‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 182 sur 204 · CoiJii». chap. Vlll. p. ;j · texte numérisé non relu

CoiJii». chap. Vlll. p. ;j

leurs (1). A la vérité, les phénomènes de contraste nous apprennent, que dans la sensation nous déterminons les impressions colorées d'après leur rapport réciproque ; notre conduite est donc analogue à celle, que nous tenons vis-à-vis des intensités de toutes les sensations et des qualités de la sensation de son, des hauteurs de ton. Dans le domaine du sens de la lumière, les phénomènes sont plus complexes, par suite du rapport mutuel de l'énergie lumineuse et de la saturation colorée. De plus, ici (ce qui s'accorderait avec le pouvoir de l'œil de produire des représentations extensives des objets) les résidus des impressions antérieures semblent former des points de relation plus fixes, destinés à percevoir les irritants agissant nouvellement; c'est pourquoi, la corrélation simple de ces irritants est susceptible d'être troublée. Or, cette corrélation directe, qui trouve son expression dans les phéno* mènes de contraste, nous offre une dernière application de cette loi générale de relation, qui commande à toutes nos sensations. Même dans le domaine du sens de la lumière, nous supposerons, que cette loi a un côté psychologique et un côté physiologique. Puisque les phénomènes de contraste comportent une expression psychologique, nous devrons en même temps conclure, que leurs bases fondamentales physiologiques sont de nature centrale ; car, ils émanent de cette corrélation de l'organe d'aperception avec le centre sensoriel, corrélation que démontre généralement la loi de relation à cause de son importance psychologique (2).

L*bypothèse d'Yoang-Helmholtz sur les sensations Inmiaenses est véritablement l*ane des plas conséquentes applications de la doctrine des énergies spé* cifiques, que la théorie sensorielle ait produites. Elle nous dévoile d'une manière extrêmement remarquable l'impossibilité d'admettre cette doctrine

i. On n'a pas encore fait d'expériences, pour déterminer quanti tatiyement le contraste des couleurs, ce qui aurait permis de vérifier directement la loi de Weber. Mais les observations, communiquées par Zahn, montrent la grande influence du contraste des couleurs sur la disiiuction des clartés. Zahn a déterminé cette clarté, par laquelle un petit disque coloré, placé sur un foml d'une autre coloration, est visible ou disjparaît. (Sitzungsber , der Leipziger naturf. Ges. 1874, n^* 3 ; voir aussi Fechaer, in Sachen der Psychophysik, p. 200.) On a consUlé, qu'ici la sensibilité différentielle dépendait, à un haut degré, du contraste des deux couleurs. Eu outre, elle s'est trouvée différente pour les mêmes couleurs, selon que l'une ou l'autre formait le fond. Ainsi, par exemple le jaune sur fond bleu et le vert sur fond rouffe étaient plus facilement reconnus, que le bleu sur fond jaune et le roupe sur fond vert. Par coaséquent, d'une manière générale, la combinaison de contraste semble des plus favorables, toutes les fois que le ton coloré plus foncé, auquel l'excitation incolore est le moins mélangé, constitue le fond, ^lais ce sujet réclame de nouvelles recherches.

± Voir à ce sujet chap. Vlil, p. 396 et suiv.

Ëzamioëe pins attentivement, cette hypothèse ne dit rien antre chose, (foe ce qui est déjà renfermé dans la loi des mélanges, mais elle ne contient pas une explication de cette loi ; car, cette question : comment les trois couleurs fondamentales peuvent-elles composer toutes les sensations lumineuses ? n'est pas plus compréhensible au moyen des trois sortes de ûlets nerveux, que du triangle de Newton. Or, l'hypothèse d'Hering, espérant remédier à ce défaut, multiplie les énergies spécifiques. En apparence, elle introduit seulement trois matières visuelles spécifiquement différentes, la substance verte-rouge, bleuejaune et blanche-noire. Mais, deux énergies absolument différentes étant attribuées à chacune de ces substances, à la vérité le nombre de ces énergies se trouve porté à six. Puisque toutes les sensations colorées et lumineuses passent continuellement de l'une à l'autre, évidemment, si on extrait seulement un nombre sufiisamment considérable de ces sensations, celles qui restent peuTcnl être regardées, comme des mélanges de celles, qui ont été choisies. Limitant à deux les substances visuelles colorées, Hering est ensuite amené à admettre une analogie absolument inadmissible entre les sensations colorées et la sensation incolore. Selon lui, le blanc correspond à la désassimilation ou à la décomposition de la substance blanche-noire; le noir, à l'assimilation, en d'autres termes, au rétablissement de sa constitution primitive. Le rouge et le vert, le jaune et le bleu se comporteraient entre eux d'une manière analogue : seulement rien n'indique, quelles sont, parmi ces couleurs, celles de désassimilation et celles d'assimilation. Il est impossible de prouver cette analogie. Chaque sensation colorée est susceptible d'augmenter ou de diminuer d'intensité, sans faire éprouver une altération au ton de la couleur. Régulièrement, la modification d'intensité de la sensation de gris tient à ce qu'elle se convertit en blanc ou en noir. De plus, quand l'assimilation et la désassimilation de la substance incolore sont en équilibre, le gris, sensation intermédiaire au blanc et au noir, prend naissance ; et, chez les substances colorées, il ne doit se produire, toutes conditions égales d'ailleurs, aucune sensation et non une sensation mixte. Du reste, nous avons déjà vu, que l'hypothèse d'Hering est aussi incapable d'expliquer la loi du mélange des couleurs, que les différences de cécité partielle pour les couleurs.

L'hypothèse, exposée ci-dessus, s'efforce de limiter les suppositions au nécessaire et, d'autre part, de rendre compte du développement des sensations lumineuses. Le développement, d'après lequel la sensation du clair et de l'obscur est antérieure aux sensations colorées, exige de distinguer le processus de sensation incolore, qui serait un processus pouvant exister indépendamment de la sensation colorée et ne résulterait pas, comme le suppose l'hypothèse d'Young, d'un mélange de sensations colorées. Mais on ne devra pas dire réciproquement, que môme la sensation colorée nécessite un processus, qui peut se produire, indépendamment de la sensation incolore. Car, il est très-invraisemblable, que la sensation colorée se présente jamais seule,. d'elle-même; pour noire vision, elle est constamment accompagnée de la sensation incolore. Xous

SENSATIONS LUMINEUSES. 52i

n'avons donc nallement le droit de snpposer, pour la sensation colorée et pour la sensation incolore, des substances visuelles, qui seront différentes dès le commencement ; mais, au point de vue génétique, bien plus compréhensible est rbypothèse, que dans certains éléments morphologiques les matières pho^ tochimiques, aptes jusqu'alors seulement à l'excitation incolore, revêtent une composition, qui les rend simultanément propres à l'excitation colorée. Les deux processus d'excitation seront donc regardés comme des processus hétérogènes concomitants; ('un d'eux, le premier, est uniforme et offre seulement des dififércaces d'intensité; le second dépend de la longueur d'onde, grâce à la manière indiquée par l'affinité subjective des couleurs, soit par la loi des mélanges. Malgré la composition chimique complexe des principes ici considérés, l'apparition d'une substance, dont le genre de décomposition photochimique se modifie lentement avec la longueur d'onde de la lumière agissante, n'a rien d'étrange, quoique nous ignorions entièrement les conditions intimes de cette décomposition et que (abstraction faite des suppositions suggérées par la marche de la sensation et la loi des mélanges) il serait préférable de nous abstenir de toute hypothèse.

Relativement aux conditions, qui déterminent le développement ou l'évolution du sens des couleurs, nous sommes, évidemment, réduits à des conjectures. Grant Allen a soutenu, que si la recherche, effectuée par les insectes, de la nourriture contenue dans les fleurs, a augmenté la multiplicité des couleurs da inonde végétal, d'autre part la lutte pour l'existence a^ctivé l'évolution du sens des couleurs (i). D'une manière analogue, on peut présumer, que la distinction des objets diversement colorés est devenue plus délicate chez les êtres vivants, parce que ces objets leur étaient utiles. On verra difficilement la raison ultime de ce processus dans la lutte pour l'existence, car une distinction pour les couleurs devait déjà exister, avant que cette distinction devint utile. S'appuyant sur la linguistique comparée, Lazarus Geiger a supposé, que révolution plus délicate du sens des couleurs est un produit relativement tardif de l'évolution humaine ; car, les anciennes formes de langage manquent de termes, pour désigner certaines couleurs (2). Par exemple, au temps d'Homère, les Hellènes auraient perçu le rouge et le vert, mais non le bleu ; et le développement des sensations de l'orangé, du bleu indigo et du violet appartiendrait aux derniers siècles. Cette hypothèse néglige de voir, que le choix des désignations de langage a été déterminé par des besoins pratiques, qui ne nous apprennent rien sur l'existence des sensations. Actuellement, en ce qui concerne les couleurs, le langage des peuples non civilisés témoigne d'une pauvreté

1. Grant Allen, The colour- sensé , ils origin and development. Londres 1879.

2. S. Geiper, Zur Entwicklungsgeschichte der Menschlieit. Stuttgart 1871, p.?i6.— Hugo Magnu», Die geschichtliche Enttoicklung des Farbensinns. Leipzig 1877. — A Marty^ Die Frage nach der geschichtUchen Eniwicki. d. Farbens, Vienne 1879, et E. Krause, in Kosmos, I, p. 275, III, p. 256 ont fait une revue critique de la polémique, eupcitée par cet tp que*slioD.

• relative ; et, si on se livre à an examen plas approfondi, on ne découvre pas, que la cécité partielle ponr les couleurs soit plus généralement répandue chez ces sauvages (!)• Si, probablement, les sensations colorées se sont développées, il est invraisemblable, que cette évolution se soit^ perfectionnée, complétée chez rindividn, d'une manière notable, depuis le temps de l'existence de l'homme.

A la différence des propriétés qualitatives de la sensation lumineuse, considérées jusqu'ici, propriétés qui nous obligent de supposer dans l'organe sensoriel périphérique les bases fondamentales physiologiques essentielles à cette sensation^ nous avons cru devoir invoquer, pour les phénomènes de contraste, des conditions centrales. Principalement à cause de leur relation avec les images consécutives, on a été, très-souvent, enclin à faire provenir également ces phénomènes des effets physiologiques de l'excitation rétinienne. Puisque, pour les images consécutives, la rétine est successivement disposée à des états d'excitation opposés, elle devait ï^ire simultanément pour le contraste (2) ; aussi, Chevreul différencia ces deux états, sous le nom de contraste simultané et de contraste successif (3). Fechnera montré, que plusieurs phénomènes, attribués au contraste simultané, devaient être rapportés à un contraste successif, à une modification de la sensation lumineuse par les images consécutives. Il a encore prouvé l'indépendance d'autres phénomènes de contraste vis-à-vis des images consécutives, et établi, relativement à Tun des phénomènes de contraste les plus remarquables, aux ombres colorées, la coopération d'un facteur psychologique (4). Brûcke (5) et H. Meyer (6) ont fourni des démonstrations plus précises des conditions du contraste. Ce dernier auteur, surtout, a appelé l'attention sur la dépendance du contraste à l'égard du degré de saturation des couleurs. Enfin, Helmholtz a opposé (7) à la théorie physiologique, jusqu'alors en faveur, une théorie psychologique ; celle-ci revêtit d'abord la forme empirique et s'appuya principalement sur les expériences de Meyer. Il prouva, que le contraste diminue notablement, dès que nous rapportons à un objet séparé l'impression induite; mais, selon ma conviction, il a méconnu la véritable importance des rapports de saturation des couleurs contrastantes, parce qu'il s'est trop reafermé dans les conditions spéciales de l'expérience de Meyer. D'après Helmholtz, l'effet de la feuille de papier de revêtement, effet qui rehausse le contraste, tient à ce que nous voyons la tache grise, en apparence.

1. Grant Allen, loc, cit.-^ H. Mapnus, Untersuchungen iiber den Favbensinn der Naturvôlker. léna 1880. — R. Andrée, Zeitschr f Ethnologie, X, p. 323. —A. S. Gatchet, Americ. Naturalist, XIII, p. 475.

Page 1