d'être examinées avec plus de rigueur et de précision. Nous y rangerons également des sensations ptovenant de l'organe tactile, le chatouillement, le frissonnement, le prurit, la formîcation, etc. Chacune de ces sensations a sa composition qualitative spéciale, bien qu'on ne puisse leur méconnaître une certaine parenté avec des sensations déterminées de pression ou de température. Ce qui prouverait spécialement cette parenté, c'est que certains irritants tactiles produisent en même temps, avec les sensations de pression et de température, des sensations générales ; la pression faible d'un corps mou engendre par exemple la sensation de chatouillement ; l'action du firoid, la sensation de frissonnement ; etc. Ceci nous indique déjà, que les sensations générales, même dans les cas, où elles paraissent naître dans un organe sensoriel déterminé, ont néanmoins une origine différente des sensations sensorielles ordinaires. Nous remarquons en effet, qu'une sensation est toujours en relation plus intime avec la sensibilité générale, quand elle est accompagnée de sensations associées, plus ou moins étendues. Ainsi, il est évident, que les sensations de chatouillement, de prurit, de formication, etc., tiennent essentiellement à ce que une sensation tactile limitée, la plupart du temps très-faible, se propage tantôt à une grande surface de la peau et tantôt produit, en des endroits absolument éloignés, de faibles sensations tactiles analogues. Chacune de ces sensations devrait être considérée comme une pure sensation tactile; mais toutes, prises ensemble, constituent une sensation générale. Les autres sens, surtout celui de l'ouïe, peuvent occasionner ces sortes de sensations générales de l'organe tactile. Ainsi, les bruits de scie et de cliquetis ou la vue de certaines blessures font naître chez la plupart des gens, à un degré modéré ou fort selon les individus, une sensation de
SENSATIONS DU SENS GÉNÉRAL DE LA SENSIBILITÉ. i29
frissonnement» où Ton constate clairement le fait d'une extension successive. Dans tous les cas de ce genre, les sensations musculaires interviennent simultanément ; elles constituent un élément essentid de ce sentiment de frissonnement, qui succède ordinairement aux effets subits du froid et se manifeste, souvent, après l'action d'autres irritants sensoriels. La propagation des excitations s'opère sans doute, dans toutes ces circonstances, par la voie du réflexe ; c'est pourquoi, les sensations générales se composent, en majeure partie, de sensations réflexeSy qui ont lieu, soit directement par la transmission de filets sensibles à des filets sensibles, soit indirectement par l'intermédiaire de mouvements réflexes,|auxquels sont alors liées des sensations musculaires (1). Par conséquent, dans les expansions des nerfs périphériques réside seulement la cause occasionnelle intime, et, dans les centres nerveux, la source proprement dite des sensations générales]; l'état de ces centres règle donc spécialement la conduite de ces sensations. La sensation de fatigue des muscles offre même cette faculté de propagation ; elle se caractérise comme une sensation générale : à la fatigue trèsforte d'un membre, les autres muscles du corps participent par une sensation plus faible, d'une composition égale. Probablement, il ne s'agit ici que d'une projection périphérique des sensations, dont le siège particulier est central. Or, cette fatigue sympathique d'autres organes de mouvement ne peut nullement s'expliquer par les états des muscles ; mais, on s'en rend compte facilement, si on réfléchit que, lors de la consommation de force, effectuée par un seul groupe musculaire, l'organe central intervient avec sa provision de force totale. Sous ce rapport, se rangent ici toutes ces sensations générales, qui jouent un rôle indispensable dans la réglementation de certains processus biologiques : les sensations de faim, de soif, la sensation du manque d'air, depuis les degrés modérés normaux du besoin de respirer, jusqu'à la dyspnée la plus intense (2). Toutes ces sensations dépendent certainement, mais en très-faible partie, des organes périphériques, où elles sont localisées. Elles sont liées à des états déterminés de la composition du liquide sanguin ; ces états, d'après nos présomptions, mettent en jeu, dans les centres nerveux correspondants, des excitations, qui produisent soit des mouvements