‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 180 sur 204 · I. Nex\toD, OpUce, lib. i, pars · texte numérisé non relu

I. Nex\toD, OpUce, lib. i, pars

i. Conipar. p. 465, Dole 2.

SRNSATIONS LUMINEUSES. r>09

cru trouver une analogie entre cette affinité du rouge et du violet et celle du ton fondamental et de son octave. Si Ton essaye d'étendre cette analogie à tous les intervalles colorés intermédiaires, on est forcément condamné à échouer (l), et la différence complète des processus d'irritation dans les deux cas prive de sa base nécessaire une comparaison de ce genre. Néanmoins, il est incontestable, qu'il pourrait bien y avoir une certaine vérité dans la relation de cette affinité subjective des couleurs rouge et violette avec les rapports de vibration de la lumière objective. Quant au processus photochimique d'irritation, que nous supposons, il nous faudra cependant admettre, que son rapprochement du nombre double de vibrations le rend de nouveau analogue à cette composition, dont il jouit, lorsque les ondes lumineuses ont la plus grande longueur. Hais, par suite des autres différences tranchées existant entre l'excitation de ton et celle de couleur, ceci est une analogie, qui ne peut servir à tirer aucune espèce d^ conclusion.

On est ainsi conduit à revenir, dans ce but, justement aux phénomènes, oii la différence des sensations sonores et des sensations lumineuses est le plus fortement accusée, aux phénomènes des mélanges. C'est ce que fait Thypothèse de Young-Helmholtz, qui ramène toutes les sensations lumineuses à trois sensations fondamentales, correspondant aux couleurs principales. Pour l'essence de cette hypothèse, il est indifférent de s'imaginer,que les trois sensations fondamentales sont liées à l'énergie spécifique de trois classes de filets nerveux, ou à divers éléments rétiniens ou enfin à des matières visuelles différentes. Toutes c-es opinions reposent sur l'idée suivante, qui leur est commune : trois processus physiologiques, spécifiquement différents, suffisent pour faire apparaître toutes les sensations lumineuses. Or,siron s'attache à cette supposition, qui se trouve partout confirmée dans te domaine de la théorie sensorielle, à savoir que les différences des processus psychiques doivent être parallèles à celles des processus physiologiques, une hypothèse, comme celle dont nous venons de parler, est par elle-même impossible. La sensation de jaune n'est pas un

1. Selon Unper {Annalen de Poggendorff, t. 87, p. 12!), le rouge, le vert et le violet constituent un triple son consounant égal & l'accord majeur. Mais cette assertion ne concorde pas avec les calculs opérés par Orobisch (Abhandl. der iàchs. Gm. d. WiS8. IV, p. 107) ; car, d'après ce dernier, la quarte, qui est une consonnance décidément moins parfaite que la quinte, correspond au rapport des couleurs de contraste {ibid. p. 119). De plus, afin d'établir Tanalogie entre la série des tons (sons) et la série des couleurs, Drobisch s'est vu obligé d'élever & une puissance fractionnaire les nombres proportionneU des vibrations lumineuses.

»iO QUALITÉ DE LA SENSATION.

mélange de rouge et de vert ; le blanc n'est pas un mélange de rouge» de vert et de violet, etc. Par conséquent, l'hypothèse d'Toung est insoutenable (du moins dans la forme qu'on lui donne ordinairement). Transformant directement en conditions physiologiques les conditions physiques, qui suflBsent à produire toutes les sensations lumineuses, cette hypothèse laisse saus explication les propriétés subjectives de la sensation lumineuse et de la sensation colorée, la caractéristique de la sensation incolore, Taffiaité de la couleur du commencement et de celle de la fin du spectre. Parce que le rouge, le vert et le violet objectifs suflBsent pour engendrer toutes les qualités lumineuses,il ne faut pas évidemment déduire de là, qu'il existe seulement trois processus physiologiques pour toute sensation lumineuse ou colorée. Au contraire, comme les sensations qualitatives, occasionnées par ces trois couleurs objectives et leurs mélanges, sont très-multiples, nous devons conclure, que les effets physiologiques, qui émanent de la graduation quantitative des trois couleurs fondamentales, sont d'une espèce qualitative très-différente. Même les phénomènes de la cécité pour les couleurs n'ont pas, ainsi qu'on l'a cru, une force démonstrative. L'achromatopsie totale, qui normalement occupe les parties les plus latérales de la rétine, et très-rarement la rétine tout entière^ est absolument incompréhensible avec l'hypothèse d'Young ; car, on imagine seulement un arrangement de filets nerveux, d'éléments rétiniens ou de matières visuelles, où la composition de la lumière objective est indifférente pour la sensation : c'est bien ce qui arriverait, s'il n'existait qu'une seule espèce d'éléments. On pourrait à la rigueur afiirmer, qu'un individu atteint d'achromatopsie totale voit tout rouge, ou vert, ou violet ; mais la supposition n'explique pas l'achromatopsie excentrique, oh la comparaison avec les impressions centrales est possible. En outre, l'achromatopsie partielle prouve, au plus haut degré, que l'insensibilité relative, assez fréquente pour certaines longueurs d'ondes, n'est pas répartie d'une façon complètement variable sur le spectre tout entier, mais que cette insensibilité existe spécialement pour les trois couleurs fondamentales, qui dérivent de la loi des mélanges ; c'est pourquoi, ici même, on constate des différences extrêmement considérables dans l'étendue, et chez les aveugles pour le vert^ jusque dans la situation des rayons non sentis, ainsi que le démontre la composition variable des c équations colorées » chez les individus appartenant à la même classe de ce genre d'affection. Nous l'avons déjà fait remarquer, cette situation des rayons colorés, qui ne sont pas spécialement sentis.

n'a en soi rien de surpirenant. Car» l'insensibilité pour le rouge ou le violet indique uniquement un raccourcissement des parties sensibles du spectre, à sa limite inférieure et supérieure; et le vert occupe dans la courbe chromatique une place distinguée, qui se révèle surtout en ce que la sensibilité différentielle pour le ton de la couleur atteint dans le vert un minimum relatif. En effet, la courbe décrite dans la flg. 113 (p. 469) conduit directement aux trois cas principaux de cécité pour les couleurs, si, par la pensée, cette courbe est raccourcie à son commencement, ou à son extrémité, ou si, dans son milieu, elle est capable d'atteindre complètement la ligne d'abscisse.

Voulant remédier (1) au défaut capital de l'hypothèse d'Young-Helmholtz, qui n'explique pas la présence de la plupart des sensations différentes d'avec les couleurs fondamentales, Hering établit une nouvelle hypothèse, qui tenait simultanément compte des conditions subjectives de la sensation et des exigences de la loi des mélanges. Cette hypothèse insiste d'abord sur les quatre couleurs principales déjà mentionnées, le rouge, le jaune, le vert et le bleu ; car, elle admet, qu'une . matière visuelle spécifique correspond à deux de ces couleurs opposées l'une à l'autre sur le disque chromatique, par conséquent au rouge et au vert, d'autre part au jaune et au bleu, et en outre au blanc et au noir, qui doivent être des contrastes qualitatifs analogues. Dans chacune de ces matières visuelles, il y aurait de nouveau deux processus opposés, conformément aux oppositions du blanc et du noir, du jaune et du bleu, du rouge et du vert. De plus, des excitations colorées opposées se suppriment, puisqu'une excitation incolore, qui accompagne tous les autres processus, persiste uniquement ; au lieu de se comporter ainsi, le blanc et le noir produisent une sensation moyenne, le gris (2). De cette manière, l'hypothèse d'Hering, dont l'application aux images consécutives et aux phénomènes de contraste est facile à apercevoir, confond ensemble les concepts de couleurs fondamentales et.de couleurs principales, qui ont été engendrés par des besoins entièrement différents ; elle se met donc en conflit avec les faits de la loi des mélanges. Le rouge et le vert ne sont pas complémentaires l'un de l'autre,

1. Je ferai observer, que déjà dans la première édiUon de ce livre (p. 388) j'avais signalé, avant Hering, ce défaut capital. D'ailleurs, d'après le petit nombre de mémoires, concernant alors la cécité pour le ve^t et qui n'étaient pas très-répandus, je crus devoir révoquer en doute (p. 404) l'existence de cette anomalie ; ce doute n'a plus de raison d'être, depuis la publication des vastes travaux contemporains qui traitent de cette affection.

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